Expatriation au Maroc
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SL
Bonjour à tous,

Je vis actuellement en expatriation au Maroc depuis trois ans. J'avais un peu voyagé avant mais l'expérience de vie est tellement différente. Je remets en cause tous mes modes de raisonnement et de fonctionnement. Est-ce que je dois me fondre dans la culture ou conserver un maximum de la mienne? Où se trouve la limite?

J'aimerais savoir si quelqu'un vivant une expérience similaire pourrait me la faire partager?
NA Natha Regular ·
Salut slwyn,

Où en es-tu de ton raisonnement depuis janvier? Vivant au Maroc depuis 3 ans aussi, je suis comme toi. Nathalie
KH Khrapka Veteran ·
Bonjour,

Perso., j'essaye toujours de m'intégrer autant que possible dans la culture de mon pays d'accueil (vie dans les quartiers sans expatriés, apprentissage de la langue, nourriture du pays, ...) tout en me tenant au courant des nouvelles françaises (TV5, internet) et gardant des liens avec des amis pour ne pas être un "extra-terrestre" quand je vais en vacances en France.

Pour les modes de pensées/fonctionnement, je prends ce que j'estime bien dans le pays et l'intègre à ma façon de vivre (ex. pour l'asie: respect des personnes agées; tolérance envers les gens différents;...) et je ne prends pas ce qui ne me plait pas (respect proportionnel au compte en banque, corruption systématique, ...).

Je sais que je serais toujours un étranger dans mon pays d'accueil et quelqu'un de "différent" en France. Et j'aime ça!!!! Car pas de routine. Il y a toujours un décalage entre ma façon de voir/penser et la façon "habituelle". Ca oblige à réfléchir, à se remettre en question.
SL Slwyn ·
Je te remercie pour ton aide. En fait, il faut faire confiance à son jugement personnel. Mais j'ai toujours peur de "gaffer".

Concernant ce décallage qui existe dans le pays d'accueil et dans le pays d'origine, je le vivais plutôt comme une perte de repère. Je ne me sens pas différente en France mais simplement déconnectée, en marge. En marge de quoi, la est la question. Je ne sais pas. Tout est du à un vécu personnel. Je vais me pencher la dessus aujourd'hui.

Encore merci de m'avoir répondu.

Slwyne
KH Khrapka Veteran ·
Pour moi, il y a 2 choses differentes:

1/ en marge de la "culture", c'est a dire des dernieres chansons, des dernieres emissions de TV, des derniers films francais. Egalement deconnexion par rapport a la politique, a l'economie, .... Au bout de quelques mois en France, on doit pouvoir se remettre dans le bain.

2/ en marge car on a change sa facon de voir les choses. J'ai une notion toute differente de la pauvrete maintenant que je vois avec quoi vit une famille de Philippins pauvres... Et ca, c'est permanent et tres difficile a expliquer a un francais qui ne connait pas le pays d'expatriation... C'est, a mon avis, ce qui fait la richesse de l'expatriation. On revient different, change, apres avoir passe 3 ans dans un pays etranger.
SL Slwyn ·
Bonjour,

Tu m'aies d'un grand secours dans l'éclaircissement de mon ressenti. Effectivement, je suis d'accord avec toi quant au décallage informatif et audiovisuel (chansons, TV, ..). Pour moi ce n'est pas très important, je n'y étais déjà pas vraiment connecté en France. Cela ne me manque pas. Par contre c'est mon rapprot aux choses qui est très différente aujoud'hui et comme tu le dis, on ne peut pas vraiment échangé avec nos amis restés en france, ils ne comprennent pas, que ce soit au sujet de la pauvreté, de l'emprise de la religion, des moeurs, de la prise de conscience de notre propre conditionnement culturel. C'est ce décallage là qui me gêne le plus. Effectivement, cette expérience m'apporte beaucoup de ce côté là. Mais à quoi sert une expérience qu'on ne peut partager?
AI Ailleursland Veteran ·
Salut,

Est-ce que je dois me fondre dans la culture ou conserver un maximum de la mienne? Où se trouve la limite?

Vaste sujet que celui de l'identité de l'expatrié.

L'intégration dans un autre pays passe par l'apprentissage des us, de la culture, de l'histoire du pays entre autres ok...et elle se révèle souvent quand tu as un job et que tu réussis à vivre ailleurs, avec d'autres codes, une vie presque banale ( comme dans ton pays d'origine )

MAIS je crois que le plus important, c'est de garder sa propre identité. Même si tu voulais la perdre, à quoi bon, elle finirait toujours par te rattraper...Que tu sois expatrié depuis 3 ans ou depuis une vingtaine d'années, tu resteras toujours un étranger dans un autre pays, et ce bien que tu aies pris un accent et que tu vives à 100% à la manière des locaux et quand bien même tu aurais la double nationalité.

Maintenant, c'est vrai que plus tu restes longtemps à l'étranger et plus le décallage se fait sentir avec les membres de ta famille ou tes amis qui ne vivent pas la même expérience de vie. Mais on n'est pas obligé de tout partager avec sa famille.

Ce genre d'expérience, tu la partages généralement avec des expatriés qui ont les mêmes interrogations que les tiennes et je trouve que c'est bien mieux comme ça. Ca évite les incompréhensions, les justifications et les conflits. Maintenant, rien ne t'empêche de raconter des anecdotes, de montrer des photos à ta famille, de la recevoir dans ton pays d'accueil...mais pour le reste, ce n'est pas vers elle qu'il faut te tourner... Comme d'hab, ça n'engage que moi😉
" Dans un grain de sable voir un Monde et dans chaque fleur des champs le Paradis. Faire tenir l'Infini dans la paume de la main et l'Eternité dans une heure..." W. Blake
SL Slwyn ·
Salut,

Tout d'abord merci d'avoir pris le temps de me répondre. On se construit par soi-même mais les avis extérieurs ouvrent souvent de nouvelles perspectives non envisagées.

J'ai bien consience du fait que je serais toujours étrangère ici. Cela est évident, on ne peut épouser totalement une culture, la cerner vraiment que si on y est né je pense. Mais, je deviens également étrangère à mon pays d'origine. Effectivement, mes rapports à ma famille se transforment, mais, c'est également sociétaire. Ma façon de penser est différente aujourd'hui, forcément. Est-ce que le fait d'être expatriée peut-être pris comme une forme d'identité culturelle?

Mais, je pense que tu as raison concernant le rapport aux personnes restées en France. Il faut se limiter un peu dans l'échange. C'est tellement dommage, mais effectivement, chacun a le choix de sa vie. Moi, j'ai décidé de venir ici vivre certaines choses, d'autres ont décidé de rester en France pour vivre d'autres choses. Je n'ai pas le droit d'imposer quoi que ce soit à quiconque.
NA Natha Regular ·
Bonjour à tous,

Je trouve que tout ce qui est dit dans cette discussion est vraiment très interressant. Toutes ses analyses sur ce que l'on vie, en tant qu'éxpat., ne peut servir qu'à nous enrichir et nous rendre plus fort dans les épreuves de la vie. Merci beaucoup slwyn pour avoir lancé ce sujet. Natha
NO Nolte Regular ·
JE VIS AU GABON DEPUIS 3 ANS maintenant...

Si je ne peux plus "être français" dans le mode de vie (3 semaines en France et je m'ennuie), je ne serais jamais africain...

Alors faut il réfléchir vraiment à un comportement... essayons juste de comprendre les différentes façons de voir, on en sortira plus riche !!!!
AI Ailleursland Veteran ·
Est-ce que le fait d'être expatriée peut-être pris comme une forme d'identité culturelle?

D’après moi, oui, on pourrait parler d’une seconde identité culturelle, la première étant définie par ton sexe, ta nationalité, ta race, ta classe sociale, une identité que tu ne maîtrises pas au départ puisque tu ne l’as pas choisie.

Nous n’avons pas choisi notre lieu de naissance mais nous avons la liberté d’aller et venir, de nous installer ailleurs et de modifier nos schémas de pensées. C’est à ce moment-là que naissent les conflits d’identité car nous sommes partagés entre notre propre culture et celle du pays qui nous a adopté.

Plus les représentations culturelles se multiplient, plus nous sommes confrontés à une diversité très nuancée d’identités possibles. D’où ta question très pertinente et très intéressante d’ailleurs.

Oui à la genèse, nous avons un sentiment d’appartenance à une culture, une nation, mais un ensemble de configurations instables et en perpétuelle transformation nous font douter de ce modèle soi-disant solide d’identité culturelle.

Personnellement, je pense que la 1ère identité est indélébile, la seconde est révélatrice de nous-mêmes et de notre évolution. Les 2 sont liées et ce qui compte, c’est que la somme de ces identités soit le reflet de notre épanouissement.

Comme je te l'ai dit plus haut, c'est un vaste sujet, je m'arrête-là pour ce soir.

A+
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YA Yangguizi Globetrotter ·
Je suis tout à fait en phase avec les deux derniers messages. Je suis et serai toujours français, mais mon pays d'accueil fait partie de mon identité.

Et lorsque je voyage dans un pays tiers, je suis toujours gêné pour répondre au sempiternel "where are you from?"

C'est selon l'humeur du moment, selon l'interlocuteur, selon la couleur du ciel ou l'âge du capitaine, mais ça peut aussi bien être le simple "je suis français", ou bien le déroutant "je suis de Chine" ou le complet "je suis français de Chine".
AI Ailleursland Veteran ·
Je comprends pas pourquoi t'es gêné Shanghaipat, tu as honte d'être français ?

A la simple question where are you from, je répondrais simplement, je suis française ( et fière de l'être ) et je vis ici ( je l'ai décidé )

😉
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YA Yangguizi Globetrotter ·
Je n'ai pas du tout honte d'être français, au contraire. Mais ça ne représente plus l'intégralité de mon identité. Je remarquerais d'ailleurs que "where are you from?" n'est pas équivalent à "what is your nationality?"

Je peux donc dire sans hésiter que je suis français, mais dire que je viens de France est discutable puisque ce n'est pas l'endroit où je réside, d'où mes hésitations.
KH Khrapka Veteran ·
C'est marrant car j'ai la meme hesitation. Je reponds en general que je suis des Philippines et la conversation continue (car j'ai pas franchement le type Philippin...) et je precise ensuite que je suis ne en France!

Mais la reponse n'est jamais spontanee. Sauf aux Philippines ou je dit systematiquement que je suis francais.
AI Ailleursland Veteran ·
C'est vrai, j'analyse en fonction de mon expérience...ce qui donne à peu près ça... je suis française, ça sous entend je viens de France..et je vis à tel endroit...merci de m'ouvrir d'autres portes de réflexion 🙂

Bien sûr, il y a une nuance entre where are u from et what's your nationality ? Tu pourrais très bien être allemand, venir de France, et vivre en Papouasie. Là, c'est 3 choses distinctes.

Finalement, d'après vos remarques super intéressantes, on serait pas plutôt dans une espèce de subtilité de langage lol, qui suis-je, d'où viens-je, ou vais-je ? Hum, bonjour le mal de crâne !🤪
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LN LNO ·
Est-ce que le fait d'être expatriée peut-être pris comme une forme d'identité culturelle?

Surprenante question? Mais je ne pense pas qu'on puisse parler d'identité culturelle. L'expatriation peut être vécue de manière bien différente suivant le pays. -L'écart de niveau de vie du pays par rapport au sien. -La position que l'on occupe (diplomate, entrepreneur, cadre commercial, employé, immigré etc.) -Où elle se vit:dans une grande ville, à la campagne. -La durée de l'expatriation. (5 ans ou 3 générations) Un groupe de personne sur plusieurs générations et qui ne s'assimilerait pas à la culture dominante du pays peut à la rigueur former une identité culturelle. Je pense au pieds-noirs d'afrique du nord. Mais était-ils encore expatriés ? on parlait de coloniaux à cette époque. L'expatriation ouvre les yeux sur notre mode de fonctionnement à condition de le vouloir le regarder et prendre du recul. Pour ma part, mes 6 ans d'expatriation, m'ont permis certaines remises en question et au contraire de renforcer certaines valeurs "oubliées" en France. Mais il est vrai que nos expériences vécues à l'étranger seront toujours mieux partagées avec ceux qui sont partis plutôt qu'avec ceux qui sont restés. c'est peut-être un socle commun que nous avons tous plus au moins resenti éloigné de notre "patrie". De fait, je ne pense pas qu'on puisse parler d'identité culturelle mais d'ouverture d'esprit. Ceci n'est qu'un avis et pas un dogme... Salut LNO
http://marcheoureve.uniterre.com/
KH Khrapka Veteran ·
-La durée de l'expatriation. (5 ans ou 3 générations) Un groupe de personne sur plusieurs générations et qui ne s'assimilerait pas à la culture dominante du pays peut à la rigueur former une identité culturelle. Je pense au pieds-noirs d'afrique du nord. Mais était-ils encore expatriés ? on parlait de coloniaux à cette époque.

Je ferais une difference entre de l'expatriation ( on s'etabli pour une duree limitee dans un pays etranger) et l'immigration/colonisation qui est un etablissement permanent dans un pays etranger. Dans l'immigration, on adopte la culture locale (langue, facon de vivre, ...) alors que dans la colonisation on impose sa culture d'origine.

Autrement, vraiment d'accord avec ton avis!

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