A lire le message tel qu'il est posté, je suis tout de même un peu inquiet pour toi : en gros, c'est un coup à ne pas s'en sortir vivant parce que tu as l'air de tout ignorer de ce qu'est la jungle et quels sont les dangers.
1. La région de l'
Amazonie
La région est très très grande, et comporte des zones plus ou moins sauvages. Certains endroits ne sont pas très loin de la civilisation et ne sont pas vraiment une zone très sauvage. Le bassin amazonien se trouve effectivement principalement au
Brésil, mais les dangers en dehors de ceux de la nature elle-même sont principalement dus aux trafics, soit de transport de drogue, soit de trafic d'or. Et ces trafics sont essentiellement dans les zones où il y a une frontière.
En allant sur fleuve
Amazone lui-même, on n'est plus vraiment dans le sauvage complet. La civilisation est plutôt présente et c'est plutôt du "faux" sauvage.
Enfin, les zones sauvages ne commencent jamais tout près d'un aéroport pour des raisons finalement assez évidentes : un aéroport, c'est un moyen de liaison qui ne se met en place que lorsqu'il y a une communauté suffisamment importante pour que cela vaille la peine, et en général, cela fonctionne avec un minimum d'implantations humaines.
Les vraies zones sauvages sont rarement à moins de 4 ou 6 heures de 4x4 des aéroports.
Donc, je conseillerais plutôt les régions du sud du bassin amazonien, à savoir nord du Mato Grosso, Tocantins ou sud du Para.
Un coin que j'aime assez est la zone de l'île du Bananal, la plus grande île fluviale au monde, se situant entre Mato Grosso et Tocantins. L'île elle-même n'est pas très facile car elle est composée d'une partie en territoire indien (pas toujours très sympatiques : ils nous ont pris une fois en otage jusqu'à ce que deux occidentaux du groupe reviennent deux jours plus tard après avoir été chercher de l'argent à la banque pour délivrer les autres le plus vite possible en payant un droit de passage de l'équivalent de 3000 euros). L'autre partie est un parc national où il est interdit de camper. Mais le long de la rivière Formoso (côté est de l'île), il y a souvent des lacs et des lagunes superbes autour desquelles on peut rayonner.
2. Les dangers de l'
Amazonie
Objectivement (à part les trafiquants en tout genre que l'on trouve principalement dans les zones frontalières), il n'y a pas de vrai danger en
Amazonie. Le seul vrai danger, c'est d'une part se perdre et d'autre part les imprudences de débutant : comme se baigner la nuit (caïmans), se baigner dans certains lieux où les piranhas sont susceptibles d'attaquer, ce qu'ils ne font pas en général, toucher des plantes dangereuses par ignorance, etc... En règle générale, les serpents ne sont pas un vrai danger car ils s'enfuient, sauf quand on creuse des toilettes où ils se réfugient souvent. On peut aussi être assommé par une décharge d'anguille électrique et se noyer, mais l'expérience montre que si cela arrive assez souvent de marcher dessus en progression dans la rivière, il est rare que cela fasse plus que se faire secouer un peu (c'est du 800 volts, mais faible ampérage). Les insectes sont parfois douloureux (le scorpion donne une impression de brûlure intense, et les araignées font vraiment très mal), mais sur une vingtaine de morsures en plusieurs expéditions, on s'en est tiré sans séquelle avec des antihistaminiques (Aerius).
Donc se perdre est le seul très très grand danger. Et on en meurt régulièrement. Impossible de s'en tirer à la boussole, car la technique habituelle pour marcher droit ne fonctionne pas dans la jungle en
Amazonie : pas assez de dégagement visuel. Les guides marquent régulièrement les arbres à la machette, mais c'est un peu aléatoire. En terme de matériel, on utilise généralement des GPS haute sensibilité qui fonctionnent sous les arbres. Chez Garmin, ce sont les modèles Legend HCx, Vista HCx ou 60 Csx
Le etrex legend hcx est le moins cher mais n'a pas la boussole électronique intégrée (je l'ai dans la montre).
Attention, cela nécessite de prendre des piles de rechange, et il en faut pas mal si on laisse le GPS en route pour faire la trace.
Si on ne connait pas la forêt, il est impératif d'avoir un guide. Sinon, c'est aller au devant de vives inquiétudes, un peu comme si on allait faire tout seul faire du saut à l'élastique sans rien y connaître avec du matos dont on est pas sûr. Ca peut réussir, mais ça peut tout aussi bien ne pas se passer très bien.
3. Déplacement
Si c'est pour la marche, on peut se baser sur un déplacement à pied. Ce n'est pas très drôle, on fait à peine une dizaine de km dans la journée en terrain favorable et la moitié en terrain défavorable. On ne voit pas grand chose en animaux terrestres car on fait un boucan en marchant que toute la forêt entend de loin. Il n'y a que les oiseaux qu'on puisse voir de temps en temps, et encore.
On peut porter sa bouffe sur le dos, mais en gros c'est riz sec et haricots secs avec un peu d'huile et d'épices. Pas grand chose dans la forêt, sauf si on est entre mars et juin. Mais pendant cette période, la forêt est détrempée, avec des fondrières partout, et un paquet de sangsues qui deviennent vite pénibles. La période la plus facile, c'est entre juillet et novembre (et encore, on peut prendre plus d'eau sur la tête que de raison en novembre).
Pour voir quelque chose, il est préférable de suivre le cours d'une rivière, mais il faut alors être en barque ou pirogue à moteur. Il y a double avantage : on ne porte pas son matos (sur le bateau), et on voit beaucoup plus de choses (comme des capybaras, des tortues, des tapirs, des caimans, des dauphins roses, des loutres géantes,...). De plus, les rivières en
Amazonie fournissent généreusement des tas de sortes de poissons qui sont plutôt délicieux.
4. Budget
Pour aller au coeur de l'
Amazonie, il faut donc monter une expédition. Il n'y a à priori pas d'hôtel (sauf quelques pousadas écotourisme), pas de routes, et il faut tout amener (tentes, réchauds, filtres pour l'eau, nourriture, etc...). Pour une personne seule, c'est plutôt assez cher.
Le format est aussi important : itinérant vrai ou campement central. Dans le premier cas, on est posé à un endroit avec tout le matos (près de la rivière avec le bateau, les tentes, les guides, la bouffe, le matos, etc...) et on est récupéré deux semaines plus tard à 300 ou 400 km de là. Si on n'est pas là, l'équipe qui vient vous chercher peut lancer des secours.
Avantage : c'est une vraie aventure. Désavantages : les rivières ne sont pas toujours de tout repos avec des "sauts" à passer obligeant parfois à du portage, et parfois du matériel cassé. En octobre dernier (2009) dans la région de la rivière Sao Benedito, on a monté une expé de 4 barques, et on a pété 9 hélices et crevé deux coques (en métal).
Dans le cas du campement central, on se pose dans un endroit sympa pour faire le campement, et on prend les barques ou on va à pied pour faire des randos en rayonnant autour du camp.
De façon générale, le campement central ne va pas au delà de 2 semaines, car on a vu à peu près tout ce qu'il y a à voir autour, et il faut repartir.
Le format le plus économique, c'est partir avec une expédition comportant plusieurs personnes.
- En itinérant, 4 barques et 8 visiteurs pour 6 membres de staff est un bon équilibre. Cela revient en général entre 1700 et 2000 euros par personne pour deux semaines.
- en fixe, on peut monter jusqu'à 10 visiteurs (pas de matos à transporter et on n'a pas à monter/démonter le campement plusieurs fois) pour 2 à 4 staff (en fonction du confort). Coût en général de 1400 à 1600 euro pour deux semaines.
Les prix dépendent très fortement du nombre de participants. Seul, il vaut mieux donc se joindre à un groupe.
Ces prix sont tout à fait indicatifs (comme je n'organise pas d'expédition, je ne peux rien promettre) mais sont un ordre de grandeur pour des expés avec tentes, et tout compris (nourriture et boissons).
Il existe aussi des pousadas écotourisme au coeur de la forêt qui organisent des séjours en mode campement central (comme le cristalino lodge). C'est plus confortable car on est sur des vrais lits, mais il faut compter entre 200 et 250 $US par 24h (150 à 190 euros par jour).
Tous ces prix sont sans avion, bien sûr.
5. Trouver des organisateurs
Pas facile. Principalement parce qu'il faut monter une expédition exprès et que les agences (mêmes locales) n'aiment pas trop faire des trucs qui entrainent beaucoup de travail pour une marge modeste.
Si vous êtes très aventureux et que vous acceptez le risque d'avoir quelqu'un pas obligatoirement très compétent (ce qui veut dire à priori quelques galères), vous pouvez prendre le risque de débarquer et de passer quelques jours à trouver quelqu'un sur place qui puisse vous organiser ça.
J'ai fait une fois dans le
Pantanal, et cela ne s'est pas très bien passé. S'il le faut je pourrai recommencer, mais je ne suis à priori pas chaud pour le faire. Mais un de mes copains l'a fait, et cela s'est très très bien passé. Donc...
Il y a un guide français rodé aux expéditions en milieu extrême qui fait ça, mais, bien que basé au
Brésil, il navigue entre
Brésil et Afrique. Vous pouvez essayer de le contacter à jeromesiffredi at hotmail point com en espérant qu'il soit là pour vous répondre (je crois qu'il est bientôt en centrafrique). Comme c'est lui à qui je demande de monter mes expés, j'ai de temps en temps de ses nouvelles, et il m'a indiqué qu'il avait prévu un truc sur la région Bananal fin juillet début aout (2 semaines) en campement central. Vous pouvez toujours essayer de voir s'il y a de la pace dans le groupe si cela vous intéresse. Pas la peine de vous référer de ma part si vous n'avez pas envie. Sinon, il sera content de savoir que j'ai parlé de lui...
En tout cas, ma recommandation est de ne pas partir tout seul sans guide, la fleur au fusil à partir d'informations glanées sur voyages forum...
Michel