Romans iraniens contemporains
FR

This discussion is in French, the community’s main language.

Original post
UN
Bonsoir,

L'un ou l'une d'entre vous a-t-il un ou des titres de roman iranien contemporain à me conseiller?

Auteur iranien et pas auteur qui écrit sur l'Iran. Et de préférence masculin (il faut que je me rende à l'évidence, ma longue expérience de lectrice montre que je ne suis pas du tout réceptive à la littérature écrite par des femmes).

Khayyam et Hafez, guère contemporains, sont déjà dans ma bibliothèque. Maalouf, qui au demeurant n'est pas iranien, aussi.

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
LE Levelo Veteran ·
Bonsoir,

La Chouette Aveugle, de Sadegh Hedayat. Ecrit surréaliste des années 1950. Pas contemporain au sens strict du terme, mais un des premiers iraniens à avoir percé dans la littérature moderne.

L.
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonsoir Yves,

C'est un regard désespéré qu'il promène sur le monde. Cet univers aux lois impénétrables, mais absurdes et cruelles, s'il entr'ouvre parfois devant nous ses cercles les plus fantastiques, loin de nous offir alors la promesse d'une destinée meilleure au-delà de l'existence terrestre, nous apparaît toujours baigné de la même sinistre lumière. Rien à espérer de cette vie, rien non plus d'une autre. Telle est l'obsession que l'on retrouve à chaque ligne de La Chouette aveugle. Sadegh Hedayat s'est donné la mort à Paris, rue Championnet, le 9 avril 1950.

Avait-il lu Kafka?🙂 Du coup, j'ai un peu regardé la production de cet auteur et je suis tombée sur un autre de ses titres : Enterré vivant.

Le narrateur de ce roman, publié pour la première fois à Téhéran en 1930, souffre d'avoir trop vécu. Il finit par se consumer lentement dans l'ennui.

De circonstances...

Pourquoi pas une balade dans les mots d'un Iranien immigré en France au milieu du siècle dernier... La littérature d'exil est souvent intéressante.

Merci.

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
VA VacPhec ·
Bonjour, Nahal Tajadod ? C'est une femme, navrée. D'origine iranienne, elle vit en France. J'ai personnellement apprécié son roman "Passeport à l'iranienne" où un renouvellement de passeport dans son pays d'origine devient le prétexte à un portrait savoureux de la population iranienne.
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonjour Carine,

Merci. Je ne l'avais pas trouvée parmi mes déambulations dans les rayons virtuels des librairies, mais j'y ai tout de même découvert des tentations :

Non traduit en français, celui-ci.





Et même, mais il faut aller curieusement fouiller dans les littératures germaniques



Espérons que les livraisons à domicile fonctionnent encore.

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
LE Levelo Veteran ·
Ciao,

Il parait probable qu'Hedayat ait lu Kafka ( quel lettré ne l'aurait pas fait ? ). Kiarostami a aussi de son côté certainement lu Hedayat, il y a des correspondances entre les écrits de l'un et les films de l'autre. Hedayat reste très iranien/perse : rien n'est dit frontalement, tout n'est qu'ellipses et reste sujet à interprétation. Et La Chouette Aveugle a pour fond visuel l'Iran et la langue d'écriture était le farsi. Il me parait impossible et illusoire pour quelque auteur que ce soit de sortir complètement de son contexte culturel, même après une expatriation.

L.
VA VacPhec ·
Merci de m'avoir donné le résultat de vos recherches ! Beaucoup de lecture en perspective.
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonjour,

Hedayat reste très iranien/perse : rien n'est dit frontalement, tout n'est qu'ellipses et reste sujet à interprétation. Et La Chouette Aveugle a pour fond visuel l'Iran et la langue d'écriture était le farsi. Il me parait impossible et illusoire pour quelque auteur que ce soit de sortir complètement de son contexte culturel, même après une expatriation.

Je me demandais s'il écrivait en farsi (pas pris la peine de regarder s'il y avait un nom de traductrice-teur) ayant lu qu'il avait étudié dans des institutions françaises. Je n'ai donc plus aucune réticence à commander la traduction italienne (je m'étais trouvée bete autrefois en lisant Samarcande en italien, mes yeux tombant inopinément sur la mention "traduit du français").

Ma référence à l'intéret que peut présenter ce que j'appelais la "littérature de l'exil" avait en toile de fond une littérature qui m'est chère : la littérature bosniaque. Nombre de ses auteurs écrivent d'ailleurs, et le plus souvent dans une autre langue. Il restent bosniaques et conservent la magie de leur pays, avec quelques reflets autres.

Je me rends compte que les auteurs iraniens sont aussi assez souvent ailleurs (2 sur les 4 que j'évoquais avec Carine). L'ailleurs d'Hedayat, vu son époque, relève sans doute d'une autre démarche.

Bon dimanche aprem.

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
LE Levelo Veteran ·
Je ne sais pas exactement ce qui a pu pousser Hedayat à quitter son pays pour gagner Paris. Mais il était francophone, éduqué et sa famille était plutôt bourgeoise. L'envie d'être au plus près du coeur physique de la littérature moderne de l'après-guerre ? L'Iran d'aujourd'hui ne laisse que très peu de choix aux artistes et aux auteurs qui veulent produire librement : l'exil s'impose presque toujours.

Le sujet de la traduction reste toujours épineux, d'où effectivement l'intérêt de lire des écrivains d' " ailleurs " qui écrivent dans la langue maternelle ( ou très bien maîtrisée ) du lecteur. Je te rejoins là-dessus, c'est souvent la littérature la plus passionnante pour nous autres voyageurs.

Le farsi n'y échappe pas. Il faut souvent lire plusieurs traductions différentes d'un même poème de Hafez ou Saadi pour en trouver une qui, comment dire, " sonne ". Malheureusement je ne maîtrise pas assez bien cette langue pour la lire dans le texte. Mais à voir l'extase que cela procure aux Iraniens et la longévité exceptionnelle de ces textes, je me dis toujours que je rate forcément quelque chose.
AR Arianep Regular ·
Bonsoir, De Kader Abdolah, j'ai beaucoup aimé aussi "La maison dans la mosquée", traduit en français du néerlandais (l'auteur a obtenu l'asile politique aux Pays-Bas et écrit dorénavant dans cette langue). Paru chez Gallimard .
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonsoir Simone,

Oui, il est dans ma commande. J'ai très envie d'aller déambuler à Senjan, au moins en esprit pour l'instant. 🙂

Merci.

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
TU Turbi Veteran ·
Tu as sélectionné (peut être par inadvertance) le livre "mon oncle napoleon". Cet ouvrage relève plutôt de la farce. Les iraniens le tiennent pour culte , principalement à cause de la série homonyme (pré revolutionnaire). Personnellement, je ne suis pas tombé à la renverse avec le livre. Une fois traduites, les blagues tombent un peu à plat. Un peu comme si on transcrivait en livre "les bronzés" etc...😆
PPP
TU Turbi Veteran ·
Voulais tu parler de Zanjan? Cette remarque m a remis en mémoire le roman "le tar de mon pere", une approche - en grande partie fantasmee - de la culture populaire lyrique de l Azerbaidjan iranien... Un iran ré imaginé, donc. L auteur(e) yasmine Ghata est libanaise.
PPP
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonjour,

Tu as sélectionné (peut être par inadvertance) le livre "mon oncle napoleon". Cet ouvrage relève plutôt de la farce. Les iraniens le tiennent pour culte, principalement à cause de la série homonyme (pré revolutionnaire). Personnellement, je ne suis pas tombé à la renverse avec le livre. Une fois traduites, les blagues tombent un peu à plat. Un peu comme si on transcrivait en livre "les bronzés" etc...

Non, ce n'était pas de l'inadvertance. Je me suis laissé abuser par la présentation qu'en fait ... l'éditeur ou le libraire :

Ce roman met en scène un sous-lieutenant à la retraite qui s'identifie à Napoléon Bonaparte, auquel il voue une admiration sans bornes, et donne à voir la société iranienne sous un jour plein d'ironie.

Cela m'avait attirée. Mais comme ma commande était toujours en cours de traitement pour cause de non circulation des livreurs chez les pestiférés covidisés de la province de Brescia, j'en ai profité pour l'enlever.

Catherine

PS : Peut-être rirait-on en lisant une version littéraire des Bronzés... si c'est bien écrit (je n'ai pas vu Les bronzés depuis... au moins 20 ans)
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
UN UnaMilanese Veteran ·
Voulais tu parler de Zanjan?

Je veux parler de سنجان 😛 (moi pas savoir oraliser ce mot).

" È Aga Jan il personaggio centrale, ricco mercante e capo del bazar di Senjan, nel cuore della Persia, patriarca della casa della moschea, dimora secolare dove regna l’armonia delle antiche tradizioni e, all’ombra dei minareti, si annodano amori, matrimoni, sogni, tresche e preghiere come i fili dei tappeti. Finché il vento della Storia irrompe nella casa e trascina con sé i figli della moschea, rendendoli protagonisti degli eventi più drammatici."

Merci pour le conseil de lecture 🙂

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
LE Levelo Veteran ·
Cela se lit bien " Senjân " 🙂.
LE Levelo Veteran ·
Bonjour Catherine,

J'ai compris que tu cherches un ou des romans contemporains iraniens écrits par des Iraniens.

Je vais peut-être enfoncer des portes ouvertes mais il y a aussi de magnifiques pages écrites sur ce pays par des écrivains voyageurs occidentaux.

Celles que leur consacrent L'Usage du Monde de Bouvier et La route d'Oxiane de Byron sont éblouissantes.

Yves.
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonjour,

Je vais peut-être enfoncer des portes ouvertes mais il y a aussi de magnifiques pages écrites sur ce pays par des écrivains voyageurs occidentaux.

Celles que leur consacrent L'Usage du Monde de Bouvier et La route d'Oxiane de Byron sont éblouissantes.

Surement. Mais à l'heure actuelle, je ne cherche pas un regard occidental sur l'Iran, quel que puisse être sa qualité. 🙂

Nous autres restons des voyageurs, enfermés dans le soi, susceptibles, qui sait, de se transformer au contact de l'altérité, mais certainement pas d'en faire l'expérience profonde. Nous sommes des espions, nous avons le contact rapide et furtif des espions.

écrit Mathias Enard dans Boussole, que je suis en train de lire (quand j'ai le temps 🤪).

J'ai envie d'espionner moi-même. Pas d'écouter le récit, même passionnant, d'un espion.

(Et j'avais moins aimé le Madame Ba d'E. Orsenna que les livres de Hampaté Ba, Couao Zotti, Dongala lorsque je me baladais en Afrique, moins aimé Rufin ou même Enard que Jegovic, Hemon, Selimovic, etc lorsque j'arpentais les Balkans.)

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
TU Turbi Veteran ·
Cela se lit bien " Senjân " 🙂.

oui c est bien écrit Senjan, et il existe apparemment un bourg homonyme - pour ne pas dire "méconnu " - dans la ville actuelle d Arak. Je connais le bazar de Zanjan ( et accessoirement aussi celui d'Arak). Il est plus vraisemblable que ton livre parle de Zanjan, dans la province turcophone du même nom. Un grand bazar rustique, assez vaste, plus réputé pour ses quelques couteliers que pour les monceaux de primeurs qui l encombrent en vérité.
PPP
TU Turbi Veteran ·
Surement. Mais à l'heure actuelle, je ne cherche pas un regard occidental sur l'Iran, quel que puisse être sa qualité. 🙂

j ai teste

" un jardin a Teheran" de Shusha Guppy; ce sont des souvenirs d enfance (annees 1950) dans une famille nantie de Qeytariyeh. Une galerie interessante de portraits qui laisse un arriere gout de desuetude pre-revolutionnaire.ou

"Cinq histoires cruelles" de Dowlatabadi est un recueil de nouvelles.
PPP
LE Levelo Veteran ·
Bonjour,

Il y a de très belles pages dans un Jardin à Téhéran.

L'auteure est d'origine iranienne mais a principalement vécu en Occident, et j'ai trouvé qu'elle décrivait le pays de son enfance avec un regard en partie teinté par son nouvel environnement, probablement pour des soucis de vulgarisation auprès de son lectorat. On apprend beaucoup en la lisant, ceci dit.

La langue d'écriture est l'anglais, pas le persan.

@ Catherine : peut-être ce livre, pour débroussailler plus :

https://www.amazon.com/Strange-Times-Dear-Contemporary-Literature/dp/1559708050

Yves.
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonjour,

Je suis plongée (dès que j'ai le temps 😕), dans la lecture de Cunéiforme. Un livre plaisant, une sorte de tableau romancé de découverte d'un siècle d'histoire iranienne à usage du néophyte néerlandais (qui est la langue d'écriture d'Abdolah) et autres étrangers ignares. Ce qui pour moi tombe très bien. Je suis juste très perplexe sur la réelle existence des lieux du roman. Il est clair que la Senjan évoquée n'est pas la ville dans l'orbite d'Arak, mais je peine aussi à l'identifier comme Zanjan. Elle serait proche de la frontière russe, le train de Reza Shah y passe, pas de trace sur la carte (lisible pour une non farsiphone) de fleuve Shirpala ou de mont Safran... Sans doute dans le Golestan quand même... poésie beaucoup, opium presque autant, cavalcades dans les montagnes somptueuses, exploit physique, conflit entre la modernité et la tradition, place du mythe et de la magie. C'est une lecture très séduisante, fluide, prenante.

La chouette aveugle (j'ai eu du bol, la traduction italienne du texte farsi est parue en janvier, sinon je me serais retrouvée avec une traduction italienne de traduction française ou anglaise 🤪)... c'est épouvantablement violent. Un onirisme sans issue. Un brouillage complet du temps. J'ai étrangement pris conscience que l'Iran était au moins aussi proche de l'Inde que de l'Europe. Lecture très intéressante aussi, mais épuisante.

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonjour Yves,

@ Catherine : peut-être ce livre, pour débroussailler plus :

www.amazon.com/...rature/dp/1559708050

Je n'avais pas vu la nouvelle page de la discussion hier. Merci pour le lien. C'est en anglais, et ma connaissance très utilitaire pratique fonctionnelle de cette langue ne me permet pas de goûter les textes littéraires (il me faut un dico à portée et cela engendre une lecture tellement hachée que j'apprends des pans d'anglais certes mais perds le fil du récit). C'est d'ailleurs un peu le problème que je rencontrais avant que les livres ne me soient livrés et que je naviguais dans la finalement très dense littérature iranienne du siècle écoulé : soit ce sont des auteurs qui ont été traduits en français ou en italien mais ils n'ont pas fait l'objet de réédition et sont souvent épuisés, soit ils sont accessibles en anglais. Je reprendrai mon bâton de pèlerine pour dénicher de nouvelles œuvres quand j'aurai fini le stock... 🙂

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
LE Levelo Veteran ·
Ciao Catherine,

De rien.

Oui, La Chouette Aveugle est une lecture un peu oppressante, pas forcément bienvenue en ces temps de confinement 🤪. Je ne pourrais dire exactement pourquoi, mais elle m'a rappelé Nocturne Indien de Tabucchi. Le " brouillage " des repères que tu évoques, sans doute.

Je n'ai pas lu Cunéiforme. Peut-être qu'Abdolah lui aussi fait évoluer ses personnages dans un Iran dont il fait trembler les contours géographique et toponymique parce que la réalité de ces lieux n'a pas d'importance et que cela sied le roman ou, au contraire, parce qu'un Iranien qui le lira comprendra immédiatement où il se trouve ? Cette Senjan pourrait-elle être Zanjan, le Mont Safran le Mont Sabalan ( situé entre cette ville et les frontières du nord ), et le fleuve Shirpala l'Araxe qui démarque la frontière avec l'Arménie et l'Azerbaïdjan ?

Yves.
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonjour Yves,

Oui, La Chouette Aveugle est une lecture un peu oppressante, pas forcément bienvenue en ces temps de confinement 🤪. Je ne pourrais dire exactement pourquoi, mais elle m'a rappelé Nocturne Indien de Tabucchi. Le " brouillage " des repères que tu évoques, sans doute.

J'ai un sérieux problème de traduction avec ce livre depuis hier ! Shariar Mandanipour l'évoque au début de En censurant, ... dont je lis la traduction de l'anglais (langue du d'écriture du roman) et parle d'un héros peignant des aiguières et d'une jeune femme donnant un lys noir. Dans la traduction italienne, il peint des astucci portapenne, donc des sortes de trousses et la jeune femme donne un liseron pale... 🤪 Si tout est à l'avenant...

Il faudra que je le relise, la composition est en très complexe, mais je dois reconnaitre ne pas en avoir le courage actuellement.

Peut-être qu'Abdolah lui aussi fait évoluer ses personnages dans un Iran dont il fait trembler les contours géographique et toponymique parce que la réalité de ces lieux n'a pas d'importance et que cela sied le roman ou, au contraire, parce qu'un Iranien qui le lira comprendra immédiatement où il se trouve ?

Je pense, oui. Il localise le puits de Mahdi sur ce mont Safran, et je me suis appuyée sur cet indice pour identifier le lieu. Sauf qu'il n'y a pas a priori vraiment de puits de Mahdi réel. Et effectivement cela n'a pas une importance fondamentale au regard de la charge de superstitions (ou spiritualité selon le point de vue) et de rationalité dictatoriale qu'il signifie. Des lieux symboles dont la réalité effective est secondaire.

Je continue à espionner. 🙂

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
TU Turbi Veteran ·
Je pense, oui. Il localise le puits de Mahdi sur ce mont Safran, et je me suis appuyée sur cet indice pour identifier le lieu. Sauf qu'il n'y a pas a priori vraiment de puits de Mahdi réel. Et effectivement cela n'a pas une importance fondamentale au regard de la charge de superstitions (ou spiritualité selon le point de vue) et de rationalité dictatoriale qu'il signifie. Des lieux symboles dont la réalité effective est secondaire.

Oui apparemment il a pas mal brouillé les cartes a dessin... pour ma part, je situais le puits du Mahdi a Djamkaran (Qom)...
PPP
TA Taamaden Veteran ·
Bonsoir Catherine,

je suis en train de lire un roman-documentaire-mémoire-histoire d’Amir Hassan Cheheltan : Der standhafte Papagei – Erinnerungen an Teheran 1979. Malheureusement, je ne sais pas dire s’il y en a une traduction française ou italienne… Désolé. Mais je sais que cet auteur a été déjà traduit au français : L’Épouse temporaire (1976), La salle des miroirs (1989), L’Aube iranienne (2001), Téhéran, Ville sans Ciel (2004) ou Tuer l’américain à Téhéran (20??), etc.

Je ne suis vraiment pas soupçonneux d’avoir beaucoup d’intérêt pour l’Iran (autant que je sache, l’Iran n’est pas en Afrique, non ?!)😏 A une exception près : l’année 1979, la Révolution islamique – de la chute du shah à l’accession au pouvoir de l’Ayatollah Khomeini… Incroyablement captivant !

L’année 1979 constitue un moment charnière qui influence la majorité de l’œuvre de Cheheltan (sans avoir abordé la thématique de la Révolution dans tous ses "romans"). Parmi ses œuvres littéraires qui constituent l’objet de cette étude, c’est dans Téhéran, Ville sans Ciel, L’Aube iranienne, Tuer l‘américain… et aussi Der standhafte Papagei que la Révolution de 1979 est traitée…

Dans Der standhafte Papagei, Cheheltan rend compte de la période de transition de la Révolution avant 1979, du commerce de rue et des violentes répressions du régime, mais aussi de l’horreur et la joie, l‘humour et le grotesque qui s’y mêlent constamment. La façon dont l’auteur dessine les événements politiques, mais surtout les réactions et les humeurs des habitants de son quartier à Téhéran, nettes, colorées, sobres et encore fabuleuses, me plaît beaucoup…

(finalement – et c’est une thématique qui me tient beaucoup plus ; cependant à chacun son intérêt – j’ai une toute autre question à te poser : as-tu déjà lu Tous, sauf moi (titre original : Sangue giusto) de Francesca Melandri ?! J’intends de le lire prochainement)

Bonne soirée à toi, hgb
UN UnaMilanese Veteran ·
Ciao Herbert ! 🙂

Désolée pour le retard dans la réponse, je surconcentre le boulot sur certains jours afin de m'en libérer d'autres pour cavaler dans les montagnes. Du coup, pas le temps de lire VF, ni autre chose d'ailleurs.

Je viens de chercher "ton" auteur, Cheheltan. Ma librairie française de référence (Mollat, à Bdx) ne me donne aucun titre. Et en utilisant la fonction recherche chez l'occasioniste le plus célèbre de France (GJ), on me propose de la musique : Seiltanz (danse de la corde si je capte encore deux mots d'allemand, trois avec le perroquet mais je bloque sur standhafte) mais aucun livre. En italien, je trouve Via della rivoluzione. Va savoir duquel des titres que tu cites c'est la traduction !

Trois livres d'auteurs iraniens immigrés en Italie, et non traduits en français je crois, poireautent sur la table en attendant que je m'y plonge : Il cuore del nemico et I demoni del deserto di Bijan Zarmandili et Quasi due d'Hamid Zariati.

Tu crois qu'il y a des romans iraniens contemporains qui ne font pas la moindre allusion à la révolution islamique ? La maison de la mosquée de Kader Abdolah cité dans cette discussion s'y arrête assez longuement. Il l'aborde d'ailleurs d'une façon très intéressante : il trace une fresque familiale, et parmi les membres de cette famille, certains vont se laisser subjuguer par les vues mollahesques intégristes jusqu'à devenir de véritables monstres, d'autres vont résister jusqu'à ne plus avoir d'autre choix que l'exil, d'autres encore, naïvement, vont en faire les frais. Quant au patriarche, le personnage central du roman, il se lézarde, ploie et se redresse. Sa foi modérée et profonde le guide et le soutient dans les rugissements des temps, de Reza Pahlavi ou de Khomeini. Un beau livre, vraiment. Comme Ecriture cunèiforme du même auteur, autre belle galerie de portraits où on retrouve d'ailleurs le poète opiomane à cheval de La maison de la mosquée.

Non, je n'ai pas lu Sangue giusto de Francesca Melandri. A vrai dire, je ne lis plus que très sporadiquement de la littérature italienne depuis que je vis dans le Bel Paese, et quasiment jamais d'auteure (chaque fois que j'ai lu un livre écrit par une femme je me suis ennuyée, la seule exception étant Marguerite Yourcenar).

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
TA Taamaden Veteran ·
Bonsoir Catherine,

pas du tout nécessaire de t’excuser auprès de moi. Je me réjouis de toute réponse, mais je ne la demande pas...

mais je bloque sur standhafte

L'adjectif standhaft veut dire "ferme, avec fermeté, stoïque". Le e final marque la déclinaison adjectivale (en nominatif)...😉

en italien, je trouve Via della rivoluzione. Va savoir duquel des titres que tu cites c'est la traduction !

En allemand, Via della rivoluzione a pour titre Teheran Revolutionsstraße. Il me semble qu’une version française n’existe pas. Rien trouvé. Cependant, il existe une traduction norvégienne et un e-book anglais...

Tu crois qu'il y a des romans iraniens contemporains qui ne font pas la moindre allusion à la révolution islamique ?

Bonne question. Bien sûr, il faut être conscient que l’année 1979 est une date cruciale dans l’histoire de l’Iran d’aujourd’hui (comme par ex. l’année 1989 pour le pays où je vis). En d’autres termes, l’Ayatollah Khomeini caractérise ce pays jusqu’à nos jours. Il est mort depuis trente ans, mais il laisse encore son empreinte sur l’Iran et sur le monde musulman. Et très fort. Avec son fondamentalisme islamique, Khomeini a dominé tous les domaines de vie en Iran pendant dix ans. Et son héritage perdure : jusqu’à présent, les candidats de toutes les élections présidentielles, si ultraconservateurs ou réformateurs, se réfèrent finalement à Khomeini – même si avec des accents différents… Bien sûr, tout cela a aussi un grand, un très grand impact sur la littérature. Cependant, pour revenir à ta question initiale, je ne crois pas que la Révolution de 1979 soit si omniprésente que la littérature ne pourrait s’en passer. Et il existe bien des oeuvres littéraires des auteurs et auteures iraniens contemporains qui soutiennent cette thèse : par exemple, il y a Fariba Vafi, une auteure, pour ne nommer qu‘un/e seul/e...

Avec la traductrice de Vafi en allemand, Mme Himmelreich, je suis en contact. Elle traduit beaucoup des auteur(e )s du farsi vers l’allemand. Elle est aussi la traductrice de Cheheltan, mais elle traduit aussi des auteurs africains de l’anglais en allemand (p.ex. Stanley Nyamfukudza/Zimbabwe, Leila Aboulela/Soudan)… Je vais la contacter… Elle a aussi traduit les suivants auteurs iraniens (masculin, vivant en Iran, selon tes instructions). S’ils sont traduits en français et/ou en langue du Bel Paese, je vais le demander :

Vahe Armen Seyed Ali Salehi Huschang Golschiri (mort en 2000)

Même si je ne voudrais vraiment pas prendre ad absurdum ma propre thèse ci-dessus , je ressens le besoin d’attirer l’attention sur un livre que j’ai lu il y a longtemps. Un grand livre (je l’ai lu en allemand, mais je donne le titre anglais) : Roy P. Mottahedeh, The Mantle of the Prophet. Religion and Politics in Iran (1985). C’est pas un roman mais a pourtant une intrigue : Ali Hashemi, le personnage principal du livre, est le fils d’un mollah, né dans la ville sainte de Ghom/Qom (à côté de Nadschaf en Iraq le! bastion de l’islam schi’ite). L’auteur suit la vie d’Ali depuis son enfance : de la vie idyllique dans la sphère familiale à sa première rencontre avec les deux institutions centrales de la vie islamique, la mosquée et le bazar (en original : The bazaar and the mosque are the two lungs of public life in Iran // If the bazaar was the precinct of public discours, the mosque was virtually the only precinct in which personal opinion could publicly proclaimed. The market appraised ideas through thousands of informal discussions ; in the mosque, at least once a week, opinion formed a part of the formal service of prayer), de son premier jour à l’école coranique à ses études à la Medresa et à Khomenei. Le lecteur partage l’enthousiasme d’Ali pour la Révolution islamique, mais aussi sa déception face à l’incompétence politique des mollahs et son horreur face à la brutalité du gouvernement islamique. Le livre présente les pensées et les sentiments d'un mollah moderne et se familiarise avec la riche culture et tradition de l'Iran et de la religion musulmane. Un livre qui vaut vraiment la peine d'être lu (mais pas nécessairement avant un voyage)...

et quasiment jamais d'auteure (chaque fois que j'ai lu un livre écrit par une femme je me suis ennuyée

Tu n’aimes pas lire tes collègues du même sexe ?!😉

Mais tu aimes vagabonder vers l’Est : la Pologne, n’est-elle pas en est ?! Faut lire une auteure polonaise, de nom Olga Tokarczuk, surtout Les Pérégrins et Les Livres de Jakób, et tu vas encore aimer lire les auteures...

Hery
UN UnaMilanese Veteran ·
Ciao !

Cependant, il existe une traduction norvégienne

Ben voilà qui me fait une belle gambette ! 😄 Plus sérieusement j'ai mis Via della rivoluzione dans ma liste des livres à lire.

Bonne question. Bien sûr, il faut être conscient que l’année 1979 est une date cruciale dans l’histoire de l’Iran d’aujourd’hui (comme par ex. l’année 1989 pour le pays où je vis). En d’autres termes, l’Ayatollah Khomeini caractérise ce pays jusqu’à nos jours. Il est mort depuis trente ans, mais il laisse encore son empreinte sur l’Iran et sur le monde musulman. Et très fort. Avec son fondamentalisme islamique, Khomeini a dominé tous les domaines de vie en Iran pendant dix ans. Et son héritage perdure : jusqu’à présent, les candidats de toutes les élections présidentielles, si ultraconservateurs ou réformateurs, se réfèrent finalement à Khomeini – même si avec des accents différents… Bien sûr, tout cela a aussi un grand, un très grand impact sur la littérature. Cependant, pour revenir à ta question initiale, je ne crois pas que la Révolution de 1979 soit si omniprésente que la littérature ne pourrait s’en passer. Et il existe bien des oeuvres littéraires des auteurs et auteures iraniens contemporains qui soutiennent cette thèse : par exemple, il y a Fariba Vafi, une auteure, pour ne nommer qu‘un/e seul/e...

Il me semble qu'au delà de l'influence de Khomeini et de son entourage sur la politique et ses lois, la violence qui s'est déchaînée pendant et après la révolution a contraint les citoyens qui l'ont vécue à prendre position, à adopter des comportements qui auront eu un poids conséquent sur leurs vies et celles de leurs descendants. Le fait aussi que les livres auxquels on a accès soient souvent l'oeuvre d'une diaspora littéraire, exilée pour motifs politiques liés justement à cette révolution, lui donne sans doute une place à part. Le livre de Mandanipour cité plus haut, par exemple, prétend qu'il est absolument impossible d'écrire un roman d'amour crédible en Iran à cause de la censure, que les choix de situations et possibilités lexicales reconnus comme non scabreux (c'est à dire susceptibles de donner naissance à des pensées coupables aux lecteurs et lectrices) par les censeurs sont tellement restreints que soit le récit se vide de substance soit donne dans des métaphores poétiques élaborées à partir de la poésie classique et il en devient assez incompréhensible pour les non initiés. Je serais curieuse de lire un roman d'amour publié en Iran et passé par le filtre de la censure pour voir si c'est vraiment si insipidement moral ou stylistiquement ésotérique qu'il le dit, avec beaucoup d'humour. (je ne conseillerais toutefois pas la lecture de la traduction française de En censurant, roman d'amour iranien : c'est une traduction de la version anglaise qui est elle-même une traduction du texte original farsi. Bonjour la dispersion sémantique !).

Tout ça ne sont que des premières impressions. Rendez-vous dans 30 ou 40 livres pour élargir la perception.

Golshiri n'est pas traduit dans mes langues, j'avais cherché. Je n'ai pas entendu parler des deux autres.

La Pologne c'est ton Est. Pour moi c'est plutôt au nord 😛🙂 (L'Est c'est Yugo, Grèce (à part, elle), Bulgarie, Turquie puis le Proche-Moyen-et p'têt un jour Extrême-Orient).

En tout cas merci pour tes propositions de livres. C'est très bien que ce post devienne un bazar de propositions de lectures sur l'Iran. Je ne peux que souhaiter que toute lectrice ou lecteur qui passe par là, y expose ses coups de cœur (ou de gueule).

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
TA Taamaden Veteran ·
Ciao !

Il me semble qu'au delà de l'influence de Khomeini et de son entourage sur la politique et ses lois, la violence qui s'est déchaînée pendant et après la révolution a contraint les citoyens qui l'ont vécue à prendre position, à adopter des comportements qui auront eu un poids conséquent sur leurs vies et celles de leurs descendants. Le fait aussi que les livres auxquels on a accès soient souvent l'oeuvre d'une diaspora littéraire, exilée pour motifs politiques liés justement à cette révolution, lui donne sans doute une place à part.

Absolument.

Le livre de Mandanipour cité plus haut, par exemple, prétend qu'il est absolument impossible d'écrire un roman d'amour crédible en Iran à cause de la censure, que les choix de situations et possibilités lexicales reconnus comme non scabreux (c'est à dire susceptibles de donner naissance à des pensées coupables aux lecteurs et lectrices) par les censeurs sont tellement restreints que soit le récit se vide de substance soit donne dans des métaphores poétiques élaborées à partir de la poésie classique et il en devient assez incompréhensible pour les non initiés.

Cela ne devrait pas surprendre. Juste des romans d’amour doivent être une insulte permanente pour ces stricts gardiens de la morale, les mollahs, en Iran. On considère que les mollahs ont commencé à anéantir le "Sodome et Gomorrhe" (selon eux) dans la Perse du Shah, ce qu’ils ont problablement réussi qu’en partie à faire, selon ce que j’ai lu (... avec réserve !). Le chemin des couples en Iran est pavé d’interdictions : ils ne sont pas autorisés à aller se promener et vivre ensemble avant le mariage. La tricherie dans le mariage n’est pas non plus possible – en théorie. Bref : une stricte ségrégation des sexes.

Soit dit en passant : si l’on suit l’argumentation des mollahs, une femme vêtue avec décence ne devrait rien craindre en Iran. Et car la loi oblige l’Etat à garantir la sécurité de ses citoyens, les patrouilles des gardiens de la morale publique leur sont imposées : ils ont longtemps eu le pouvoir d’infliger des amendes directes en cas de violation du code vestimentaire ou d’arrêter les "pécheures". Depuis quelques années, il faut faire appel à la police pour ordonner des sanctions – mais les femmes se déplacent-elles désormais plus librement dans l’espace public pour cette raison ?! Pas du tout. Car le commandement du voile n’a jamais été qu’une mesure de représailles, qui n’est d’aucune utilité contre le harcèlement sexuel.

Dans des systèmes politiques où l’arbitraire est à l’ordre du jour et où la peur de la population est une constante, un roman d’amour peut devenir une menace. Dans la Russie stalinienne, de fausses prévisions météos pouvaient avoir des conséquences fatales. A peine croyable !😐

La Pologne c'est ton Est. Pour moi c'est plutôt au nord 😛🙂 (L'Est c'est Yugo, Grèce (à part, elle), Bulgarie, Turquie puis le Proche-Moyen-et p'têt un jour Extrême-Orient).

En effet, une erreur de raisonnement de ma part : cela dépend de la position. Pardon. Pour moi, l’idée que la Pologne se trouve au nord est assez étrange. Ce que je voulais dire en fait, c’est que je commence – pas à pas – à m’ouvrir vers l’Est, du moins en littérature. Comme dit, j’ai lu, surtout pendant les mois passés (c’est une autre facette de la pandémie), Olga Tokarczuk (3 romans), "L’Est" de Andrzej Stasiuk, aussi polonais et aussi excellent, puis un roman de Kurkow (Ukraïne), j’en suis partagé en deux… Et une grande découverte (grâce à Stasiuk qui emporte ce livre de P. avec lui lors de son voyage en "Est" et en cite plusieurs fois des extraits), c’est Andrej Platonow (Russie, mort en 1951). Je continue...

Bonne journée.
UN UnaMilanese Veteran ·
Guten Morgen mein R,

On considère que les mollahs ont commencé à anéantir le "Sodome et Gomorrhe" (selon eux) dans la Perse du Shah, ce qu’ils ont problablement réussi qu’en partie à faire, selon ce que j’ai lu (... avec réserve !).

Alors là, si tu lis Abdolah, tu as une vision exécrable du monde des mollahs, de leur volonté de controle absolu qui broie tout ce et ceux qui leur paraissent même très légèrement suspects de manque de docilité, mais il porte un regard presque aussi critique sur la dictature occidentalisante du Shah. Lequel a imposé des modes comportementaux qui, s'ils ont séduit une bonne partie de la bourgeoisie de Téhéran, ont aussi très violemment heurté une part considérable de la population du pays (il évoque, entre autres, une clinique moderne inaugurée par Farah Diba où les infirmières en courtes blouses blanches transparentes ont été percue comme une insulte, ou l'obligation d'oter leur voile pour des femmes qui souhaitaient le porter était aussi une violence). L'impression que cela donne, c'est que la révolution islamiste qui a joui d'un vrai support populaire au moins à ses débuts le doit aux excès occidentalisant complètement inadaptés au pays de Reza Palhavi.

Je ne connais vraiment pas grand chose à la littérature polonaise, à part Gombrivicz (c'est très bon, entre fantastique inquiétant et humour débridé).

Catherine

PS : "j’en suis partagé en deux"? Tu veux dire que tu es scié (=extraodinairement surpris)?
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
TA Taamaden Veteran ·
Bonsoir !

Guten Morgen mein R

Je n’oserai pas demander ce que signifie ce R. Je ne veux pas de fâcheuses surprises ce soir...

(je ne conseillerais toutefois pas la lecture de la traduction française de En censurant, roman d'amour iranien : c'est une traduction de la version anglaise qui est elle-même une traduction du texte original farsi. Bonjour la dispersion sémantique !)

😏😏😏😏😏😏 Bien dit !!! On pourrait encore traduire la française en néerlandais et/ou en portugais, et on a un tout nouveau roman, possiblement un policier au lieu d'un roman d'amour...

où les infirmières en courtes blouses blanches transparentes ont été percue comme une insulte, ou l'obligation d'oter leur voile pour des femmes qui souhaitaient le porter était aussi une violence)

la révolution islamiste qui a joui d'un vrai support populaire au moins à ses débuts

Bien vrai. Je ne le nie pas du tout. Et c’est bien vrai si tu dis que la Révolution "a joui un vrai support populaire au moins à ses débuts". L’arrivée de l’Ayatollah Khomeini a été frénétiquement célébrée. Comme un nouveau messie. Mais si le peuple iranien savait à ce moment-là ce qu’il obtiendrait à la place du Shah, j’en ai mes doutes. Les Iraniens et Iraniennes sont plutôt tombés de la poêle dans la braise...

D’ailleurs, l’obligation de porter le voile n’était initialement valable que dans les administrations publiques, juste après la révolution. Ce n’est qu’après qu’elle a éte introduite partout. Je me souviens d’un passage que j’ai lu n'importe où - vrai ou pas - et qui résume bien, je crois : une journaliste de la télé a demandé Khomeini si elle était obligée de porter le voile pendant l'interview. Il a dit : "Ce n’est pas une obligation". Quand elle avait enlevé son voile, Khomeini a quitté le studio sans un mot...

Je ne connais vraiment pas grand chose à la littérature polonaise, à part Gombrivicz (c'est très bon, entre fantastique inquiétant et humour débridé).

Gombrowicz seulement, mais non. C'est de la retenue excessive !!! Tu connais pas Bruno Schulz, "Les boutiques de cannelle" ?! Je crois, oui. Ok, il y a bien d'autres : Czeslaw Milosz (prix Nobel), Slawomir Mrozek (surtout auteur dramatique), Stanislaw Lem (science fiction), Ryszard Kapuscinski (entre-temps très controversé), Andrzej Szczypiorski, Zbigniew Herbert...

Catherine, je n'ai pas l'intention de me plonger exhaustivement dans la littérature polonaise. Pas du tout. Je suis juste très excité par une presque-sexagénaire en dreadlocks qui sait écrire à merveille et qui a beaucoup à dire...😉😉😉

j’en suis partagé en deux"?

On ne dit pas ainsi ?! Ok., je voulais traduire le mot "zwiespältig" (zwie/zwei = deux ; spalten = fendre, diviser; partager) : ne pas savoir se décider entre bon et pas bon, ambivalent...

Je dois me déconnecter. J'ai encore du travail à faire : préparer deux cours de langue. Apprendre aux migrants la déclinaison nominale/adjectivale, les quatre cas grammaticaux et autres pièges de la langue allemande est une tâche herculéenne, et assez fatigant !

Bonne nuit !
UN UnaMilanese Veteran ·
Guten Morgen mein Herr (du coup j'ai vérifié l'orthographe dans un dico, c'était vachement plus simple d'écrire juste "r"!) ,

On ne dit pas ainsi ?! Ok., je voulais traduire le mot "zwiespältig" (zwie/zwei = deux ; spalten = fendre, diviser; partager) : ne pas savoir se décider entre bon et pas bon, ambivalent...

J'ai compris. Tu as un avis mitigé. Pour expimer cette ambivalence de perception, le français mélange là où l'allemand tranche. Les langues sont vraiment intraduisibles...

Je ne m'étais jamais demandé quelle était la langue originale de Schultz que je ne rangeais pas parmi les Polonais (la première nouvelle des Boutiques de cannelle est un monument d'explosion sensitive jubilatoire), j'avais bizarrement oublié Kapuci(no) et Mrozek qui m'avait pourtant beaucoup fait rire (ses petites nouvelles du Mrozek de poche), ne connais pas les autres.

On s'éloigne de l'Iran là 😉

Buon lavoro!

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
TA Taamaden Veteran ·
Bonjour Catherine !

avec le perroquet mais je bloque sur standhafte

Téhéran. Un jour, la nouvelle suivante circule dans le quartier : "Agha Adeli a depuis peu un étrange perroquet." Un "étrange" perroquet ? Qu’est-ce que fait un oiseau "étrange" ? Mohssen, le marchand ambulant, a la réponse toute prête : "Il crie continuellement 'Longue vie au Shah !'"

Un tel slogan, prononcé de façon si claire et sans équivoque, pourrait coûter la tête, même celle d’un perroquet. Donc, il faut faire quelque chose. Vite. Mais quoi ?

Reza dit : "Nous devons le tuer." Agha Firuz, quant à lui, dit : "Pourquoi tuer cet animal ? Il est innocent après tout." Fakhri dit : "Il faut lui faire perdre sa mauvaise habitude." Hadj Agha Tarabi conseille de garder son sang-froid : "L’animal n’y est pour rien. Il a été mal élevé. On doit juste lui apprendre le bon."

Tout le monde se met d’accord : l’animal doit être rééduqué. Et tout le monde se met d’accord sur le fait que c’est Agha Firuz qui est le mieux placé pour le faire, car il peut prouver d’avoir une expérience professionnelle dans le maniement d’un paon.

Agha Firuz accepte la proposition. Pour lui un devoir révolutionnaire. Il va donc lui apprendre à dire "Vive la Révolution islamique !" dès que quelqu’un entre dans la porte. Une tâche délicate qui demande beaucoup de patience.

Bientôt, on commence à lui demander : "Ça va ? Et le travail ? Le perroquet fait-il des progrès ?" De plus en plus. Mais le perroquet ne fait guère des progrès. Les habitants du quartier commencent petit à petit à douter de la qualification nécessaire d’Agha Firuz. Mais il répond à ses détracteurs : "Vous tous n’avez aucune idée de la difficulté de cette tâche."

Agha Firuz continue à consacrer une partie considérable de son temps libre à la rééducation du perroquet. Mais un jour, il doit admettre que ses efforts ont échoué. Chaque fois qu’il croyait que le perroquet ait oublié "Longue vie au Shah !" et qu’il espérait écouter, sans bégayer, "Vive la Révolution islamique !", l’animal croasse, à la stupéfaction d’Agha Firuz et de son épouse, encore une fois son "Longue vie au Shah !"

Madschid résume : "Dommage pour le temps perdu. Il a besoin qu’on lui brise la nuque. Puis, il règne le silence !" Reza propose une solution moins draconienne : "Nous le laissons avoir soif et faim, puis il oublie ses mauvaises habitudes." Le tailleur Agha, quant à lui, a la suggestion suivante : "Nous le rendons conforme par l’obscurité. Quand cet oiseau est désobéissant, nous étalons une couverture noire sur lui."

Mais Agha Firuz n’est enthousiaste pour aucune de ces propositions. Il est sûr que des paroles amicales soient le meilleur moyen d’arriver à ses fins et il ne perd pas l’espoir : "Paris ne s’est pas fait en un jour."

OPEN END

(l'auteur ne raconte aux lecteurs et lectrices ni la fin de l'histoire ni le sort futur du perroquet. Traduction libre de ma part ; voir Cheheltan, p.138-141.)

Catherine, alors tu comprends ce que veut dire standhaft ?!😉

Hery

++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

una notte da ricordare a lungo : Je suis très très content. 😏
UN UnaMilanese Veteran ·
Bonsoir Herbert,

Catherine, alors tu comprends ce que veut dire standhaft ?!Clin d'oeil

Avec la traduction, oui. Parce que juste avec le texte (merci) , le sens de l'adjectif pourrait être ambigu : inébranlable? Tetu? Inconscient?

Après une incursion inopinée dans la littérature japonaise (Kafka sulla spiaggia) que j'ai dévoré en 2 jours et refermé en me disant je ne n'avais rien compris du tout, je reviens à l'Iran : I demoni del deserto.

Pour m'autocontredire, la révolution islamique est complètement absente. Nous sommes en hiver 2003, Bam vient de s'effondrer.

Prologue (traduit de l'italien, langue d'expression de Bijan Zarmandili)

Le vieil homme et l'adolescente marchent à quelque distance l'un de l' autre. Elle quelques pas en arrière, lui absorbé et distant, comme s'il était le dernier homme sur terre après la fin du monde. Impossible de déceler d'où ils sont partis et quelle est leur destination : simplement ils sont sur cette route et marchent, ensemble et séparés. De temps en temps un camion passe et on en perd vite la trace dans le couchant qui règne en attendant l'obscurité de la nuit : un étrange, superbe ciel auquel le vieil homme ne prete aucune attention. Puis l'adolescente s'assied soudain par terre et le vieil homme n'entend plus ses pas derrière lui. Il se retourne et la voit regarder en l'air : le ciel est fendu en deux et chacune des deux parties expose des couleurs fastueuses et des contours indéfinis. Mais bientot le résidu de soleil fulgurant disparait de l'horizon. Le vieil homme revient sur ses pas et s'assied à coté d'elle.

L'histoire commence.

Cela m'évoque un peu Atiq Rahimi, l'expression sobre, essentielle, de la cruauté.

Pas encore fini, j'y retourne. Belle soirée!

Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
UN UnaMilanese Veteran ·
A défaut de pouvoir m'absorber dans les palpitations de lumière d'aube sur les pentes du Damavand ou jubiler (pas sûr, cela) dans les lacets qui dansent dans le paysage somptueux de la Paveh-Nowsud, poursuite des pérégrinations littéraires... Suivre la trame des mots en l'absence de celle des routes.

Chaque fois qu’il croyait que le perroquet ait oublié "Longue vie au Shah !" et qu’il espérait écouter, sans bégayer, "Vive la Révolution islamique !", l’animal croasse, à la stupéfaction d’Agha Firuz et de son épouse, encore une fois son "Longue vie au Shah !"

Réponse du perroquet d'Hedâyat : " Mardjân... Mardjân... tu me fais mourir... à qui le dire ? ... Mardjân... ton amour... me tue ! ... " Et Mardjân pleure.

Les éditions Zulma ont réédité au printemps un recueil de nouvelles de Sadeq Hedâyat, sous le titre Trois gouttes de sang (traduites du persan par Gilbert Lazard et Farrokh Gaffary). La nouvelle éponyme du livre est très proche dans le thème et l'ambiance de La Chouette aveugle. Même perméabilité des identités, même labyrinthe temporel, même enfermement, une chatte remplace la femme de la Chouette comme source de la folie. Les neuf nouvelles suivantes s'ancrent dans un monde multiple. Histoires de rivalités où Rostam aujourd'hui bégaye, de quiproquo tchadorien, de désir qui traverse les siècles et tombe soudain en poussière, de spectre musicien, de crapules en pèlerinage pour obtenir l'absolution de leurs crimes, d'amour aussi. Drôle d'amour (la nouvelle rejoindrait aussitôt l'enfer des bibliothèques si l'on dérapait en gynécratie).

Hedâyat a lu Kafka, oui.

A Prague : Les yeux mourants, K. vit encore les deux messieurs penchés tout près de son visage qui observaient le dénouement joue contre joue. "Comme un chien !" dit-il, ...

A Varamin : (au fond d'un fossé, au bord d'un champ) Il l'observa attentivement, puis s'envola en constatant qu'il n'était pas tout à fait mort. Ces trois corbeaux attendaient le moment de lui arracher les yeux : ses deux yeux couleur de noisette. (Le chien errant)

Un regret. Les mots intraduisibles sont laissés en farsi, en italique. Il manque le glossaire en fin de volume qui lèverait un peu le voile sur leur sens. Que signifie donc jouer homâyoun ?

Cap sur C'est moi qui éteins les lumières : Immense succès en Iran, le premier livre d'une romancière adulée de ses lecteurs, annonce la quatrième de couverture. Les livres publiés en Iran sont-ils, sous le coup d'une censure obtuse et féroce, aussi mièvres ou ésotériques de que prétend Mandranipur ?

C.
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)

Similar discussions

You might also like