Il faut environ huit heures d'une belle route , souvent sinueuse mais plutôt en bon état pour rallier la capitale Tananarive à Tamatave. La RN 2 , très fréquentée par les poids lourds, chemine sur un relief plutôt doux et à travers une végétation luxuriante. La côte Est de l'île est beaucoup plus arrosée par les pluies ce qui permet à la nature de se développer plus rapidement. Le paysage est agréable, surtout avec ce soleil de début d'hiver. Cependant, comme dans le reste de l'île, la déforestation menace..! Ce sont d'abord les essences précieuses qui ont été victimes du pillage organisé, puis les bois moins nobles. L'eucalyptus a aujourd'hui remplacé tous ces magnifiques arbres disparus car il pousse vite. Il sert surtout au bois de chauffage et aussi pour la construction des petites cases traditionnelles.
Tamatave, sur la "Côte Vanille", est d'abord et avant tout un port de commerce. Le seul endroit qui permette l'accostage des bateaux de fort tonnage . C'est essentiellement par Tamatave que tout transite. Import et export. Bien qu'on lui préfère souvent Foulpointe c'est aussi une belle plage, fort animée ce jour, car c'est non seulement dimanche mais aussi la Fêtes des mères.. Je retrouve vite mes marques. La ville ne change pas. La mairie, un temps complètement délabrée , est en cours de rénovation, mais la gare qui lui fait face est désormais interdite d'accès. Il est vrai qu'il n'y a plus de transport de voyageurs. Ou presque plus ...
En cette fin de journée, tout le monde est venu se promener sur le trottoir malaisé qui longe la plage . Les femmes ont revêtus leurs plus beaux habits et coiffé leur élégant chapeau de paille. Quant aux hommes, ils semblent fort fiers de se promener à leurs bras. Les plus jeunes, d'une génération différente, ont préféré les jeans " destroy" et des tenues plus sexys.. Tout ceci dans un joyeux mélange de couleurs, d'odeurs et d'éclats de rire. Car les Malgaches, malgré la pauvreté restent souriants et, pour la plupart , d'une extrême gentillesse. Nous nous installons à une des nombreuses petites gargotes qui jalonnent le bord de mer. Quelques tables basses et une dizaine de chaises plastique. Un petit feu de bois qui se consume doucement et tout est dit... Laura, la jeune patronne essaye tant bien que mal de faire un petit bénéfice en vendant des brochettes et de la bière. Malgré son regard doux et son sourire gentil, on la sent forte et déterminée. C'est une femme Malgache comme il y en a tant.. Frêle et robuste à la fois. Seule avec un enfant à charge, elle travaille dur pour subvenir à ses besoins quotidiens et vivre avec un minimum de dignité. Elle force mon admiration comme toutes celles qui ont surmonté tant d'épreuves et subi tant de tourments. Pour le voyageur de passage, il semble faire bon vivre à Tamatave. Mais je sais que la réalité quotidienne est plus sombre... La misère rode, toujours prête à s'abattre sur les plus faibles. Sans aucune pitié, elle fera basculer la vie des plus démunis. Tous les Malgaches en sont conscients... Sur cette île, la vie est dure.
SAINT.







