New Wave touareg: Tamikrest (Mali)
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HE
Chanter le désert: Tamikrest (Kidal, Mali)

Si la zone semi-désertique du Sahel est marquée par une extrême sécheresse, cette caractéristique ne s’applique pas à son output musical du tout : A partir de TINARIWEN, ensemble de nomades, formé dans les camps de réfugiés libyens durant les années 80 qui mêle guitares électriques et poésie traditionnelle, au groupe de femmes, TARTIT, en passant par le « blues » sahélien du grand ALI FARKA TOURÉ, le nord du Mali ne cesse de regorger des artistes talentueux dont la musique enrichit tant les oreilles occidentales. Le plus nouveau régal : TAMIKREST, groupe post-tinariwen dont le premier album, Adagh, un coup de maître vraiment, rend hommage à l’Adagh des Ifoghas, une des plus belles régions du Sahara et patrie du jeune septuor ...

L'histoire de Tamikrest (« nœud ; union » en langue tamasheq) commence à Kidal, capitale de la 8ème région du Mali, autour d’un thé, comme il se doit. Les jeunes membres du groupe représentent la nouvelle vague des ishumar, ceux qui étaient enfants pendant la dernière grande rébellion et sont aujourd’hui en âge de faire de la musique. Leur musique est enracinée dans la lignée du rock ishumar (musique des rebelles touaregs), emprunté d’infuences diverses (dont le rap, la pop maghrebine, le métal, l'afro-pop du Côte d'Ivoire) ; Ousmane Ag Mossa, le leader et compositeur de Tamikrest, a entendu nombreux styles de musique, Bob Marley, Dire Straits, Led Zeppelin, Neil Young, et notamment la guitare rebelle de sa grande idole, le charismatique guitariste de Tinariwen, Ibrahim Ag Alhabib. Leurs guitares se teintent de sonorités rock, la batterie remplace la percussion, et des influences arabes sont perceptibles et tonitruantes.

Les sept musiciens de Kidal, cinq hommes et deux femmes, tous dans les vingt-cinq ans, conduisent – au moyen d‘un groove hypnotique (p.ex. dans « Amidini » et « Tamiditin »), d’un jeu de guitare magique (écoutez l'intro dans « Aratane N’Adagh » !!!), et de leurs chansons intenses – la tradition dans un nouvel avenir ; les chansons de l‘album respirent la magie et la fascination du désert, et, en particulier, rendent témoignage de la dure réalité politique au nord du Mali et de la lutte interminable pour la liberté et l’autonomie du peuple touareg : les Touaregs ou, à proprement parler, les Kel Tamasheq (« qui parlent le tamasheq ») ne sont qu’un des nombreux peuples africains oubliés après les désastres de la colonisation. Leur territoire divisé entre le Mali, le Niger, l'Algérie, la Libye et le Burkina Faso, leur identité niée, leur communauté discriminée, sont autant d'agressions qui ont poussé les nomades à régulièrement se révolter. Des sécheresses, du racisme, le manque de l’éducation scolaire et les guerres ne sont que les quelques problèmes, avec qui leur peuple doit mener un dur combat. Ousmane Ag Mossa traite ces thèmes, les met en musique et les chante, puis proteste doucement sans se transformer en rebelle. « Notre but est de faire entendre au monde entier à travers nos chansons révolutionnaires, les conditions de vie que subit le peuple touareg. La musique de TAMIKREST chante aussi le désert, auquel les Touaregs tiennent tant, elle chante l’amour, parle de la bonté et de la beauté du monde nomade » (Ousmane Ag Mossa).

Une chanson extraordinaire, accusante et lyrique à la fois, est « Aratane N’Adagh » dans laquelle Ousmane chante la plus grande peur des enfants de l’Adagh : leur manque de connaissance. Du feedback discret, de la percussion molle, du subtil picking de guitare accompagnent la triste voix d’Ousmane, voix toujours portée d’une mélodique orientale :

Oh! Qu’ils font pitié les enfants de l’Adagh, Qu’ils font pitié ces enfants. Depuis qu’ils sont nés, ils souffrent Et ne vivent que dans la sécheresse. Les villes étrangères les soutiennent, Lyon et Les Ulis leur donnent de l’aide. Luttons contre l’ignorance qui accable les Enfants de l'Adagh Car leur plus grand souci est le manque de Connaissance.

Malgré toutes les plaintes dans les chansons, la résignation ne prend jamais le dessus. La musique, tout en poésie, est remplie plutôt d’une aure de « Yes. We can », le plus fort dans la chanson « Alhorya » :

On a toujours di et on le dira encore : On obtiendra la liberté même si on laisse des orphelins. On ne vend pas et on n’achête pas nos terres. La liberté sera l’héritage. Chacun de vous entend ce que je dis. Vous savez bien que c’est la liberté, La liberté de voir mon peuple trouver son Indépendance.

« Adagh » est, pour un début, un album assez parfait d’un si jeune groupe. Malgré la « proximité » stylistique de Tinariwen, ces jeunes n’ont pas créé une copie, mais un ouvrage qui continue et développe les pensées de leurs idoles, Tinariwen. Bilan : un groupe prometteur a produit un grandios! album qui est à recommander inconditionnellement.

Assurez-vous de cette musique hypnotique et poétique, elle mérite une écoute plus qu’attentive !

Tamikrest sont : Ousmane Ag Mossa (lead guitare, chant), Aghaly Ag Mohamadine (batterie, percussions, chant), Cheicke Ag Tigly aka Pino (basse, chant), Mossa Ag Borayba (guitare, chant), Mossa Ag Ahmed (guitare, chant), Fatma Walette Cheicke & Bassa Walette Abdamou (chants, claquement de mains).

CD : Tamikrest, Adagh (Glitterhouse/Differ-Ant Distribution), 2010

MySpace : http://www.myspace.com/tamikrest

hgb
AS Assigué Regular ·
I ni wula Herbert,

Sympa ce groupe !

Tinariwen a ouvert la voie....it's good !

k'an bèn !
LE Lepiaf Globetrotter ·
Les liens entre Tamikrest et Tinariwen sont étroits, à lire un bon article sur Tamikrest dans les Inrocks du 14 avril dernier. Dans le même genre musical, j'ai un faible pour Toumast.
HE Hery Veteran ·
Bonjour Jean-Pierre,

en composant le message initial, j’ai bien sûr pensé aussi au groupe Toumast (et aussi à Terakraft) … Cependant, il m’importait à mettre « le Nord du Mali » en exergue ! Donc, c’est à mentionner Tinariwen et Tartit comme représentants les plus connus de l'actuelle musique populaire touarègue mais aussi Ali Farka Touré, musicien le plus important du Mali depuis les années 60 et homme du Nord (bien qu'il ne soit pas Touareg). Autant que je sache, Toumast est un groupe nigérien (de ce fait, je l'ai laissé tomber) ...

J'aurais un grand intérêt de l'article (Inrocks) dont tu parles ... Merci !

Bonne journée, hgb
LE Lepiaf Globetrotter ·
Voici : http://www.lesinrocks.com/musique/musique-article/article/desert-song-en-immersion-chez-les-touaregs/

A propos d'Ali Farka Touré, j'aime beaucoup Vieux Farka Touré qui réussit à garder l'esprit de son père tout en apportant sa personnalité.
HE Hery Veteran ·
Re ...

Merci pour ce lien ...

A propos Vieux Farka Touré : à dire vrai, au début, j'étais un peu sceptique (qu'il pourrait rester toujours le fils du grand AFT, c.à.d. sans propre "voix musicale"). Entre temps, je sais que ce scepticisme est inconvenant : sur l'album "I speak fula" de Bassékou Kouyaté & Ngoni Ba (où il est guest musician), il joue un magnifique solo de guitare électrique qui m'a convaincu absolument ... Il va son chemin.

Le concert de Boubacar Traoré à Nantes s'est déjà joué ?!

Bon week-end, hgb
LE Lepiaf Globetrotter ·
Le concert de Boubacar Traoré à Nantes s'est déjà joué ?

Oui, bon concert, B. Traoré m'a surpris par sa qualité de guitariste.
AS Assigué Regular ·
bonsoir,

Merci pour l'article ! vraiment intéressant. Ousmane, 7 ans de guitare seulement et déjà ce niveau ? impressionnant ! C'est dans la souffrance, que naissent les meilleurs !
MA Mariemuscade ·
mayjen i ni wula

aux amateurs de musiques du nord du Mali , je conseille le site Tamasheq.net actualités , écoute .... et une émission de radio en podcast ! et aussi la possibilité d'acheter des CD que vous ne trouverez pas à la Fnac !

kam bé har assaghat

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