Voyage à faire au moins une fois dans sa vie, l'expérience est relativement dure, mais vaut le coup. Demandez le tarif populaire et passez la traversée avec la foule comme tout le monde. Quoique.... voici ce que j'écrivais en 2007, après ca, libre a vous de voir:
La salle principale intérieure offre un spectacle apocalyptique. Comme me le fera remarquer ma compagne de voyage, c'est un peu comme si on avait ouvert les portes d'un grand restaurant parisien à une horde de bédouins. L'anarchie est complète. Comme si on se trouvait au milieu de gens issus du moyen âge dans un décor du XXe siècle (ce bateau porte bien son âge également, du reste). Les sanitaires suivent rapidement la marche générale. Il faut enjamber, prendre des détours. Les familles sont entassées les unes sur les autres. Des dormeurs sont allongés dans tous les sens et dans des positions inimaginables. Il y a un brouhaha continu. Des groupes picniquent par terre comme si leurs membres se trouvaient au milieu d'une prairie au printemps. Et tout cela, le plus fort, dans un sentiment de normalité la plus totale qui soit.
Au total, pour un trajet en mer qui doit prendre 3 heures, si on compte les deux heures d'avance qu'il faut prendre avant le départ officiel du navire, puis les deux à trois heures d'attente à quai en attendant le départ et l'heure d'attente inexplicable avant le débarquement faisant suite à la mise à quai à l'arrivée, on approche des dix heures pour un trajet d'à peine... 50 km en mer. Yes, 50 kilomètres, dans des conditions indignes. Le pont des arabes (Al Jisr Al Arab), trajet de 10 heures pour contourner
Eilat, embouchure israélienne minuscule sur la Mer Rouge entre la
Jordanie et l'
Egypte.
Plongé dans ces quelques réflexions sur le trajet retour, apparaît devant moi une petite femme, la quarantaine. Elle est russe. Je pensais que nous étions,
Florence et moi, les deux seuls étrangers sur ce bateau. Elle m'est apparue comme au beau milieu d'un rêve comme pour me rappeler à la réalité.
- combien avez-vous payé pour venir sur ce bateau ? me dit-elle.
- 40 dollars... il est vrai que le billet coûte plus cher en le prenant en
Egypte et...
Je pensais que c'est là qu'elle voulait en venir. L'aller-retour coûte moins cher si il est pris de
Jordanie.
Mais ce n'est pas là où elle veut en venir. La voix sanglotante, elle me dit :
- c'est inacceptable. Dans un standard international, pour ce montant, vous avez droit à une cabine. Vous avez vu ce bateau ? C'est une véritable poubelle, pire, une épave flottante. Les toilettes sont impraticables, elles débordent littéralement. Regardez-moi ça. Dans mon pays, qui est pourtant cher, ceci serait tout bonnement inacceptable.
Elle lève les yeux sur la masse de monde entassée n'importe où et jette un regard de dédain, de haine presque. C'est vrai que ce n'est pas beau à voir. Je fais un rapide calcul et me dit qu'un armateur véreux se fait au bas mot 25.000 euros x 2 par jour tout en n'investissant pas un franc dans l'accueil des passagers et, je n'ose pas le croire, dans les conditions de sécurité applicables pour de telles traversées. Je me souviens il y a deux ans du naufrage d'un pareil ferry au large d'
Hurghada sur la mer rouge. Mille morts par noyade. Le gouvernement chassant les familles de victimes venues demander des comptes à
Hurghada, et au bord de l'émeute, en coupant l'eau et l'électricité de la ville. La femme continuera son chemin et disparaîtra comme elle est apparue.
Il en sera de même pour moi sur ce forum où un message offrant une opportunité de collocation au
Caire (sans benef, sauf pour les colocs) a été purement et simplement radié sans aucune forme de procès.