Angkor: la terrasse dite du roi lépreux

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SC
Bonjour à tous LA TERRASSE DU ROI LEPREUX - Maurice Glaize écrit dans son livre "Les monuments du groupe d'Angkor", que les sculptures de cette terrasse sont du style du Bayon. Ce style se situe entre 1181 et 1243, il pense donc que le roi constructeur est Jayavarman VII (qui pratiquait le bouddhisme Mahayana ou Grand véhicule). - Claude Jacques dans son livre "Angkor cité khmère", écrit que ce monument est du style du Bayon ou Post Bayon (1243 - 15ème siècle). Il précise que cette terrasse ne date probablement pas du règne de Jayavarman VII comme on le dit généralement, mais du règne de Jayavarman VIII.

- Dégagement en 1911 par Jean de Mecquemem (membre de l'EFEO) et en 1917 par Henri Marchal (également membre de l'EFEO)

- Au centre de la terrasse, on a trouvé une statue : "A cause de l'étrangeté du personnage et des taches de lichen qui marquaient la surface de la pierre, on l'a appelé, le "Roi lépreux", d'après une vieille légende populaire qui veut qu'un des rois d'Angkor ait été lépreux". (Claude Jacques).



Après une tentative de vol la statue a été placée au musée de Phnom Penh, elle a été remplacée par un moulage. - Jean Commaille dans son livre "Guide aux ruines d'Angkor" mentionne quelques hypothèses émises par des chercheurs : • Il s'agirait de Kubera, dieu des richesses. Kubera est représenté comme un nain bedonnant difforme. • Il s'agirait peut-être de la représentation du roi Yaçovarman qui était lépreux. Je n'ai jamais lu que ce roi était lépreux, c'est peut-être possible ? • Jean Commaille quant à lui pense qu'étant donné que le personnage est représenté est nu, il s'agirait de Çiva sous l'aspect d'un ascète ? - Madeleine Giteau dans son livre " Histoire d'Angkor" mentionne ceci : "Ce Roi lépreux" qui n'est pas, de loin, une des plus belles sculptures de l'époque, porte des crocs à la commissure des lèvres ; il pourrait représenter une divinité des morts ou des mondes infernaux".

Comme on peut le constater les avis divergent.

"Cette statue du "Roi Lépreux" est peut-être en définitive – si l'on en croit une courte inscription du XVème siècle gravée sur son socle – un "Dharmarâja". C'est le nom sous lequel on désigne tantôt Yama, le Juge Suprême, tantôt l'un de ses assesseurs" (Maurice Glaize).

Il s'agit maintenant de l'hypothèse qui a été retenue. Il serait donc plus exact, comme l'écrit Madeleine Giteau, de nommer cette terrasse de la façon suivante Terrasse dite du Roi Lépreux.

- Cette terrasse est constituée par un massif en maçonnerie d'environ 25 m de côté pour 6 m de haut. Ses faces sont entièrement sculptées de personnages juxtaposés et répartis sur sept registres, dont le dernier a presque totalement disparu. - George Cœdès estime que la Terrasse du Roi Lépreux avec ses étages superposés d'êtres fabuleux représente sans nul doute le Meru.



Le Méru est une montagne dans la mythologie hindouiste et bouddhiste…

- Les travaux de dégagement ont révélé l'existence à deux mètres en retrait de la face extérieure d'un second système de murs également sculptés de bas-reliefs. - Depuis la restauration complète du monument, menée par l'EFEO au début des années l990, on peut pénétrer à l'intérieur de la terrasse pour admirer ses magnifiques parois sculptées

Visite :

- Commencer la visite par le passage intérieur, accès au Sud de cette terrasse un peu en retrait. Il y a de jolies sculptures dans ce passage. - En sortant de ce passage (au Nord) il y a l'escalier qui permet d'accéder à la terrasse pour voir la statue. - Terminer cette visite en faisant le tour de la terrasse où là encore on peut voir de belles sculptures.

LA LEGENDE DU ROI LEPREUX

Le bas-relief du Bayon : galerie des bas-relief intérieurs (1), façade Est, juste à droite du Gopura (entrée), on voit une petite partie en retrait avec à gauche un petit escalier. Ce bas-relief présente "la légende du Roi lépreux", identifié pat Victor Goloubew (membre de l'EFEO de 1920 à 1945). Ce bas-relief se lit de gauche à droite. A droite de l'escalier :

"Un roi trône dans son palais, près de son épouse, entouré de sa cour avec en haut des apsaras et en bas un orchestre et des danseuses. Ensuite, le roi combat un énorme serpent à mains nues, tandis qu'au-dessous la foule commente l'événement. Le monstre l'ayant souillé de son venin, il contracte la lèpre ; assis dans son palais, il donne des ordres à ses serviteurs qui, descendant un escalier, semblent se précipiter pour aller consulter dans la forêt des ascètes guérisseurs. Des femmes entourant le souverain malade examinent sur ses mains les progrès du mal ; on le voit enfin couché, avec un ascète debout à ses côtés. La dernière scène montrerait les progrès de la maladie. On remarquera sous la scène de la lutte contre le serpent une pierre mobile servant à boucher l'orifice d'une canalisation intérieure d'évacuation des eaux". (Maurice Glaize, "Les monuments du groupe d'Angkor") (2)

JAYAVARMAN VII AVAIT-IL LA LEPRE ? C'est la question que se pose George Cœdès dans son livre "Pour mieux comprendre Angkor"

- Les hôpitaux de Jayavarman VII Une stèle du ta Prrohm (1186) nous apprend que Jayavarman VII a fait construire 102 hôpitaux disséminés dans son royaume. Il y en a quatre autour d'Angkor Thom : Ta Prohm Kel au Sud, la Chapelle de l'hôpital à l'Est, Tonle Sgnout et un quatrième près de la porte Ouest (en ruine) (3) - Etudes de Victor Goloubew Deux bas-reliefs, dont l'un sert de fronton à la chapelle dite de l'Hôpital, représentent, d'après les spécialistes, un traitement de cette manifestation nerveuse de la lèpre que les médecins nomment "griffe cubitale" et qui se manifeste par une contraction des doigts de la main. Victor Goloubew a contacté le Dr Mesnard – Directeur de l'Institut Pasteur de Saigon – pour qu'il puisse faire des recherches sur cette légende du roi lépreux.

Le Dr Mesnard a remis en 1934 une note à Victor Goloubew dont voici des extraits : - Les avant-bras et les mains du patient sont l'objet des soins attentifs de la part des femmes qui l'entourent. Le geste de l'une d'elles me paraît caractéristique : elle maintient l'auriculaire droit en extension comme pour redresser une griffe cubitale. Par sa pose elle semble attirer l'attention de ses voisins sur ce point particulier si important". - Les membres inférieurs sont soutenus par un objet placé sous les genoux. - L'une des femmes soutient de sa main gauche le pied droit du personnage et de sa main droite elle semble lui frictionner la jambe gauche. - Les gestes de ces femmes semblent bien indiquer qu'il est atteint d'une affection à localisations marquées aux extrémités des membres ; troubles sensitifs et trophiques de la lèpre ?" - Autre remarque importante : de chaque côté du malade un personnage porte un vase rempli de fruits de forme ronde. Ne seraient-ce pas des graines de Chaulmoogra (Krabao) ? L'Hydnocarpus anthelmintica, appelé Krabao, est un arbre très répandu dans la forêt d'Angkor" (4). - Interprétation possible : lèpre à localisation nerveuse à la période de névrite".

- Avis de George Cœdès "Le malade représenté sur le fronton de la chapelle de l'Hôpital et sur le bas-relief du Bayon est certainement un personnage de très haut rang, probablement le roi lui-même. On est tenté de mettre ces images en rapport avec la légende du roi lépreux, dont la persistance au Cambodge permet de supposer qu'elle a quelque fondement historique, et dont on trouve l'écho dans un texte médiéval hindou qui relate le pèlerinage dans l'Inde d'un roi du Cambodge atteint de la lèpre ; et l'on en vient à se demander si la fondation par Jayavarman VII de 102 hôpitaux n'a pas une certaine relation avec cette maladie soit que le roi, atteint lui-même de la lèpre, ait voulu en fondant des hôpitaux pour soigner les maladies de ses sujets, acquérir des mérites susceptibles de soulager sa propre infortune, soit que, sain de corps, il ait voulu réaliser cette œuvre d'assistance médicale pour en reporter les mérites sur un de ses parents victime de ce mal redouté, généralement considéré comme la punition de fautes antérieures". ("Pour mieux comprendre Angkor")

(1) Au Bayon il y a deux galeries de bas-reliefs : - Galerie des bas-relief intérieurs sur les murs de la première enceinte, la plus près du sanctuaire central - Galerie des bas-reliefs extérieurs sur les murs de la deuxième enceinte (2) Claude Jacques ("Angkor cité khmère") et Michel Petrotchenko ("Le guide des temples d'Angkor") font une description de ce bas-reliefs pratiquement identique à celle de Maurice Glaize. (3) Je ne conseille pas la visite de la Chapelle de l'hôpitalet deTa Prohm Kel. A mon avis sans grand intérêt. (4)Encore actuellement les Cambodgiens traitent la lèpre en faisant absorber aux malades des graines torréfiées de Krabao.

Jacques
FA FabGreg Globetrotter ·
C'est toujours un plaisir de lire tes exposés, minutieusement documentés.

George Cœdès estime que la Terrasse du Roi Lépreux avec ses étages superposés d'êtres fabuleux représente sans nul doute le Meru. Le Méru est une montagne dans la mythologie hindouiste et bouddhiste

Dans ces mythologies, c'est plus qu'une montagne, c'est le centre du monde.

Sauf erreur de ma part, les temples-montagnes khmers sont supposés être une représentation du Mont Meru / Mérou. Un mode architectural qui s'étend au célèbre Angkot Vat.

De manière générale, les enceintes multiples d'un temple khmer correspondaient à la description du Mont Mérou ceint de plusieurs chaînes de montagnes.

Que cette terrasse dite du Roi Lépreux soit une représentation du Mont Mérou, ajoute à l'importance de cette place centrale d'Angkor. Le documentaire "Angkor redécouvert" détaille la thèse comme quoi cette terrasse aurait été le lieu de crémation des rois khmers, d'où la présence de la statue de Yama. Une thèse cohérente.

La terrasse dite du Roi Lépreux reste l'un des grands moments de ma visite d'Angkor. En partie parce que j'avais lu quelques décennies auparavant la nouvelle de la découverte de la façade interne.

Fabrice
S'exposer à l'Etranger lointain amène à mieux connaître et comprendre sa propre Culture.
SC Schnacke67 Veteran ·
Bonjour Fabrice

C'est toujours un plaisir de lire tes exposés, minutieusement documentés.

C'est également un plaisir pour moi de discuter avec un passionné des temples angkoriens. Je suis entièrement d'accord avec ce que tu as écrit. Voici quelques précisions (que tu connais peut-être) :

Les anciens Khmers ont essayé de construire leurs temples à l'image de l'idée qu'ils se faisaient des dieux. C'est ce que décrit Georges Cœdèsdans son livre"Pour mieux comprendre Angkor" : dans son livre il y a un chapitre concernant le symbolisme architectural, voici un bref extrait de ce chapitre :

"Dans la conception hindoue du monde, un continent central, le Jambudvîpa, au centre duquel s'élève la montagne cosmique, le Meru entouré des planètes, est encerclé par six continents annulaires et concentriques et par sept océans, dont le septième est borné à l'extérieur par une grande muraille rocheuse. Au sommet du Meru se trouve la ville de Brahma, le monde des dieux, entouré par les huit gardiens des points cardinaux.

Le système bouddhique, assez différent dans le détail, repose-lui aussi sur l'idée d'une montagne centrale, le Meru, au-dessus de laquelle s'étagent les divers cieux. Elle est entourée par sept chaînes de montagnes circulaires et concentriques séparées par autant de mers. Autour de ce complexe s'étend le grand océan, dans lequel baignent quatre continents insulaires, un dans chaque région de l'espace, celui du Sud ou Jambudvîpa constituant le séjour des hommes. Cet univers est entouré, comme dans la cosmologie brahmanique, par une immense muraille de rochers. Au sommet du mont Meru, se trouve la résidence des quatre régents despointscardinaux. Au-dessus trôneIndra, entouré de33 dieux; au-dessus encore s'étagent les cieux, en nombre plus ou moins grand suivant les sectes et les époques.

Dans la cosmologie hindoue, le trait d'union entre les hommes et les dieux est représenté par l'arc-en-ciel. De nombreux indices convergents ont permis à Paul Mus de montrer que les ponts à balustrade de nagas, permettant de franchir les douves et de passer ainsi du monde des hommes au monde des dieux.

Dans tout l'Extrême-Orient, comme dans l'Inde, l'arc-en-ciel est comparé à un serpent. Il est parfois question de deux serpents, car il arrive souvent que l'arc-en-ciel soit double. Il est évident que c'est ce double arc-en-ciel, marquant un chemin divin dans l'espace, qui a inspiré la construction d'une balustrade de nagas de chaque côté des ponts, représentation terrestre de ce chemin divin.

J'ajouterai que, Buddha redescend du ciel des Trente-trois situé au sommet du Meru, où il avait été prêcher la Loi à sa mère, il a utilisé un escalier, qui n'est autre chose qu'un arc-en-ciel, et qui est représenté par une échelle dont les montants ont la forme de nagas.

Les temples sont donc un ensemble de conventions qui donnent aux hommes une image du monde divin"

Maurice Glaize dans son livre "Les monuments du groupe d'Angkor" écrit ceci : "Tantôt la pyramide est couronnée d'un sanctuaire unique, tantôt d'un quinconce de tours évoquant les cinq sommets du Mérou". C'est le cas d'Angkor Vat. En arrivant par l'Ouest il y a une chaussée à nagas qui permet de franchir les douves et de "passer du monde des hommes au monde des dieux", comme le dit Paul Mus (1902- 1969, membre de l'EFEO de 1927 à 1946)

Véro et Eddy (encore des passionnés de temples) m'avait communiqué les références d'un hors-série du Monde de Juillet-Aout 2018 : "ANGKOR, découvrir, restaurer, visiter". J'ai acheté ce hors-série que j'ai trouvé intéressant.

Dans un chapitre il était mentionné que pour le temple d'Angkor, pour soulager le pont (chaussée à nagas) qui menaçait de s'écrouler sous les pieds des 4 millions de visiteurs par an, les autorités ont installé un pont provisoire que l'on peut voir en photo. Il s'agit d'un pont blanc qui doit être à gauche de la chaussée à nagas initiale. Lors de ma dernière visite en 2016, ce pont provisoire n'avait pas été construit.

Pour la terrasse dite du Roi lépreux, j'ai bien aimé sa façade interne avec de jolies sculptures. J'ai constaté que de nombreux touristes ne visitent pas cet endroit.

Jacques
CH Christiankra Regular ·
Bonjour Jacques et Fabrice, effectivement la terrasse du roi Lépreux est un grand moment de découverte sur le site d'Angkor Thom mais est-ce peut-être parce que cet endroit est situé en plein soleil qu'il invite les visiteurs à passer l'endroit plus vite qu'ils ne le devraient... ? Je n'ai eu l'occasion de ne voir le pont provisoire qu'en photo et je ne sais ce qu'il en est aujourd'hui , mais ceci m'a toutefois un peu étonné , car il y a déjà de cela quelques années , d'importanst travaux avaient déjà été entrepris pour refaire le dallage de pierre , complètement hors niveau , et les rambardes sur cet accès. Il semblerait donc que cette fois , ce serait plutôt dans les fondations ? Je voudrais profiter aussi de mon poste ici pour vous poser une questions : j'ai eu la chance d'aller souvent voir les temples d'Angkor , mais jamais je n'ai manqué de repasser dans la cité d'Angkor Thom , et je n'ai jamais manqué de visiter et d'admirer le Bayon , et particulièrement pour avoir une vue directe sur la complexité de ses fondations , et , ceci est bien sûr un avis strictement personnel , mais j'ai toujours trouvé ce temple bien différent des autres sur le site d'Angkor ; y a t'il une raison à cela que son style soit autre , est-ce peut-être une question d'époque, car mises à part les imposantes têtes de pierre que l'on peut retrouver aussi sur les hauteurs des portes d'accès dans la cité, il me semble que aucun autre temple n'a l'air du même style dans l'enceinte d'Angkor Thom , et même une fois sorti de la cité. Ces temples m'ont toujours passionné, leur histoire un peu moins . Voilà donc une bonne occasion pour en savoir plus. Puissiez-vous vous avoir la chance de revenir encore ici de nombreuses fois ! Sincère remerciements , bien à vous , Ch
La vie , ce n'est pas seulement respirer, c'est aussi avoir le souffle coupé
FA FabGreg Globetrotter ·
Voici quelques précisions (que tu connais peut-être)

C'est exactement ce que j'avais appris par la lecture. Avec moins de détail pour la version bouddhique.

Mais j'ignorais tout de l'assimilation du naga à l'arc-en-ciel.

Pour la terrasse dite du Roi lépreux, j'ai bien aimé sa façade interne avec de jolies sculptures.

Je me suis mal exprimé auparavant.

C'est vraiment la façade interne qui m'a émerveillé. Je ne m'attendais aucunement à la finesse de ces sculptures, bénéfice d'avoir été couvertes (et donc protégées) lors de la construction de la façade externe.

Et quand on visite cette façade interne, on y est bien à l'abri du soleil. [:)]

Fabrice
S'exposer à l'Etranger lointain amène à mieux connaître et comprendre sa propre Culture.
SC Schnacke67 Veteran ·
Bonjour Christian Sur le style du Bayon voici quelques précisions :

Les styles architecturaux durant la période angkorienne : - On a pu déterminer une chronologie des rois par l'épigraphie (étude des inscriptions) (1) avec le nom des temples qu'ils ont fait construire.

- C'est à Philippe Stern (2) et à Gilberte de Coral-Rémusat (3) que nous devons une nouvelle méthode de classification des monuments, basée sur le groupement par styles au moyen de l'étude analytique des thèmes de décoration (aspect général du monument, colonnettes, linteaux…).

- Par la suite on a pu établir une liste précise des styles angkoriens avec le nom des rois correspondants à chaque style

- Il y a 11 styles angkoriens : nous savons donc que le style du Bayon va de 1181 à 1243, dates qui correspondent aux règnes de Jayavarmam VII et son successeur Indracvarman II.

Le style du Bayon ne correspond donc pas à lui seul à un style mais à un ensemble de temples.

L'architecture du Bayon Pour moi, le Bayon est le temple que je trouve le plus complexe sur le plan architectural. Je me suis demandé, et je me demande encore, comment ce temple a été construit.

Dans le livre de Georges Coedès, "Pour mieux comprendre Angkor" il y a un chapitre intitulé "Le mystère du Bayon". Celui-ci a écrit :

"Mystérieux, le Bayon l'est par son plan compliqué résultant de transformations successives, par ses courettes profondes comme des puits, par ses galeries obscures – mystérieux encore par ses bas-reliefs en partie inexpliqués, par ses niches vidées de leurs idoles, par cette décoration des tours qui est unique dans l'histoire des arts – mystérieux, il l'a toujours semblé à ceux qui l'ont approché".

Il a cité Henri Parmentier :

"Le monument dans son état présent, dit H Parmentier, produit une bizarre impression d'entassement et de resserrement ; les tours s'accumulent les unes contre les autres, les édifices se serrent sans libre circulation, les cours sont des puits sans air et sans lumière".

- Nous n'avons pas de texte – plus exactement nous n'en n'avons pas trouvé, mais bien sûr je peux me tromper – concernant la construction des temples. Cependant, nous pouvons voir plusieurs sculptures représentant des méthodes utilisées par les khmers sur les bas-reliefs du Bayon. Dans son livre "Les monuments du groupe d'Angkor", Maurice Glaize en parle : - Bas-reliefs extérieurs : Pavillon d'angle Sud-Est

"Les sculptures de ce pavillon sont restées inachevées : le premier panneau montre fort bien les méthodes de travail des Khmers. Partant d'un mur préalablement dressé, ils procédaient par taille directe ; dessin gravé au trait, léger défoncement, mise en volume et fignolage. Deux charmantes apsaras dansent à droite, tandis qu'à gauche sont ébauchées trois tours surmontées d'un trident, celle du centre abritant un linga (?). Les autres panneaux sont consacrés à des scènes nautiques".

- Bas-reliefs extérieurs, galerie Ouest, section Sud

"Au-dessus la construction des temples : ouvriers halant un bloc de pierre sur lequel est un contremaître armé d'un rotin, d'autres portant des matériaux, d'autres enfin procédant au rodage des blocs suspendus a un bâti spécial."

- Bas-reliefs intérieurs, galerie Ouest, section Sud

"Entre deux tours : à droite, scène d'adoration du dieu Vishnou a quatre bras, surmontant quelques épisodes de la construction d’un temple, traités de façon plus complète que sur les bas-reliefs de la galerie extérieure : des coolies halent un bloc de pierre glissant sur des rouleaux, d'autres procèdent au rodage des blocs à l'aide d'un système spécial à levier et en effectuent la pose, d'autres enfin transportent des matériaux sous la menace du rotin"

(1) En architecture l'épigraphe est une inscription que l'on trouve sur des monuments. Ces inscriptions dont gravées sur les matériaux non putrescibles comme la pierre, le métal... L'Epigraphie : science qui étudie les épigraphes L'Epigraphiste : personne qui étudie les épigraphes

(2) Philippe Stern (1895-1979) : historien de l'art de l'Inde et de l'Asie du sud Est. Il a été conservateur du Musée Guimet. Bien que n'étant pas membre de l'EFEO il a écrit 5 BEFEO (Bulletin de l'EFEO). (3) Gilberte de Coral-Rémusat (1903-1943). Spécialiste dans les arts asiatique et surtout dans l'art khmer. Tout comme Philippe Stern elle n'était pas membre de l'EFEO mais elle a écrit 2 BEFEO en 1934 et 1936 Jacques
CH Christiankra Regular ·
Merci beaucoup Jacques pour ces précisons. Très cordialement , Christian
La vie , ce n'est pas seulement respirer, c'est aussi avoir le souffle coupé
SC Schnacke67 Veteran ·
Le documentaire "Angkor redécouvert" détaille la thèse comme quoi cette terrasse aurait été le lieu de crémation des rois khmers, d'où la présence de la statue de Yama. Une thèse cohérente.

Dans le BEFEO de George Cœdes de 1940 – volume 40, N° 40-2 – pp. 315-349 : "II. Études cambodgiennes, La destination funéraire des grands monuments khmers", page 339 on peut lire ceci :

J'incline à penser que la Terrasse du Roi Lépreux n'était pas autre chose qu'un Men permanent, ce qui expliquerait pourquoi, à une époque où l'on se souvenait encore de cette destination, on y a rassemblé des images de Dharmaràja, le dieu des morts.

Le Men est un pavillon crématoire

- En décembre 2015 tu avais mentionné le documentaire "Le mystère d'Angkor" Un anthropologue néo-zélandais intervient dans ce document, il a affirmé que les cendres du Roi Sûryavarman II, constructeur d'Angkor Vat avaient été placées au sanctuaire central de ce temple. (*)

Dans le livre de George Cœdes "Pour mieux comprendre Angkor" on apprend, se basant sur les rites funéraires javano-balinais, que les cendres des rois de ce pays étaient placées dans des pierres à dépôts. On n'a a pas trouvé de cendres dans les cavités de ces pierres à dépôt dans les temples angkoriens. On ne peut donc pas affirmer (jusqu'à preuve du contraire) que les cendres des rois angkoriens étaient placées dans ces cavités.

Les pierres à dépôt : voir le schéma joint au présent, la pierre à dépôt est située sous le yoni. Il s'agit d'un socle de statue ou de sculpture, on peut y voir des cavités dans lesquelles ont y plaçait des objets précieux, on a retrouvé quelques petits fragments d'or. Beaucoup de statues ont été renversées par les pilleurs pour accéder à ces objets précieux. On peut encore voir dans des temples des pierres à dépôt.

- Les cuves funéraires Voici un extrait du BEFEO "La destination funéraire des grands monuments khmers"

"Durant ces dernières années, les travaux de la Conservation d'Angkor ont ramené au jour une quinzaine de cuves en pierre : une seule possède encore son couvercle, et toutes celles dont la partie inférieure est conservée présentent, sauf une, la caractéristique d'être percées d'un trou d'écoulement" "La cuve du Banteay Samre a été découverte au pied des marches de l'entrée secondaire Sud du Gopura I Est. Cuve complète avec couvercle percé d'un trou au centre. Trou d'écoulement : décoré à l'extérieur d'une tête de Rahu ou de Kirtimukha sur une des grandes faces".

Voir la photo jointe de la cuve du Banteay Samre

On ne connait pas la fonction de ces cuves. Toutes ces cuves ont été retrouvées vides. Certains chercheurs pensent qu'il s'agit peut-être d'urnes funéraires ?

Comme on peut le constater, il y a encore beaucoup de choses que nous ignorons sur les temples angkoriens et en particulier sur les rites funéraires. En l'absence de documents précis ou de découvertes importantes, on ne peut donc pas affirmer comment se déroulaient exactement les rites funéraires concernant les rois angkoriens.

- Au début de mon post j'ai parlé des hôpitaux de Jayavarman VII Voir l'article du Monde du 15/08/2017 : "Angkor, des statues de grès ont été découvertes". Il doit s'agir de l'hôpital Tonle Sgnout situé au Nord d'Angkor Thom https://www.lemonde.fr/architecture/article/2017/08/15/a-angkor-des-statues-de-gres-ont-ete-decouvertes_5172626_1809550.html

(*) L'anthropologue néo-zélandais s'est peut-être basé sur le livre de George CŒDES("Pour mieux comprendre Angkor") dont voici un extrait

En 1933, Jean Przyluski formula une hypothèse, qui parut alors assez audacieuse, et d'après laquelle Angkor Vat serait le tombeau de SURYAVARMAN II.

Jacques

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