Blue Africa (Sénégal)
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SA
La plage de l'hôtel "Blue Africa" sur la côte sénégalaise est en plein vent. Un vent tonique qui vient de l'Atlantique et rend la chaleur supportable. Le soleil s'atténue en fin d'après-midi. C'est alors que la plage s'anime. Les enfants africains plus beaux que ceux des chromos se jettent dans la mer en piaillant. Ils jouent dans l'eau et se roulent dans un sable gris qui les fait ressembler à d'étranges petites créatures. Les marchandes longues et belles s'installent tranquillement en face de l'hôtel. Enveloppées de leurs boubous usés, elles ont attendu ce moment toute la journée en palabrant, tapies à l'ombre. Elles s'alignent l'une à côté de l'autre juste à la limite permise, déballent colliers, bracelets, objets artisanaux...et tendent au vent les étoffes colorées d'ocre, de jaune, de bleu, de violet...Effrontées et familières, elles appellent les touristes européennes étendues sur des chaises longues dans l'intimité des palmiers. Elles les connaissent toutes par leur prénom. A chacune des vacancières, elles ont déjà parlé de leur quotidien. Elles arrivent le matin, le ballot de marchandises posé sur la tête, de M'Bour ou d'un village plus lointain. L'une d'elles, la plus jeune (quinze ans peut-être), tient son bébé sur le dos, bien serré dans une étoffe. Cet enfant, cela lui serait égal de l'abandonner. "Tu peux le garder" a-t-elle dit à une touriste qui le prenait dans ses bras. Marema, la pulpeuse, le visage d'une beauté ravagée, s'installe dans une case qui lui a coûté quelques milliers de CFA. "Je suis fatiguée, fatiguée..." se plaint-elle souvent, une main étreignant ses reins. Pourtant au rythme du jembé de Papa Joe qui partage son refuge, elle danse et balance ses fesses opulentes plus souplement et plus sauvagement qu'une jeune fille. Elle est la première épouse d'un homme qui lui a fait neuf enfants et ne connaît pas tous ses petits-enfants. Une touriste lui a appris à écrire son prénom et elle en est très fière. Souvent les femmes ne vendent rien, surtout à la fin de la période touristique, avant l'hivernage. Pourtant elles reviennent sans désemparer. Harcelantes, plaintives et gentilles, elles espèrent et attendent jusqu'à l'heure où les jembés annoncent la nuit. Les jeunes sénégalais ont déjà commencé sur le sable leurs exercices insensés d'assouplissement et d'endurance, indifférents aux fesses somptueuses des filles qui se baladent le long de la mer. De toutes façons, les africaines se soucient plutôt des toubabs adipeux et roussis par le soleil et préfèrent attirer un regard prometteur de quelques poignées d'euros. Les garçons eux, cultivent avec obstination l'esthétique de leur corps et entretiennent leur forme pour être plus compétitifs au foot. Ils ont passé la journée à l'affût du "bénif net", débusquant les touristes nouveaux arrivés, les plus faciles à piéger, se proposant comme guides, prêts à débiter joyeusement toutes les fadaises sur le Sénégal où chrétiens et musulmans s'entendent comme des frères, prêts à offrir des services sexuels performants aux européennes pathétiques en mal de mâles. Antoine est le mieux sapé de tous les garçons de la plage, un vrai play boy sorti d'un journal de mode africain. En dépit du vent, on pourrait le suivre au sillage de son parfum. Avec un sourire qui éclaire son visage de blancheur, il affime tranquillement qu'il faut être toujours prêt. "C'est le métier", dit-il. Souleyman, "le gentil plagiste" chante sa nostalgie de la Casamance, son pays. Il ne demande jamais rien et sourit sans rien dire de toutes ses dents affreuses et mal implantées. Il a quitté son village et la ferme de ses parents pour venir gagner de l'argent dans la région touristique et l'envoyer à sa famille. mais son salaire lui permet juste de survivre, même pas de revenir au pays. Rêveur et absent, il chante en veillant au rangement des chaises longues jusqu'au moment où tous les vacanciers ont abandonné la plage. Martine, la française au visage ingrat et au corps presqu'aussi noir que celui de Momo la Star son amant de vacances, est une des dernières à la quitter. Longtemps Momo l'a enduite d'huile et massée avec une constance silencieuse. Puis épuisé, il s'est affalé dans un hamac et s'est laissé bercer en fumant des joints. Sur la plage du Blue Africa, le temps s'écoule avec une douceur hypocrite. Les inquiétudes se taisent, étouffées dans le vent et la houle de l'Atlantique. Les cris de la vie s'éteignent. Parfois on entend les aboiements furieux des chiens errants. Ils creusent le sable pour chercher la fraicheur. Leur meute est proche, mais leurs aboiements assourdis par le vent semblent venir de très loin. Des couples de jeunes français ont interrompu leur course à l'embourgeoisement le temps d'une pause sur cette plage d'ailleurs où ils oublient le quotidien sous la brûlure du soleil, dans le parfum des mangues éventrées mêlé à celui des crèmes solaires. Les gens âgés sont rares, ils préfèrent les plages plus cossues et plus confortables de Sally. A l'hôtel Blue Africa, les gens se croisent et se décroisent, s'ignorent ou se parlent sans conséquence, les choses de la vie prennent le poids de l'éphémère, leur juste poids. Les vacanciers ont le privilège de l'intermittence, ils passent en laissant dans la mémoire de leurs rencontres une image et un nom aussi flous que des traces dans le sable, en avivant le mirage de l'Europe des sénégalais et sans doute, leur désir d'y vivre. Ils partent la peau encore chaude, le coeur léger et les bagages lourds de babioles africaines. Certains se souviendront d'une pauvreté qui n'est pas la misère, du harcèlement entêté des africains, de la beauté des femmes et du sourire des enfants, de la puanteur iodée des détritus amoncelés sur les plages des pêcheurs, du vent qui emporte tous les tourments, du charme insupportable de l'Afrique. M'Bour, juillet 2006.
Eve-Sapho
PA Pataugas Veteran ·
Très chouette texte!
"le silence des pantoufles est plus terrifiant que le bruit des bottes"
DE Dexxa Veteran ·
merci. Agréable à lire, ce texte est trop proche de la réalité. cordialement dexxa
On ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux. Saint Exupéry
SA Sapho ·
Merci de votre lecture. C'est vrai, j'ai tenté cette fois d'être au plus proche de la réalité.
Eve-Sapho
SA Sapho ·
Merci...à bientôt.
Eve-Sapho
PA Pataugas Veteran ·
Dommage...

Dommage qu'il n'y ait pas davantage de réactions à ton texte. Quand je l'ai lu j'ai eu envie d'envoyer quelque chose tout de suite, de ne pas fermer mon ordi sans l'avoir fait, mais je n'ai pas eu envie de développer. Il y a pourtant beaucoup à dire. J'espérais sans doute que d'autres allaient le faire à ma place.

C'est bien rythmé, bien ficelé, écrit avec un talent auquel la simplicité ne nuit pas, et surtout: cela suinte les histoires derrière l'histoire, avec une efficacité redoutable. Le côté trouble de ce déroulement d'images - sans doute ce que tu appelles tes sentiments contradictoires, parlant de ton voyage en Afrique - y est peut-être pour beaucoup dans la pénurie de commentaires qui a suivi la parution de ton texte sur VF. Dommage... Dommage parce que ce grisé contient beaucoup.
"le silence des pantoufles est plus terrifiant que le bruit des bottes"
LE Lepiaf Globetrotter ·
Ce n'est pas parce qu'on ne réagit pas qu'on n'a pas lu avec un mélange de plaisir (pour la forme) et de dégoût (pour le fond).
PA Pataugas Veteran ·
Donc tu sous-entends que ce récit est gênant? Bien d'accord avec toi! Mais quid des réactions sur les récits lisses et anodins? Les récits carte-postale, Les récits bla-bla-guides? Les récits qui entrent dans l'intimité des gens d'ailleurs mais taisent soigneusement les motivations des gens d'ici ? Des réactions sous forme de signatures dans les livres d'or des sites internet ringards...?
"le silence des pantoufles est plus terrifiant que le bruit des bottes"
LE Lepiaf Globetrotter ·
Donc tu sous-entends que ce récit est gênant?

Génant ? non, je dirais plutôt dérangeant, mais ce n'est pas une critique, au contraire. Ce qui dérange provoque la reflexion.
AL Alan Globetrotter ·
Gênant oui, parceque là on rentre de plein pied dans le quotidien des acteurs qui peuplent les pays que l'on traverse ...... et bien souvent, et tu le sais bien, ce n'est pas ce qui intéresse le plus les voyageurs ou si peu ..... on veut bien repartir avec de belles images dans la tête et peut être un soupçon de " traumatisme " pour faire plus vrai dans la narration de ses récits de voyage ....... mais supporter la misère si proche à chaque fois, c'est certainement beaucoup trop pour nos esprits occidentaux .......

Néanmoins, ce texte est beau dans sa vérité criante du quotidien misérable de tout un peuple qui utilise toutes les ficelles sordides du tourisme pour vivre tout simplement ......

C'est vrai que celà peut engendrer une réflexion de chacun ..... mais inévitablement aussi des " conflits " dans la façon de " traduire " les réflexions du voyageur qui en est l'auteur .....
PO Pondy Veteran ·
Je découvre ton récit superbe. Tes mots ont un bruit tout particulier entre nochalance et conscience. Aucun jugement n'est formulé et tout est champ de réflexion. Une plage languissante où beauté et laideur s'entrecroisent. J'aime beaucoup

Dom.
SI Simba Globetrotter ·
C'est une des facettes de l'Afrique dont on parle moins ...Bien qu'elle fasse le quotidien de nombreuses habitants & touristes de ce continent.

Blue(s) Africa.
SA Sapho ·
Merci pour ta lecture, ton appréciation est une des plus juste que l'ai lues, c'est vrai que je me garde du moindre jugement et qu'il y a " des histoires derrière l'histoire"... A bientôt.
Eve-Sapho
PA Pataugas Veteran ·
C'est pondy qui a dit que tu ne portais aucun jugement. Pour ma part je dirais plutôt que ton regard et ta manière de narrer sont à eux seuls une appréciation, un avis, une critique ou une marque de discernement. Le "jugement", bien qu'exempt de la signification de sentence, n'est pas loin😉
"le silence des pantoufles est plus terrifiant que le bruit des bottes"
KA Kalkan Regular ·
ton récit décrit parfaitement en sous teinte la prostitution qui frappe les pays les plus pauvres l'un de mes amis ayant vécu à dakar me décrivait les mêmes scénes sur les plages de sally mais perso, je préféres retenir de ton joli texte la douceur, la simplicité et la gentillesse des africaines ou l'on sent que derrière le petit harcélement de circonstance(la vente sur les plages) il n'y a pas beaucoup à gratter pour sympathiser et apprécier leur joie, danses et rires quant à y aller? j'avoue que ces témoignages me rebuttent pour l'instant
"tujoh gunong sembilan lautan sept montagnes , neuf mers kalau ta-mati sahaya turutkan si je ne meurs , j'explorerai " pantoun
DE Dexxa Veteran ·
ton récit décrit parfaitement en sous teinte la prostitution qui frappe les pays les plus pauvres

la prostitution est un phénomène mondial, elle n'existe pas seulement dans les pays pauvres. Par contre voir des femmes agées accompagnées par de jeunes garçons, oubien un vieux monsieurs avec une jeune fille c'est courant en effet, dans ces pays.

j'avoue que ces témoignages me rebuttent pour l'instant

le Sénégal, c'est aussi un tres beau pays à découvrir. Saly c'est une station touristique agréable. Il ne faut pas focaliser sur la prostitution. Il y a tellement de choses à découvrir. codialement dexxa
On ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux. Saint Exupéry
KA Kalkan Regular ·
sûrement vrai ! je me suis mal exprimé, je faisais référence à partir au sénégal uniquement pour ses plages 😉 quant à la prostitution, (là on part sur un sujet glissant mais c'est celà aussi la richesse de ce forum) elle existe effectivement dans tous les pays ; mais ce sont les pays les plus fragiles (sortie de conflits/ en voie de développement/pays ou la classe moyenne est peu importante ...) qui connaissent la prostitution "touristique" la plus importante pendant longtemps évoquer un pays comme la thaïlande c'était l'image de la prostitution qui revenait sans cesse alors que ce pays et ce peuple avait bien plus à offrir . plus récemment c'est la république dominicaine qui s'est vue attribuée cette image, le sénégal ces dernières années n'y a pas échappé non plus . donc ramener le sénégal uniquement à sally et les plages des groupes hôteliers c'est aussi terrible que la thaïlande il y a une dizaine d'années mais c'est la triste image des plages sénégalaises que donnent les récits de voyage et parfois les docs. amicalement 😉 à plus dexxa ps: je préfére l'image d'un sénégal qui est en train de s'inscrire comme un pays leader d'Afrique, avec une jeunesse qui bouge, effectue ses études au canada (ou zone euro) et crée les entreprises de demain (par exemple en matière de télécommunications et informatiques)
"tujoh gunong sembilan lautan sept montagnes , neuf mers kalau ta-mati sahaya turutkan si je ne meurs , j'explorerai " pantoun
MB Mboro ·
🙂 Merci pour ce texte, même si je ne connais pas cette plage, il me rappelle des tas détails de mes souvenirs et me rend toute exitée à l'idée d'y retourner en novembre...

Merci 😉 !!!
Chloé

Les yeux sont le miroir de l'ame
MI Minala Veteran ·
voila un senegal tres diferent de celui que j'ais rencontre. il faut dire que le mien etait loin des plages. cela dit je suis persuade qu'effectivement les deux cohabitent et ton recit est tres vivant.
ES Esvessya Regular ·
Je ne saurais réagir et m’exprimer aussi bien qu’on pu le faire pataugas et Alan, mais je vous félicite pour cet émouvant récit et aurais plaisir à vous lire à nouveau.
MA Macareux ·
LA PLAGE DE MBOUR EST INFECTE SUR TOUTE SA LONGUEUR La plage de cet hôtel de la côte sénégalaise est en plein vent. Un vent tonique qui vient de l'Atlantique et rend la chaleur supportable. Le soleil s'atténue en fin de l'après-midi. C'est alors que la plage s'anime. Les enfants africains plus beaux que ceux des chromos se jettent dans la mer en piaillant. Ils jouent dans l'eau et se roulent dans le sable gris qui les fait ressembler à d'étranges petites créatures. Les marchandes longues et belles s'installent tranquillement en face de l'hôtel. Enveloppées de leurs boubous usés, elles ont attendu ce moment toute la journée en palabrant, tapies à l'ombre. Elles s'alignent l'une à côté de l'autre juste à la limite permise, déballent colliers, bracelets, objets artisanaux...et tendent au vent les étoffes colorées d'ocre, de jaune, de bleu, de violet...Effrontées et familières, elles appellent les touristes européennes étendues sur des chaises longues dans l'intimité des palmiers. Elles les connaissent toutes par leur prénom. A chacune des vacancières, elles ont déjà parlé de leur quotidien. Elles arrivent tous les matins, le ballot de marchandises posé sur la tête, de M'Bour ou d'un village plus lointain. L'une d'elles, la plus jeune (quinze ans peut-être), tient son bébé sur le dos, bien serré dans une étoffe. Cet enfant, cela lui serait égal de l'abandonner. "Tu peux le garder" a-t-elle dit à une touriste qui le prenait dans ses bras. Marema, la pulpeuse, le visage d'une beauté ravagée, s'installe dans une case qui lui a coûté quelques milliers de CFA. "Je suis fatiguée, fatiguée..." se plaint-elle souvent, ne main étreignant ses reins. Pourtant au rythme du jembé de Papa Joe qui partage son refuge, elle danse et balance ses fesses opulentes plus souplement et plus sauvagement qu'une jeune fille. Elle est la première épouse d'un homme qui lui a fait neuf enfants et ne connaît pas tous ses petits-enfants. Une touriste lui a appris à écrire son prénom et elle en est très fière. Souvent les femmes ne vendent rien, surtout à la fin de la période touristique, avant l'hivernage. Pourtant elles reviennent sans désemparer. Harcelantes, plaintives et gentilles, elles espèrent et attendent jusqu'à l'heure où les jembés annoncent la nuit. Les jeunes sénégalais ont déjà commencé sur le sable leurs exercices insensés d'assouplissement et d'endurance, indifférents aux fesses somptueuses des filles qui se baladent le long de la mer. De toutes façons, elle se soucient plutôt des toubabs adipeux et roussis par le soleil et préfèrent attirer leur regard prometteur de quelques poignées d'euros. Les garçons eux, cultivent avec obstination l'esthétique de leur corps et entretiennent leur forme pour être plus compétitifs au foot. Ils ont passé la journée à l'affût du "bénif net", débusquant les touristes nouveaux arrivés, les plus faciles à piéger, se proposant comme guides, prêts à débiter joyeusement toutes les fadaises sur le Sénégal où chrétiens et musulmans s'entendent comme des frères, prêts à offrir des services sexuels performants aux européennes pathétiques en mal de mâles. Antoine est le mieux sapé de tous les garçons de la plage, un vrai play boy sorti d'un journal de mode africain. En dépit du vent, on pourrait le suivre au sillage de son parfum. Avec un sourire qui éclaire son visage de blancheur, il affime tranquillement qu'il faut être toujours prêt. "C'est le métier", dit-il. Souleyman, "le gentil plagiste" chante sa nostalgie de la Casamance, son pays. Il ne demande jamais rien et sourit sans rien dire de toutes ses dents affreuses et mal implantées. Il a quitté son village et la ferme de ses parents pour venir gagner de l'argent dans la région touristique et en envoyer à sa famille. mais son salaire lui permet juste de survivre, même pas de revenir au pays. Rêveur et absent, il chante en veillant au rangement des chaises longues jusqu'au moment où tous les vavanciers ont abandonné la plage. Martine, la française au visage ingrat et au corps presqu'aussi noir que celui de Momo la Star son amant de vacances, est une des dernières à la quitter. Longtemps Momo l'a enduite d'huile et massée avec une constance silencieuse. Puis épuisé, il s'est affalé dans un hamac et s'est laissé bercer en fumant des joints. Sur la plage du Blue Africa, le temps s'écoule avec une douceur hypocrite. Les inquiétudes se taisent, étouffées dans le vent et la houle de l'Atlantique. Les cris de la vie s'éteignent. Parfois on entend les aboiements furieux des chiens errants. Ils creusent le sable pour chercher la fraicheur. Leur meute est proche, mais leurs aboiements assourdis par le vent semblent venir de très loin. Des couples de jeunes français ont interrompu leur course à l'embourgeoisement le temps d'une pause sur cette plage d'ailleurs où ils oublient le quotidien sous la brûlure du soleil, dans le parfum des mangues éventrées mêlé à celui des crèmes solaires. Les gens âgés sont rares, ils préfèrent les plages plus cossues et plus confortables de Sally. A l'hôtel Blue Africa, les gens se croisent et se décroisent, s'ignorent ou se parlent sans conséquence, les choses de la vie prennent le poids de l'éphémère, leur juste poids. Les vacanciers ont le privilège de l'intermittence, ils passent en laissant dans la mémoire de leurs rencontres une image et un nom aussi flous que des traces dans le sable, en avivant le mirage de l'Europe des sénégalais et sans doute, leur désir d'y vivre. Ils partent la peau encore chaude, le coeur léger et les bagages lourds de babioles africaines. Certains se souviendront d'une pauvreté qui n'est pas la misère, du harcèlement entêté des africains, de la beauté des femmes et du sourire des enfants, de la puanteur iodée des détritus amoncelés sur les plages des pêcheurs, du vent qui emporte tous les tourments, du charme insupportable de l'Afrique. M'Bour, juillet 2006.

SA Sapho ·
Réponse à Macareux à propos de son avis sur la plage de M'Bour :

TOUT DEPEND DU REGARD ET NON DES CHOSES EN ELLES-MEMES.
Eve-Sapho
KA Kandan ·
Les photos que tu as mis ne sont pas celles de la plage dont parle ce beau texte. La première est celle du port de Mbour, forcement ce n'est pas nickel et ce n'est pas une plage mais le port, tu te bronzes dans les ports en France ?? La seconde est située à 500 metre a gauche du port, alors c'est sur les courants transportent les dechets jusqu'à elle! L'autre plage en question n'est pas infecte elle est de l'autre coté de Mbour, plus proche de Saly, et donc propre! Il faut areter de dire n'importe quoi!
CH Choucarde Globetrotter ·
Aaaahhh touristement comique !! 😉
Choucarde
KA Kandan ·
qu'estce que tu veux dire ? je comprend pas !!🤪
CH Choucarde Globetrotter ·
Salut,

Juste que chez moi aussi (un port et plages), on voit ou entend de droles de conclusions avec certains touristes(pas toujours au courant ...marin) et votre remarque judicieuse m'a donc faite sourire . A +
Choucarde
GO Gobo69 Regular ·
magnifique texte...c'est pour quand la nouvelle ou mieux le roman? car y a vraiment matière
Arnaud
SA Sapho ·
Je suis allée voir ton itinéraire de voyage au Radjasthan : précis et précieux. Je viens de faire le même voyage en février avec 5 autres personnes en taxi + chauffeur avec quelques autres choix (pas Jaïsalmer et Bundi), et nous avons prolongé jusqu'à Rishikesh et Vanarasi. Impossible de voir tout ce dont on envie, il faudrait "errer" plusieurs mois. Quel sera ton prochain voyage?
Eve-Sapho
GO Gobo69 Regular ·
je déménage en juillet...peux t'on appeler cela un prochain voyage? une autre vie certainement sinon la côte ouest des USA dans qq mois
Arnaud

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