Le sentiment d'infériorité est palpable pour beaucoup de Québécois, mais pas tous... Pour la majorité c'est beaucoup beaucoup plus compliqué que ça!
Il y a des différences majeures entre la
France et le
Québec au niveau de l'histoire récente... Quelque chose dont on discute moins, parce que c'est facile de parler des vieilles histoires (abandon du
Québec par la
France, par exemple).
C'est un mélange de dédain pour la culture "savante", de méfiance envers le "bien parlé", de fierté d'avoir réussit dans la vie sans éducation (pour les plus vieux).
L'exode rural est tout récent au
Québec, il ne date que d'une cinquantaine d'années! Le
Québec est passé d'une population rurale et sous éduquée (dans les années 50) à ce qu'on peut voir aujourd'hui.
D'une part, les plus de 70 ans ont généralement arrêté l'école entre 11 à 15 ans et ont vécus dans un
Québec où les leviers économiques étaient tenus par une minorité anglophone. D'une autre part, la culture "savante" québécoise était presque entièrement entre les mains du clergé, qui ne favorisait pas les études supérieures. La majorité des grands penseurs québécois étaient issus du clergé ou d'une éducation religieuse stricte.
Beaucoup de ces plus de 70 ans ont éduqués leurs enfants avec des valeurs religieuses et avec le sentiment que la culture et la connaissance étaient quelque chose de menaçant. Les plus de 45 ans se sont émancipés de la tutelle religieuse, ont eut la possibilité de faire des études supérieures, mais ils ne l'ont pas tous fait. Ils ont aussi gardé une partie des préjugés de leurs ainés sur la connaissance et la culture.
Ces plus de 45 ans sont en ce moment l'élite du
Québec! Ce sont eux qui façonnent les lois, qui possèdent les journaux, qui détiennent les leviers économiques... Ils engagent des gens qui pensent comme eux. En ce moment, au
Québec, ce n'est pas prestigieux de "bien parler". Au contraire, c'est un boulet pour les politiciens... Nous en avons eu un bel exemple avec Stéphane Dion qui n'a jamais réussit à gagner le cœur des Québécois. On le surnommait "le prof" et ce n'était pas un compliment. Au
Québec, c'est synonyme d'être déconnecté des "vrais valeurs".
Un forum n'est pas l'endroit idéal pour pérorer sur ce type de sujet. La réalité est bien plus complexe que ce que j'ai exprimé... L'important est de retenir que les Français n'ont pas nécessairement tout à voir avec la problématique mentionnée, il y a des milliers de facteurs qui sont en causes.
C'est clair que les Français ne sont pas en pays conquis au
Québec, mais beaucoup s'en sortent très très bien. Il y a des manières de gagner le coeur des Québécois sans se dénaturer. Ça demande un brin de psychologie et un certain temps d'adaptation, mais c'est réalisable, même en région.
Lors de mes voyages en
France, lorsque je ne faisais que l'ébauche d'une comparaison avec le
Québec, je me faisais sauvagement attaqué (lol). Le Français moyen ne s'intéressait pas du tout de toute façon au
Québec, sauf pour exprimer les clichés habituels sur le
Canada. C'est marrant, car je suis très très calme au naturel, mais ça finissait par me rendre grognon de me faire dire "Caribous!" à la seconde où les gens s'apercevaient que j'étais Québécois. Par contre, quand je posais des questions sur la
France, j'avais le droit à de sacrés romans et des sourires! On m'acceptait tout de suite...
Ben le Québécois est un peu pareil... Si vous lui rappelez tout le temps que vous venez d'ailleurs, il n'aimera pas trop. Si vous faites tout le temps des comparaisons avec la
France, idem. Supportez stoïquement les "clichés" sur la
France, ne tenez pas mordicus à relever les inexactitudes de langages, posez des questions et, en général, on vous accueillera très bien. Retenez toujours aussi que les Québécois ne sont pas friands de débats animés, surtout avec des inconnus (pas des étrangers, des INCONNUS). Lorsque vous deviendrez amis avec un Québécois, il s'habituera vite aux discussions à la française... Quoique!
Les québécois donnent souvent raisons à leurs interlocuteurs (que ce soit pour mettre fin à une conversation qui leur déplait, ou pour acquiescer poliment à l'opinion de leur interlocuteur). J'ai rencontré beaucoup de français (mais une minorité) que cette méthode rendait agressif! Comme si il fallait forcer le Québécois à débattre. Une impression très forte que mon interlocuteur cherchait la p'tite bête pour le plaisir d'animer la conversation. Aïe! tu donnes raison à ton interlocuteur sans rien ajouter et il s'emporte et il fait : "oui mais..." Ces français font beaucoup de torts aux perceptions des Québécois.
Personnellement, j'ai un entourage moitié français, moitié Québécois depuis une dizaine d'années. Depuis dix ans, je fais office de médiateur et c'est pas toujours facile! Qu'est-ce qu'il sont obtus ces Québécois! Qu'est-ce qu'ils sont obtus ces Français! Dans ces histoires, tout le monde est un peu stupide... Il y a toujours un temps d'adaptation des deux côtés et le plus tôt quelqu'un commence à mettre de l'eau dans son vin, le plus tôt on arrive à un stade où les gens s'acceptent.
J'ai connus beaucoup de français aussi qui s'adaptaient très bien et très rapidement et se faisaient pas mal d'amis québécois. Ce sont souvent ceux qui ont beaucoup d'écoute, qui ne tiennent pas à tout comparer, ceux qui prennent pour acquis que ici c'est différent, en bien ou en mal.
Ce n'est qu'une opinion parmi tant d'autres, mais c'est celle d'un Québécois qui adore les Français et qui aiment bien l'idée de ces confrontations de culture, certainement bénéfiques pour tout le monde.