Deux: le cauchemar (au Burkina Faso)
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Tout est bien préparé : le piano et les sacs dans la remorque et la remorque attachée à la mobylette. La remorque a été réparée hier, on a changé un roulement à bille. Le casque sur la tête, je repars, comme toujours, curieux de ce que je vais découvrir aujourd'hui...

Je roule, un oeil sur la route, l'autre sur mon attelage. Pourvu que ça tienne. Déjà, je ne le sens pas très bien, c'est mauvais signe. Après dix kilomètres, je sens que ma mobylette peine. Elle n'a plus de reprise et ralentit toute seule. Je quitte la route goudronnée et m'engage sur une piste large mais plutôt cabossée. Après dix kilomètres, je sens que ma mobylette peine. Elle n'a plus de reprise et ralentit toute seule. Je continue jusqu'à ce qu'elle cale. Je garde mon calme, je suis calme. Le soleil cogne. Je commence par enlever mon casque et boire de l'eau. Je me penche sur l'engin quand un vieux paysan arrive. Je dis vieux mais il n'a sûrement pas plus de quarante ans. Il est juste usé par la dure vie qu'il mène ici. Il ne parle pas français. On se sourit juste et je lui passe mes quelques outils. Il dévisse le carburateur et souffle dedans. Ouf, ce n'est que ça, de la poussière l'avait encrassé. Je peux continuer...

Je reste tendu, je sens que ma remorque fait des bruits étranges. Au bout de trois kilomètres, je m'arrête pour jeter un oeil. Une pièce du roulement à bille semble avoir glissé. Je le remets en place et repars, lentement. Hors de question de faire demi-tour. Je roule sous le soleil, avec un sentiment désagréable mais pas tout à fait conscient. Je suis comme un automate, j'avance, j'avance, il faut avancer...

Quelques kilomètres plus loin, c'est la rupture, le roulement à bille saute. Par bonheur j'ai réussi à contrôler la mobylette. Je ne tombe pas, pas cette fois-ci. Il est onze heure et je vais me poser contre un arbre. Personne aux alentours. Que faire? J'attends...

Quelques bus passent mais il ne vont qu'au prochain village, à deux ou trios kilomètres. Et je ne suis pas seul : un piano, un mobylette et une remorque. Je ne vois pas trop comment sortir de là. Je suis coincé par tout ce que je traîne. Seul, je pourrai filé, tout simplement mais là, c'est différent.

Enfin, une moto rouge arrive. Elle ralentit lorsque je lui fait signe. Une chance, il parle assez bien français. Je lui expose mon problème, on va certainement trouver une solution, tout est possible, n'est-ce pas? Tu veux que je t'aide? Très bien, pour 20000 CFA (30 euros), je trouve une solution pour que tu arrives à destination. J'aurais pu le tuer avec ses lunettes de soleil et sa casquette. Je suis sonné, et il n'y a strictement personne ici. Allons bon, je ne vois pas d'autre alternative, on part ensemble.

Je roule lentement, l'axe de la roue frotte sur le moyeux. Je sais que ça peut tenir, j'ai déjà fait cinquante kilomètres comme cela, voici quelques jours. On réparera ça plus loin.

Arrivé au village, on cherche le mécano. Il remplace le roulement à bille par une rondelle de semelle de sandale. Tu peux faire mille kilomètres avec ça me promet-il. J'en demande pas tant! Quarante et ce sera bon.

Au bout de quelques centaines de mètre, je suis poussé vers la droite. La roue a sauté, la remorque a basculé. Je tombe joliment, l'épaule fait mal et ma jambe est bien éraflée, rien de grave! Le porte bagage est arraché, le pot plié, la remorque a vécu... J'ai envie de me couché là, de pleurer puis de me réveiller. Mais non, ce n'est pas fini, il faut avancer, toujours avancer. Je ne dors pas et il fait trop chaud.

Mon motard intéressé me propose de le suivre dans son village. Il y connaît les musiciens de tous les environs. Ce n'est pas trop loin et là -bas, je pourrais réfléchir à la suite.

On ne peut remonter que lorsqu'on a vraiment touché le fond... Donc, j'accepte!

On abandonne la remorque et attachons le piano à l'arrière de la moto. Je prends les sacs à l'arrière et la batterie entre les jambes. Je reprends espoir, on avance...

Après quelques kilomètres, nous quittons la piste large et entrons dans un chemin plus étroit. Il ne m'avait pas parlé de ça. J'ai peur pour le piano. Il y du sable partout, je glisse sans cesse. Je n'en peux plus. Je perds mon calme. En tanguant, la batterie déverse de l'acide sur mes mollets. Ca pique, ça fait mal. Continuons, cela va bien s'arrêter.

Il est trois heures, le vent souffle de plus en plus fort, la pluie arrive. Voilà, elle trempe tout. Il n'y a plus de chemin, nous roulons dans des torrents. La pierre affleure, ça cogne, ça frotte, la mécanique trinque. Je suis passé en mode automatique, réflexe de survie, je ne ressens plus rien. J'attends, j'attends juste la fin...

La pluie nous accompagne pendant trois heures sur cette foutue piste. On arrive à Saïa, enfin. Tout est trempé mais mon piano n'a pas souffert, lui. Je me réchauffe en buvant un thé. Mon guide s'occupe bien de moi. Il m'annonce calmement que pour passer quatre jours avec lui, cela me coûtera 70000 FCA (100 euros). Il voudrait aussi que je l'aide (comprendre, que je lui paie) les papiers pour sa moto rouge. Je suis épuisé. Je m'endors bien vite, après m'être forcé à manger du riz aux miettes de poissons. Dur à avaler mais il faut manger.

Je suis réveillé le matin par des coups de feu. Des braconniers sans doute. Je me lève avec le soleil et vais faire un tour dans le village. On me demande de ne pas rester là, il y a un chien enragé qui rôde et on s'apprête à faire une battue.

Un grand malaise m'envahit. Je me sens prisonnier ici, complètement dépendant de mon guide inhospitalier. Je ne suis pas contre payer un service ou un guide mais dans ces conditions, je ressens cela comme du racket. Je n'ai pas le choix, il faut fuir. Je lui annonce que je veux partir. Il se dit fâché et me presse de le payer. Je discute. Il s'en moque. Si je veux partir et récupéré mes affaires, je dois payer.

J'attends, je n'en peux plus. Finalement, faible, je pars après avoir payé. Je retourne sur la route et rentre en ville en stop, mobylette et piano sur le toit. Au retour, un coup de fil chez moi en France me donne des nouvelles dont j'aurais préféré me passer. Voilà, c'est le fond, je peux remonter, essayer de remonter...

http://notesvagabondes.club.fr/moto.jpg
PI Pierroro Globetrotter ·
La prochaine fois, apporte un orgue!!!
Pierroro Quand le moment est arrivé, l'heure est venue! (C.Bobin.) - et je vous remercie par avance pour votre réponse.
CH Christiang Globetrotter ·
Etrange histoire ! Moralité : Qui va avec un piano va pas forcément sano !😉
Site photo : https://www.flickr.com/photos/27857697@N05/
PI Pierroro Globetrotter ·
Salut Christian

Je viens d'aller faire une petite incursion sur tes 2 blogs mais j'y reviendrai plus longuement pour savourer tes photos - celles aperçues sont superbes - et te litre et je te ferai parvenir bien humblement des commentaires ....et moi j'hésite entre l'Inde et la Chine pour un 2-3 mois ce printemps!!!
Pierroro Quand le moment est arrivé, l'heure est venue! (C.Bobin.) - et je vous remercie par avance pour votre réponse.
GE Geli Veteran ·
Salut Opai, Ca me rappelle quelque chose, moi c'était en vélo mais en beaucoup moins grandiose. Ce qui m'a décidé à arrêter le vélo sur les pistes : le sentiment de robotisation dans la marche automatique, en poussant mon vélo qui me tenait debout ! je n'ai pas eu peur, j'étais devenue une machine que je forçais à avancer pour arriver au village avant la nuit. Toi, je sens bien que tu continueras, l'amour du voyage est tellement forte en toi. Profites-en, l'âge te le permet encore, moi j'ai la soixantaine, alors j'ai appris à prendre soin de moi pour tenir sur la longueur. Ca ne veut pas dire qu'il ne faut pas apprendre à te ménager ! Bonne route encore pour ce que tu décides et merci de tes récits tellement vivants Bon Noël aussi, le rêve appartient à chacun Geli
BA Balafon ·
deja j'ai souri a ton aventure, quel galerien de se balader avec un piano, la prochaine fois prends une flute....J'ai ètè surpris de l'aspect mercantilisme de ton affaire, il est vrai que meme en france des gens bloquès dans la neige ont du payer leur omelette aussi chere qu'en haut de la tour eiffel.....

je voudrais te raconter ce qui m'est arrive il y a qq annees; j'etais cooperant au burkina et pour noel 4personnes de ma famille sont venues visiter le pays je loue une 404break avec chauffeur (- cher)/nous descendons a bobo, probleme d'air dans le systeme de freinage, notre chauffeur devait"anticiper";on s'arrete dans un garage, pour purger.Le patron un belge veut essayer la voiture mais oublie de dire a l'arpete de visser les boulons; nous partons sur la tole ondulee pour les aiguilles de sindou et en roulant(90km/h), nous perdons une roue(ça fait drole, tout de meme), on cherche les boulons( on en a trouve4), sous les yeux rigolards de femmes chargees de mil(on se croyait seul)/retour au garage..../retour apres notre periple a koudougou ou je vivais/Nous partons pour dori et le sahel par kaya /visite du marche de markoye, gorum-gorum de la vision magnifique des dunes d'oursi etdu marecage, /peuples du sahel tres beaux, tres fiers, marchès tres differents/ toujours des problemes de freinage mais on sait anticiper.....qq problemes de fech fech, et d'ensablage mais nous poursuivons a l'est pour aribinda(rochers avec gravures du neolitique) et faire ouahigouya, koudougou mais le sort ètait contre nous, peu apres oursy, le demi arbre arriere de la 404 ètant usè, la voiture s'est arrete/gros stress dans la famille (2enseignants qui avaient peur de louper le retour/notre voiture ètait immobilisee au milieu des chameaux (eux ne tombent pas en panne et ne font jamais greve)/j'ai louè la moto du chef(rempli le reservoir, et depart avec des pneus lisses dans le sable), arrivee a arimbinda/ J'ai tentè de recuperer un vehicule (4x4) dans le cimetierre des vehicules offerts mais qui ne roulent plus (manque de financement), pas de chance(apres avoir rempli d'huile et d'essence) a la sortie de cette petite ville l'embrayage a fondu..../le soir le sous prefet nous a ramenè au village;il a ètè decidè de demonter le demi arbre et de l'echanger avec un vehicule d'une ong que nous avons cannibalisè, /au milieude la nuit nous repartions ...., mais avec le couvre feu, nous avons du attendre 6h pour que la police nous laisse passer arrivee a koudougou, j'ai ramenè in extremis tout le monde a l'avion et j'ai mis au taxi brousse le demi arbre arriere qui nous avait sauvè pour le sous prefet/noel 1982 marc

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