Négar Djavadi: Désorientale ou l’art d’appeler un chah un chah
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La langue maternelle de Négar Djavadi est le persan, mais c’est en français qu’elle a écrit son premier roman. Plus qu’une réussite, c’est une vraie prouesse !

L’héroïne, Kimiâ, fille d’intellectuels contestataires aux régimes successifs du chah et de Khomeiny, est arrivée à l’âge de 11 ans en France et retrace, à travers ses souvenirs, l’histoire de sa famille sur 4 générations, dans l’Iran du début du 20ème siècle jusqu’à aujourd’hui.

Le lecteur est pris à partie avec beaucoup de spontanéité et d’humour, ce qui rend l’histoire extrêmement attachante. C’est un livre sur l’histoire et la politique iranienne, mais surtout sur l’exil, la perte de repères, l’adolescence, la quête d’identité, les rapports familiaux et le désir d’être mère.

L’écriture est belle, décomplexée, nerveuse, hirsute, aussi tendue que l’ambiance de certaines rues de Téhéran.

Je viens de refermer le livre que j'ai choisi pour l'originalité du titre. Il se lit d’une traite tant il est décapant, haletant, sincère, drôle et grave à la fois.
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
CO Cosi Regular ·
Je confirme. Très bon roman. Un vrai talent de conteuse, de la spontanéité, de l'humour, de beaux personnages (je suis légèrement amoureuse de Darius, le père de l'héroïne), un regard décentré comme j'aime et l'histoire de l'Iran pour les nuls en prime! J'ai encore plus hâte d'aller en Iran, maintenant
IN Intrankil Regular ·
Bonjour Cosi,

Si vous avez flashé pour Darius, et pris plaisir à la lecture de Désorientale, vous aimerez peut-être Douleur, le dernier roman de l’auteur(euh !) israélienne Zeruya Shalev et vous vous embraserez pour Ethan, le premier amour de jeunesse qui ressurgit dans la vie de l’héroïne au moment où elle s’y attend le moins.

Iris, le personnage principal est une femme moderne, active, qui fait carrière comme directrice d’école à Jérusalem. Elle est mariée à un homme raisonnable, pas franchement le genre hidalgo enflammé, qui peut certes se transformer en ours mal léché quand il est dérangé dans ses parties d’échecs sur ordinateur mais qui dans l’ensemble est un homme solide et fiable. Ils ont deux enfants adolescents. Le fils passe son bac sans faire d’embrouilles. Quant à la fille ainée, elle a quitté le cocon familial pour aller vivre sa vie à Tel Aviv.

Or au moment où Iris est rattrapée par son passé en tombant nez à nez sur son amour de jeunesse (il l’avait larguée comme une vieille chaussette à l’époque, mais elle se consume toujours autant de passion à l’évocation de leur histoire) qui entre-temps est devenu un toubib reconnu dans sa spécialité (le traitement de la douleur) lors d’une consultation à l’hôpital pour les séquelles des blessures qu’elle a subies des années auparavant lors d’un attentat suicide, elle s’aperçoit que sa fille file du mauvais coton. La gazelle est tombée entre les pattes d’un type ravagé du bulbe, complètement allumé, qui lui sert de patron et surtout de gourou, l’exploite tout en tentant de lui laver le cerveau à coup de théories sur la dépersonnalisation, la recherche du moi abyssal etc.

Je ne vous en dis pas plus mais un dilemme se pose évidemment, sans quoi Zeruya Shalev ne se serait pas donné la peine d’écrire un bouquin de 300 et quelques pages.

J’ai lu je crois tous les romans de cette auteure, beaucoup beaucoup beaucoup aimé la trilogie composée de Vie amoureuse, Mari et femme et Thèra. Or celui-ci m’a rendue accro au point de ne pas pouvoir fermer l’œil ni le bouquin avant de l’avoir fini. Je peux facilement imaginer que ses romans s’adressent plus à un lectorat féminin que masculin. Sans doute parce qu’ils racontent avec une finesse inouïe et une grande sensualité, non sans une certaine impudeur – de façon récurrente par de longs monologues intérieurs, pour autant jamais monotones - les émotions de femmes israéliennes (mais qui pourraient tout autant être françaises ou luxembourgeoises…) confrontées à la réalité quotidienne, aux affres de la vie conjugale, aux doutes, aux crises aigües, aux conflits familiaux ou intimes et aux dégâts collatéraux qu’ils provoquent...

On a tous et toutes eu un premier amour. Je parle pas de celui qui tentait de m’embrasser sous l’eau en vacances quand j’avais treize ou quatorze ans en me faisant signe d’enlever mon tuba alors qu’on était supposés observer les bancs de poissons et les étoiles de mer… Non, mais si demain, je tombais nez à nez sur celui qui… Bref (on va encore me reprocher de raconter ma vie et de m’étaler sur le forum comme de la confiture passée de date).

En tout cas, je vous recommande vivement cette lecture.
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)

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