Bonjour,
Tu veux des titres de romans sur l'Inde c'est ça ?
J'ai bien quelques titres, par exemple : The Interpreter of Maladies (Jhumpa Lahiri), qui existe aussi en Français...C'est plus un recueil de nouvelles qu'un vrai roman, mais c'est pas mal. Tu connais peut-être.*
L'auteur est une jeune indienne née à Londres de parents Bengali, mais qui a été élevée à Rhode Island aux Etats Unis. Spécialisée dans l'écriture de nouvelles, ces dernières ont été publiées dans beaucoup de journaux américains, notamment le New Yorker.
"L'Interprète de maladies" est son premier recueil de récits publié et son premier ouvrage…et pour un premier essai, c'est un coup de maître car ce livre a remporté le prestigieux Prix Pulitzer 2000 pour la meilleure œuvre de fiction, le New Yorker Prize pour la meilleure première œuvre littéraire et enfin d'autres grands prix littéraires américains. C'est mérité car Lahiri a un vrai talent de conteur. Ses nouvelles dépeignent avec élégance et finesse la vie d'Indiens exilés coincés entre la tradition héritée de leurs origines et le nouveau monde auquel ils sont confrontés quotidiennement. Ainsi elle raconte l'histoire d'un couple qui ne s'aime plus après la perte d'un enfant et qui joue un jeu doux amer sur les débris de leur amour déchu afin peut-être de se reconquérir….Une autre histoire raconte l'histoire d'un guide indien qui a plus d'âme et d'intelligence que la famille d'indiens exilés, américanisée jusqu'au bout des ongles, qui vient visiter avec snobisme son pays d'origine…Ou il y aussi l'histoire de cette femme malade qui pense que le sexe est le seul moyen de la guérir….etc…mais je ne vais pas tout vous dévoiler, ce serait dommage. Laissez-vous prendre par l'ambiance, les odeurs, les environnements et tous ces personnages si différents les uns des autres et si touchants car ils nous ressemblent par bien des égards.
Autre livre que j'ai bien aimé, "Le jeûne et le festin" d'Anita DESAI.
Dans « Le jeûne et le festin », Anita Desaï nous raconte un paradoxe : la tyrannie et le laxisme familial et met en perspective l’Inde et l'Amérique. Cette célèbre auteur indienne qui partage son temps entre New Delhi et les États-Unis, nous livre dans ce roman une superbe mise en miroir des traditions familiales de ces deux pays. Dans l'un, les lois sacro-saintes de la famille surprotègent, étouffent, paralysent ; dans l'autre, l'absence de toute structure familiale déroute, dilue, tue.
Dans la première partie du livre, nous suivons le destin de deux jeunes sœurs : Aruna, belle et séductrice, à qui l'on réserve dès ses treize ans un beau mariage et Uma, l’aînée, légèrement arriérée et laide qui sera condamnée à servir ses bourreaux de parents jusqu'à ses derniers jours. Puis arrive le petit dernier qu'on n'attendait plus, un garçon, Arun, que l'on s'empresse de modeler selon l'usage afin de faire de lui un brillant intellectuel : cours particuliers après la classe, sport et viande rouge !
On ignore, dans la seconde partie, si Arun devient l'homme brillant escompté, Desaï reste elliptique sur ce point. On le retrouve quelques années après au cœur du campus américain dans lequel il est envoyé. Il y erre, s’esquive, fuit, conscient de son échec : "Non il ne s'était pas échappé. Il était parti loin, mais il était tombé sur ce qui était comme une représentation artificielle de ce qu'il avait connu à la maison et qui n'était pas la réalité mais l'irréalité."
Il y a toujours une faille au coeur des romans d'Anita Desai. Une brisure minuscule, un hiatus discret entre ce que l'on a été et ce que l'on voudrait être. Entre ce que l'on voudrait être et ce que la fratrie, les parents ou le groupe projettent sur vous. A ces blessures jamais closes répond ici une autre fracture : le fossé qui sépare, en Orient et en Occident, les façons d'envisager les destinées. Tous ces éléments étaient déjà présents dans son premier grand roman « la Claire Lumière du Jour » qui opposait deux sœurs. C'est toujours autour du même clivage, cristallisé dans un magnifique portrait de femme, Uma, qu'est construit "Le jeûne et le Festin" ... L’écriture d'Anita Desai procède par petites touches, fluides et légères, dessinant ici le portrait d'une jeune fille meurtrie, Uma, que sa famille maintient dans une adolescence forcée parce qu’elle est laide et un peu arriérée. Entre deux parents murés dans un monde clos, une soeur plus belle et qui réussit mieux qu'elle et enfin un frère dont la naissance est saluée comme une providence, Uma cherche à fuir l'existence étriquée que le sort lui propose. Mais les occasions se dérobent l'une après l'autre ... Alors le roman semble être en apparence celui d'une existence gâchée ... mais à mon avis, il faut aller plus loin. En nous emmenant du quotidien trop tranquille de la famille de Uma aux mystères cachés des êtres, le tour de force d'Anita Desai est de conduire son lecteur, insensiblement, à la conclusion que, dans l'adversité, c’est peut-être Uma, justement qui est peut-être le personnage le plus vivant de la maisonnée. Anita DESAI, fidèle à elle même nous entraîne entre Orient et Occident, jetant des ponts entre ces deux mondes, cherchant à ébranler au des certitudes d'Européen rationnel, et jouant à bouger les destinées au-dessus de ces clivages qu'elle aime tant. On oscille alors entre réalités et apparences, entre libre arbitre et prédestination, jouet ou explorateur du hasard ! C'est un bijou de lecture (le titre anglais c'est Feast & feasting").
Sinon il y a le Palais des Miroirs, d'Amitav Ghosh qui fait 500 pages, et que j'ai adoré...Ca parle de La Birmanie, c'est écrit par un indien...Amitav Ghosh raconte l’épopée des ouvriers agricoles indiens enrôlés dans les plantations de caoutchouc de la Birmanie. Il a découvert le côté sordide d’une colonisation que les Britanniques ont encore du mal à nommer et il nous la raconte dans ce roman.
Le Palais des miroirs est son cinquième roman. Sur fond des événements historiques majeurs qui ont transformé le visage de l’Asie méridionale au XXe siècle, ce livre raconte le destin tragique et grandiose d’une famille indo-birmane sur trois générations. Le roman s’ouvre sur le départ en exil en 1886 du dernier roi birman dont les soldats ont été mis en déroute par une armée britannique surpuissante. Le livre se clôt sur une réunion publique devant la maison de la résistante birmane Aung San Suu Kyi. Ces deux événements encadrent les drames et les tourments individuels de protagonistes hors du commun, balayés par les forces de l’histoire. Aucun n'est ni tout blanc, ni tout noir...étant toujours profondément et cruellement humain. C’est avec un vrai talent de conteur que Ghosh raconte l’évolution de ses personnages, leurs victoires, leurs échecs et leurs dilemmes. L’art de l'écrivain réside aussi dans la qualité évocatrice issue de son imagination foisonnante, dans la précision de ses descriptions et dans sa vision subversive et très réaliste de la marche de l’histoire...C'est un livre génial qui te fait voyager, ou on ne s'ennuie pas une seconde...On apprend plein de choses.
Sinon un autre magnifique roman, c’est le roman de Siddharth Dhanvant Shanghvi, intitulé « La jeune fille qui marchait sur l’eau ». C’est un livre plein de force, de lyrisme, de violence, d’amour, avec des personnages d’une humanité et d’une vérité incroyable…En un mot, voici un roman passionnant que j’ai adoré, un de mes préférés.
L'histoire se passe à Bombay, dans les années 1920, Anuradha et Vardhmaan se marient. De cette union arrangée par les familles naît un amour absolu et total entre les deux époux. «Au début, c'est un conte de fées, explique Shanghvi, puis les démons entreront dans le conte. Mais il y a si peu de différences entre les fées et les démons.»
Pour lire, comprendre et aimer ce roman il faut accepter la logique indienne, l'irréalité du temps qui est «un tissage où la vie s'intègre d'année en année», la puissance du destin, la force du karma. En effet dans ce roman, la mythologie côtoie le réalisme cru et la musique est au cœur de l'histoire, comme un vrai personnage. Après les premières joies du mariage, le plaisir des corps, la découverte de la merveilleuse vie à deux…le bonheur paisible du jeune couple se trouve bouleversé par la mort du premier enfant dans un triste accident puis l'arrivée d'un autre garçon, muet - Shloka - et d'une fille adoptive - Nandini - qui deviendra peu à peu le personnage central du livre. Car Nandini va représenter l'indépendance indienne à travers sa hardiesse, son insolence. Elle est à la fois peintre et modèle, capable de «marcher sur l'eau» et de « s'accoupler » avec un fauve.
Ce que j'aime dans ce roman c'est que c'est un conte de fées moderne explore l'amour et la perte, l'amitié et la solitude, les travers humains avec toujours la magie en filigrane.
C'est une histoire d'amours, de renoncements, de désirs : la saga d'une famille sur laquelle pèse la fatalité, mais qui ne cède jamais. La fille qui marchait sur l'eau" a le souffle des romans qui embrassent les grands thèmes: l'amour, la perte, la vengeance, l'ambition, la passion. On y trouve la musique, la peinture, le cinéma, la littérature, la sensualité mais aussi cette mélancolie indienne qui accepte son sort, regarde le monde en sachant que le destin ne se contrôle pas et qu'il vaut mieux fermer les yeux, écouter le chant du crépuscule pour retrouver les êtres chers.
Sinon il y a aussi les deux tomes sur le Taj Mahal écrits par Christian PETIT, "Le songe du Taj Mahal" et le Taj Mahal au Clair de Lune qui te feront passer un bon moment, super bien écrit et plein de rebondissements, mais ils sont trop récents pour exister en poche et ils sont assez gros, pas pratique à amener en voyage...Mais reste tout de même un bonheur de lecture.
Voilà, ce sont mes coups de coeur littéraires...j'espère que ça peut te rendre service...
Bon voyage et bonne lecture.
Jasmine
Jasmine