Un peu d'évasion au Cap Vert
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LH


Bonjour à tous,

J'avoue que je suis impressionné par le nombre d'articles qui pullulent sur le coronavirus et le covid-19, sur un site de voyages comme VF. Je le comprends bien sûr, que ce soit pour tous ceux qui voient leur voyage annulé au fil des semaines, ou pire encore pour ceux qui sont bloqués à l'étranger, parfois malades et qui n'arrivent pas à rentrer chez eux. Je leur souhaite d'ailleurs le meilleur à tous 🙂

Mais bon, cette surabondance d'articles sur cette satanée pandémie, c'est un peu trop pour moi quand même. Alors, comme on ne peut plus assouvir notre passion pour le voyage par les temps de confinement qui courent, j'ai décidé de changer un peu de sujet et de mettre, ou en tout cas d'essayer, un peu d'évasion dans les cœurs !

Je vous propose donc un petit top 3 des lieux qui m'ont le plus enthousiasmé, à la fois par leur isolement, leur beauté, la gentillesse de leurs habitants, la nature grandiose qui leur sert d'écrin...

Je ne sais pas vraiment si j'ai choisi la meilleure rubrique pour ça mais bon, ça pourrait coller car je donnerai quelques infos pratiques à l'attention de ceux que ces sites peu fréquentés pourraient tenter...

N°3 - FOGO : L'ÎLE-VOLCAN (CAP-VERT)



Ce qui fait la réputation du Pico do Fogo, c’est qu’il s’agit de l’un des rares volcans actifs dans le monde à être habité (au Cap-Vert, il se dit même que c'est le seul !)...

A l’intérieur de cette caldeira de neuf kilomètres de diamètre, dans laquelle les cratères ont poussé comme des champignons au fil du temps et des éruptions, habitaient environ un millier de personnes jusqu’au 23 novembre 2014.

Mais ce jour-là, le volcan entra en éruption. La lave se répandit alors dans une bonne partie de la caldeira au cours des jours et des semaines suivantes, engloutissant lentement mais sûrement toutes les habitations qui se trouvaient sur son passage. Même s’il n’y eut aucune victime à déplorer, car la population avait pu être évacuée à temps, les quelques hameaux qui étaient posés là furent quasiment rayés de la carte.



Pendant les deux mois et demi qu’a duré l’éruption de 2014, les habitants s’étaient trouvés contraints de vivre temporairement à Sao Filipe (la ville située en contrebas, à 1h30-2h00 environ de route) et ne pouvaient pas retourner dans le cratère. Ils épluchaient alors les images satellites via internet pour essayer de voir si leur habitation était engloutie ou pas. L’attente et surtout l’impuissance qu’ils ressentaient face aux éléments déchaînés leur étaient insupportables.



Par ici, le paysage de désolation est total. Pourtant après l’éruption, les habitants de ce site irréel, armés d’un courage hors-normes, ont décidé de revenir y vivre et donc de tout reconstruire. Mais sans aucune aide, car les pouvoirs publics considèrent qu’en cas de nouvelle éruption...

José, qui tient la géniale petite pension dans laquelle nous avons passé 3 jours, nous explique le sentiment qui l’habite : il est né ici, il a grandi ici, il a toujours vécu ici, et il n’est donc pas question pour lui d’être déraciné.

Ci-dessus : José

Et ici, tout le monde pense comme lui. Alors ces habitants, que les forces de la nature ont expulsés de chez eux, ont décidé de tout reconstruire, alors qu’ils avaient tout perdu. Et à force de patience, de persévérance et de travail acharné, ils ont fini par réussir leur pari insensé. Tout seuls, sans aide.

Lors de l'éruption, l’église a été submergée par la coulée de lave. Voici tout ce qu’il en reste.

A gauche de l'image : le fronton de l'église émerge à peine de la coulée de lave

Un peu plus loin, la coopérative de vin et ses cuves de 1000 litres ont subi le même sort que l’église.



En 2014, très peu de médias occidentaux ont parlé de cette éruption et de ses conséquences sur les habitants. Un silence incompréhensible pour nous après avoir vu ce champ de ruines, mais aussi pour certains vulcanologues, qui ont parlé de « l’éruption oubliée ».

Si cette histoire nous paraît édifiante, une telle adversité n’a pourtant pas aigri les gens d’ici, car ils considèrent comme normal d’avoir tout reconstruit. D’ailleurs, cette reconstruction s’est faite dans la plus pure tradition locale. On peut voir notamment un certain nombre de maisons typiques, de forme circulaire, construites avec les pierres recrachées par le volcan, ce dernier ayant d’ailleurs inspiré la forme des toits.



Aujourd’hui, la vie normale a repris son cours, même si la spécificité de ce lieu unique rend le quotidien compliqué, comme nous l'explique Carole, la femme française de José. Par exemple, il n’y a pas d’eau courante : il faut se faire livrer l’eau par camion et remplir des réservoirs grâce auxquels on peut quant même prendre une douche.

Il n’y a pas d’électricité non plus, ou à peine : quelques panneaux solaires permettent simplement de chauffer l’eau de la douche, ou encore de recharger les batteries des appareils photos des voyageurs de passage. Mais le soir venu, on s’éclaire uniquement à la bougie.

Également, pour s’approvisionner en quoi que ce soit, il faut sortir du cratère pour aller faire les courses à Sao Filipe, c’est-à-dire non pas au petit supermarché du coin comme chez nous, mais à trois ou quatre heures d’ici aller-retour.

Et puis les habitants ont su s’adapter. Ils savent par exemple que, contre toute attente, leur terre volcanique est d’une étonnante fertilité pour leurs plantes, leurs légumes et leurs arbres fruitiers. Car cela peut paraître étonnant mais tout pousse ici, et plutôt bien.



Grenades, coings, figues, mangues, pommes de terre, haricots etc : fruits et légumes s’épanouissent totalement ici. Mais aussi le café, ou encore le raisin bien sûr, puisque la spécialité du volcan, c’est le Manecom, ce fameux vin local.



L’ascension du Grand Pico



Les deux volcans : l’ascension classique du Grand Pico dure en moyenne six à sept heures. Une fois-là-haut, on redescend par l’autre côté, ce qui permet de découvrir le Petit Pico, lequel vaut vraiment le détour. Pour avoir un guide, il suffit de demander la veille à José, mais on en trouve facilement un peu partout dans la caldeira.



Après le départ, on se retrouve assez vite au beau milieu de paysages lunaires à n’en plus finir.



Le chemin de rando offre quelques points de vue sur de petits cratères, qui ont tous été à l’origine d’éruptions de plus ou moins grande importance depuis le 18e siècle. Derrière eux, les remparts marquent les limites de la caldeira et au-delà, une mer de nuages s’étend à perte de vue au-dessus de l’océan.



Après quatre heures de montée, c’est l’arrivée au sommet : 2.928 mètres d’altitude, le point culminant de la petite île mais aussi du pays.

L'intérieur du cratère

La descente se fait tout d'abord dans les rochers pendant quelques dizaines de minutes, avant de découvrir la surprise du chef : la descente de la pente du volcan en courant dans la cendre !



En réalité, ce n’est pas exactement de la cendre. C’est de la pouzzolane, c’est-à-dire une multitude de toutes petites roches volcaniques (plus ou moins de la taille d’un ongle) ultra-légères. On s’enfonce dedans comme dans du sable. Courir là-dedans en descente, avec une vue imprenable sur la caldeira, provoque des sensations grisantes et inoubliables.



Le petit cercle aux contours clairs (mouais, disons plutôt le petit ovale), en plein centre de l'image ci-dessus, c'est le Petit Pico. Ce cratère porte bien son nom car il est tout petit comparé à son grand frère, duquel nous venons. Et pourtant, c’est bien ce Petit Pico qui a tout dévasté en contrebas en 2014-2015.

Photo : le Petit Pico

Pensao Casa Jose Doce

Cette petite pension, ainsi que toute la caldeira d'ailleurs, est destinée à tous ceux qui fuient les zones trop fréquentées. Quel régal !

Pour les matériaux de construction et de décoration de la pension, il n’a pas fallu aller chercher bien loin : on a utilisé notamment les roches volcaniques et les morceaux de lave durcie, dont la couleur varie en fonction de la date d’éruption.

La pension est située aux pieds du volcan

En l’absence d’électricité dans la pension, il faut s’éclairer le soir à la bougie. Et la conséquence géniale, c’est que ça donne une ambiance extrêmement chaleureuse aux repas pris en communauté avec les autres voyageurs. A chacun des trois dîners que nous aurons pris là-bas, nous aurons passé des moments particulièrement conviviaux avec toutes les personnes rencontrées. Même notre fils Arthur, du haut de ses douze ans, nous fera part de cette ambiance particulière qu’il aura profondément ressentie et appréciée.

Cette pension est située dans la caldeira, aux pieds des cratères actifs, et au beau milieu des coulées de laves qui ont dévasté le village en 2014. L’endroit est à la fois l’un des plus fascinants et l’un des plus dépaysants qui soient. La pension est propre, et l’accueil de José et Carole est très bon. On peut réserver à l’avance par la plupart des grandes centrales de réservation sur le web : Booking, Airbnb…

Les coordonnées – Page Facebook : Pensao Casa José Doce. Mail : pensao.jose.carole@hotmail.com – Tél : +238 952 70 93.

Remarque : comme évoqué dans l’article ci-dessus, les conditions de vie au fond de ce site irréel sont elles aussi dépaysantes, notamment parce qu’il n’y a ni électricité, ni eau courante. Même si quelques panneaux solaires et réservoirs d’eau permettent de bénéficier du minimum nécessaire pour le quotidien. Si l'on n’est pas trop accro au confort et si l'on ne rechigne pas à utiliser ponctuellement une bougie à la place d’un interrupteur pour s’éclairer, alors on trouvera ce site tout simplement enchanteur.

Le prix : lors de notre venue en août 2018, à partir de 23 euros par nuit la chambre pour deux personnes, petit déjeuner compris. Il faut en principe ajouter le prix du repas, soit 9 euros chez José (1.000 cve), car les possibilités de manger ailleurs dans la caldeira existent mais sont rares. A noter : le règlement se fait en espèces, dont il faut s’être muni avant le séjour dans la caldeira car dans cette dernière, on ne peut pas s’en procurer. Et quitte à aller sur Fogo, autant en profiter pour faire une petite virée sur les îles voisines, Maio et Santiago : https://youtu.be/pm3boTbNGmI

La prochaine fois, un autre site isolé, dépaysant et en pleine nature : ce sera le n°2 de ce petit top 3 très perso 🙂
Le blog voyages : http://derrierelhorizon.fr/accueil/

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