Mardi 18 mai 2010, Arches N.P. (début)
Je me réveille vers 7h, mais B. à cette heure là n'a pas vraiment terminé sa nuit ! Aussi, le plus silencieusement possible (mais B. me dira plus tard que j'ai fait un bruit d'enfer, qui l'a réveillé), je me prépare et quitte la chambre, avec l'intention d'y revenir un peu avant 9h, pour prendre le p.d. avec lui. Ce cérémonial, toujours identique (mon lever précoce et "silencieux", qui malgré tout réveille B. et le met en fureur), se renouvellera tous les matins à Moab, mais aussi très souvent par la suite. Il me permet cependant de trainer paisiblement et agréablement dans la ville étape, puis d'y faire les courses de la journée (nourriture, essence, …).
Ainsi donc, après l'indispensable passage au City Market, et une promenade dans le centre de Moab, je me retrouve au Visitor Center de la ville. Je suis accueilli par la dynamique et sympathique ranger de service, pleine d'humour ; je discute des diverses possibilités que j'avais envisagées pour occuper nos quelques jours dans la région ; puis nous arrivons au sujet qui fâche, la météo. Elle me confirme bien que la pluie sera probable dans la journée (plutôt l'AM), mais que les jours suivants seront à nouveau secs. Nous ne ferons pas de piste aujourd'hui.
Aussi, après le p.d. puis un nouveau plongeon dans la piscine, nous décidons donc de passer cette journée sans pression, à Arches NP. Le détail du programme … …, nous verrons bien selon l'humeur.
A 10h30 nous pénétrons dans le parc que nous apprécions beaucoup l'un et l'autre (nous l'avions visité il y a une douzaine d'années à trois avec une certaine nostalgie à l'époque, car je me souviens bien d'avoir alors fait à ma femme la réflexion que c'était la dernière fois que nous nous retrouvions dans ce parc avec B. qui, devenant adulte, ne voyagerait plus avec nous. En fait, nous y sommes repassés en 2008, puis encore cette année ! Nous ne savons donc jamais ce que la vie réserve).
"Balanced Rock" connait déjà la foule, et pourtant ne vaut rien à cette heure pour les photos (son meilleur profil est alors en contre-jour). Si nous en avons l'occasion, nous y repasserons en fin de journée pour le voir dans toute sa splendeur.
Nous filons directement au camping, à l'extrémité du parc. Les nuages sont de plus en plus nombreux, de plus en plus noirs. Nous optons donc pour une courte ballade avant le repas.
Nous prenons le petit sentier de sable ocre en direction de Broken Arch, à travers un beau paysage de rochers, de pins et de fleurs innombrables (quel plaisir, le mois de Mai).



Un court détour nous rapproche de Tapestry Arch.


Nous continuons le chemin,


et parvenons enfin à Broken Arch. Mais nous manquons de chance : un groupe de 3 ou 4 jeunes, faisant le trajet en sens inverse, débouche sous l'arche quand nous y arrivons, et décide de faire une pose repos juste dessous !

Je manifeste finalement, au bout d'un moment, mon désappointement de ne pas pouvoir profiter de la vue dégagée de l'arche, pour une photo sans personnage, mais manifestement, ce n'est pas leur problème. Ils sont là, ils y sont bien, ils ont le droit d'y être, aussi ils y restent.
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Petite digression sur ce comportement, trop classique, de certains Américains (beaucoup d'Européens l'ont malheureusement aussi de plus en plus, mais je pense à un degré moindre). "J'y ai droit, donc je le fais, et je vous emmer…". Cela m'énerve particulièrement sur un parking de supermarché, quand je souhaite prendre une place qui se libère : habituellement, l'emplacement est libre en 30 secondes (temps raisonnable pour s'installer au volant et pour démarrer) ; mais si l'automobiliste s'aperçoit que sa place est convoitée par quelqu'un d'autre, il faudra compter au moins 3 minutes aux USA (2 en France), le temps de bien ajuster le siège et le rétroviseur (plusieurs essais sont nécessaires), de nettoyer les lunettes avec grand soin, et souvent de passer un coup de fil !). D'autres heureusement (je pense que c'est le cas pour moi, et pour vous également) dans cette situation, au contraire, se pressent pour libérer encore plus rapidement la place convoitée par quelqu'un d'autre.
Quant aux photos "dégagées "que nous souhaitons tous, c'est souvent impossible dès lors que nous ne sommes pas seuls (j'ai vu une fois un groupe s'installer sous Delicate Arch pour trinquer en plein milieu de l'arche, à l'heure du coucher du soleil, assis sur des sièges de camping qu'ils avaient montés, indifférents à l'indignation des autres spectateurs !).
Mais à coté de ce comportement bizarre et surprenant, les Américains sont tellement agréables par ailleurs. Chacun ses défauts !
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On comprend sans peine, en voyant le dessous de l'arche en son centre, son nom de Broken Arch.

De l'autre coté, elle est également très belle.

La ballade se poursuit dans la direction de Sand Dune Arch dans ce paysage très minéral.


Mais le ciel s'obscurcissant encore, nous décidons finalement de revenir au plus vite à la voiture. Sand Dune Arch, qui est par ailleurs proche de la route goudronnée, attendra des jours meilleurs. Retour au camping, dont nous avons squatté un emplacement sympatique pour le pique-nique.
Mais la place avait été réservée, et le propriétaire "légitime", une famille de la région de Chicago, arrive malencontreusement. Elle nous permet cependant très aimablement de terminer notre repas en discutant agréablement avec nous, puis nous lui laissons bien volontiers la place (excellente), alors que les premières gouttes apparaissent.
Pour rester à proximité de la voiture, notre refuge, nous allons voir Skyline Arch (promenade très courte), qui apparait, magnifique, à la sortie d'un "couloir" de rocher.




La pluie n'est toujours pas violente, aussi nous décidons de nous lancer dans la ballade de la journée, le "Devil Garden trailhead". L'avantage du temps maussade, c'est que nous sommes très peu nombreux à démarrer à cette heure, beaucoup de gens préférant attendre le soleil, assis tristement dans leur voiture garée. Mais nous croisons les visiteurs du matin sur leur retour.
Détour de quelques centaines de mètres sur la droite pour voir "Tunnel Arch" (en fait une arche double, dont seule une ressemble –un peu- à un tunnel), arches que bien souvent nous avons tendance à court-circuiter,

…………………… puis "Pine tree Arch", proche de la précédente.

Mais là aussi, une belle (?) jeune femme, mitraillée (en photo) par son ami, a décidé de passer une partie de son AM en plein centre de l'arche (Grrrrrrr….), au mépris des autres visiteurs peu inspirés, eux, par ce modèle. Nous distinguons dans le paysage à travers l'arche, le pin qui justifie le nom.

Puis, au bout de quelques minutes, toujours aussi majestueuse, apparait Landscape Arch, une des plus longues arches du monde (75 mètres).


Je suis toujours étonné par la minceur extrême de l'arche en son point faible (depuis la chute de rocher qui l'a affaiblie, il y a moins d'une vingtaine d'années).

Sur la droite de Landscape Arch, nous apercevons au loin le coté verso de l'ouverture de Partition Arch (que nous verrons plus tard dans la journée -voir ci-après-), que je photographie au gros zoom.

Soudain, B. se fait pensif, puis me livre le fruit de sa réflexion. Il a remarqué qu'à partir de Partition Arch, en se déplaçant sur le dessus de la falaise, il doit être possible d'atteindre sans trop de peine le sommet de Lanscape Arch et d'y faire une photo extraordinaire, tard le soir, quand le site devient désert. Je réussis finalement, (sans trop de peine, c'est vrai) à l'en dissuader. Pas de ça, en tout cas, pas avec moi ! (en fait, j'ai la faiblesse de penser qu'il plaisantait -ou qu'il me taquinait- ; mais j'aimerais bien en être sûr !).
Nous continuons la ballade de "Devil Garden". Mais les gouttes d'eau se transforment rapidement en trombes d'eau. Transpercés par cette pluie violente (les parkas deviennent perméables sous ce déluge), nous sommes obligés de trouver refuge dans un renforcement de la roche, sorte d'alcôve naturelle.

Mais si l'emplacement nous satisfait et nous amuse au début, en moins de 10 minutes, sous la violence du déluge, il devient inconfortable, car l'eau ruisselant d'en haut du rocher, par capillarité, crée des "rivières" là où nous sommes assis. Heureusement, nous ne sommes pas en sucre.
Puis la pluie cesse, aussi brutalement qu'elle était arrivée, et nous reprenons notre route. Les fleurs sauvages ont été magnifiées par la pluie.

Le chemin continue, sur des rochers rendus glissants. Nous "chevauchons" alors une crête avec, à droite et à gauche, un vide impressionnant, mais aussi un paysage grandiose de rochers rouges.


Un groupe de jeunes assez arrogants, parlant Français, nous double là sans aucune précaution, et sans un mot de politesse. Dans ces cas là, on se garde bien de parler notre langue maternelle, pour ne pas nous dévoiler !
Arrivés presque à l'extrémité de la crête rocheuse (notre objectif, Double O Arch, est alors sur la gauche), nous sommes surpris de voir le groupe de jeunes poursuivre jusqu'au bout des rochers, prendre quelques photos en 30 secondes, puis faire demi tour et disparaitre par le même chemin aussi vite qu'ils étaient arrivés, sans avoir même aperçu Double O Arch (ils pensaient probablement qu'elle se trouvait dans l'enchevêtrement minéral qu'ils ont photographié).
Voici la photo qu'ils ont prise des lieux :

Après qu'ils aient déguerpi, nous descendons avec précaution en direction de Double O Arch.

Nous traversons par le plus accessible des trous,

Et débouchons de l'autre coté, encore plus beau.



Un magnifique monolithe se détache face à nous.

Cependant, nous n'y aventurons pas, et entamons la marche de retour par le même chemin. Je crains en effet que la variante "primitive trial", ne présente quelques risques sur ces rochers mouillés et particulièrement glissants aujourd'hui, et sur lesquels B., pour prouver son agilité à son père, pourrait prendre des risques inutiles (je le connais un peu).
Nous admirons des rochers énormes en équilibre instable, sur trois pivots.

Mais même sur ce trajet plus facile, B. tient à me faire quelques frayeurs, en passant systématiquement à proximité du vide.

Nous prenons ensuite sur la droite une variante pour admirer deux très belles arches : Navajo Arch, et Partition Arch (que j'ai évoquée tout à l'heure, comme accès vers le top de Lanscape Arch).
Partition Arch présente deux très belles fenêtres, avec magnifique vue sur le wildness.


Par contre Navaro Arch est une porte d'entrée vers un jardin secret merveilleux, dans lequel nous nous aventurons.




Les fleurs sont toujours aussi resplendissantes.



la texture des pétales, doubles.
Au loin, la Salt Mountains bouche l'horizon.

Reprenant le sentier principal, nous parvenons à un amoncellement de roches que nous avions négligé à l'aller (c'était sous pluie battante).

Il s'agit des restes de "Wall Arch", une des plus belles arches du parc (plus de 20 mètres de portée, 10 mètres de haut), qui s'est effondrée soudainement il y a deux ans, une nuit d'été 2008. Elle était l'une des étapes favorites des photographes, dans le parc.
Les deux vues suivantes, qui appartiennent au "NP Service Photo", montrent Wall Arch juste avant et juste après l'effondrement.

Ceci nous rappelle que toutes les arches du parc ne sont que des structures éphémères, que le temps façonne de façon merveilleuse, mais aussi fait mourir. Beaucoup pensent que Landscape Arch elle-même devrait être la prochaine sur la liste, vivant actuellement ses tous derniers instants. Un bloc gigantesque s'en détaché il y a 20 ans, créant dans sa partie droite une zone de fragilité extrême.
En repassant rapidement devant cette merveille, nous ne pouvons nous empêcher de penser que peut-être nous ne la reverrons plus jamais entière.
J'espère que tout cela va faire définitivement abandonner à B. ses idées "originales" d'accès à cette arche.
De retour au parking, nous réalisons :
1/ que les prévisions météo semblent se concrétiser : le temps est revenu au beau, les nuages se dissipent, nous laissant optimistes pour les jours suivants,
2/ que nous avons bien pris notre temps, trainassé (c'était un plaisir), mais qu'il est trop tard pour monter ce soir à Delicate Arch voir le soleil s'y coucher,
3/ que ce matin, la pluie menaçante nous a fait "manquer" Sand Dune Arch.
Nous décidons donc d'y passer maintenant, en prenant le sentier depuis la route.
Le chemin sablonneux est désagréable, remplissant nos chaussures de sable.

Enfin, il est l'heure de rentrer sur Moab. Non sans une dernière halte à Balanced Rock, éclairé cette fois sous son meilleur profil.

Décidemment, Arches restera toujours l'un de nos parcs favoris. Nous y repasserons.
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533
Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !