Bonjour,
Heureusement, la jeunesse est diverse et lit aussi Rimbaud, Verlaine, Cocteau, écoute Brassens, Brel et même Ferrat... je joins le texte de Nuit et Brouillard, c'est "un peu trop long" peut-être pour les "nouvelles générations" que tu penses à tort représenter dans toute leur multitude colorée et rebelle.
Parfois, quelques survivants des camps de la mort rencontrent des lycéens ou des collégiens, et la jeunesse et la souffrance sont alors partagées.
J'ai 50 ans, j'écoute Placebo, Radiohead, Brassens, Miles Davis, Lavilliers, Chopin...: bref, je suis un vieux con. 🙂
Un homme est parti, il avait décidé depuis bien longtemps de vivre loin des marchands de soupe, après avoir tant défendu la liberté, celle de chacun, pas celle du politburo, et la révolte, valeurs de vieux cons comme de jeunes.
Il parlait avec ses mots de l'Amour (j'espère que ça évoque encore quelque chose aux nouvelles générations?), de "sa Môme de Créteil" et de ses montagnes.
Je suis né à Gennevilliers, j'y ai vécu, tout le monde y connaissait la famille Tenenbaum, et nous sommes des centaines de milliers à pleurnicher comme des mômes.
"Nul ne guérit de son enfance", c'est peut-être ce que tu ressens, et c'est lui qui a écrit ces mots.
Voici plus bas des mots peut-être incompréhensibles, ils évoquent une lointaine histoire, tellement lointaine qu'il faut encore se battre chaque jour pour que plus jamais personne ne la revive ici, alors qu'elle se produit encore de nos jours, ailleurs...
Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers,
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés,
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants,
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent.
Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres:
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés.
Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre,
Ils ne devaient jamais plus revoir un été
La fuite monotone et sans hâte du temps,
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs
Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir.
Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel,
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou,
D'autres ne priaient pas, mais qu'importe le ciel,
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux.
Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage;
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux?
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenus si bleues.
Les Allemands guettaient du haut des miradors,
La lune se taisait comme vous vous taisiez,
En regardant au loin, en regardant dehors,
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers.
On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours,
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour,
Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire,
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare.
Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter?
L'ombre s'est faite humaine, aujourd'hui c'est l'été,
Je twisterais les mots s'il fallait les twister,
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez.
Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers,
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés,
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants,
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent.
Sous le vacarme, la vie.