Somalie Éthiopienne
Une vaste plaine verdie par les pluies, telle m’apparaît la région Somali d’Éthiopie lorsque je la survole. J’ai embarqué dans une sorte de bus volant qui part d’Addis-Abeba et dessert plusieurs villes du « Far East » éthiopien. Les passagers me dévisagent avec étonnement lorsqu’ils réalisent que je vais descendre à Jijiga, la capitale de la région. Géographiquement parlant, je suis toujours en Éthiopie, mais sur le terrain la situation est plus complexe. Cette région, peuplée de Somalis, un peuple musulman aux traditions très différentes de celles de l’Éthiopie chrétienne, est encore affectée par les combats qui opposent toujours le FLO, le Front de Libération de l’Ogaden (partie de la région limitrophe de la Somalie), à l’armée éthiopienne.
A l’aéroport je suis accueilli par Yaya, un chauffeur du Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU. Il me dépose à mon hôtel et s’excuse de devoir me laisser mais il est appelé sur le terrain pour fixer quelques poutres dans un camp de réfugiés situé à proximité. Assis sur la terrasse, j’ai le temps d’observer ce qui se trame autour de moi. Les assemblées d’anciens débattent du commerce, des affaires de familles, des mariages dont le but est surtout d’apaiser les tensions et/ou agrandir les troupeaux. Je me remémore les mots de mon amie à Addis lorsque nous discutions de Jijiga :
« Toi, tu ne réalises pas vraiment où tu vas atterrir! »
La ville est coupée en deux par une artère qui ressemble plus à une piste d’atterrissage qu’à une avenue. D’un côté le quartier Amhara, où se sont installés les premiers fonctionnaires coloniaux éthiopiens. On y trouve de nombreux bars crasseux dans lesquels trône une table de billard et où l’on peut parier une bière avec son voisin sur l’issue de la partie. De l’autre côté, le quartier des Somalis, plus commerçant, où les marchandises électroniques fraîchement arrivées du Somaliland voisin sont plus faciles à trouver que la moindre goutte d’alcool. Pour la plupart des habitants, les relations sont cordiales mais distantes avec les membres de l’autre groupe. On ne peut ignorer les tensions qui existent à quelques kilomètres de là. Au marché, on ne demande pas à un étranger s’il est en visite mais s’il travaille pour la CIA où le Mossad. Dès que la nuit tombe, les portes des hôtels sont cadenassées, les fenêtres barrées. Tout le monde est soumis à une fouille plus ou moins rigoureuse à l’entrée dans un bar où un restaurant. Les conversations tournant autour du FLO sont prohibées en public. Enfin, l’armée impose un semi couvre-feu à partir de 19h00, seules les voitures privées sont autorisées à circuler.
Je traîne deux jours à Jijiga pour tenter d’en savoir plus sur le Somaliland et m’assurer des contacts. Puis enfin, me voilà en route pour Hargeisa, la capitale. Une camionnette archi-bondée me mène jusqu’à la frontière où je devrai trouver un camion de marchandises acceptant quelques passagers pour arrondir ses fins de mois. À la frontière, l’ambiance tout à coup s’anime. Alors que Jijiga et ses environs paraissent vivre sous une chape de plomb, la ville frontière de Wajaale grouille d’activité. Des camions chargés de qat arrivent d’Ethiopie et repartent pleins produits électroniques échangés contre leur chargement avec des camions somalis, ceci à longueur de journée. Comme toute ville frontière, elle grouille de petits contrebandiers qui font des allers-retours avec téléphones portables, pierres précieuses ou cigarettes.
Une fois réglées les formalités administratives, je réalise brusquement que, voilà, j’y suis, au Somaliland, cette région sécessionniste de la Somalie réputée pour être l’une des plus dangereuses au monde. Peu de personnes osent s’y aventurer, les informations dont on dispose sont maigres. Je n’ai pas la prétention d’apporter une vision éclairée sur les problématiques somaliennes, je veux seulement témoigner de ce que j’ai pu observer sur place.
Si vous avez eu la très bonne idée de venir jusqu’à Hargeisa, il est un peu dommage de ne pas se rendre à une cinquantaine de kilomètres de la capitale, près du village de Duhbato, pour aller admirer les peintures rupestres de Laas Gaal.
Depuis les dernières élections présidentielles (transparentes et régulières) qui répondent à tous les critères démocratiques (autant le souligner pour un territoire de la Corne que l’UA comme les autres organisations internationales ne reconnaissent toujours pas après près de 20 ans d’indépendance de fait et sur un continent où la démocratie évolue (positivement) mais toujours (trop) lentement), il n’est plus possible de rallier les grottes (ou plutôt Duhbato) par soi-même avec le laissez-passer d’un général de la police.
Nouveau président, nouvelles mesures. Si le voyageur échappe dorénavant aux vautours du ministère du tourisme prompts à ponctionner tout ce qu’ils pouvaient, il doit maintenant composer avec une escorte réellement obligatoire.
Je suis loin d’être convaincu qu’il soit possible d’embarquer « son » protecteur (flic armé) dans un transport collectif. Vous devrez donc passer par votre hôtel (pour un véhicule et son chauffeur) ou tenter votre chance en en parlant autour de vous à Hargeisa. Cette seconde option ne doit pas être impossible mais relève de la loterie !
Etant donné que tout à un coût, vous pourriez, tant que vous y êtes, vous arranger pour un déplacement un peu plus consistant et pousser jusqu’à Berbera et Sheikh (en plus de Laas Gaal)
Lorsque j’y étais (seconde semaine de novembre), Burao (Burcao) posait problème. Des fondamentalistes avaient/auraient été signalés dans le coin et l’idée même d’aller jusque là donnait des frissons à tous les officiels (et les gens impliqués dans le tourisme au Somaliland)
En fait, avec l’objectif d’être enfin reconnu comme état à part entière, les autorités du Somaliland comme les rares acteurs du tourisme de ce territoire (si cela existe) sont bien conscients que si Al Shabab ou un autre groupe inféodé à la mouvance islamiste venait à « dégommer » l’un ou l’autre occidental, cela signerai l’arrêt de mort du tourisme (embryonnaire) au Somaliland mais, plus ennuyeux encore, stopperait toute idée de reconnaissance par la communauté internationale. L’UA et la Somalie (Mogadiscio) n’acceptant de toute façon pas ce scénario et tiennent mordicus à cette chimère de la réunification.
Dans ces conditions et malgré que le pays soit globalement calme (bémol pour l’extrême est, près du Puntland), le voyageur occidental est surprotégé et ne quitte pas la capitale comme il veut (ni où il veut !)
Les peintures rupestres de Laas Gaal se trouvent à 6-7 kilomètres du petit village de Duhbato. Il y a une piste qui y mène. L’embranchement se trouve entre deux « maisons », il n’y a pas un panneautage clair. Au cas où la situation viendrait à évoluer (Abdi Abdi et toutes les personnes impliquées dans le tourisme au Somaliland tentent de faire sauter ces contraintes, au moins pour cette partie du territoire), il est impossible de se perdre une fois sur la piste (si vous venez seul)
Un check-point (barrière) se trouve peu avant le bâtiment administratif. C’est là qu’au plus tard vous remettrez le permis (reçu à Hargeisa) et les 10 dollars. Il y a de fortes chances (si vous y allez tôt, ce qui est préférable), que vous croisiez dès Duhbato l’un ou l’autre policier/garde de la police touristique qui vit au village.
Le paysage n’est pas désertique au sens premier du terme mais le végétation est très réduite et le sol est un mélange de cailloux et de sable. Près des peintures et où le sol laisse apparaître les roches, il y a une pléthore de cristaux.
Les grottes (trois localisations) qui regroupent les peintures ne sont pas (ou plutôt plus) complètes et les peintures sont maintenant plus abritées par un plateau qui couvre celles-ci qu’incluses dans une grotte au sens premier. J’imagine que par le passé, elles ressemblaient plus à l’image de grottes que l’on a d’habitude.
Je n’ai aucune connaissance particulière en histoire ni en peinture (quelles qu’elles soient) mais ai apprécié ma visite pour plusieurs raisons. La première n’a rien à voir avec le site et les peintures mais est simplement le fait que de cette manière, vous pouvez quitter la capitale et voir « comment c’est » en dehors d’Hargeisa !
En fait, lorsque vous êtes voyageur indépendant, habitué à vous débrouiller et à circuler par vous-même, vous souffrez au Somaliland d’une certaine frustration. Cette obsession de la protection est franchement castratrice. Hormis aller au marché aux dromadaires (et autres animaux), parcourir Independance Road (les Champs Elysées d’Hargeisa mais la comparaison ne tient que dans vos rêves…) et parcourir les souks, vous avez vite fait le tour…
Bref, même si vous êtes escorté, c’est plutôt sympa d’aller voir ailleurs.
Pour avoir déjà vu des peintures rupestres, les peintures sont bien conservées, sont lumineuses (pigments bien conservés et comme vous êtes « le nez dessus », vous appréciez grandement le spectacle. Seules quelques unes sont abimées soit par le sable qui s’est « abattu » sur elles entrainé par le vent ou les animaux qui sont venus dans le bas, se frotter aux parois.
En toute logique, vous serez aussi le seul touriste sur le site. Cela n’a pas de prix…
Bref, c’est sympa.
Si vous ne souhaitez pas y aller à la journée, vous pourriez combiner Laas Gaal avec la visite de Berbera et de Sheikh. Il y a des hébergements dans les deux localités.
Berbera, port de haute mer sur le golfe d’Aden, est une ville sans charme mais où l’on trouve une partie ancienne qui, si elle ne rivalise pas avec Massawa, possède d’anciens bâtiments ottomans (entre autres) qui ont un cachet certain.
Le port, protégé, est hors de portée d’une visite. Les plages sont en dehors de la localité mais n’y ai pas été (pas de tropisme)
L’hébergement est nombreux mais comme c’est un port, les clients le sont aussi. Bref, pas tjrs facile de trouver un toit pour la nuit. Ai fini par trouver un lit dans un des moins cher de la ville et ai eu la bonne surprise de ne pas avoir des sanitaires dans un état déplorable. Chaleur et toilettes pouvant parfois donner des résultats (d)étonnants !
Il est également possible d’aller à Sheikh, situé sur un plateau. L’intérêt est plutôt de profiter du paysage (route de montagne et quelques points de vue) que de la localité en elle-même. Nécropole …encore à mettre au jour. Il faut dès lors la même imagination que pour Adulis… C’est tout dire !
Vous pouvez aussi toujours tailler une bavette avec le directeur de l’école vétérinaire. Un rwandais « perdu » à Sheikh…
Sortir d’Hargeisa, c’est surtout aller voir en dehors et découvrir (sous escorte) quelques coins d’un pays qui n’existe pas.
Ne venir en Afrique que pour le Somaliland n’a pas beaucoup de sens mais profiter de son passage dans le coin (je pense à Harar) pour y venir est tout sauf insensé.
Michel
Depuis les dernières élections présidentielles (transparentes et régulières) qui répondent à tous les critères démocratiques (autant le souligner pour un territoire de la Corne que l’UA comme les autres organisations internationales ne reconnaissent toujours pas après près de 20 ans d’indépendance de fait et sur un continent où la démocratie évolue (positivement) mais toujours (trop) lentement), il n’est plus possible de rallier les grottes (ou plutôt Duhbato) par soi-même avec le laissez-passer d’un général de la police.
Nouveau président, nouvelles mesures. Si le voyageur échappe dorénavant aux vautours du ministère du tourisme prompts à ponctionner tout ce qu’ils pouvaient, il doit maintenant composer avec une escorte réellement obligatoire.
Je suis loin d’être convaincu qu’il soit possible d’embarquer « son » protecteur (flic armé) dans un transport collectif. Vous devrez donc passer par votre hôtel (pour un véhicule et son chauffeur) ou tenter votre chance en en parlant autour de vous à Hargeisa. Cette seconde option ne doit pas être impossible mais relève de la loterie !
Etant donné que tout à un coût, vous pourriez, tant que vous y êtes, vous arranger pour un déplacement un peu plus consistant et pousser jusqu’à Berbera et Sheikh (en plus de Laas Gaal)
Lorsque j’y étais (seconde semaine de novembre), Burao (Burcao) posait problème. Des fondamentalistes avaient/auraient été signalés dans le coin et l’idée même d’aller jusque là donnait des frissons à tous les officiels (et les gens impliqués dans le tourisme au Somaliland)
En fait, avec l’objectif d’être enfin reconnu comme état à part entière, les autorités du Somaliland comme les rares acteurs du tourisme de ce territoire (si cela existe) sont bien conscients que si Al Shabab ou un autre groupe inféodé à la mouvance islamiste venait à « dégommer » l’un ou l’autre occidental, cela signerai l’arrêt de mort du tourisme (embryonnaire) au Somaliland mais, plus ennuyeux encore, stopperait toute idée de reconnaissance par la communauté internationale. L’UA et la Somalie (Mogadiscio) n’acceptant de toute façon pas ce scénario et tiennent mordicus à cette chimère de la réunification.
Dans ces conditions et malgré que le pays soit globalement calme (bémol pour l’extrême est, près du Puntland), le voyageur occidental est surprotégé et ne quitte pas la capitale comme il veut (ni où il veut !)
Les peintures rupestres de Laas Gaal se trouvent à 6-7 kilomètres du petit village de Duhbato. Il y a une piste qui y mène. L’embranchement se trouve entre deux « maisons », il n’y a pas un panneautage clair. Au cas où la situation viendrait à évoluer (Abdi Abdi et toutes les personnes impliquées dans le tourisme au Somaliland tentent de faire sauter ces contraintes, au moins pour cette partie du territoire), il est impossible de se perdre une fois sur la piste (si vous venez seul)
Un check-point (barrière) se trouve peu avant le bâtiment administratif. C’est là qu’au plus tard vous remettrez le permis (reçu à Hargeisa) et les 10 dollars. Il y a de fortes chances (si vous y allez tôt, ce qui est préférable), que vous croisiez dès Duhbato l’un ou l’autre policier/garde de la police touristique qui vit au village.
Le paysage n’est pas désertique au sens premier du terme mais le végétation est très réduite et le sol est un mélange de cailloux et de sable. Près des peintures et où le sol laisse apparaître les roches, il y a une pléthore de cristaux.
Les grottes (trois localisations) qui regroupent les peintures ne sont pas (ou plutôt plus) complètes et les peintures sont maintenant plus abritées par un plateau qui couvre celles-ci qu’incluses dans une grotte au sens premier. J’imagine que par le passé, elles ressemblaient plus à l’image de grottes que l’on a d’habitude.
Je n’ai aucune connaissance particulière en histoire ni en peinture (quelles qu’elles soient) mais ai apprécié ma visite pour plusieurs raisons. La première n’a rien à voir avec le site et les peintures mais est simplement le fait que de cette manière, vous pouvez quitter la capitale et voir « comment c’est » en dehors d’Hargeisa !
En fait, lorsque vous êtes voyageur indépendant, habitué à vous débrouiller et à circuler par vous-même, vous souffrez au Somaliland d’une certaine frustration. Cette obsession de la protection est franchement castratrice. Hormis aller au marché aux dromadaires (et autres animaux), parcourir Independance Road (les Champs Elysées d’Hargeisa mais la comparaison ne tient que dans vos rêves…) et parcourir les souks, vous avez vite fait le tour…
Bref, même si vous êtes escorté, c’est plutôt sympa d’aller voir ailleurs.
Pour avoir déjà vu des peintures rupestres, les peintures sont bien conservées, sont lumineuses (pigments bien conservés et comme vous êtes « le nez dessus », vous appréciez grandement le spectacle. Seules quelques unes sont abimées soit par le sable qui s’est « abattu » sur elles entrainé par le vent ou les animaux qui sont venus dans le bas, se frotter aux parois.
En toute logique, vous serez aussi le seul touriste sur le site. Cela n’a pas de prix…
Bref, c’est sympa.
Si vous ne souhaitez pas y aller à la journée, vous pourriez combiner Laas Gaal avec la visite de Berbera et de Sheikh. Il y a des hébergements dans les deux localités.
Berbera, port de haute mer sur le golfe d’Aden, est une ville sans charme mais où l’on trouve une partie ancienne qui, si elle ne rivalise pas avec Massawa, possède d’anciens bâtiments ottomans (entre autres) qui ont un cachet certain.
Le port, protégé, est hors de portée d’une visite. Les plages sont en dehors de la localité mais n’y ai pas été (pas de tropisme)
L’hébergement est nombreux mais comme c’est un port, les clients le sont aussi. Bref, pas tjrs facile de trouver un toit pour la nuit. Ai fini par trouver un lit dans un des moins cher de la ville et ai eu la bonne surprise de ne pas avoir des sanitaires dans un état déplorable. Chaleur et toilettes pouvant parfois donner des résultats (d)étonnants !
Il est également possible d’aller à Sheikh, situé sur un plateau. L’intérêt est plutôt de profiter du paysage (route de montagne et quelques points de vue) que de la localité en elle-même. Nécropole …encore à mettre au jour. Il faut dès lors la même imagination que pour Adulis… C’est tout dire !
Vous pouvez aussi toujours tailler une bavette avec le directeur de l’école vétérinaire. Un rwandais « perdu » à Sheikh…
Sortir d’Hargeisa, c’est surtout aller voir en dehors et découvrir (sous escorte) quelques coins d’un pays qui n’existe pas.
Ne venir en Afrique que pour le Somaliland n’a pas beaucoup de sens mais profiter de son passage dans le coin (je pense à Harar) pour y venir est tout sauf insensé.
Michel











