Pour ma part je ne serais pas étonné de voir hindous et musulmans mélangés à certaines occasions, car il m'est souvent arrivé de constater que la frontière entre les religions n'est pas aussi étanche en
Inde qu'en Europe (c'est certainement une des vertus de la culture hindoue). Exemples :
mon chauffeur de taxi, hindou et adepte de Muruga (Kartikaya dans le nord de l'
Inde), affiche certes des images de Shiva, de Parvati, de Ganesh et de Muruga dans son autel domestique, mais aussi de Jesus ("no problem, it is another god, I like this picture" me dit-il) !!!
un de mes amis indiens du
Kérala, certes musulman issu de la tradition des Moplahs c'est à dire des musulmans du nord du
Kérala, fait toujours quelques dévotions lorsqu'il visite un temple hindou. Cela ne l'empêche pas de critiquer les hindous car ils ne comprend pas pourquoi dans tel village on adore tel dieu et dans le village voisin un autre (propagande des religions monothéistes qui pensent que le passage d'une diversité de dieux à un seul est un "progrès"). Il critique aussi les hindous car selon lui "ils gaspillent leur argent en faisant des offrandes démesurées à leurs dieux"; certes, mais lui, quand il va à
Ajmer (grand centre de pèlerinage soufi au
Rajasthan), il donne aussi beaucoup d'argent, beaucoup trop à mon goût d'européen mécréant.... D'ailleurs il n'a pas été élevé par sa mère, mais par une voisine d'origine hindoue, convertie à l'islam pour se marier... On est loin des images d'Epinal sur la religion en
Inde, telle que nous la concevons en
France, nous qui sommes à la fois héritiers d'une tradition catholique intolérante, et d'une laïcité militante qui se veut volontiers athée à tout le moins agnostique !!!
les centaines de milliers de pèlerins en route vers Sabarimala dans les montagnes du
Kérala en décembre, font en général une halte dans une ville voisine pour honorer la mémoire d'un saint soufi;
quand on observe les chrétiens du
Kérala, à l'église, dans les immenses processions ou dans les petits festivals, on se dit souvent qu'ils sont beaucoup plus proches des hindous que de leurs corréligionnaires européens (le christianisme européen m'a toujours paru d'un triste... alors que les processions chrétiennes indiennes débordent de couleurs et de vie, certes elles sont aussi marquées par les concepts de péché, de culpabilité, de soumission à Dieu et à l'autorité comme en Europe, mais c'est souvent un vernis);
en visitant une belle église blanche et un peu ancienne au bord des
backwaters au
Kérala, avec un guide improvisé, celui-ci était fier de me montrer qu'il était chrétien (sous-entendu par opposition à ces attardés d'hindous). OK mais il tenait aussi à montrer les superbes sculptures en bois en forme de fleur de lotus ("pour faire plaisir aux gens qui n'ont pas oublié leur religion hindoue" disait-il; apparemment cela lui faisait aussi plaisir à lui...).
Quant à qualifier Moharam de fête, même si les gens se flagellent et se mortifient, je suis certain que pour eux c'est une fête (une sorte d'orgie, d'ivresse des sens). De la même façon que les processions de pénitants chétiens en
Espagne et en
Italie se mortifient pour la fête de Pacques.