Cette première journée à Ouaga s'est écoulée à un rythme africain.. Sans précipitation, presque avec lenteur. Il ne fait pourtant pas trop chaud et je ne peux donc attribuer cette langueur à une température excessive. C'est simplement un autre monde qui s'impose à moi. Un monde que de nombreux européens, Français aussi, ignorent.
Aujourd'hui, j'ai retrouvé ces enfants à moitié nus, crasseux , abandonnés à eux-mêmes. J'ai regardé passer femmes et vieillards qui vendent carottes, mangues ou tomates pour quelques centaines de francs, ceux qu'on pousse dans des chaises roulantes de fortune, ceux qui, recroquevillés à l'ombre d'un arbre centenaire, se sont fait voler leur vie... Ceux que la pauvreté et l'injustice condamnent trop vite. Trop durement. Aujourd'hui, j'ai croisé ces regards qui traversent le cœur aussi sûrement qu'une lame bien effilée.
Aujourd'hui, j'ai retrouvé cette sale misère des gens ordinaires et démunis.
OUAGADOUGOU... Une ville poussiéreuse à souhait, une ville aux égoûts débordants de déchets. Sur les bords de route, de nombreux "maquis "en tôle ondulée qui espèrent quelques clients. Peu de mobylettes et peu de voitures respectent les feux rouges, artifices lumineux qui semblent parfois relever de la simple décoration. Mais...finalement peu d'accidents.
Il est 15 heures. On vit à Ouaga..! Les taxis, tous d'un improbable vert pomme, Mercédès rafistolées pour la plupart, parcourent la ville à la recherche de passagers. Les mobylettes pétaradent en lâchant leur gaz carbonique huilé et fumeux. Les tables branlantes des terrasses de café sont encombrées de bouteilles de bière vides ou renversées. C'est aujourd'hui dimanche. On sort, on boit, on danse. On se noie dans les décibels et aussi parfois dans l'alcool.
Incroyable insouciance africaine. Impensable et impossible à vivre avec un esprit d'européen.
Quant à moi....j'ai loué une moto, acheté une carte téléphone , mangé une frite au "Festival" et bu une " Brakina" au "Pélican" avec mon ami Alexandre. Ah oui.. J'oubliais.. Je me suis fait cirer les chaussures par deux enfants qui ont été ravis que je leur donne le double du prix demandé. Voilà l'essentiel de ma première journée africaine...!
Pas grand- chose en fait, mais une mélancolie latente, une tristesse poisseuse qui colle aux tripes et parfois serre la gorge. C'est mon premier jour... Cette Afrique là me détruit à chaque fois un peu plus. Fort heureusement il y a aussi des sourires resplendissants... Avec de l'amour dedans. Antidote à l'amertume .
SAINT.











