Salut Mathias
De là à parler de culture du vol
Je n'ai pas tout à fait la même perception que toi concernant le vol, mais c'est probablement dû au fait que tu as une activité d’artisan de macramé donc tu travailles seul ou avec très peu de gens. Tu n’as forcément pas du tout les mêmes relations que moi avec les gens. Lorsque je suis arrivé ici c’était pour construire un hôtel, avec ma bonne tête de gringo. J’ai employé 40 personnes avec 4 chefs d’équipe pendant deux ans. Tu connais suffisamment le pays pour savoir ce qui peut se passer dans la tête des Paraguayens quand ils voient un étranger qui a la capacité de sortir 60 millions de guaranis ( 10.000€) de salaires pas mois, il s’imaginent qu’il est complètement « pété de tunes »
Derrik est un type qui vit depuis 20 ans ici, il en est à sa 2e entreprise et il n’a pas l’habitude d’écrire des sottises. Il emploie beaucoup plus de personnel que moi et il sait de quoi il parle.
Il explique parfaitement bien dans son texte que pour eux ce n'est pas vraiment voler, que de voler un autre. La seule conception réelle du vol qu'ils puissent avoir, c’est lorsqu'ils se font voler eux...
Il faut savoir que pendant le chantier de l’hôtel on m’a volé 30% des matériaux de construction. Ca partait avec la complicité des responsables (capataz) et du gardien … c’est cocasse.
Losque je suis venu vivre à l’hôtel, et que j’ai commencé à avoir du personnel de nettoyage, voici une liste exhaustive de ce qui disparaissait en priorité, tant dans ma maison, qu’à l’hôtel et que dans les travaux de finitions, sachant que le dépouillement se fait au quotidien :
L’essence des matériels de travail (elle passe dans les motos), tous les outils - un par un - les appareils photo, calculettes, draps, couvertures, serviettes, vêtements et surtout chaussures, détergents et produits domestiques comme répulsifs et insecticides, balais éponges et serpillères, alimentation et boissons (surtout bières et sodas) médicaments, briquets, stylos, coupes ongles, piles, ciseaux, ampoules, chargeur de téléphones, etc. Enfin tout ce qui peut servir et qu’on n’aura pas besoin d’acheter ou que l’on pourra revendre. L’huile d’olive et les détergents par exemple, sont très prisés, ils partent dosette.
Pour la bouffe du resto, c’est le pire. Il m’a fallu faire des portes métalliques pour fermer la cuisine, le gardien de nuit piquait la moitié de la viande et des surgelés. En théorie il était payé pour les garder, pas pour les bouffer chez lui ou les revendre.
Maintenant, il ne faut pas non plus oublier ce qu’a dit le Président Cartez à son élection « Pour l’avenir du Paraguay, il faut mettre un terme à la coutume du pays qui consiste à plumer les étrangers qui viennent investir ici. N’est-ce pas là une façon de reconnaitre qu’il y a une vraie culture du vol ?
Pour indication, la notion de propriété de mes salariés et pour en avoir parlé avec eux : Ce qui nous m’appartient leur appartient un peu, le plus possible, et ce qui leur appartient, à eux, il ne faut surtout pas que je prenne la liberté de lorgner dessus… Pas mal non ?
Enfin je voudrais terminer par quelque chose d’édifiant :
Stéphane De L, l’ex-consul de France (il est en Afrique aujourd’hui) était venu à mon inauguration de l’hôtel. Nous avons mangé à la même table et il m’a déclaré « maintenant que c’est l’inauguration, je peux te dire officiellement que tu es le seul Français (comme particulier, pas « entreprise ») à terminer un projet d’envergure sans repartir complètement plumé par les arnaques du Paraguay. La très grande majorité des gens qui viennent monter un projet au Paraguay repartent dans les deux ans, complètement plumés, la queue entre les jambes, et certaines fois, nous devons même payer le billet d’avion.»
Mais nous n'avons parlé que d'une forme de vol, le vol direct, et il y en a tellement d'autres : escroqueries tous azimuts, vente de propriétés avec faux tires, procès du travail, comme le type qui ne vient plus au boulot et qui t’attaque aux prudhommes locaux pour licenciement afin extorquer des indemnités, avec des faux témoins (j’y suis passé 5 fois et ça m’a couté en tout 65 millions 12.000€ + le stress). Sans oublier les garagistes qui te facturent des pièces neuves et t’en mettent des vieilles, de la balance des commerçants qui indique un poids plus élevé, etc. J’en aurais pour des heures et des heures.
Maintenant restera à traiter du mensonge, c’est encore pire que le vol, car ils sont dedans depuis leur naissance et parce qu’un Paraguayen vit et meurt dans le mensonge, à un point tel que je me demande s’il ne continue pas à mentir dans son cercueil. C’est fou, tu chopes un type qui est en train de te piquer de la bouffe dans le frigo de la cuisine, il a la viande dans son sac, il va te soutenir dans les yeux dans les yeux que ce n’est pas vrai ! (regarde mon texte en bas)
Quant à la violence, tout comme pour le mensonge j’ai la même argumentation, et idem pour le vol, avec tout un tas de situations vécues complètement édifiantes. Mais ce sera une autre fois, pour ne pas faire un roman
Après cela, tu as tout à fait le droit de penser que j’abuse ou que j’exagère… Mais demande à Teiki/Mugeriego, il est journaliste donc informé, il te confirmera que je n’exagère rien et que ce que je dis n’a rien d’original, c’est de notoriété publique et c’est l’opinion générale des Brésiliens, des Argentins et des Chiliens !
Une bonne année à tous, je fonce voir si personne ne m'a piqué mon calendrier 2014...