Livre: Le « nouveau Konaté » est là! (Mali)
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HE
Moussa Konaté, 2009. La Malédition du Lamantin. Fayard Noir, 224pp., €15.90

« A la saison sèche, au cœur du fleuve Niger, une ethnie réputée pour sa connaissance des mystères du monde aquatique, les Bozo, s’installe sur l’îlot de Kokrini. Un jour, contre toute attente, le fleuve entre en furie et un orage d’une violence inouïe frappe le campement. On découvre au petit matin deux corps sans vie. » Ainsi résume l’éditeur ce nouveau policier de Moussa Konaté, écrivain malien (Bamako, Limoges), et dirigeant du Festival Etonnants Voyageurs au Mali.

Assisté par son inspecteur Sosso, le commissaire Habib est chargé de mener les investigations sur Kokrini, campement bozo temporaire (dagaa, en bozo-sorogaama), dans les faubourgs de Bamako. Pour ses habitants bozo, il est évident que Kouata, le vieux chef de village, et une de ses épouses, Nassoumba, ont été foudroyés par la volonté de Maa, le lamantin, Dieu du fleuve, auquel les Bozo sont liés par un pacte ancestral depuis des siècles, pacte brisé le jour où un Toubab, de passage au Mali, et avec l’aide d’un indigène traître à son peuple, s’est mis en tête de capturer le lamantin (maa, en bozo-sorogaama) pour le vendre et exposer au zoo de Bamako. Cet affront à la divinité et trahison aux Bozo ont provoqué la colère de Maa, irréconciliable, qui les accable, malgré sacrifices et offrandes, de malheurs divers depuis ce moment-là.

Par contre, Habib, formé à « l’école des Toubabs », ne veut croire à vraiment aucune cause du décès surnaturelle, d’autant plus que le corps féminin présente deux coups de couteau, alors que le vieux Kouata semble avoir succombé à un arrêt cardiaque.

Même dans cet ouvrage, Moussa Konaté ne s’écarte pas de son sujet auquel il revient sans cesse. Après une enquête criminelle au pays Dogon (L’Empreinte du Renard, Fayard Noir, 2005), il initie cette fois ses lecteurs au peuple de pêcheurs, les Bozo, musulmans et teintés d’animisme (en héritage de leurs ancêtres), à leur histoire, ainsi qu’à leurs croyances, traditions et coutumes. Au vu d’un crime, Moussa Konaté fait confronter tradition avec modernité, culture traditionnelle avec pragmatisme, rites avec rationalité, en résumé, le Mali ancestral avec le Mali contemporain. Ainsi ce polar constitue un pays ouest-africain composé d’une multitude de cultures qui coexistent et se fertilisent, un Mali aux multiples paradoxes ... « Réflexion lucide [...] sur l’exercice du pouvoir dans les sociétés africaines. » (Le Monde, en juillet 2009)

A lire absolument !

(Un gros I ni ce au Maliden Jean-Claude Faynot, Saint-Jorioz/France, qui m’a fait remarquer à ce nouveau polar malien)

hgb
CL Clairecasav Regular ·
En effet, très sympa à lire, du coup j'ai relu dans la lancée "l'assassin du banconi" et "l'honneur des keita". Bonne lecture!
claire
LE Lepiaf Globetrotter ·
Merci de cette info, je ne connaissais pas cet auteur. J'aime beaucoup apprendre d'un pays, d'une culture en lisant des romans policiers. J'ai vu que "L'empreinte du renard" était disponible en Poche.
HE Hery Veteran ·
J'aime beaucoup apprendre d'un pays, d'une culture en lisant des romans policiers.

Bonjour,

oui, moi aussi, j'aime des policiers dans lesquels l'"ethnographie" et le plot s'équilibre ; dans ce contexte, Moussa Konaté (Mali) est à classer absolument dans le genre "policier ethno(graphique)", à côté de Tony Hillerman par exemple.

Dans ce sens, les polars d'Arnaldur Indridason (Islande), de Petros Makaris (Grèce), de Sjöwall/Wahlöö (Suède), de Robert van Gulik (Chine de l'époque Tang, 650 ap.JC), et surtout ceux de Leonardo Sciascia (Sicilie) qui écrivait les premiers romans de mafia (et les meilleurs jusqu'aujourd'hui !) appartiennent à ce genre. Pour moi, leurs romans sont plus que de purs policiers mais des reportages sociaux (au vu d'une action criminelle) à la fois.

Ce qui me fâche souvent, c'est le fait qu'on traite les "polars" comme de la littérature inférieure ou de seconde qualité. Juste l'oeuvre de Leonardo Sciascia atteste le contraire.

Petite rectification de mon message initial : cet ouvrage de Konaté s'appelle "La Malédiction du Lamantin". Sorry ...

Bonne journée, hgb
SO Songhai73 Globetrotter ·
bonjour merci Hery pour cette info , je le note dans mes lectures "Malienne " .... belle journée francia
le mérite d'un homme réside dans sa connaissance et dans ses actes et non point dans la couleur de sa peau ou de sa religion! Khalil Gibran
LE Lepiaf Globetrotter ·
Pour la Sicile, il y a aussi Andrea Camilieri, à l'humour délicieux. Il a nommé son personnage principal Montalbano en hommage à Manuel Vasquez Montalban, le célèbre romancier catalan, trop tôt disparu.

Un des pionniers du genre (Hillerman a reconnu son influence) est Arthur Upfield dont le héros est un policier aborigène en Australie, dénommé Napoleon Bonaparte !

Et j'espère que tu connais les chroniques groenlandaises de Jorn Riel, tendres et drôles.
HE Hery Veteran ·
Re ...

oui, Camilleri, mais le dernier policier que j'ai lu, ne m'a pas plu (en all. Der Märtyrer im schwarzen Hemd, en it. Privo di titolo, en fr. ???) ... Je préfère Sciascia en tout cas.

Upfield, oui, lu en masse ... depuis longtemps. Je ne connais pas du tout Riel ...

hgb

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