La Chine sept ans plus tôt Yangguizi · 14 January 2007 à 15:58 · Une photo 89 messages · 14 participants · 18 051 affichages | | | | À: Yangguizi · 16 January 2007 à 16:43 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 21 de 89 · Page 2 de 5 · 4 967 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
Hehehe... Monsieur Fung, je le connais, c'est un cousin d'une belle soeur d'un ami. Il est flic, ta première impression était la bonne! 
Je n'ai jamais eu la chance de goûter à ces fameux dim sums.
J'ai faim de la suite... tu comptes écrire un bouquin? | | | À: Yangguizi · 17 January 2007 à 9:41 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 22 de 89 · Page 2 de 5 · 4 934 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
11. L'Armée et le Peuple sont inséparables comme le poisson et l'eau, enfin presque
Malgré le changement de régime, le grand drapeau portugais aperçu la veille n'avait pas encore été remplacé, ça devait être probablement une question d'heures. Si je n'avais pas dû rationner ainsi mes photos, j'aurais sans doute immortalisé cet improbable drapeau étranger représentant le pouvoir sur une terre désormais chinoise.
Un peu partout, des voitures banalisées circulaient, remplies de men in black au visage et au costume tous identiques à ceux de la veille au soir. Macao pullulaient donc de flics en civil ce 20 décembre.
Le programme de l'après-midi était tout trouvé: assister au défilé militaire de l'Armée Populaire de Libération entrant dans Macao. Nous sommes arrivés un peu trop tard sur la grande avenue au bord de laquelle une foule dense et incrédule regardait arriver les premiers véhicules blindés, et n'avons donc pas trouvé de très bonnes places. Aimant bien les défilés militaires et n'en ayant jamais vus en Chine, je ne voulais évidemment rater ça pour rien au Monde et j'avais les yeux écarquillés. J'ai été relativement déçu: il n'y avait ni fanfare, ni musique patriotique, ni mêmes soldats défilant au pas de l'oie. Ca ne ressemblait pas tellement aux défilés militaires dont je rêvais. Il y a eu malgré tout pas mal de véhicules, ainsi que des représentants de la plupart des corps de l'Etat, de l'armée à la justice. Le Parti Communiste Chinois était peu représenté, juste un char (de carnaval) en fin de cortège, et de nombreux étudiants en uniforme défilaient aussi au milieu de tout ça. Le défilé était plutôt long, tant du point de vue de la durée que de la distance parcourue, du moins à l'échelle du territoire. Venant de la frontière chinoise (l'ex-frontière?) et de la ville de Zhuhai, les troupes devaient rejoindre les petites casernes de la ville. Au terminus du défilé, je suis allé en examiner une mais il n'était évidemment pas permis d'y rentrer.
Mao Zedong avait en tout cas tort: l'Armée et le Peuple ne sont pas inséparables comme le poisson et l'eau, comme il disait parfois. Il n'y a eu du côté de la foule que de l'indifférence, aucune scène de liesse, quelques applaudissements polis, et à peine un peu de curiosité pour un spectacle comme un autre. Toute la propagande déployée en ville, et les innombrables banderoles rouges annonçant en chinois que le futur de Macao serait encore plus radieux, n'ont apparemment pas fait beaucoup d'effet. J'ai fini par m'en convaincre: les gens de Macao n'avaient vraiment rien à foutre de ce qui se passait sous leurs yeux.
A la fin du défilé, j'ai fait mes adieux aux filles, et j'ai pris le chemin de l'embarcadère pour retourner à Hong Kong. Un nouveau tampon (toujours en portugais) sur mon passeport, une traversée d'une heure, et un nouveau tampon hongkongais plus tard, j'étais de retour sur l'ex colonie britannique, puis à ma guesthouse. Un japonais montrait à tout le monde le journal qu'il avait ramené de Macao: il était visible sur la photo à la Une, au milieu de la foule, c'était son jour de gloire.
En ce qui me concerne, ce n'étaient plus les jours mais les heures que je comptais avant de fouler enfin la Chine continentale, celle qui m'intéressait vraiment. C'était pour le lendemain matin.
Sept ans plus tard: je n'ai toujours vu aucun beau défilé militaire en Chine, ce n'est plus à la mode. Il y en a parfois à Pékin, mais seuls les VIP peuvent y assister. L'Armée et le Peuple sont décidément séparés comme le poisson volant et l'eau boueuse. | | | À: Yangguizi · 17 January 2007 à 17:32 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 23 de 89 · Page 2 de 5 · 4 900 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
12. Retour chez moi
J'avais le choix entre le train et le bateau pour rejoindre Canton à partir de Hong Kong. Ayant apprécié ma traversée de la veille depuis Macao, j'ai opté pour le même moyen de transport pour me rendre dans la capitale de la Chine du Sud. Une nouvelle porte d'entrée pour moi, puisque mes voyages précédents en Chine avaient commencé à Pékin et Shanghai.
J'étais bien entendu très content de quitter enfin Hong Kong pour rejoindre la Chine continentale, et trépignais d'impatience tandis que le bateau rapide s'engouffrait dans la Rivière des Perles. Contrairement à ce que j'avais imaginé, les paysages étaient jolis. Le ciel toujours limpide - ou du moins autant qu'il puisse l'être dans les régions industrielles chinoises - garantissait à la mer une couleur relativement acceptable, tandis que la rive et les collines environnantes dévoilaient autre chose que des zones industrielles: villages, temples perchés, champs, voilà qui avait de quoi surprendre en plein coeur d'une région que l'on appelle parfois "le Grand Hong Kong", à savoir la vaste zone s'étendant de la zone administrative spéciale à Canton, et recouvrant quantité de villes champignons et de parcs industriels fleurissant comme des bourgeons au printemps (des bourgeois au printemps des peuples?).
Nous approchions rapidement de Canton elle-même. Bien qu'à mes yeux beaucoup moins attirante que Pékin ou Shanghai, la capitale de la riche province du Guangdong parlait toutefois à mon imaginaire, et elle parlait très fort. Point de départ de la première guerre de l'opium, mais aussi principal foyer d'émigration des diasporas chinoises du XIXème et de la première moitié du XXème siècle, cette ville représentait en fait toute la Chine pour bien des occidentaux: la langue cantonaise, minoritaire en Chine, a longtemps été langue principale des communautés chinoises d'outre mer, et la cuisine cantonaise est probablement la mieux connue à l'Etranger. Bien entendu, Canton n'était pas LA Chine, elle ne l'était en tout cas pas plus que Pékin ou Shanghai, mais elle était certainement UNE Chine. Une Chine rebelle, une Chine culturellement différente, une Chine économiquement en plein essor, en tout cas une des villes les plus à part du pays-continent. Ce n'était donc peut-être pas une si mauvaise idée que ça de commencer le voyage par là, afin de bénéficier d'un choc culturel plus important que dans une autre partie de la Chine qui m'était sans doute plus familière.
Le bateau nous a finalement déposés très loin du centre-ville, à un poste frontière éloigné de tout. Le passage de l'immigration a été extrêmement rapide en raison du faible nombre de passagers, et j'ai comme d'habitude poussé un énorme soupir au son du tampon chinois frappant mon passeport. Chaque entrée en Chine provoquait alors chez moi une émotion extrêmement intense, bien plus que n'importe quelle entrée dans un autre pays étranger, car je ressentais cette double impression de rentrer chez moi et de partir à l'assaut d'une terre nouvelle et inconnue. Un bien étrange paradoxe qui ne s'est pas encore éteint à l'heure où j'écris ces lignes, et qui nourrit toujours inlassablement ma passion pour ce pays. Déjà à l'époque, donc avant même d'y vivre, je considérais la Chine comme chez moi, plus encore que la France.
Cette fois j'y étais bien, à moi la découverte de nouveaux territoires du continent chinois!
Sept ans plus tard: habitant maintenant en Chine depuis plusieurs années, je ne ressens évidemment plus du tout cette excitation lorsque je reviens en Chine après un séjour à l'Etranger, peut-être car ce retour marque toujours une fin de vacances, mais surtout aussi car la routine a naturellement pris le pas sur la nouveauté et la découverte. C'est dommage, ce sentiment me manque, mais si j'osais une comparaison audacieuse, il est normal que l'excitation des premiers flirts ait disparu après plusieurs années de mariage. | | | À: Yangguizi · 18 January 2007 à 10:54 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 24 de 89 · Page 2 de 5 · 4 872 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
13. Flux, calme et volupté
Il me semble que c'est en bus que les passagers du bateau ont été transportés du terminal au centre-ville. Comme toutes les villes chinoises, Canton était une succession de chantiers et de gratte-ciels sans guère de personnalité, mais les villes chinoises que j'avais alors visitées jusque là avaient toutes un cachet personnel qui leur apportait un petit plus. Une ville comme Canton, c'était donc quelque chose de nouveau pour moi, et je dévorais tout du regard, tentant de m'imprégner de cette frénésie d'activité et d'embouteillages. Du centre-ville, j'ai rejoint l'île de Shamian, un havre de paix sur la Rivière des Perles, où j'avais décidé d'établir mon quartier général.
Je ne comptais rester à Canton qu'un jour ou deux avant de pénétrer plus à l'intérieur des terres. Une fois la valise posée à l'hôtel, je n'ai donc pas perdu de temps avant de sortir faire le tour de cette petite île. Quel quartier agréable! La plupart des bâtiments étaient anciens et de style colonial, et même la circulation était ridiculement faible comparé à la norme dans les centre-villes chinois. La population était nonchalente, tandis qu'un simple regard sur le fleuve permettait de deviner l'activité frénétique qui se menait en ville. C'était un bien beau contraste qu'offrait donc cette vue sur Canton, même si je me doutais bien que l'île de Shamian était à part. C'était en fait là que se trouvaient les fameuses maisons de commerce anglaises qui ont vu - et provoqué - le début de la guerre de l'opium. Loin d'être honni, le quartier était en fait plutôt bien mis en valeur et semblait trop beau pour être vrai: une sorte de musée à ciel en quelque sorte. Un peu partout, artistes et musiciens se produisaient à côté de passants chinois et étrangers qui déambulaient sur les quelques artères de l'île. Il ne fut en fait pas très long d'en faire le tour, et il allait donc bientôt falloir attaquer le reste de la ville. De l'autre côté du très étroit chenal qui séparait Shamian du reste de Canton, les klaxons et les embouteillages m'invitaient à une découverte sans doute moins pittoresque, mais sans doute tout aussi excitante.
Mais je préférais garder ça pour plus tard et ai continué à me prélasser sur l'île de Shamian. A cette époque là je prenais beaucoup plus mon temps pour voyager, et il ne me gênait pas du tout d'en perdre inutilement. Un peu plus tard, une autre correspondante internet m'a retrouvé à mon hôtel - et oui, j'avais des correspondants internet aux quatre coins de la Chine à l'époque, afin de pouvoir pratiquer en permanence mon chinois et de saisir au mieux les mentalités du pays. Avec une de ses amies, nous sommes allés dîner en ville, dans un quartier beaucoup moins calme.
C'était mon premier repas végétarien en Chine. Il s'agit là d'une expérience à ne pas manquer. Manger végétarien en Chine, cela ne signifie pas du tout la même chose qu'en Occident, où on se contente alors de manger de la salade, des légumes et des fruits. La cuisine végétarienne chinoise est infiniment plus élaborée, puisque les génies (je ne trouve pas d'autre mot) de la gastronomie chinoise parviennent à imiter la plupart des plats à base de viande, sans utiliser une seule protéine animale. Le pâté de soja (doufu) plus ou moins dense est l'outil principal de ces faussaires de génie, qui parviennent au moyen de savants mélanges et ajouts à imiter non seulement la texture mais aussi d'une certaine manière le goût de la viande. J'ai d'ailleurs refusé de croire ce qu'on me disait, étant convaincu de manger du vrai gulaorou (plat de porc sauce aigre douce) ou des vraies tranches de boeuf au poivre. Il aura fallu que le personnel du restaurant défile chacun à son tour pour me convaincre que j'avais été littéralement bluffé.
Sept ans plus tard: lors de mon second et dernier passage à Canton il y a un mois, j'ai consulté la carte de la ville distribuée à l'aéroport, par simple curiosité car je n'avais en fait guère le temps de la visiter. J'ai reconnu la forme familière de l'île de Shamian sur le petit plan, mais le nom avait disparu. C'était un autre nom qui apparaissait. Ciel! Ont-ils vraiment massacré mon souvenir ou bien y avait-il deux noms équivalents pour nommer une seule et même île? | | | À: Yangguizi · 18 January 2007 à 12:25 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 25 de 89 · Page 2 de 5 · 2 686 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
14. Prolongations
Je me suis rapidement résolu à rester plus longtemps que prévu à Canton, ayant beaucoup apprécié son ambiance, sa gastronomie et sa frénésie. J'ai dû finalement rester 5 jours au total, au lieu des 1 ou 2 prévus à l'origine. Mais puisque j'avais le temps, je pouvais me permettre une telle prolongation et découvrir les autres facettes de cette ville.
Une de mes premières visites fut le marché de Qingping, bien connu des touristes pour être un des plus hauts en couleurs du pays. Ce marché semble en effet avoir pour vocation première l'illustration de l'adage cantonais selon lequel on peut manger tout ce qui a des pattes sauf les tables, et tout ce qui vit dans l'eau, sauf les bateaux. Les paniers à bestioles m'ont encore plus impressionné que les serpents et autres animaux bizarres, et j'ai particulièrement été fasciné par les cantonais plongeant frénétiquement leurs gamelles dans les paniers à scorpions vivants, afin de les ramener chez eux pour leur faire subir probablement les pires outrages culinaires. Aucune confirmation par contre de la légende urbaine - sans doute fondée - selon laquelle on mange la cervelle des singes juste après leur avoir tranché le dessus du crâne, à vif. Brrrr.....
J'ai beaucoup apprécié aussi le musée archéologique de la ville, très bien fait et riche en contenu et en explications, où j'ai pu découvrir une Histoire de la région beaucoup plus ancienne que je ne l'avais supposée. Il est acquis que les foyers de civilisation chinois se sont d'abord développés sur les terres fertiles bordant le Fleuve Jaune et le Yangtsé, mais j'ignorais que la région de Canton avait vu naître et prospérer de puissants royaumes presqu'aussi anciens que les antiques dynasties ayant précédé la période des Printemps et des Automnes.
Beacoup plus récemment, c'est Sun Yatsen qui a marqué l'histoire de la ville, qui lui a bien évidemment consacré un gigantesque mausolée. Ce ne fut après tout que mon deuxième, ayant visité celui de Nankin six mois plus tôt. Sun Yatsen, fondateur de la République de Chine en 1911 était un enfant du pays, et sa mémoire est aujourd'hui entretenue avec zèle et assiduité, bien qu'il n'ait été que de très loin associé à la naissance du communisme chinois. Il partage toutefois avec Mao Zedong le rôle honorifique de père de la Chine moderne. Personnellement, bien qu'ayant peu lu sur le personnage, j'ai un peu de mal à comprendre l'étendue du rôle qu'on lui prête: la Révolution de 1911, ce n'est pas lui qui l'a faite, et s'il a su en profiter pour fonder une République, celle-ci n'a jamais réellement existé autrement que sur le papier, et Sun Yatsen n'a à l'époque jamais su avoir l'aura nécessaire pour empêcher un retour provisoire à l'Empire puis le partage du pays entre les seigneurs de la guerre. La République, c'est en fait Jiang Jieshi (Tchang Kaitchek) qui a commencé à la bâtir réellement.
J'ai aussi visité le temple des six banians, que j'ai trouvé assez quelconque. Plus encore que les visites, c'était en fait la découverte au hasard des rues et quartiers de la ville, et les contacts que j'ai pu avoir avec les gens qui m'ont intéressé. J'ai en revanche beaucoup galéré avec la langue. A cette époque, mon chinois était déjà correct mais loin d'être courant, et l'accent cantonais de la population locale m'a dérouté, même quand les gens parlaient mandarin: je l'ai trouvé très difficile à comprendre et il me fut souvent difficile de communiquer, même pour des choses simples.
Sept ans plus tard: j'ai en fait galéré dans pas mal de régions de Chine en raison des particularismes linguistiques locaux, et donc pas seulement à Canton. Mais parmi les régions développées, c'est sans doute à Canton que les gens parlent le plus mal mandarin. Le cantonais - aidé par la puissance hongkongaise - est en fait un des seuls dialectes chinois qui tienne réellement tête à la poussée du mandarin, et j'ai eu des difficultés en y retournant plus tard, avec un niveau de chinois bien meilleur. Aucun problème en revanche à signaler lors de mon bref passage à Canton et Dongguan il y a un mois. | | | À: Yangguizi · 20 January 2007 à 6:11 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 26 de 89 · Page 2 de 5 · 2 661 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
15. Cantonnais bien quelque part... on y reste. Je crois ne pas avoir fait grand chose à Canton pendant ces quelques jours. J'ai acheté un blouson en prévision de la remontée vers le nord que j'imaginais être de plus en plus froide, et me suis amusé à prendre le métro, juste pour voir: tout récent, il me rappelait beaucoup celui de Shanghai.
J'ai retrouvé ma correspondante internet avec qui nous sommes allés dans un salon de thé apparemment assez huppé. La serveuse nous fit le grand jeu: une interminable cérémonie et le passage de l'eau - infusée ou non - dans une succession de petits pots et de théières de toutes tailles et de toutes compositions, avant de finalement atterrir dans ce qui était la tasse que nous étions enfin invités à vider. J'ai trouvé ce thé très mauvais, sans doute trop infusé, mais il aurait été extrêmement délicat de le dire, et comme mon silence gêné a dû être interprété comme une approbation tacite, la même cérémonie fut reconduite plusieurs fois. Bon, la robe de la serveuse était jolie, c'était au moins ça...
Pendant ce temps-là, un joli concerto pour violons assurait la musique d'ambiance. Je ne le savais pas encore, mais j'écoutais pour la première fois un des airs les plus connus du répertoire chinois, datant je crois des années 1920. "liang zhu" ou bien encore "les deux papillons" est une mélodie que personne ne peut ignorer en Chine, et raconte une histoire un peu similaire à celle de Romeo et Juliette, à la différence près que les deux amants se réincarnent en papillons une fois morts. Il en existe autant de versions que d'instruments servant à l'interpréter. Instruments à cordes traditionnels, ou violons occidentaux, ou bien encore de manière moins orthodoxe, musique électronique, chaque version procure une impression différente. La mienne ce jour-là fut très positive, et c'était d'ailleurs je crois la première fois que j'appréciais une musique chinoise qui ne soit ni patriotique ni révolutionnaire.
Un peu plus tard j'ai été convié à diner chez la famille de mon amie, où j'ai notamment été invité à m'extasier longuement sur les souvenirs rapportés de Thailande qui encombraient le salon. A cette époque plus encore que maintenant, le fait pour une famille d'avoir passé des vacances à l'Etranger était un grand signe de fierté, comme d'ailleurs tout contact quel qu'il soit avec l'Etranger. Peut-être mon diner de ce soir-là allait-il faire l'objet de vantardises ultérieures. L'accueil fut en tout cas extrêmement sympathique et chaleureux, et j'en garde un très bon souvenir. Moins glorieuse fut cependant mon attitude, lorsque, après avoir goûté et apprécié la soupe de canard que l'on m'avait préparé, j'ai pris l'initiative de me resservir et de prendre un gros morceau de viande qui flottait au milieu. Tout le monde m'a regardé bizarrement et lorsque j'ai fait attention à ce qui se trouvait désormais dans mon assiette, j'ai compris: j'avais par inadvertence pris la tête de la bête. Non qu'il faille y voir là un quelconque affront ou manquement à l'étiquette chinoise, bien au contraire, mais mes hôtes connaissaient suffisamment la mentalité occidentale pour savoir que je n'apprécierais probablement pas de mettre cette chose dans ma bouche. Après quelques secondes d'immobilisation, le père de famille me sauva la mise en se précipitant vers mon assiette pour y dérober la fameuse tête, et rapidement en faire disparaître la chair dans son appareil digestif avant de recracher la carcasse nettoyée à côté de son assiette. Un petit "merci" gêné de ma part, et la conversation a repris son tour normal.
Sept ans plus tard: la Thailande est aujourd'hui une destination privilégiée du tourisme de masse à la chinoise, comme à l'occidentale d'ailleurs, et les shanghaiens - pour ne parler que d'eux - ne se vantent plus tellement d'y être allé en vacances, tellement c'est devenu commun. C'est maintenant l'Europe qui fait rêver. | | | À: Yangguizi · 20 January 2007 à 6:35 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 27 de 89 · Page 2 de 5 · 2 660 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
16. Les fous et le fou
Je m'en moquais bien entendu éperdument, mais j'allais encore être à Canton le soir de Noël, et, bien que je sois déjà à l'époque catégoriquement opposé à la célébration de cette fête, j'ai quand même mis le nez dehors pour voir ce qui se passait hors de ma guesthouse ce soir-là, sur l'île de Shamian.
Le quartier avait été décoré pour l'occasion, et on voyait déjà en cette année 1999 des sapins de Noël, des guirlandes et des pères Noël dans les rues, ainsi que des bonnets rouges et blancs sur la tête des passants. J'allais découvrir la fête à la chinoise. Pour bien réussir une fête chinoise, il faut déjà choisir une célébration occidentale (Noël et Halloween sont parfaits pour ça), et imiter les occidentaux en train de s'amuser, d'où les déguisements grotesques. Hors de question évidemment d'aller à la messe (encore heureux) ou de rester en famille et se faire des cadeaux (on a dit imiter, pas copier), il ne restait donc plus à la foule qu'à se retrouver dehors, dans les quartiers animés, et à faire semblant de s'amuser. Déjà à l'époque, on commençait à apercevoir ces petits insignes ou décorations lumineux et clignonants, servant à donner un peu de kitsch à une situation qui n'en était pas encore assez imprégnée.
J'ai donc fait comme les chinois, et ai fait plusieurs fois le tour de l'île, au milieu de ces gens, contemplant le spectacle surréaliste de cette foule qui avait autant l'air de s'interroger sur le pourquoi de leur présence que moi. Je ne suis donc pas resté très longtemps dehors, et n'ai évidemment pas attendu minuit, où d'ailleurs je pense que rien n'était supposé se passer.
Le lendemain, le 25 décembre donc, devait être ma dernière journée à Canton, que je n'ai pas vraiment cherché à meubler avant d'attrapper mon train en fin d'après-midi. Tandis que je me baladais une dernière fois sur cette bonne vieille île, un personnage étrange m'aborda, sans que j'ai malheureusement toutefois décelé son étrangeté au tout début. Après tout, il était tellement fréquent de se faire aborder par des gens neutres ou intéressants, que je ne m'étais pas méfié. Ce type d'une quarantaine d'années m'interrogea longuement sur mes projets en Chine, et je lui répondais inlassablement que ma destination finale était Shanghai, mais qu'entre les deux j'avais envie d'improviser, même si j'avais déjà choisi Guilin comme première étape. Le bonhomme insistait pour m'accompagner. Non pas sur l'île, ni même jusqu'à la gare, non, lui voulait traverser toute la Chine avec moi. Même si je l'avais trouvé intéressant j'aurais probablement décliné son offre, car je tenais à faire seul ce voyage initiatique, mais quand j'ai progressivement réalisé qu'il était fou, j'ai compris qu'il me serait difficile de me débarrasser de l'importun. Il ne comprenait pas mon refus, et insistait en me disant qu'il serait un bon guide pour moi, que je n'aurais pas à le rémunérer, juste à lui payer train, longement et nourriture (ben voyons).
J'ai cru m'en débarrasser en rentrant à l'hôtel pour aller chercher ma valise, mais le bougre m'attendait dehors quand j'en suis ressorti. J'ai rapidement attrappé un taxi, dans lequel il a tenté de s'engouffrer à son tour. Le chauffeur me vint heureusement en aide et ayant, lui, immédiatement détecté sa folie, me demanda si je le connaissais. Je n'ai su répondre que non - tant pis si c'est pas très joli, mais c'était un cas de force majeure - et le chauffeur l'engueula alors en cantonais, ce qui le fit immédiatement déguerpir. J'étais sauvé.
Arrivé à la gare, l'aventure, au sens où je l'entendais, allait enfin commencer.
Sept ans plus tard: bien loin d'avoir disparu, la mode des gadgets cligotants que l'on affiche sur son corps à la moindre occasion festive (et même parfois hors de tout contexte festif) a pris de l'ampleur dans toute la Chine, et cela fait maintenant partie du paysage. Lors du Nouvel An 2006, à Vienne en Autriche, j'ai été stupéfait de constater que des hordes de chinois occupaient le centre-ville historique pour vendre ces mêmes horreurs à la foule européenne. Et les autrichiens achetaient, achetaient, achetaient... Qui aurait cru que le péril jaune prendrait des couleurs aussi inattendues? | | | À: Yangguizi · 25 January 2007 à 10:30 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 28 de 89 · Page 2 de 5 · 2 628 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
Arrivé à la gare, l'aventure, au sens où je l'entendais, allait enfin commencer.
Tu es cruel de nous faire languir à attendre la suite de tes 7 ans de reflexion | | | À: Yangguizi · 26 January 2007 à 17:27 · Modifié le 26 Jan 2007 à 18:54 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 29 de 89 · Page 2 de 5 · 2 604 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
17. Les villes roulantes
Mon premier voyage en train en Chine remontait à 1997 et j'avais adoré ce mode de transport, où les conversations s'engageaient si facilement, où on était immédiatement dans une atmosphère plus chaleureuse encore que celle des villes chinoises, plus anonymes et plus oppressantes. Mettre le pied dans un wagon chinois, c'est entrer dans une petite communauté d'une bonne centaine de personnes, dont il est certain qu'on en connaîtra une bonne partie à la fin du voyage. Une bonne dizaine de wagons mis bout à bout, et c'est une petite ville roulante qui se déplace d'un point à un autre de la carte de Chine.
Je n'avais même pas essayé de réserver de couchette, préférant alors voyager en siège dur, la classe la moins chère mais aussi la plus haute en couleurs, et où je risquais le moins de m'ennuyer. De Canton à Guilin, c'est une nuit entière de trajet qui m'attendait, et une arrivée au petit matin où je savais qu'un lit et une douche m'attendaient, dans un hôtel que je prendrais au hasard dès l'arrivée. Mais je n'en étais pas encore là, et en entrant dans la gare de Canton, j'attendais avec impatience le moment où je découvrirais le regard stupéfait des voisins de siège dévisageant l'Etranger venu les rejoindre.
Contre toute attente, le wagon fut en partie vide, ce qui laissait au moins supposer que je pourrais m'allonger sur une banquette dès que la fatigue serait trop forte. La première personne qui m'aborda fut un jeune d'à peu près mon âge, qui était extrêmement bavard et avec qui la communication aurait lieu en partie par écrit, car à ce moment-là, je me débrouillais en chinois plutôt mieux à l'écrit qu'à l'oral, et il n'était pas évident de comprendre son accent provincial du premier coup. Le bavard avait un sujet de conversation favori: son travail. Il venait de commencer à travailler dans un hôtel touristique, probablement un hôtel d'Etat géré de manière très bureaucratique, et au sein duquel chaque employé savait quel était son rôle et quelles étaient les limites de l'initiative qu'on attendait d'eux. Il était obsédé par la hiérarchie de son hôtel et ses idées sur comment escalader les échelons un à un. La conversation fut extrêmement longue et, quand j'y pense, particulièrement inintéressante, mais à cette époque, je me foutais en fait de ce dont on me parlait, la priorité étant d'améliorer mon niveau de chinois. C'est donc avec la plus grande sincérité que je l'interrogeais sur les détails de sa future ascension sociale et sur la structuration des différents départements de son hôtel. Lorsqu'il n'y eut vraiment plus rien à dire - et je vous assure, chers lecteurs, que le sujet a vraiment été épuisé - il se tourna vers une jeune fille non loin de nous, et commença à l'entretenir du même sujet.
Je les regardais tous les deux, non sans m'amuser de l'attitude dépitée de la jeune fille qui - n'ayant aucun besoin d'améliorer son niveau de chinois puisqu'elle était du cru - ne trouvait légitimement aucun intérêt à la conversation, ou plutôt au monologue de notre sympathique nouvel ami commun. Le gars avait l'air d'en pincer pour elle, ce qui eut pour effet surprenant de le rendre encore plus bavard qu'avec moi, et de lui faire fournir des détails encore plus précis sur la répartition des rôles entre le service de réservation et le service clientèle entre lesquels il avait l'air de partager sa passionnante activité professionnelle. La pauvre jeune fille n'arrivait apparemment pas à s'en sortir et me lançait de temps en temps des regards désespérés qui cachaient sans doute une invitation à m'immiscer dans leur conversation, à parler d'autre chose, et surtout à mettre un frein au débit spectaculaire du jeune homme. Mais je ne voulais pas gâcher cette histoire d'amour naissante, et les ai laissé tranquillement continuer, tandis que je m'allongeais sur une banquette en fermant les yeux.
Je n'ai en fait pas dû dormir très longtemps, car le wagon était plutôt bruyant malgré le faible taux d'occupation de ses banquettes. Je commençait à avoir un peu faim, n'appréciant déjà pas à l'époque la nourriture sommaire dispensée par les vendeurs ambulants qui arpentaient régulièrement les wagons, haranguant les acheteurs éventuels. Comme à l'issue de tout voyage en train, surtout en siège dur, je me sentais crasseux et fatigué au fur et à mesure que l'heure prévue d'arrivée se rapprochait.
Nous sommes arrivés à peu près à l'heure à Guilin et en sortant de la gare, je me suis précipité vers le premier hôtel que j'ai vu où une douche salvatrice m'a vite remis sur pieds. Ce n'était pas du luxe, il faisait plutôt froid en ce petit matin. Finie la douceur des températures des villes côtières du Guangdong, le climat continental m'attendait et me fit bénir le blouson que j'avais judicieusement acheté quelques jours plus tôt.
Sept ans plus tard: les trains chinois, c'est toujours bien joli, mais je ne les prends plus que pour des petites distances. Vive l'avion! | | | À: Yangguizi · 28 January 2007 à 2:35 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 30 de 89 · Page 2 de 5 · 2 583 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
18. La forêt de lauriers
Tous les noms propres chinois, et donc notamment les noms de ville ont une signification. "Gui Lin" c'est la forêt de lauriers, et j'étais enchanté de découvrir une ville où pullulaient les jolies plantes... végétales bien sûr. J'ignorais encore, ou plutôt je n'avais pas encore acquis le réflexe systématique de partir du postulat que les noms des villes chinoises ont été attribué il y a des siècles de cela, et ne correspondent plus forcément à la réalité ni à la physionomie de la ville actuelle. Qui croirait aujourd'hui que Changchun, une des villes les plus polluées au Monde s'appelle en fait "printemps éternel" ou que la grouillante et bruyante Xi'an est "la paix de l'ouest". Guère de lauriers à Guilin donc, et les deux jours que j'ai passés en ville furent des plus urbains.
C'est là un des très gros inconvénients à ne pas préparer un voyage et à improviser sur place: on peut passer à côté du meilleur. Je ne réalisais donc alors pas qu'il fallait sortir de la ville pour découvrir les paysages de cartes postales qui ont fait la réputation de la région. Certes, j'en sortirais plus tard de cette ville, mais beaucoup beaucoup trop tard. Deux jours c'est quand même énorme pour visiter Guilin qui offre certes quelques points de vue et attractions intéressants, mais guère à la hauteur des splendides pics karstiques et pains de sucre qui essaiment la région. Ignorant que je faisais fausse route, j'ai toutefois plutôt apprécié la visite de Guilin, qui, grâce à quelques reliefs énigmatiques judicieusement disposés en plein coeur de la ville, est tout de même une ville plus intéressante que la plupart des villes chinoises, même si elle n'est pas épargnée par la foule et la circulation trop denses.
A Guilin donc, il y a des pics et des grottes, et je me suis amusé au cours de ces deux jours à visiter quasiment tous ceux répertoriés sur les plans touristiques de la ville. Quel acharnement! J'ai particulièrement apprécié l'une de ces grottes où, à l'entrée, on pouvait voir un gigantesque grafiti peint à même la roche qui disait que le Parti Communiste Chinois était grandiose ou le sauveur de l'Humanité ou un truc comme ça. Il parait que ça date de la Révolution Culturelle, où les "touristes" de l'époque aimaient laisser une trace idéologique de leur présence.
A la fin de la première journée, dans l'une de ces grottes, j'ai été adopté par un groupe de sept filles de Hong Kong qui faisaient du tourisme dans la région. Elles m'ont bien évidemment chaudement conseillé d'aller à Yangshuo et de prendre le bateau sur la rivière Li pour rejoindre le bourg distant de quelques heures. Puis elles m'ont invité à diner et nous sommes allés manger un hot pot dans la rue. Ce n'était pas la première fois que je goûtais à ce plat consistant à faire cuire soi-même ses ingrédients (viande et légumes) dans une marmite, mais j'ai bien aimé cette expérience, particulièrement agréable quand il fait assez froid dehors. Et le fait d'être en si charmante et nombreuse compagnie n'était évidemment pas pour me déplaire. Les demoiselles occupaient un hôtel voisin du mien, plus beau et plus onéreux bien sûr, et nous sommes donc rentrés ensemble dans le quartier de la gare. Que les petits malins qui lisent ça ne montent pas sur leurs grands chevaux, il ne s'est strictement rien passé après que nous nous soyons dit au revoir, et nous ne nous sommes d'ailleurs pas revus car nous n'avions pas les mêmes projets. Enfin si, nous nous recroisés par hasard le lendemain en fin d'après-midi devant la gare, mais c'est tout.
Sept ans plus tard: les rencontres entre voyageurs c'est très fréquent, le contexte du voyage incitant à lier connaissance. Mais ça a la plupart du temps lieu entre voyageurs solitaires ou en tout petit groupe. En Chine, il m'est en fait arrivé à de nombreuses reprises de sympathiser et de faire un tout petit bout de chemin avec des groupes (non organisés bien entendu) de 5, 7, 10 voir plus d'amis. Je crois que ça ne m'est jamais arrivé ailleurs. Mon record personnel de 7 filles d'un coup a d'ailleurs été battu plus tard à plusieurs reprises. | | | À: Yangguizi · 28 January 2007 à 10:26 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 31 de 89 · Page 2 de 5 · 2 542 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
19. Tout le monde y perd
Alléché par la description paradisiaque de la croisière sur la rivière Li, telle que contée par les hongkongaises de la veille, je me suis mis en quête le lendemain matin du point de vente pour ces fameux billets, imaginant même faire le trajet dans la journée et passer la nuit à Yangshuo.
Je n'ai eu aucun mal à trouver l'endroit, et une fois sur place ai demandé au bonhomme s'il restait des places sur une des croisières le jour-même. Le dialogue qui s'ensuivit fut assez long, et si je ne me souviens pas parfaitement des détails, cela donna à peu près ceci: bonjour, c'est bien ici les billets pour la croisière sur la Rivière Li? oui vous avez des places pour aujourd'hui? oui super, je vous en prends une parfait, c'est 450 yuans non non, je prends celle à 110 il n'y a pas de croisière à 110 si si, celle de Guilin à Yangshuo non, celle-là coûte 450 mais j'ai rencontré des gens hier qui m'ont dit qu'ils avaient payé 110 c'est impossible pourquoi m'auraient-ils menti? ils se sont trompés ils n'avaient pourtant pas l'air de débiles mentaux ils ne seraient pas chinois par hasard vos amis? si si alors c'est normal, ils ont payé 110, c'est le prix pour les chinois et pourquoi y aurait-il un prix pour les étrangers et un prix pour les chinois? c'est comme ça le bateau des étrangers est meilleur que celui des chinois? c'est le même bateau alors les places pour étrangers sont meilleures que les places pour chinois? ce sont les mêmes alors qu'est ce qui justifie la différence de prix? les étrangers sont plus riches moi je suis étudiant, et sûrement moins riche que les hongkongaises d'hier ça ne me regarde pas et d'ailleurs, les hongkongais sont aussi riches que les européens, ils devraient donc payer le prix étranger Hong Kong appartient à la Chine un pays, deux systèmes un pays deux systèmes alors tu le prends ou non le billet? sûrement pas à ce prix là tant pis pour toi c'est la saison creuse maintenant. Il n'y a personne sur vos bateaux. Tu ne veux pas les remplir? je m'en fiche en tant qu'Etranger je me sens blessé d'être moins bien traité que les chinois la Chine n'est pas dans l'Organisation Mondiale du Commerce, on ne doit rien aux Etrangers justement la Chine ne sera jamais dans l'OMC tant qu'elle fera ce genre de chose une fois que la Chine sera dans l'OMC on mettra un tarif unique pour les chinois et les Etrangers c'est dans l'autre sens que ça marche non écoutez, je suis étudiant en droit international, et j'ai écrit plus de 80 pages sur l'entrée de la Chine à l'OMC, je sais de quoi je parle ok, je peux te faire le billet à 400 au lieu de 450 non, ce sera 110 ou rien alors ce sera rien vous êtes sûr? oui alors au revoir au revoir
Je suis parti mécontent, en me jurant de ne pas monter sur ce maudit bateau. Tant pis pour la jolie croisière, je ferais le trajet en bus le lendemain pour 10 yuans (ou 5 je ne sais plus).
Sept ans plus tard: les tarifs pour Etrangers c'est fini depuis longtemps, avant même que la Chine ne soit entrée à l'OMC fin 2001. C'est fini de manière officielle, quand les prix sont affichés, mais les chinois ne ratent évidemment pas une occasion de faire payer les Etrangers plus cher, dès qu'il s'agit de commerce privé et quand les prix ne sont pas affichés. | | | À: Yangguizi · 28 January 2007 à 14:53 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 32 de 89 · Page 2 de 5 · 2 531 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
M'ouais, bon attention quand même, ton dialogue là, avec " Hong-Kong", "deux systèmes", "l'OMC" et patacouffin, ça devient presque caricatural. | | | À: Super · 28 January 2007 à 14:59 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 33 de 89 · Page 2 de 5 · 2 528 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
Oui, il m'a bien marqué ce dialogue. A l'époque l'entrée de la Chine à l'OMC était une obsession nationale, qui coïncidait judicieusement avec le thème de mon mémoire de troisième cycle.  Le dialogue était en fait plus élaboré que ça, mais je ne me souviens plus des détails. | | | À: Yangguizi · 30 January 2007 à 16:05 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 34 de 89 · Page 2 de 5 · 2 497 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
20. Show chaud à Yangshuo
C'est donc le lendemain et en minibus que j'ai rejoint Yangshuo, bourg touristique situé au coeur des paysages les plus intéressants de la région. Comme j'avais vraiment décidé de saboter mon séjour dans cette partie de la Chine, j'ai décidé de faire l'aller-retour dans la journée, ce qui est bien évidemment une hérésie quand on sait tout ce qu'il y a à faire autour de Yangshuo.
Le bus ayant craché ses passagers à l'entrée du bourg, il n'y avait en fait pas une grande distance à parcourir pour rejoindre le "centre". Sur le chemin, une foule compacte de chinois était rassemblée sur ce que j'ai identifié comme étant la grand' place du village. Il se passait quelque chose, c'était évident. Des hauts parleurs crachaient des paroles inintelligibles dans un vacarme quasi insoutenable. Les gens avaient tous le regard fixé dans une direction: un podium sur lequel siégeaient sept ou huit militaires en uniforme, le visage rigide et fermé. Sur le côté, un homme les mains liées, la tête baissée, semblait attendre passivement la suite des événements. C'était un procès. Et les hurlements émanant des hauts parleurs étaient probablement la récitation par un forcené de l'acte d'accusation.
En tant qu'étudiant en droit, je me réjouissais d'assister à un procès pénal chinois, même si je ne comprenais absolument rien à ce qui se déroulait sous mes yeux. Et puis ça me ferait des trucs à raconter lorsque je passerais le grand oral de libertés publiques, l'épreuve reine de l'examen d'entrée à la profession d'avocat, en France. J'ai toutefois été rapidement abordé par des badauds qui me disaient de ne pas rester là, que je n'étais pas à ma place. La justice n'est-elle donc pas publique dans ce pays? Et pourquoi des milliers de chinois pourraient assister à ça tandis que moi je ne le pourrais pas? J'ai demandé à droite à gauche ce que l'accusé avait fait pour être déféré devant un tribunal aussi impressionnant, mais personne n'a voulu me répondre de manière claire et précise. J'ai toutefois cru comprendre que c'était un meurtrier qui était ainsi jugé. Je me suis abstenu de toute mauvaise plaisanterie sur la présomption d'innocence ou autres principes du contradictoire et ai fini par obtempérer aux demandes de plus en plus pressantes de quitter les lieux. De toute façon, vu le temps imparti à Yangshuo, je n'avais pas vraiment intérêt à le gaspiller de la sorte.
Dès que j'ai quitté l'attroupement, je me suis retrouvé dans le quartier touristique de Yangshuo, où une guide en quête de clients m'a rapidement mis le grapin dessus. Je ne voulais pas de guide, ça ne m'intéressais pas du tout, préférant largement voyager seul et sans conseils que je jugeais par principe inutiles. J'ai toutefois profité de son insistance pour glaner quelques informations sur ce que je pouvais faire dans la région en une journée, et me suis décidé en mon for intérieur pour une petite croisière fluviale plutôt que pour une balade à vélo. La guide me fit son how intégral, avec lecture obligatoire de son carnet et des commentaires enthousiastes et polyglottes de tous ses anciens clients étrangers qui ne tarissaient pas d'éloge sur elle. Oui, ils avaient sûrement passé de fantastiques moments à visiter la région avec elle, mais moi je voulais juste être seul, et surtout n'avoir personne qui me raconte des histoires dont je n'avais franchement pas grand chose à cirer.
La guide parvint cependant à me faire acheter un billet de bateau auprès de la personne qu'elle voulait recommander. De toute façon, celui-là ou un autre... Et puis acheter un billet pour une croisière à un prix raisonnable était la meilleure manière de laver l'affront de la veille.
Sept ans plus tard: le système judiciaire chinois est encore loin d'être parfait mais il s'est pas mal amélioré dans ce laps de temps. La plupart des juges ont maintenant au moins une formation juridique, et l'espèce des militaires magistrats de droit commun est sans doute vouée à disparaître à court terme. | | | À: Yangguizi · 31 January 2007 à 13:50 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 35 de 89 · Page 2 de 5 · 2 475 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
« Mais je ne voulais pas gâcher cette histoire d'amour naissante... »
T’es vraiment un sadique !
« on pouvait voir un gigantesque grafiti peint à même la roche qui disait que le Parti Communiste Chinois était grandiose ou le sauveur de l'Humanité ou un truc comme ça »
M’étonne pas tiens ! T’as pas fait une photo ?
« Mon record personnel de 7 filles d'un coup a d'ailleurs été battu plus tard à plusieurs reprises. »
Pfff Vantard ! La question est : « as-tu assuré ? »
ENCORE | | | À: Migrador · 31 January 2007 à 13:56 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 36 de 89 · Page 2 de 5 · 2 473 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
Bah, après la conversation si passionnante qu'on avait eue, c'était devenu un vrai grand pote, je ne pouvais donc décemment pas lui casser son coup. 
Pas de photo du slogan non, j'ai sans doute dû choisir entre un pain de sucre et le slogan et ai donc opté pour le premier.
Bien sûr que j'ai assuré à chaque fois. C'est-à-dire que je n'ai jamais rien payé (on parle bien sûr là de repas et boissons hein). | | | À: Yangguizi · 31 January 2007 à 14:03 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 37 de 89 · Page 2 de 5 · 2 470 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
Je te croyais plus galant et que tu aurais sauvé cette pauvre fille des griffes de ce stakhanoviste! Pareil pour les autres filles ! Goujat ! | | | À: Yangguizi · 31 January 2007 à 14:17 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 38 de 89 · Page 2 de 5 · 2 466 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
21. Quelques lis sur le Li
C'est avec une famille australienne que j'allais partager l'embarcation qui devait nous promener quelques heures sur la rivière Li. J'ignore si cette croisière est aussi belle que la classique de Guilin à Yangshuo, mais j'ai beaucoup aimé ce parcours. Et ça ne me déplaisait pas non plus de partager ces quelques heures avec des occidentaux, n'en ayant pas encore fréquenté depuis mon arrivée en Chine. Ca faisait un break agréable de pouvoir parler autre chose que chinois, même si je ne suis pas certain que l'anglais des australiens soit plus facile à comprendre que le chinois.
Notre destination était le village de Fuli, un peu plus bas sur la rivière. Le bateau avançait lentement, ce qui permettait de bien profiter du paysage enchanteur. Je découvrais enfin la beauté de la région, et regrettais amèrement tout ce temps perdu à Guilin. Au fur et à mesure que j'entrevoyais les innombrables possibilités de balades dans les environs, je commençais à envisager de prolonger mon séjour dans la région de Yangshuo, mais la raison a fini par reprendre le dessus: ma vraie destination était Shanghai, et je voulais voir un ou deux autres endroits avant d'y parvenir. Du bateau, j'ai cru reconnaître les paysages de pains de sucre qui apparaissaient sur les peintures achetées quelques mois plus tôt à Shanghai. C'était donc là que des générations d'artistes puisaient leur inspiration!
Le village de Fuli a fini par faire son apparition. Il n'était pas exceptionnel mais était un bon prétexte à une petite promenade en milieu rural. Mine de rien, c'était la première fois que je voyais d'un peu plus près la campagne chinoise, ayant jusque là concentré mes voyages chinois dans les villes et quelques lieux inhabités. La région de Yangshuo, ce n'est certes pas la campagne profonde, ne serait-ce que parce que c'est une région très touristique qui ne peut donc par définition pas être authentique, mais l'illusion me satisfaisait. Le déjeuner sur place fut des plus simples et les contacts avec la population presque inexistants. Nous n'étions évidemment pas les premiers à venir voir Fuli, et les touristes occidentaux devaient être une denrée encore moins rare qu'au coeur des grandes villes, où ils sont noyés dans la masse. Qu'à cela ne tienne, ce très bref séjour fut une expérience agréable.
Il était l'heure, le bateau nous attendait pour faire exactement le trajet inverse jusqu'à Yangshuo, où l'arrivée était prévue en fin d'après-midi.
Sept ans plus tard: ce sont dans les campagnes non touristiques, fréquentées des années plus tard, que j'ai eu les rapports les plus chaleureux avec la population chinoise. Je n'ai en revanche toujours pas remis les pieds dans la région de Guilin-Yangshuo, et on peut donc toujours considérer que je ne l'ai pas encore vraiment visitée. | | | À: Yangguizi · 31 January 2007 à 16:29 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 39 de 89 · Page 2 de 5 · 2 452 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
........bravo, tu arrives à me rendre les chinois sympathiques !!!!..........et c'etait pas gagné !!!! | | | À: Yangguizi · 1 February 2007 à 16:25 Re: La Chine sept ans plus tôt Message 40 de 89 · Page 2 de 5 · 2 435 affichages · Partager (An English translation of this post is being prepared. Check back later.)
22. Extraterritorialité
J'avais un peu de temps à tuer à Yangshuo avant de rentrer à Guilin pour attraper mon train. Je n'avais en fait aucune idée de ce qu'était Yangshuo avant d'y aller, et ignorais totalement sa réputation de paradis des routards. De fait, je n'en revenais pas de voir une telle concentration d'étrangers et d'établissements occidentaux en plein coeur de la Chine. Cybercafés, guesthouses, restaurants occidentaux, magasins de sacs à dos, tout cela était inédit pour moi, et cette découverte fut paradoxalement une des plus surprenantes que j'ai faites en Chine.
Après avoir passé un peu de temps sur internet, j'ai donc entrepris de passer la porte d'un de ces établissements apparemment tout désignés pour les occidentaux. Non que les chiens et les chinois y soient interdits comme cela fut parait-il le cas dans certains lieux réservés aux colons à l'époque des concessions, mais on imagine difficilement ce que des chinois viendraient chercher dans ce genre d'établissement destiné à réconforter les touristes occidentaux ayant le mal du pays, enfin je suppose.
Je me suis donc assis à une table dans l'un de ces établissements, et ai rapidement sympathisé avec un couple d'allemands étudiant à Hangzhou. A cette époque-là où vivre en Chine n'était encore pour moi qu'un fantasme, c'était une véritable torture pour moi de rencontrer des occidentaux qui avaient accompli mon rêve. Se rendaient-ils compte de la douleur qu'ils m'infligeaient en me parlant de leur vie quotidienne d'étudiant dans l'une des villes les plus agréables de Chine, qui m'avait laissé tellement de bons souvenirs six mois plus tôt? Je me consolais en me disant qu'ils étaient bien sympathiques, et que ce ne serait pas très correct de ma part de leur en vouloir d'avoir accompli les démarches nécessaires à la réalisation de mon rêve. Mais il n'empêche que jaloux j'étais, très jaloux même.
Puisque ce voyage en Chine devait être le voyage de nombreuses premières, celle du jour fut le Gluewein, dont je n'arrive toujours pas à me rappeler de l'orthographe exacte, mais dont je n'ai en revanche aucun mal à me remémorer le goût très agréable. Le vin chaud allemand, agrémenté d'aromates sucrés... ou d'autre chose est une boisson pourtant très répandue en Europe, mais à force de n'être obnubilé que par l'Asie en général et la Chine en particulier, j'avais sans doute oublié de goûter à tout ce que mon continent d'origine avait à offrir. Il aura toutefois fallu attendre que je fréquente quelques années plus tard la communauté allemande de Shanghai pour en goûter à nouveau!
J'ai fini par prendre congé de mes nouveaux amis pour prendre un des derniers minibus pour Guilin. Il faisait déjà nuit noire, mais mon train étant prévu autour de minuit, j'avais tout mon temps.
Sept ans plus tard: j'ai eu l'occasion de traverser d'autres Yangshuo, en Chine ou dans d'autres pays, gros villages ou petites villes à l'origine, qui se sont transformés parfois en peu de temps en rendez-vous des routards et voyageurs du monde entier. Je reste assez partagé sur l'intérêt de fréquenter ces endroits, en général situés dans des régions qui valent le coup d'être visitées (les voyageurs ne sont a priori pas des masochistes par nature), mais qui se sont complètement dénaturés et ont perdu toute authenticité. Lijiang, Dali, Siem Reap, Jaisalmer, autant de lieux qui ont dû être fascinants par le passé, et qui le sont toujours... mais pas pour les mêmes raisons. | Carnets similaires sur la Chine: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires All rights reserved © 2026 MyAtlas Group | 4 909 visiteurs en ligne depuis une heure! |