je viens juste de rentrer d'Inde et parmi mes diverses experiences de train voici la pire racontée ici :
Sur le quai de la gare de Coimbatore les gens s'agitent, le train est en retard, nous on s'inquiete, est ce le bon quai? dans quel wagon doit on monter? pourquoi nous parle t on de Titi? (TT, le controleur)...16h10 un monstre bleu et jaune entre en gare suivi d'une procession interminable de wagons. En queue de convoi ceux de seconde classe, on suit la foule qui saute dans le train alors que celui ci glisse encore sur ses rails. Nos gros sacs nous handicapent, les compartiments se remplissent, l'assaut a dure quelques secondes mais deja il n'y a plus de places assises. Les gens nous font comprendre d'aller voir plus loin, 1 couple plus 2 sacs c'est 4 places en moins pour eux. Nous redescendons, je m'adresse a un policier, sosie de Freddy Mercury, lui faisant comprendre notre desarroi, il inspecte un wagon et ordonne a quelques personnes de se serrer pour nous reserver 2 places assises. Merci Freddy, we are the champions!!!
La deuxieme classe c'est sommaire, banquette en bois, dossier a angle droit, 10 h de voyage minimum, 430 kms a parcourir, faites la moyenne (il faut dire que ca ne coute que 2 euros).
pour l'instant tout est calme, au fil des gares le train se vide et nous en profitons pour requisitionner 2 sieges providentiels face a face du cote de la fenetre.
Il y a maintenant dans notre wagon environ 0, 000001% de la population indienne soit 12 personnes.
A erode junction, ca se complique et en quelques minutes une cohue indescriptible s'empare du train, les meilleures places sont vite convoitees et elles se situent la ou l'on range normalement les bagages. Certains se mettent a l'aise et s'y couchent de tout leur long. Les arrets en gare durent de tres longues minutes et la chaleur devient vite étouffante malgre l'artillerie de ventilateurs qui plafonnent en rangs serres. Les odeurs de pisse remontent jusqu'a nous et nous prennent a la gorge. le train redemarre, les paysages ne changent guere; plaines, cultures, villages, rizieres et c'est deja la tombe de la nuit et l'air est toujours aussi moite a l'interieur comme a l'exterieur. A present l'effectif du wagon s'eleve a 0, 00001% de la population indienne....
Vers 20h30 le train s'arrete en gare de Trichy, sur le quai ils sont des centaines, personne ne descend a cet arret, tous decides a aller a Chennai. Durant les 15 minutes que dure l'arret nous assistons a une veritable foire d'empoigne. Les gens se serrent, s'entassent, se chevauchent, s'escaladent, on glisse les enfants et les vieux a plat ventre sous les sieges, les plus souples se hissent dans les porte bagages encore libres, on improvise des hamacs pour soutenir un bras, 2 jambes, une tete, a qui appartient ce pied? les gosses pleurent, les adultes restent polis dans la mesure du possible. L'allee est investie dans ses moindres recoins, assis par terre ou sur leurs sacs les gens s'appretent a passer la nuit ainsi. Dans un compartiment prevu pour 10 personnes j'en compte desormais 25.
Le train redemarre, enfin de l'air, personne ne nous parle, on parle a personne, nous aussi nous sommes fatigues meme si nous sommes 2 privilegies parmi ces desormais 0, 00002% (250) indiens a partager ce wagon.
Tout autour de nous ca grouille d'odeurs, ca sent toujours plus l'urine, les epices, le lait maternel, la transpiration, le riz safrane, le massala tiede, ca pue la resignation et la fatalite, ca empeste l'amertume, la lassitude, sa schlingue l'impuissance et la frustration.
Je tourne la tete a gauche et respire l'air du dehors en fermant les yeux, la nuit distille aussi ses propres parfums: patchouli, viande grillee, egouts, plastique brule, paille de riz, etables, canne a sucre, chimie, tandis que des jumelles en bas age hurlent de fatigue et que la bride pendante de mon sac a dos reussi a en calmer une l'espace de quelques secondes.
Une dame corpulente fustige quelques jeunes hommes pour qu'ils lui laissent une place entre leurs jambes, elle finit par s'imposer d'elle meme en se laissant tomber a leurs pieds, un homme plie son mouchoir en 4 et s'en sert d'oreiller pour poser la tete sur une barre verticale, un immense pied sale menace de m'eborgner, les plus intimes se pretent une epaule, une cuisse, les autres s 'accomodent de cette situation en s'endormamt la tete en arriere ou le menton sur les genoux.
Stephanie evoque les convois de deportes, meme si la comparaison est violente la difference est minime, les ventilateurs et les fenetres ouvertes en moins.
Les heures passent, Steph s'endort un peu, je surveille les gares, on doit descendre a Villupuram vers 2 h du matin.
Il est plus de minuit, le train s'arrete encore une fois, parmi tous les gens qui veulent prendre le train seuls quelques uns arrivent a se faufiler sur le marche pied, les plus charges restent sur le quai, ils tenteront peut etre leur chance demain.
Il y a toujours une personne qui se leve pour aller pisser, dans son parcours elle en derange des dizaines d'autres, les pietine, les ecrase, certains ralent, d'autres s'ecartent ou ne se reveillent meme pas.
Un lundi a 1h du matin dans un train de deuxieme classe en inde ca se passe comme ca, tous les jours dans presque tous les trains en Inde ca se passe comme ca .
cela dit chaque fois que j'ai pris une couchette de nuit, on était super bien (sans attacher les sacs, juste dormir dessus), un ami qui voyagait seul s'est réveillé une fois, ses chaussures avaient disparues.
donc a eviter les classes populaires sauf si on est fauché.
Vas où le vent te mène...