Les Naufragés

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SA
Bonjour,

Je dévore en ce moment le livre-documentaire de Patrick Declerck, Les Naufragés. Il traite du monde SDF de paris. c'est vraiment très poignant, ça fait relativiser beaucoup de choses... Ca rend plus humain et humble.

Si vous ne l'avez pas encore lu, je vous le conseille ; si vous l'avez déjà lu, j'aimerai partager quelques mots avec vous...
Marine
LA Lalla Regular ·
Je vais m'attirer la foudre...personnellement je l'ai trouvé détestable!!! Mais, il est bien un des seuls, le seul (je crois d'ailleurs) à s'être interressé à cette socièté parallèle à la nôtre, à la désocialisation, l'errance et l'alcoolisme de ces personnes vivant dans la rue. (bien qu'aujourd'hui son étude soit en décalage avec la réalité! Et oui la socièté évolue même cette microsocièté de la rue) C'est bien un de ses seul mérite! (concernant le livre bien sûr). Il a tout de même créé la première consultation d'écoute en France destinée aux grands exclus.
SA Sanoma Regular ·
Bonjour Lalla,

Je suis étonnée de lire que tu n'as pas aimé, au point de le "détester"! Tu ne dis pas pourquoi : pourrais-tu m'expliquer (c'est toujours super intéressant d'avoir des avis différents!)?

Tu connais un peu la population de la rue?? Ma maman a travaillé quelques temps l'an dernier avec des SDF ; elle a lu le livre et elle a trouvé que c'était très proche de ce qu'elle voyait au quotidien (ou alors ce sont les SDF de Paris qui sont plus "in" que les provinciaux...!! ). Qu'est-ce qui te fait penser qu'en l'espace de quatre années, la société de la rue ait pu autant changer? Je ne connais pas du tout ce milieu : je ne juge pas du tout ce que tu m'as dit.

Bref, développe un peu plus dès que tu en auras le temps et si tu en as l'envie, ça m'intéresse beaucoup! Merci d'avance et à bientôt!
Marine
LA Lalla Regular ·
Voici quelques éléments de ma critique envers ce livre. L’auteur base sa réflexion sur une étude ethnographique et sur ces consultations. On tombe très vite dans une analyse strictement psychanalytique. La population sur laquelle est basée son observation est erronée dès le départ. Il la définit instable et hétéroclite, comme étant composée de jeunes en dérive, de toxicomanes, de prostitués, de sortants de prison ou d’hôpitaux psychiatriques. Il en oublie les demandeurs d’asiles, les mineurs, les expulsés (logement), les retraités (eux aussi expulsés des maisons de retraites), les travailleurs immigrés (autorisés sur le territoire administrativement), mais surtout ces nombreux salariés (emplois précaires) n’ayant pas de logement. Il définit le clochard, comme un être dans l’urgence, ivre, alcoolisé, hagard de rage, vociférant et dans l’urgence. Dans son constat sur l’évolution du centre de Nanterre (c’est peut-être ce qui m’a le plus choqué), il détermine deux populations distinctes : celles des clochards dit « classiques » et celle (majoritaire) de jeunes, apparemment en bonne santé, parasitant ce lieu. Ceux-ci n’auraient pas leur place. Il parle de « colonisation » des dortoirs. Pour être reconnu et déterminé clochard, faut-il être nécessairement « puant », sale, alcoolisé, envahi de parasites divers ? L’auteur semble oublier, qu’aujourd’hui sur Paris, de nombreux dispositifs ont été mis en place, permettant aux personnes vivant dans la rue, d’accéder aux soins d’hygiènes et médicaux ainsi qu’à leurs besoins alimentaires et vestimentaires (en autre, malgré qu’ils soient discontinus). De plus, pourquoi cette population de « colonisateurs » n’aurait-elle pas sa place ? Elle est aussi paupérisée, dans l’urgence. Peut-être moindre (si l’on doit établir une hiérarchie de l’urgence). Doit-on attendre qu’elle atteigne elle-même le seuil le plus bas ? La quasi-totalité de son observation n’est basée que sur ses consultations psychiatriques et médicales (une énumération infinie d’extraits d’entretiens) et sur ses quelques incursions en tant qu’« hébergé » au centre de Nanterre. Son champ et cadre d’observation est plus que restreint. La population des clochards de Paris se limite-t-elle seulement en ce lieu? Les personnes venant en consultation ou tout simplement en centre d’hébergement ont gardé un lien avec la réalité, avec le monde qui les entoure. Si l’on reste dans le champ strict de la taxinomie et l’on se base sur la définition du clochard, définit par l’auteur, pourquoi n’avoir pas alors basé son observation sur ces personnes refusant toute aide (financière, morale, alimentaire, accès aux soins), tout contact, tout rapport à l’autre, qui vivent « planqués » le long du périphérique, dans des squattes, qui nous sont quasi-invisibles. Il réduit le Samu Social à un simple « taxi social », ayant pour unique fonction le transport des hébergés vers les centres. Malgré ma vision négative et pessimiste de cette institution, il en oubli quelque peu la mise à l’abri (décompensation, hypothermie, urgence médicale) mais surtout le lien. Il faudra certaines fois des semaines, des mois, voire des années pour établir un contact avec certaines personnes (ceux dans le refus cités plus haut), ne serais ce que d’accepter tout simplement la présence de l’autre. Je pense que ce livre n’apporte pas une vision globale de la population clochardisée de Paris de par son cadre restrictif et de par son choix d’individus. Me l’ayant demandé, je te répondrai que ma critique est basée sur deux années passées au Samu Social en autre à marauder dans Paris et de l’échange que j’ai pu avoir avec de nombreux partenaires comme les hôpitaux de Paris, les urgences psychiatriques, les centres hébergement, diverses associations, les centres médicalisés, les pompiers, les commissariats et les citoyens parisiens. Ce n'est bien sùr qu'une vision personnelle. A+
KH Khaldoun Regular ·
Sur le même thème et dans un genre plus romanesque, à lire également :

George Orwell: "Dans la dèche à Paris et à Londres", en collection 10/18

Knut Hamsun: "La faim", en collection Livre de Poche.

Jack London: "Le peuple d'en bas", en collection Phebus Libretto pour enrichir la réflexion et pour leur excellente facture littéraire.

Khaldoun
SA Sanoma Regular ·
Bonjour,

Je ne sais pas bien quoi te répondre, si ce n'est que tu as sans doute tout à fait raison.

Mais je comprends aussi qu'en qualité de "non-initiée" à la population de la rue (je n'en sais que ce que je peux voir : les "clochards", les populations imigrées de la rue comme les Roumains, les punks...) je ne puisse pas avoir le recul que t'a permis d'avoir ton expérience au Samu Social.

Ta réponse m'a beaucoup apportée, je te remercie de l'avoir formulée...

A très bientôt, j'espère...
Marine
LA Lalla Regular ·
Je ne sais pas bien quoi te répondre, si ce n'est que tu as sans doute tout à fait raison.

Je ne détiens pas une vérité absolue, ce n'est que ma vision personnelle de ce livre. A+
SA Sanoma Regular ·
C'est justement ce qui est intéressant et qui me fait dire que tu as sans doute raison ; je n'avais pas encore envisagé ce livre sous cet angle. Et l'angle de réflexion que tu me proposes me semble malgré tout parfaitement fondé : "malgré tout", parce que j'aime lire ce livre. Il m'apporte beaucoup, et en partie parce que je n'avais encore lu aucun livre traitant de cette population. C'est une population qui m'attire. Je suis très émue, choquée, de constater que les gens souvent ne daignent pas les regarder dans les yeux ou même leur sourire ou, pire, leur renvoyer les "bonjours" qu'ils lancent parfois à la volée... Pour moi, ce livre est avant tout une bouffée d'humanité. Je ne sais pas si tu as pu le ressentir comme ça puisque tu travaillais toi-même dans ce milieu. Et que je manque indéniablement de recul.
Marine
VI Vincent120 Regular ·
Sanoma, Lalla,

Etes vous certaines d'avoir lu le même bouquin ? Merci de vérifier [:P]
Les voyages améliorent les sages et empirent les sots.
SA Sanoma Regular ·
Euh... Oui! Y'a pô de raisons!! Seulement, chacune un vécu différent et une perception différente du bouquin chez l'une et chez l'autre!
Marine

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