Similajau National Park
J’avais une semaine a passer au Sarawak. Plutôt que de m'éparpiller et de voir trois ou quatre endroits différents au pas de charge, je décidai de consacrer ces
7 jours de liberté au Similajau National Park.
J'étais tout de même un peu inquiet : d’une façon générale le tourisme au Sarawak est autrement plus balisé (et aseptisé ?) qu’au Kalimantan où je vadrouille, certes de façon très irrégulière, depuis presque 15 ans. Je craignais donc d’y trouver une jungle rendue accessible aux touristes avec des rampes, des escaliers, et de ce fait peu excitante. Néanmoins, les infos glanées sur le site du parc (et notamment la liste impressionnante des animaux qui s’y cachent) m’avaient convaincu de prendre le risque... d'être déçu. Autant le dire tout de suite : si les sentiers du parc comportent bien quelques passerelles et autres aménagements, j’ai été loin, très loin, de regretter mon séjour!
Quelques infos pratiques pour commencer :
Kuching – Bintulu en bus = 11 heures de route pour 60 à 70 RM selon les compagnies. A Bintulu (très peu touristique mais sans grand intérêt à mon humble avis), on trouve de nombreux hôtels à 50 RM la nuit. Une adresse, pas loin du centre et de la rivière, calme mais un peu crade : SIONG HING INN hôtel. AC, télé, SDB. De là un taxi m’a demandé 60 RM pour me conduire au parc. Je n’ai pas cherché à négocier Vous n'êtes pas non plus obligé de prévoir le retour (comme on peut le lire sur quelques sites) dans la mesure où le personnel du parc est très aidant et n’est pas à un coup de fil près pour appeler un taxi.
Sur place j’ai payé 20 RM de droit d’entrée (pour les 7 jours), puis ai loué une grande chambre avec 4 lits, un bureau et un ventilo, face à la mer (cachée en partie par de grands arbres), pour 42 RM. Je suis arrivé un dimanche et seule une chambre était occupée. Par contre, pour le week-end suivant, celui des fêtes de fin du Ramadan, tout était complet ! Je m’attendais à voir les lieux envahis de touristes locaux vu que j'étais arrivé un dimanche après-midi mais en dehors de 2-3 familles tout était très calme. J’ai eu le bloc hôtel, le parc et ses plages pour moi tout seul (oui !) du dimanche au jeudi jour où sont arrives 3 couples de jeunes routards pas bien dérangeants... Pas la foule donc !
Pour ce qui est du
ravitaillement, une cantine assure le nécessaire de 7 à 17 heures. Bonne cuisine, pas chère (prix identiques a ceux de la ville), mais pas de petites choses à emporter dans la jungle quand on part a la journée hormis du riz, des oeufs durs, des barquettes de légumes. Pas très pratique donc. Alors pensez, pour un long séjour, à amener du pain, des dattes, des conserves... Sinon pas de problèmes pour l’eau, 3 RM la grande bouteille et ils ont du stock. Par contre si vous comptez passer une ou deux nuits dans la jungle pensez au micropur à défaut d avoir de quoi faire bouillir de l'eau.
Les
randonnées maintenant. Le parc mesure 30 km de long pour environ 3 km de profondeur, des proportions modestes donc, mais la sensation d’isolement est bien présente. 2 sentiers courts mais chouettes (Batu Anchau et Circular Trail) permettent de s'éloigner de la mer, un troisième longe la cote sur 10 km et conduit à la plage de Golden Beach, la plus lointaine mais aussi la plus belle. Même si le sentier est bien balisé et, en dehors de quelques passages un peu délicats, bien dégagé, faire cette ballade à la journée n’est pas une promenade de santé du fait de la chaleur et de l'humidité. Prévoir un départ dès 7 h ou mieux, de passer la nuit dans la forêt. Un petit conseil : depuis turtle beach 2 ne pas hésiter à emprunter la plage plutôt que le sentier pour atteindre golden beach. Côté ballades, la plage d’environ 10 km qui borde le parc à l’ouest et à l'extrémité de laquelle sont construits les bâtiments du parc vaut également le coup. Vous pourrez y marcher les pieds dans l’eau et y apercevoir des aigles et peut-être un serpent ou deux si vous êtes chanceux. Par contre je pense qu’il y avait des sandflies dans la mesure où mes jambes ont tout de même été bien bouffées. Prévoir du baume du tigre, la version indo si possible, bien plus forte !
La plupart des touristes étrangers qui viennent dans ce parc y passent tout au plus 2 nuits et se contentent d’une grande marche le long du sentier qui mène à Golden Beach, sans toutefois l’atteindre vu la distance. Même si les paysages sont chouettes c’est le meilleur moyen d'être déçu. Le bruit du ressac domine celui de la jungle tout du long et en dehors de quelques singes peu d’animaux se montreront. Il faut, pour apprécier le parc, adopter une autre approche : marcher lentement et silencieusement, prendre le risque de quitter les sentiers (prendre des repères !!!!) et de s’asseoir dans la forêt à l’affut... Bref,
jouer les naturalistes.
En allant, 6 jours de suite, dans la forêt du matin jusqu'à 15 – 16 heures puis la nuit avec une lampe, j’ai vu : des singes (des macaques mais aussi d’autres espèces, de beaucoup plus loin par contre, une paire de jumelles n’aurait pas été du luxe), des pigeons et des faisans exotiques, un black hornbill, un écureuil volant, une chouette, des aigles des mers, des varans, un serpent, des crocodiles (leurs yeux la nuit mais aussi la tête de l’un d’entre eux, curieux, de très très près), un poisson aruana, de nombreux poissons exotiques, des crabes étranges de toutes sortes, ces crustacés dont je ne connais pas le nom mais qui descendent des trilobites etc... J’ai loupe de peu (traces toutes fraiches) une grosse tortue de mer large de 50 bons cm... Ce
tableau “de chasse” peut paraitre modeste mais ajoutez-y le plaisir incommensurable de la “traque” et celui d'être dans un environnement magnifique.
Mieux équipé (briquet, provisions, micropur) et sans un impératif familial du côté indonésien de la frontière, j’aurais volontiers passé 3 – 4 jours de plus sur place et dormi 2 nuits à Golden Beach pour longer la plage au-delà du sentier voire essayé d'accéder, via la piste désormais fermée, aux rapides de Selunsur (les rangers m’ont explique avoir ferme ce chemin car il aboutissait tout prêt des limites du parc et de fait leur semblait faciliter le braconnage).
Ce que je n’ai pas aimé : le fait que peu de sentiers quittent vraiment le bord de mer pour s’enfoncer dans la jungle / les déchets, omniprésents sur toutes les plages, rejetés par la mer (
Malaisie/
Indonésie même combat : les ordures a la flotte!) ou (plus rarement, surtout au-delà de turtle beach) par des randonneurs à deux balles /...
Ce que j’ai aimé : les plages magnifiques / la jungle en accès libre, à toute heure de la journée ou de la nuit et à quelques centaines de mètres des hébergements / peu de touristes / l’accueil du personnel du parc /... Bref le positif l’emporte !
En dehors de ces quelques infos / impressions, il me parait important de dire quelques mots de la
sécurité : le risque de base d’abord, se perdre. Les sentiers m’ont paru très faciles et très clairs mais ce n’est visiblement pas le cas pour tout le monde. En les quittant pour contourner des arbres tombés en travers de jeunes touristes m’ont expliqué s'être perdus et avoir cherché le chemin pendant trente minutes !! Donc si vous n’avez pas d'expérience de la jungle la prudence s’impose. Le risque croco : les crocos présents dans le parc sont pour la plupart des crocodiles d’estuaire, comme en
Australie. Méfiez-vous de tous les cours d’eaux y compris des “bassins” à l’embouchure des rivières, de l’estuaire de la rivière Likau et de la plage (ou la baignade est, selon le personnel du parc, sans danger !!!) à l’entrée du parc : j’y ai vu, suite à une forte pluie et à une crue, des crocodiles 3 soirs de suite. Certes le seul que j’ai observé d’assez près pour estimer sa taille ne dépassait pas les 2 mètres mais les rangers m’ont affirmé qu’on en voyait parfois des beaucoup plus costauds, larges comme une porte. Alors empruntez les passerelles, ne descendez pas au bord des rivières pour barboter, les accidents n’arrivent pas qu’aux autres. Un pêcheur a été tue en 2013 en amont de la rivière
Similajau a l'extrémité est du parc : il a été attrapé alors qu’il était DANS sa barque. Le crâne du responsable trône d’ailleurs dans le bureau du parc : un vrai dinosaure. Enfin, si vous passez la nuit dans la jungle gare aux cochons, aux serpents mais aussi et surtout aux chutes d’arbres et à la météo ! Se retrouver tout seul dans la forêt en pleine nuit et en pleine tempête n’est pas particulièrement rassurant : aucun endroit pour fuir !
Matos à prévoir pour profiter de son séjour : vêtements longs, lotion anti-moustiques, baume, jumelles, provisions, bonne lampe électrique (puissante pour voir les yeux des crocos la nuit), pince a épiler (pour les épines), quelques médocs et de la bétadine, briquet, micropur, hamac ou tente si vous bivouaquez...
Enfin, pour conclure, une question qui revient souvent sur ce forum et que m’ont posé les 2 jeunes s'étant un instant égarés dans la jungle :
le Kalimantan, occidental en l’occurrence,
vaut-il le coup ? Hé bien je leur ai déconseillé de passer la frontiere. S’il semble y avoir de chouettes possibilites de ballades pas trop compliquées vers Loksado,
Tanjung Puting ou sur le Mahakam, le Kalimantan Ouest est quant à lui encore difficile à pratiquer. Peu d’anglophones, peu d’informations (le lonely p version anglaise envoie ses lecteurs partout là ou il n’y a justement aucun intérêt à aller !!!! Remarquez tant mieux : je n’aimerais pas qu’ils coupent l’herbe sous le pied des aventuriers en herbe en pré-mâchant le travail comme ils le font dans beaucoup trop d’endroits...), une forêt déjà bien saccagée et qui continue chaque jour de l’être y compris dans les parcs, des conditions de vie précaires (dur de trouver de la nourriture correcte en dehors des villes), pas d’hopitaux dignes de ce nom en cas de coup dur (mais des dispensaires sous-equipés...)... Seul avantage : la population locale, « rustique », très curieuse et très accueillante, surtout dans les villages isolés. Je me verrais assez mal débarquer dans un village dayak au Sarawak sans y avoir ete invité, alors que je n’ai jamais eu aucune gêne à le faire côté indonésien tant les relations humaines sont empruntes de spontanéité. Mais pour profiter de cela la pratique de la langue du pays n’est pas du luxe ! Cela dit, je suis bien impatient d’aller verifier côté malais si l’hospitalité des Dayaks du cru est ou non comparable... A l’occasion d’un autre voyage ?
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