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Idée de trek en Europe d'environ dix jours fin mai-début juin 2012? English translation pending
salut à tous,
je recherche des idées pour un trek de + ou - 10 jours fin mai début juin.
la destination :
je n'ai pas encore décidé donc toutes vos suggestions sont bonnes à prendre. j'ai pensé à l'Irlande, l'écosse, l'Islande (problème de la période mai-juin pas trop bon peut être...), la Laponie... avez vous d'autres suggestions? en Europe a priori vu la durée du périple....
--> des idées de treks type GR en France seraient l'idéal...
le mode de fonctionnement :
autonomie ou semi autonomie (quelques ravitaillement), nuits en tentes (ou refuge s'il y en a sur le parcours et/ou en cas de mauvais temps).
la difficulté :
je suis un bon randonneur (8h de marche par jour ne m'effraient pas) mais je ne maitrise pas l'escalade, le rappel... en revanche, les forts dénivelés ne sont pas un problème. pour info, j'ai récemment réalisé le GR 20 en Corse sans aucun problème et en doublant des étapes (pas un exploit je sais mais bon à savoir pour vos éventuelles propositions) et randos régulières sur 2 jours (manque de temps oblige) dans les Pyrénées.
le matos :
j'ai un équipement correct (tente légère, bon sac à dos, ustensiles pour bivouac...) que je peux compléter sans problème si nécessaire
l'équipe :
je suis pour l'instant tout seul (mes dates ne collent pas avec mes habituels coéquipiers...) mais je suis ouvert à toute proposition!
j'attend avec impatience vos réponses!!!
Par avance merci.
je recherche des idées pour un trek de + ou - 10 jours fin mai début juin.
la destination :
je n'ai pas encore décidé donc toutes vos suggestions sont bonnes à prendre. j'ai pensé à l'Irlande, l'écosse, l'Islande (problème de la période mai-juin pas trop bon peut être...), la Laponie... avez vous d'autres suggestions? en Europe a priori vu la durée du périple....
--> des idées de treks type GR en France seraient l'idéal...
le mode de fonctionnement :
autonomie ou semi autonomie (quelques ravitaillement), nuits en tentes (ou refuge s'il y en a sur le parcours et/ou en cas de mauvais temps).
la difficulté :
je suis un bon randonneur (8h de marche par jour ne m'effraient pas) mais je ne maitrise pas l'escalade, le rappel... en revanche, les forts dénivelés ne sont pas un problème. pour info, j'ai récemment réalisé le GR 20 en Corse sans aucun problème et en doublant des étapes (pas un exploit je sais mais bon à savoir pour vos éventuelles propositions) et randos régulières sur 2 jours (manque de temps oblige) dans les Pyrénées.
le matos :
j'ai un équipement correct (tente légère, bon sac à dos, ustensiles pour bivouac...) que je peux compléter sans problème si nécessaire
l'équipe :
je suis pour l'instant tout seul (mes dates ne collent pas avec mes habituels coéquipiers...) mais je suis ouvert à toute proposition!
j'attend avec impatience vos réponses!!!
Par avance merci.
Nombre de kilomètres de Mulhouse à Budapest? English translation pending
Bonjour,
nous partirons entre Mulhouse (ou Bâle) jusqu'à Budapest en juin. Nous tablons sur une distance de 1600 km environ. Avons nous misé juste?
Merci d'avance pour vos réponses!
nous partirons entre Mulhouse (ou Bâle) jusqu'à Budapest en juin. Nous tablons sur une distance de 1600 km environ. Avons nous misé juste?
Merci d'avance pour vos réponses!
Recherche guide parlant français au nord de l'Inde et renseignements pour trek English translation pending
bonjour, je pense visiter l'inde du nord en octobre ou novembre. mon anglais étant assez lilité, j'aimerais être en contact avec un guide parlant le français. une fois sur place, je voudrais faire un treck ( pourquoi pas dans l'hymalaya en quelques jours si c'est possible?) . tout renseignement peut m'être utile. merci a vous.
Madagascar à vélo: Tana à Tulear? English translation pending
Bonjour, je souhaite me rendre à Mada en octobre pour 5 semaines, entre vélo, escalade et plongée. NOus aurions voulu faire le sud en vélo, mais combien de temps faut 't'il prévoir pour rejoindre Tulear en partant de Tananarive, par les pistes ou la N7 ??
Merci de vos réponses.
sandrine
Trek aux Philippines: Apayo (province) et parc national Northern Sierra Madre English translation pending
Bonjour à tous
Je pars cet été aux Philippines où j'avais passé pas mal de temps, il y a une quinzaine d'années
La partie Nord de la Province Kalinga-Apayo m'a toujours titillé. Je crois savoir qu'à partir de Talongtong, il n'y a plus de route, mais des trails pour arriver à la Cagayan province. Est-ce quelqu'un parmi vous à déjà tenté cette traversée ou connais-t-il quelqu'un qui l'ait fait. Bon, je sais que le mois de Juillet n'est pas idéal pour ça, mais pour le moment, c'est en gestation.
Par ailleurs, un autre endroit me titille, c'est le Northern Sierra Madre natural Park. j'aurai souhaité atteindre Palanan Bay et partir de là. Mais, il n'y a pas de route, je crois. Il me semble qu'on peut prendre des bancas à partir de San Vincente (Cagayan) ou de Baler (Aurora), mais galère pendant l'été. Et j'ai lu aussi qu'il y avait parfois des petits avions au départ de Tuguegarao ou de Cauayan. Est-ce que quelqu'un pourrait me confirmer cela ?
Je me demandais s'il n'y avait pas de site Philippin pour les philippins passionnés de randonnée ?
Ca fait beaucoup de questions....
Merci de votre aide. Car sur les guides, pas grand chose !!!
Je pars cet été aux Philippines où j'avais passé pas mal de temps, il y a une quinzaine d'années
La partie Nord de la Province Kalinga-Apayo m'a toujours titillé. Je crois savoir qu'à partir de Talongtong, il n'y a plus de route, mais des trails pour arriver à la Cagayan province. Est-ce quelqu'un parmi vous à déjà tenté cette traversée ou connais-t-il quelqu'un qui l'ait fait. Bon, je sais que le mois de Juillet n'est pas idéal pour ça, mais pour le moment, c'est en gestation.
Par ailleurs, un autre endroit me titille, c'est le Northern Sierra Madre natural Park. j'aurai souhaité atteindre Palanan Bay et partir de là. Mais, il n'y a pas de route, je crois. Il me semble qu'on peut prendre des bancas à partir de San Vincente (Cagayan) ou de Baler (Aurora), mais galère pendant l'été. Et j'ai lu aussi qu'il y avait parfois des petits avions au départ de Tuguegarao ou de Cauayan. Est-ce que quelqu'un pourrait me confirmer cela ?
Je me demandais s'il n'y avait pas de site Philippin pour les philippins passionnés de randonnée ?
Ca fait beaucoup de questions....
Merci de votre aide. Car sur les guides, pas grand chose !!!
Argentine du nord au sud: compagnies de location de voiture? English translation pending
nous préparons à 3 chauffeurs un tour de l'argentine en decembre 10 ou janvier 11
Je suis allée à Bariloche dans une auberge de jeunesse très chouette , la Bolsa , en decembre 2009 . Nous faisions de l'escalade à Valle Encantado .
Mais
ni Cordoba , ni Mendoza , ni el Calafate ni Ushuaia ! quelle honte ! 😠
Alors j'y retourne et j'embarque mon fils et sa douce.....ça roule bien entre nous ! et ils sont tout contents😊 que je les " invite "
je sais que les routes sont bonnes
mais quelles sont les compagnies de location de voiture ,
le prix de l'essence pour faire notre budget
et
votre expérience à partager , pour en profiter 😉
ecruneuil
Croisière Dubaï-Barcelone sur le Brilliance of the Seas le 19 avril English translation pending
Je cherche de l'information concernant cette croisière ou le confort à bord du Brillance of the seas.
Merci
Merci
Consacrer quatre jours à visiter la province de Anhui en Chine? English translation pending
Bonjour,
Je lance une discussion sur cette province (où j'ai pu lire assez peu de messages sur le forum et assez anciens).
Les incontournables sont : l'ascension de Huang Shan, l'ascension du Qiyun Shan, Un halte à Yixian et les villages alentours, Quoi d'autres?Qu'en pensez vous?
Quid du nombre de jours à y consacrer ? en 4 jours ?
Est ce possible d'y aller après avoir visité le Yunnan (de quelle ville partir et où arriver) et à la fin rejoindre Shanghai ?
Merci bcp.
Je lance une discussion sur cette province (où j'ai pu lire assez peu de messages sur le forum et assez anciens).
Les incontournables sont : l'ascension de Huang Shan, l'ascension du Qiyun Shan, Un halte à Yixian et les villages alentours, Quoi d'autres?Qu'en pensez vous?
Quid du nombre de jours à y consacrer ? en 4 jours ?
Est ce possible d'y aller après avoir visité le Yunnan (de quelle ville partir et où arriver) et à la fin rejoindre Shanghai ?
Merci bcp.
Guest house pour fêter le Nouvel An sur Koh Phi Phi? English translation pending
* ********
Bonjour à tous, je cherche un endroit où rester avec mon copain sur Koh Phi Phi pour le jour de l'an: Endroit avec de l'ambiance, clientèle assez jeune...pour fêter le nouvel an en grand!
Sur les sites internet, je ne trouve pas vraiment d'endroit pour réserver en ligne des guesthouses.. est-ce qu'il y en a beaucoup sur l'île?
J'avais voulu réserver à l'hôtel PP Casita, qui est le moins cher des hôtel que j'avais trouvé, mais tout est plein pour les dates où nous y serons...
Dans le fond je cherche quelque chose proche de Tonsai Bay, pas trop cher, nous sommes backpakers, quoi que je sais que sur cette île tout est plus cher, donc disons un maximum d'environ 50$/nuit.... avez-des idées...?
Merci de votre aide!
* * autre petite question, les alertes de grosses pluies, à quel point c'est sérieux vous pensez? Aurons-nous du beau temps quand même???
Iles grecques du Dodecanese: visites, transports, hébergement English translation pending
Bonjour,
Je prépare un voyage pour septembre dans deux ou trois iles grecques du Dodécanese pendant 8-10 jours a la recherche de calme et d'authenticité. Les sites complets sur le sujet sont en anglais! Si vous avez quelques conseils à donner style quelles sont les iles à éviter, celles à ne pas manquer, les transports, l'hébergement etc. Je vous remercie d'avance de faire partager vos expériences.
Timbuck
Cartes de randonnées sur les îles du Cap Vert English translation pending
BJR QQ peut il me dire ou il est possible de trouver les fameuses cartes allemandes sur les iles du Cap vert Merci a tous !!!
Visa de transit pour la France nécessaire sur un vol Maroc-Pérou avec transit à Paris? English translation pending
je veux aller du maroc au peru et j 'ai besoins d un escalade a paris pour cela je veut connaitre si je suis besoins de ce type de visa l 'escalade va prendre 6 h au maximum et je ne quitera pas l airport
s il veut plais repond moi vite
s il veut plais repond moi vite
Hôtels acceptant trois enfants dans la même chambre? English translation pending
Bonjour, je Recherche des hotels du mexique (riviera maya idéalement) ou de la RD (bayahibe) qui acceptent 3 enfants avec 2 adultes dans la même chambre sans que nous ayons à débourser 2000$ de plus pour une suite.
Merçi de vos réponses!
Faire du pouce à Oahu? (Hawaï) English translation pending
Bonjour, j'aimerais savoir s'il y des personnes qui ont escaladé le mont Mauna Kea à Oahu à Hawaïi. Je ne suis pas certaine de l'orthographe de Mauna Kea. Est-il prudent de faire du pouce pour monter ce mont ou de louer une voiture ou 4X4?
Cette information est pour ma fille. Merci à l'avance
Roumanie en août English translation pending
bonjour!
roumanie ou maroc en aout??le choix est fait, ce sera la roumanie!
j'ai bien entendu épluché avec attention tous les posts sur ce pays, mais il me reste tout de meme des questions😎
nous souhaitons donc partir 2 ou 3 semaines en aout 2007 avec notre petit garcon qui aura 2ans et demi.
je n'ai pas encore acheté de guide ...
nous arriverons là-bas en avion, puis on se déplacera en train.
on voudrait voir des montagnes, de la verdure, faire des minis randos, voir des chateaux, écouter de la musique (et oui on a vu les films de tony gatlif, donc ca marque!!)et rencontrer des gens bien sur😉
quelle région serait la mieux ??la transylvanie??
les déplacements en train ont-ils long, cher, etc....?
niveau budget, avez-vous un exemple d'une journée normale, sans excés??
l'entrée des chateaux est-elle chère??
niveau nourriture???
pour l'eau, la purifier ou pas??
et niveau sécurité??
j'ai lu dans vos posts, qu'on pouvait demander à des gens de planter sa tente chez eux?! je pense qu'on prendrait une petite tente .
sinon on prendrait aussi une poussette canne pour les balades en ville.et une écharpe de portage pour les petites randos. d'ailleurs à ce sujet, y-a-t'il des chemins balisés??
je souhaiterai aussi apporter des vétements de bb pour les donner .
voili, pour le moment c'est tout, ce qui me vient à l'esprit... merci beaucoup, marion
voili, pour le moment c'est tout, ce qui me vient à l'esprit... merci beaucoup, marion
Vallée d'Okanagan en 2007 English translation pending
J'habite en Outaouais, j'aimerais savoir où sont les meilleurs endroits pour cueillir dans la Vallée d'Okanagan. S'il y a des gens qui seraient prêt à venir aussi, je suis très ouvert à faire le voyage en groupe. Je n'ai pas de voiture, mais j'aurais mon permis avant l'été 2007.
Merci bien...
Bonne journée
Antoine
Merci bien...
Bonne journée
Antoine
Villes européennes en train English translation pending
Quelles sont les villes européennes accessibles en train (couchette ou non ) de Paris pour 3 à 4 jours de visite. J'ai adoré Florence, Gerone et Neuchatel et souhaite des tuyaux pour quelques autres destinations.
Merci
Manifestations culturelles fin novembre/début décembre à Genève en Suisse English translation pending
Bonjour,
Je dois aller à Genève, un week end, fin novembre ou début décembre 2006.
J'aimerais connaître les manifestations culturelles (ballets, concerts de musique classique, théâtre, ...) qui se dérouleront au cours de cette période.
Quels sont les quartiers ou les rues les plus illuminés à l'occasion des fêtes de fin d'année ?
Merci pour votre aide.
Cordialement.
6blonde😉
Je dois aller à Genève, un week end, fin novembre ou début décembre 2006.
J'aimerais connaître les manifestations culturelles (ballets, concerts de musique classique, théâtre, ...) qui se dérouleront au cours de cette période.
Quels sont les quartiers ou les rues les plus illuminés à l'occasion des fêtes de fin d'année ?
Merci pour votre aide.
Cordialement.
6blonde😉
Saint Vincent et les Grenadines: à la découverte d'un volcan English translation pending
Nous revenons de Saint Vincent et les Grenadines ou nous avons passé un mois chez mon frère qui vit là-bas.
Nous avons vu et fait des choses fantastiques, des montagnes de Vermont aux plongées sous-marines, de quoi écrire bien des pages…
Mais s’il y a bien une chose qui m’a marqué, une journée dont je me souviendrai toute ma vie, ça a été l’escalade du volcan la Soufrière de St Vincent et la descente dans son cratère.
Il n’y a pas eu d’exploit ce jour là, ni d’accident, ni quoi que ce soit qui fasse scandale ! Juste une ode à la nature, le simple récit d’une journée pas comme les autres.
Pour vous mettre dans le contexte, au mois de juin la saison des pluies commence sur les Caraïbes. Vous pouvez vous endormir avec le beau temps et être réveillé le matin par les trombes de pluie sur les carreaux. On nous a dit que si on voulait escalader le volcan, il ne fallait pas le programmer. Y aller un jour où il ne fait pas beau n’est pas intéressant, on ne voit rien !C’est le point culminant de l’île et les nuages s’y accrochent. Il faut attendre un matin de ciel bleu et vite y monter… Ce n’était pas notre cas, le temps nous manquait, nous n’avions qu’un samedi de libre pour le faire et quand est venu le jour J, le ciel était gris.
Nous avons donc commencé l’ascension du volcan coté sud-est à 8h du matin, sous une légère bruine mais avec un enthousiasme délirant à l’idée d’escalader un volcan !! Il y a plusieurs étages de végétation sur les versants du volcan. Le premier c’est de la forêt tropicale mélangée à de la forêt de bambou. La terre volcanique est une terre riche, les bambous atteignent des diamètres et des hauteurs incroyables, je n’avais jamais vu ça. La forêt est magnifique avec un vert foncé dominant très intense. Le brouillard des premiers nuages que nous avons atteint se faufilait entre les arbres et nous plongeait dans une ambiance plus refermée, des colibris fluos surgissaient du brouillard et y retournaient des qu’il nous voyaient, des papillons énormes, avec chaque aile grosse comme une main, filaient entre les arbres et les lianes à des vitesses pas possibles, les massifs de bambous grinçaient et craquaient partout autour de nous, sous l’effet des bourrasques de vent. Je m’attendais à voir sortir un animal préhistorique, comme si nous explorions l’île de King Kong… Puis en une petite centaine de mètres de dénivelé, la végétation a diminué en hauteur jusqu'à ne pas dépasser la taille. Evidemment le champ visuel ne dépassait pas les 20 m à cause du brouillard. En fait, comme nous, les nuages remontent le versant poussés par les alizés de l’atlantique. Il nous arrivait de voir plus loin entre deux nuages, on pouvait distinguer les ravines de cette terre qui devient de plus en plus noire et rocailleuse, la végétation qui diminuait et se clairsemait petit à petit. Lentement mais sûrement la caillasse prenait le dessus et la végétation n’était plus constituée que de petites plantes grasses au ras du sol, de celles increvables qui ont du peupler la terre à ses débuts…
Et puis, dans ce brouillard épais, alors que rien ne le laisse pressentir, le sol disparaît brutalement, et s’ouvre à nos pieds un trou, un gouffre, le cratère du volcan… Les nuages qui remontent comme nous le flan, en passant la crête, continuent à s’envoler et ne vont pas s’engouffrer dans le cratère, et nous qui marchions depuis trois heures avec une visibilité réduite, concentrés sur nos pas dans ces cailloux friables, c’est un véritable abîme vert qui s’ouvre à nos pieds, dans lequel le vent veut nous jeter. Moi qui n’ai jamais le vertige, je crois que j’ai du en ressentir les prémisses, c’était immense, le trou béant mesure plus d’ 1.5 kilomètre de diamètre pour 180 mètres de profondeur, en bas le sol est plat mais au milieu, en plein centre, se trouve un dôme de lave sèche, tout arrondi, son diamètre est de 150 m pour 50 m de haut, sur toute une partie de son flan sud, le dôme laisse évaporer des gaz blanchâtres, du dioxyde de souffre. La dernière éruption date de 1979, trente ans après la végétation a recolonisée le cratère et les saisons des pluies ont laissé leur trace aussi, de petites méandres se dessinent au fond comme de petits deltas survolés d’avions et se rejoignent toutes en un lac, qui est, s’il vous plait, en forme de cœur ! C’est splendide ! La Soufrière de St Vincent est considéré comme l’un des plus beaux volcans de par la délimitation de sa crête et la forme de son cratère. Et nous longeons cette crête par le sud, et plus nous marchons moins il y a de nuages, plus le paysage se découvre, plus on hallucine ! De nous retrouver coté sud du cratère, c’est voir les nuages arriver de droite, à l’est, de l’endroit où nous sommes montés. Dès qu’ils passent la crête ils tourbillonnent, s’enroulent, se déroulent, s’entremêlent, comme s’ils poussaient pour rentrer dans l’entonnoir, mais ils ne font que passer et disparaissent à l’ouest pour redescendre sur la mer des Caraïbes. Le soleil jaillit parfois, des faisceaux de lumière filent sur les parois et le fond du trou, multipliant le temps de leur trouée, le contraste entre ces herbes si vertes et cette roche si noire. Il nous a fallu une bonne heure et demie pour parcourir un quart du diamètre et enfin arriver au seul passage possible pour descendre dans l’antre. Une tranchée tombant à pic creusée dans une pente plutôt régulière, profonde de la hauteur d’un homme. Une antique barre de fer plantée dans la roche et rongée par la rouille supporte une paire de cordages usés, plus vieux qu’elle. A première vue, c’était assez flippant, mais on s’est lancés, à la file indienne, après avoir instauré des codes d’urgence en cas de chutes de pierres ou autres. Nous nous sommes donc doucement enfoncés dans le gosier de la Soufrière, béant sous un ciel bleu maintenant, de petits Haroun Tazieff en herbes, convaincus d’atteindre l’estomac du monde… La suite est chimérique, difficile à imaginer seul dans ma petite tête. Il n’y que nous, cette grande muraille circulaire, ce dôme de lave aberrant crachant sa fumée blanche et le ciel. On ne peut pas se cacher du soleil, on ne peut se cacher de rien. C’est immense et petit à la fois, claustrophobes et agoraphobes, nous sommes au centre du monde et coupés de tout ! De petits êtres égarés, recueillis dans l’arène des dieux. Nous avons crié s’amusant de notre écho! Nous avons fait silence s’étonnant du calme de l’endroit ! Plus nous marchions, plus nous nous éloignions les uns des autres, besoin inconscient d’occuper toute la plaine, de fixer des rapports de taille dans notre champ de vision. Les effluves de souffre ont empli l’air, l’odeur est forte et infecte, on soulevait nos tee-shirts pour se couvrir le nez. Nous avons marché jusqu’au bord du lac, lui aussi était devenu démesuré et noir. Nous nous sommes posés sur de gros rochers tombés des parois et nous avons avalé notre casse-croûte, ahuris du panorama sous le beau temps clément. Puis nous avons fait demi-tour parce que le dôme sur son côté Nord rejoint la paroi du cratère, on ne peut donc pas le contourner. Nous sommes donc remontés, plus rapidement qu’à l’aller. Là haut le vent soufflait si fort qu’il nous retenait quand on se penchait près du vide. De la crête le paysage est grandiose, la fosse d’un coté, de l’autre le versant qui descend doucement plonger dans la mer des Caraïbes. Nous avons marché 5 heures de plus pour atteindre la première ville.
Au final, nous avons marché 9h30 dans cette journée, nous ne nous sommes arrêtés que pour grignoter nos sandwichs et pourtant je n’ai jamais ressenti la fatigue submergé que j’étais par mes émotions. Nous nous sommes tous dépassés sans même nous en rendre compte. Je n’avais jamais vu de près ou de loin un volcan. Ca a été une expérience unique, ça vous remet a votre place… La nature m’a encore montré que c’est moi qui appartient au monde et non l’homme qui possède la terre. Alors certain penseront que j’exagère, une bonne rando dans la montagne et la visite d’un gros cirque…Je vous promets pourtant que lancer un caillou en l’air et sentir le sol vibrer et sonner creux ! comprendre ce qu’il y a sous nos pieds, être entouré de ces remparts de verdure, admirer ces cheminées géantes de souffre, prendre conscience de l’endroit où l’on se trouve, se sentir vivre dans tout cet ensemble ! à ce moment la, vous mesurez quelle est votre place… Je pense que c’est avant tout la conclusion de cette journée et le message à faire passer. Le voyage est fantastique pour ça, on ne revient jamais chez soi comme on l’a quitté. (Enfin chez soi…là ou la terre veut bien nous garder !!!).
Et si vous aussi vous avez eu le bonheur de monter la Soufrière ou un autre volcan, n'hésitez pas ! dites moi tout !!🙂
Antho
Pour vous mettre dans le contexte, au mois de juin la saison des pluies commence sur les Caraïbes. Vous pouvez vous endormir avec le beau temps et être réveillé le matin par les trombes de pluie sur les carreaux. On nous a dit que si on voulait escalader le volcan, il ne fallait pas le programmer. Y aller un jour où il ne fait pas beau n’est pas intéressant, on ne voit rien !C’est le point culminant de l’île et les nuages s’y accrochent. Il faut attendre un matin de ciel bleu et vite y monter… Ce n’était pas notre cas, le temps nous manquait, nous n’avions qu’un samedi de libre pour le faire et quand est venu le jour J, le ciel était gris.
Nous avons donc commencé l’ascension du volcan coté sud-est à 8h du matin, sous une légère bruine mais avec un enthousiasme délirant à l’idée d’escalader un volcan !! Il y a plusieurs étages de végétation sur les versants du volcan. Le premier c’est de la forêt tropicale mélangée à de la forêt de bambou. La terre volcanique est une terre riche, les bambous atteignent des diamètres et des hauteurs incroyables, je n’avais jamais vu ça. La forêt est magnifique avec un vert foncé dominant très intense. Le brouillard des premiers nuages que nous avons atteint se faufilait entre les arbres et nous plongeait dans une ambiance plus refermée, des colibris fluos surgissaient du brouillard et y retournaient des qu’il nous voyaient, des papillons énormes, avec chaque aile grosse comme une main, filaient entre les arbres et les lianes à des vitesses pas possibles, les massifs de bambous grinçaient et craquaient partout autour de nous, sous l’effet des bourrasques de vent. Je m’attendais à voir sortir un animal préhistorique, comme si nous explorions l’île de King Kong… Puis en une petite centaine de mètres de dénivelé, la végétation a diminué en hauteur jusqu'à ne pas dépasser la taille. Evidemment le champ visuel ne dépassait pas les 20 m à cause du brouillard. En fait, comme nous, les nuages remontent le versant poussés par les alizés de l’atlantique. Il nous arrivait de voir plus loin entre deux nuages, on pouvait distinguer les ravines de cette terre qui devient de plus en plus noire et rocailleuse, la végétation qui diminuait et se clairsemait petit à petit. Lentement mais sûrement la caillasse prenait le dessus et la végétation n’était plus constituée que de petites plantes grasses au ras du sol, de celles increvables qui ont du peupler la terre à ses débuts…
Et puis, dans ce brouillard épais, alors que rien ne le laisse pressentir, le sol disparaît brutalement, et s’ouvre à nos pieds un trou, un gouffre, le cratère du volcan… Les nuages qui remontent comme nous le flan, en passant la crête, continuent à s’envoler et ne vont pas s’engouffrer dans le cratère, et nous qui marchions depuis trois heures avec une visibilité réduite, concentrés sur nos pas dans ces cailloux friables, c’est un véritable abîme vert qui s’ouvre à nos pieds, dans lequel le vent veut nous jeter. Moi qui n’ai jamais le vertige, je crois que j’ai du en ressentir les prémisses, c’était immense, le trou béant mesure plus d’ 1.5 kilomètre de diamètre pour 180 mètres de profondeur, en bas le sol est plat mais au milieu, en plein centre, se trouve un dôme de lave sèche, tout arrondi, son diamètre est de 150 m pour 50 m de haut, sur toute une partie de son flan sud, le dôme laisse évaporer des gaz blanchâtres, du dioxyde de souffre. La dernière éruption date de 1979, trente ans après la végétation a recolonisée le cratère et les saisons des pluies ont laissé leur trace aussi, de petites méandres se dessinent au fond comme de petits deltas survolés d’avions et se rejoignent toutes en un lac, qui est, s’il vous plait, en forme de cœur ! C’est splendide ! La Soufrière de St Vincent est considéré comme l’un des plus beaux volcans de par la délimitation de sa crête et la forme de son cratère. Et nous longeons cette crête par le sud, et plus nous marchons moins il y a de nuages, plus le paysage se découvre, plus on hallucine ! De nous retrouver coté sud du cratère, c’est voir les nuages arriver de droite, à l’est, de l’endroit où nous sommes montés. Dès qu’ils passent la crête ils tourbillonnent, s’enroulent, se déroulent, s’entremêlent, comme s’ils poussaient pour rentrer dans l’entonnoir, mais ils ne font que passer et disparaissent à l’ouest pour redescendre sur la mer des Caraïbes. Le soleil jaillit parfois, des faisceaux de lumière filent sur les parois et le fond du trou, multipliant le temps de leur trouée, le contraste entre ces herbes si vertes et cette roche si noire. Il nous a fallu une bonne heure et demie pour parcourir un quart du diamètre et enfin arriver au seul passage possible pour descendre dans l’antre. Une tranchée tombant à pic creusée dans une pente plutôt régulière, profonde de la hauteur d’un homme. Une antique barre de fer plantée dans la roche et rongée par la rouille supporte une paire de cordages usés, plus vieux qu’elle. A première vue, c’était assez flippant, mais on s’est lancés, à la file indienne, après avoir instauré des codes d’urgence en cas de chutes de pierres ou autres. Nous nous sommes donc doucement enfoncés dans le gosier de la Soufrière, béant sous un ciel bleu maintenant, de petits Haroun Tazieff en herbes, convaincus d’atteindre l’estomac du monde… La suite est chimérique, difficile à imaginer seul dans ma petite tête. Il n’y que nous, cette grande muraille circulaire, ce dôme de lave aberrant crachant sa fumée blanche et le ciel. On ne peut pas se cacher du soleil, on ne peut se cacher de rien. C’est immense et petit à la fois, claustrophobes et agoraphobes, nous sommes au centre du monde et coupés de tout ! De petits êtres égarés, recueillis dans l’arène des dieux. Nous avons crié s’amusant de notre écho! Nous avons fait silence s’étonnant du calme de l’endroit ! Plus nous marchions, plus nous nous éloignions les uns des autres, besoin inconscient d’occuper toute la plaine, de fixer des rapports de taille dans notre champ de vision. Les effluves de souffre ont empli l’air, l’odeur est forte et infecte, on soulevait nos tee-shirts pour se couvrir le nez. Nous avons marché jusqu’au bord du lac, lui aussi était devenu démesuré et noir. Nous nous sommes posés sur de gros rochers tombés des parois et nous avons avalé notre casse-croûte, ahuris du panorama sous le beau temps clément. Puis nous avons fait demi-tour parce que le dôme sur son côté Nord rejoint la paroi du cratère, on ne peut donc pas le contourner. Nous sommes donc remontés, plus rapidement qu’à l’aller. Là haut le vent soufflait si fort qu’il nous retenait quand on se penchait près du vide. De la crête le paysage est grandiose, la fosse d’un coté, de l’autre le versant qui descend doucement plonger dans la mer des Caraïbes. Nous avons marché 5 heures de plus pour atteindre la première ville.
Au final, nous avons marché 9h30 dans cette journée, nous ne nous sommes arrêtés que pour grignoter nos sandwichs et pourtant je n’ai jamais ressenti la fatigue submergé que j’étais par mes émotions. Nous nous sommes tous dépassés sans même nous en rendre compte. Je n’avais jamais vu de près ou de loin un volcan. Ca a été une expérience unique, ça vous remet a votre place… La nature m’a encore montré que c’est moi qui appartient au monde et non l’homme qui possède la terre. Alors certain penseront que j’exagère, une bonne rando dans la montagne et la visite d’un gros cirque…Je vous promets pourtant que lancer un caillou en l’air et sentir le sol vibrer et sonner creux ! comprendre ce qu’il y a sous nos pieds, être entouré de ces remparts de verdure, admirer ces cheminées géantes de souffre, prendre conscience de l’endroit où l’on se trouve, se sentir vivre dans tout cet ensemble ! à ce moment la, vous mesurez quelle est votre place… Je pense que c’est avant tout la conclusion de cette journée et le message à faire passer. Le voyage est fantastique pour ça, on ne revient jamais chez soi comme on l’a quitté. (Enfin chez soi…là ou la terre veut bien nous garder !!!).
Et si vous aussi vous avez eu le bonheur de monter la Soufrière ou un autre volcan, n'hésitez pas ! dites moi tout !!🙂
Antho
Randonnée en Kabylie (Algérie) English translation pending
Bonjour,
J'aimerai faire des rando (de l'escalade et de la spéléo également si c'est possible) en kabylie, dans le Djurdjura notamment. Visiblement, c'est pas conseillé de s'y aventurer seul sans connaître personne. Il existe des club, assoc qui organisent visiblement des sorties. J'ai pris contact notamment avec kabylie evasion . Je voulais savoir si quelqu'un connait et a déjà fait des choses avec eux.¨Par ailleurs, si quelqu'un st déjà parti faire des rando dans ce coin et connait des bons plans, je suis preneurs de toutes les pistes...
J'aimerai faire des rando (de l'escalade et de la spéléo également si c'est possible) en kabylie, dans le Djurdjura notamment. Visiblement, c'est pas conseillé de s'y aventurer seul sans connaître personne. Il existe des club, assoc qui organisent visiblement des sorties. J'ai pris contact notamment avec kabylie evasion . Je voulais savoir si quelqu'un connait et a déjà fait des choses avec eux.¨Par ailleurs, si quelqu'un st déjà parti faire des rando dans ce coin et connait des bons plans, je suis preneurs de toutes les pistes...
Matériel de camping, expédition en Thaïlande English translation pending
Quelqu'un sait s'il est facile de trouve des truc de camping, expedition, escalade, etc en Thailand et a quel prix. Est-ce moin cher de beaucoup? Quelqu'un a fait l'experience?
Madagascar: 4x4, chauffeur et tarifs English translation pending
Bonjour,
Je chercher des infos sur Mada : un chauffeur et/ou guide digne de confiance qui a un 4x4 le tarif approximatif pour location du 4x4 + salaire du guide/chauffeur + essence est-ce que l'itinéraire est possible ? -> Antsirabe / descente de la tsiribinha en prirogue (retrouver le guide à l'arrivée) / les tsingy / descente vers Tulear / Isalo / un petit bout de la cote est (conseils ? je crois qu'il y a une bell réserve en foret dans ce soin là) Concernant le nord quels endroits conseilleriez vous autour de Diego ? J'ai entendu parler des iles dans la baie de Diego ou on peut aller avec une agence de voyage (escalade et plongée). A part ça ?
Merci !!
Guillaume
Je chercher des infos sur Mada : un chauffeur et/ou guide digne de confiance qui a un 4x4 le tarif approximatif pour location du 4x4 + salaire du guide/chauffeur + essence est-ce que l'itinéraire est possible ? -> Antsirabe / descente de la tsiribinha en prirogue (retrouver le guide à l'arrivée) / les tsingy / descente vers Tulear / Isalo / un petit bout de la cote est (conseils ? je crois qu'il y a une bell réserve en foret dans ce soin là) Concernant le nord quels endroits conseilleriez vous autour de Diego ? J'ai entendu parler des iles dans la baie de Diego ou on peut aller avec une agence de voyage (escalade et plongée). A part ça ?
Merci !!
Guillaume
Punta Cana choix d'hotel English translation pending
Bonjour,
Pouvez-vous me conseiller un hotel à Punta Cana ou il y a beaucoup d'amination. Je compte m'y rendre bientôt avec mes 2 adolescents 13-15 ans et ils veulent que ça bouge. Nous sommes allés à Bayahibe en avril dernier au Dominicus Palace et nous avons adoré mais j'aimerais allée à Punta Cana pour changer de destination même si je retournerais à Bayahibe demain. Merci pour vos conseils.
Pouvez-vous me conseiller un hotel à Punta Cana ou il y a beaucoup d'amination. Je compte m'y rendre bientôt avec mes 2 adolescents 13-15 ans et ils veulent que ça bouge. Nous sommes allés à Bayahibe en avril dernier au Dominicus Palace et nous avons adoré mais j'aimerais allée à Punta Cana pour changer de destination même si je retournerais à Bayahibe demain. Merci pour vos conseils.
Choosing between Krabi and Phuket
just one question for February—should I pick Phuket or Krabi?
Voyage à Rodrigues... et Maurice English translation pending
Nager dans un jardin de corail ou avec des dauphins, se baigner dans un lagon turquoise, se réfugier dans de petites criques isolées, marcher le long de grandes plages de sable, mais aussi gravir les Deux Mamelles ou le Piton du Canot, voici pêle-mêle quelques expériences faites lors de notre séjour dans les îles Maurice et Rodrigues.
Du lagon de Rodrigues...
aux pitons de Maurice
La version accompagnée de cartes et de la totalité des photos se trouve ici :
https://sites.google.com/site/fabuleuxvoyagesmaurice/
Ci-dessous le récit accompagné d'une sélection d'images...
Bonne lecture ! 🙂
=========================================================================== Présentation
Envie de soleil, de mer chaude, de plages de sable fin, de poissons multicolores ! Très vite, c'est l'océan Indien qui nous vient à l'esprit. Pourtant, nous l'avons déjà largement écumé, de La Réunion (2 fois) à Madagascar (3 fois), de l'île tanzanienne de Mafia à l'archipel des Seychelles (2 fois) sans oublier l'île Maurice (4 ou 5 fois).
C'est alors qu'une petite alerte s'allume dans ma tête : et pourquoi pas Rodrigues ?
Hervé, pas du tout convaincu, m'oppose d'abord une fin de non-recevoir. Il me faut alors déployer des tonnes d'arguments !
Située à 650 kilomètres au nord-est de Maurice (elle est plus éloignée de Maurice que l'île de La Réunion), cette île de 130 km2 recèle des trésors naturels insoupçonnés : un magnifique lagon de deux fois sa surface (voilà qui intéresse notre plongeur !), de longues plages bordées de filaos, un relief d'origine volcanique dominé par le mont Limon (390 mètres), des cultures en terrasses et des vallées profondes à découvrir en randonnée (un bon point pour le randonneur !).
Chère à l'écrivain Jean-Marie Le Clézio, on la décrit comme étant nature et sans artifice, à l'image de Maurice il y a 40 ans. Deux arguments de poids, car d'une part, Hervé a lu et apprécié tous les romans de l'auteur, et d'autre part son premier voyage à Maurice au milieu des années 70 reste pour lui une référence inoubliable.
Il ne reste plus qu'à évoquer l'activité phare de Rodrigues, à savoir la plongée, pour finir de le convaincre d'y passer au moins quelques jours et le reste du temps à Maurice.
Au final, ce sera : 5 nuits à Rodrigues, 5 nuits dans le nord-ouest de Maurice (que nous connaissons déjà bien) et 5 nuits dans le sud-ouest de l'île (que nous connaissons beaucoup moins).
Départ le 25 novembre, retour le 12 décembre 2018.
Alors que nos séjours précédents étaient principalement tournés vers le balnéaire, nous espérons cette fois, en fonction de la météo, pouvoir explorer un peu plus la montagne mauricienne et ses pitons emblématiques.
Au vu d'un tel programme, notre fille est également partante !
C'est donc à trois que nous embarquons le jour J sur le vol Air Mauritius MK0045 à destination de l'île Maurice avant d'enchaîner directement (ou presque) vers Rodrigues que nous atteignons en milieu de matinée en J +1. Un taxi nous conduit immédiatement à La Belle Rodriguaise, sur la côte sud-est de l'île.
Les vacances peuvent commencer !

Rodrigues, l'hôtel et son environnement
A Rodrigues, aucun complexe touristique comme à Maurice, uniquement de petites unités souvent familiales bien intégrées à la nature. On vous l'a déjà dit, l'île est restée très authentique !
Initialement, notre préférence allait à l'hôtel Tekoma sur la côte Est mais malheureusement à nos dates il n'y avait plus de disponibilités pour deux chambres ou pour une chambre familiale.
En revanche, La Belle Rodriguaise pouvait nous offrir deux chambres.
Cette maison d'hôtes de douze chambres, située près de Graviers, dans un joli jardin tropical surplombant la plage et l'océan, est tenue par Françoise (la belle Rodriguaise ?) et son mari Laval, très investis dans le tourisme local et très à l'écoute de leurs hôtes. Françoise, fin cordon bleu, est également l'auteure de deux livres de cuisine.
L'accueil est chaleureux, les chambres sont un peu rustiques mais mignonnes, et l'ensemble joliment situé, un peu en hauteur face à la mer et au pied du Mont Chéri.
Petite déconvenue en allant à la plage : les fonds sont sableux à cet endroit (donc rien à voir sous l'eau) et la baignade pas idéale (peu de profondeur).
En revanche, la baie est prisée des kite-surfers.
En même temps, on ne compte pas se cantonner à cette plage mais bien rayonner un peu. D'ailleurs, pour le lendemain notre hôtesse propose une sortie en bateau vers l'île aux Chats et l'île Hermitage avec pique-nique et snorkeling. Hervé reporte sa sortie plongée pour nous accompagner, d'autant que la météo risque de se détériorer dans les prochains jours.
Vue depuis notre terrasse
Excursion en bateau à l'île aux Chats et l'île Hermitage
C'est sous un ciel couvert (mais demain ça devrait être pire !) que la barque à moteur met le cap vers l'île aux Chats, une réserve naturelle connue pour ses colonies d'oiseaux, entourée d'un récif corallien qui la protège des vagues. A bord, nous sommes une douzaine de touristes de La Belle Rodriguaise, tous Français sauf un couple d'Allemands.
A mi-chemin, au lieu appelé Couzoupa réputé pour être l'un des plus meilleurs sites de snorkeling dans le sud de Rodrigues, le bateau fait un arrêt pour que ceux qui le souhaitent puissent mettre la tête sous l'eau pour une première exploration des fonds sous-marins rodriguais avec palmes/masque/tuba.
Vu la luminosité ambiante et les intempéries récentes, il n'y a rien de transcendant mais on prend quand même plaisir à débusquer quelques petits poissons.
La navigation se poursuit vers le fameux îlot où après avoir débarqué, nous bénéficions d'un temps libre avant le déjeuner.Charlotte, Hervé et moi en profitons pour faire le tour le l'île à pied.
C'est parti sur le sentier central en se frayant un passage entre acacias et cactées.
Arrivés au bord de mer, nous poursuivons les pieds dans l'eau jusqu'à la pointe Est.
Puis retour vers le point de départ par le bord de mer.
Pas d'oiseaux en vue, mais un joli couple de papillons dont la couleur est parfaitement raccord avec la teinte rouille de cette plante parasite, Cuscuta campestris. Appelée aussi "griffes du diable" ou "cheveux du diable", elle emprisonne dans ses rets les buissons alentour.
La plage est en vue et le barbecue déjà prêt !
Autour de la table de pique-nique, stimulée par quelques verres de punch ou de rhum, la discussion va bon train jusqu'au moment de lever l'ancre.
Avant de rentrer, le bateau fait une dernière halte à l'île Hermitage, l'occasion de grimper sur son éperon rocheux pour une vue panoramique sur le lagon et tout le sud de Rodrigues.
Une excursion bien sympathique pour une première journée bien remplie !
L'île aux Chats

Le lendemain…
Journée de mauvais temps, il faut prendre notre mal en patience !
Histoire de ne pas rester enfermées dans notre chambre, et malgré une pluie battante, Charlotte et moi faisons un aller/retour jusqu'à l'hôtel Mourouk Ebony à 1500 mètres à l'est de La Belle Rodriguaise.
Quant à Hervé, la pluie ne l'empêche pas de faire une première session de plongée (voir page consacrée plus loin).
En fin d'après-midi, une légère amélioration nous permet à tous les trois de commencer la randonnée prévue le lendemain vers les fameuses criques de la côte Est.
Ce soir, petit avant-goût entre Graviers et Pointe Noire.
La suite sous un ciel plus clément, le lendemain !
Entre Graviers et Pointe Noire

Randonnée côtière entre Graviers et Rivière Banane
Profitons du beau temps pour programmer une grande journée de randonnée, LA randonnée à faire à Rodrigues, à savoir le tour des criques les plus emblématiques de l'île, accessibles uniquement à pied.
Les plus fameuses se situent entre Pointe Noire et la plage de St François.
Nous refaisons d'abord le bout de chemin déjà parcouru hier soir. Nous nous étions arrêtés juste avant cette grande plage au nord de Pointe Noire. C'est l'occasion de la revoir sous un meilleur jour !
Maintenant place à la nouveauté !
Le sentier se faufile entre les roches volcaniques où seuls résistent une végétation rase et quelques arbustes déformés et couchés par les ardeurs du dieu Eole.
Au bout de trois kilomètres environ, nous arrivons au niveau de l'une des deux plus belles criques, Anse Bouteille, où une première baignade est déjà bienvenue.
Un peu plus loin, nous jetons un œil à Grand Anse avant de nous enfoncer dans une oasis de verdure où un bosquet de Vacoas s'est taillé une place de choix.
Nous voici maintenant à Anse Trou d'Argent, autre plage mythique, où nous ne résistons pas à une nouvelle baignade dans ce lagon aux reflets argentés.
La marche et les bains de mer, ça creuse sans oublier le soleil qui tape en cette fin de matinée. Il est temps de s'attabler avant de gagner la plage de St François, longue courbe déserte bordée d'une forêt de filaos.
Ici toutes les nuances de bleu se côtoient, bleu saphir du large, bleu turquoise ou émeraude du lagon, et contrastent avec les rochers noirs de jais. Une véritable carte postale !
Nous aurions pu faire demi-tour à St François mais galvanisés par la beauté des paysages, nous décidons de poursuivre encore un peu jusqu'à Pointe Coton.
Une extension qui nous permet de passer à proximité du Tekoma Hotel, notre premier choix, sacrément bien placé côté lagon. On se serait bien vus sur ces transats !
Le parcours jusque là balisé se termine à l'hôtel Cotton Bay où nous prenons un verre avant de piquer une tête dans la piscine.
Derrière l'hôtel, le sentier maintenant non balisé grimpe vers le sommet d'une colline.
Et si on poursuivait ? Top là, c'est Ok !
C'était peut-être l'extension de trop, car une fois au sommet, l'itinéraire se complique en devenant de plus en plus confus. Nous errons entre les broussailles et les toiles d'araignées géantes. Nous commençons à en avoir plein les gambettes.
Par chance, nous finissons par retrouver une route qui nous conduit à travers le village de Rivière Banane et ses petites parcelles cultivées jusqu'au bord de mer.
Depuis la maison voisine, une dame accourt aussitôt pour nous informer qu'elle organise des sorties en bateau vers l'un des plus beaux sites de snorkeling du nord de l'île, un Jardin de corail au milieu de la baie. Elle précise qu'elle sert aussi des spécialités locales. Pour le snorkeling, c'est trop tard mais nous prenons rendez-vous pour le lendemain. Quant au dîner, tout est déjà prévu à La Belle Rodriguaise. En revanche, des boissons fraîches et des accras ne sont pas de refus.
En réalité, notre principal souci est de trouver un moyen de rentrer à Graviers car nous sommes à présent loin de tout.
Pas de problème, la dame a aussi la solution, son père fait taxi !
Tout est bien qui finit bien. En tout cas, nous avons passé une journée extra et parcouru une bonne dizaine de kilomètres.
Plage de Pointe Noire
Anse Trou d'Argent
De Rivière Banane à Rivière Pistache et l'extrémité Ouest
Nous n'avons pas loué de voiture pour l'ensemble du séjour, mais avons pu réserver un des véhicules de La Belle Rodriguaise pour cette journée.
Dans un premier temps, retour à Rivière Banane pour faire la sortie en bateau au Jardin de Corail dont on nous a vanté les qualités hier.
Alors ? Eh bien, le jardin de corail est plutôt joli et bien préservé.
La patronne nous propose de déjeuner chez elle, mais il est encore trop tôt et nous avons d'autres projets pour la suite de la journée.
Retour sur la plage de St François que nous avions traversée hier en randonnant. Nous souhaitons en profiter plus largement aujourd'hui d'autant que nous sommes seuls (ou presque) sur cette longue bande de sable que viennent lécher des eaux turquoise.
Déjeuner au bord de la piscine du Tekoma Hotel, notre fameux premier choix.
Puis, à défaut de pouvoir randonner dans le centre (trop détrempé), nous décidons de traverser l'île en voiture d'Est en Ouest.
Au passage nous faisons un petit détour à Petit Gabriel pour acheter le très réputé miel Victoria.
Après La Ferme, la route toute neuve se termine au bord de mer par un rond-point où règne aujourd'hui une activité inhabituelle. On attend justement l'arrivée d'un Ministre pour inaugurer ce nouveau tronçon.
Clic clac, une photo vite faite vers l'îlot d'en face, puis il nous faut faire demi-tour afin que la chaussée puisse être nickel avant l'arrivée de la personnalité.
Sur la route du retour, ce banyan tentaculaire nous retient un instant. On y est bien à l'abri des regards indiscrets !
Puis cette curieuse installation nous interpelle. Il s'agit d'un pont suspendu au-dessus de la rivière Pistache qu'on peut traverser accroché dans une sorte de nacelle.
Retour à La Belle Rodriguaise au terme d'une petite journée tranquille.
Après une dernière journée consacrée principalement à la plongée, nous quittons la nonchalance de Rodrigues pour l'île Maurice, plus touristique mais aussi plus variée.
Dans le jardin de corail
Maurice Nord : Trou-aux-Biches, l'hôtel et son environnement
Pour cette deuxième partie du séjour, nous avons loué une voiture, ce qui nous permet de rejoindre directement notre hôtel situé sur la plus belle plage de l'île, Trou-aux-Biches, au milieu d'un jardin tropical foisonnant.
Un certain nombre d'activités sont incluses, ce qui fait que nous trouvons sur place de quoi largement nous occuper.
Catamaran pour Hervé : le plan d'eau devant l'hôtel est parfait, pédalo ou kayak pour Charlotte et moi, afin de suivre les tortues nombreuses dans la baie ! Ou encore sortie snorkeling organisée tous les matins.
Sans compter les balades le long de la plage !
Tous les soirs, le coucher de soleil est l'occasion d'un spectacle sans cesse renouvelé.
Hervé compte aussi faire de la plongée sous-marine avec bouteille tous les matins ou presque. Il faut par conséquent jongler avec les impératifs de chacun pour pouvoir envisager un programme extérieur.
Justement le lendemain de notre arrivée, la sortie plongée ayant été annulée, nous en profitons pour prévoir une randonnée vers l'un des fameux pitons mauriciens, dès le matin, avant l'arrivée des nuages sur les reliefs.
Coucher de soleil
Randonnée vers le sommet Est des deux Mamelles
Parmi toutes les randonnées en montagne que j'avais notées, nous choisissons aujourd'hui un lieu pas trop éloigné de notre hôtel (point de départ à Beau Bois) et un itinéraire en principe assez facile.
Il s'agit du massif des Deux Mamelles, et plus particulièrement du sommet Est (altitude 500 mètres).
Le parcours commence par une marche d'approche sur un très bon chemin utilisé pour l'exploitation des champs de canne alentour.
Mais une fois les cultures dépassées, le sentier devient plus confus. Tout en continuant à prendre de la hauteur, il nous faut batailler avec les broussailles jusqu'au sommet.
Là-haut la vue est à la hauteur de nos efforts, offrant un large panorama sur la chaîne montagneuse de Moka, dont le Pieter Both (le sommet coiffé d'un bilboquet) ainsi que sur les localités alentour.
Au final, une ascension magnifique, assez courte mais pas très aisée en raison du manque d'entretien de l'accès, sans doute la preuve que Maurice ne mise pas beaucoup sur ses itinéraires pédestres. Dommage !
Nous espérons néanmoins réitérer cette expérience avant la fin de notre séjour.
Au sommet des Deux Mamelles
Balade dans le jardin botanique de Pamplemousses
Nouvelle sortie à l'extérieur de l'hôtel pour visiter le jardin botanique, le premier créé au monde, dans le district de Pamplemousses.
Ce n'est pas notre première visite mais c'est avec un plaisir toujours intact que nous déambulons entre arbres et plans d'eau remarquables.
A côté de ces palmiers, vacoas, arbres du voyageur ou banyans, on se sent tout petit !
Du bassin des nénuphars à celui des lotus…
Tout en s'attardant devant quelques variétés de fleurs exotiques…
C'est une promenade qui flatte tous les sens !
Nous la prolongeons encore sur la route du retour par une énième observation botanique, un splendide flamboyant trônant au bord de la chaussée.
Après une dernière journée consacrée en partie à une escapade dans l'extrême nord de l'île, du côté de Cap Malheureux, notre séjour se poursuit dans le Sud mauricien.
Jardin des Pamplemousses
La suite dans le post 2, juste en dessous...
Du lagon de Rodrigues...

aux pitons de Maurice
La version accompagnée de cartes et de la totalité des photos se trouve ici :https://sites.google.com/site/fabuleuxvoyagesmaurice/
Ci-dessous le récit accompagné d'une sélection d'images...
Bonne lecture ! 🙂
=========================================================================== Présentation
Envie de soleil, de mer chaude, de plages de sable fin, de poissons multicolores ! Très vite, c'est l'océan Indien qui nous vient à l'esprit. Pourtant, nous l'avons déjà largement écumé, de La Réunion (2 fois) à Madagascar (3 fois), de l'île tanzanienne de Mafia à l'archipel des Seychelles (2 fois) sans oublier l'île Maurice (4 ou 5 fois).
C'est alors qu'une petite alerte s'allume dans ma tête : et pourquoi pas Rodrigues ?
Hervé, pas du tout convaincu, m'oppose d'abord une fin de non-recevoir. Il me faut alors déployer des tonnes d'arguments !
Située à 650 kilomètres au nord-est de Maurice (elle est plus éloignée de Maurice que l'île de La Réunion), cette île de 130 km2 recèle des trésors naturels insoupçonnés : un magnifique lagon de deux fois sa surface (voilà qui intéresse notre plongeur !), de longues plages bordées de filaos, un relief d'origine volcanique dominé par le mont Limon (390 mètres), des cultures en terrasses et des vallées profondes à découvrir en randonnée (un bon point pour le randonneur !).
Chère à l'écrivain Jean-Marie Le Clézio, on la décrit comme étant nature et sans artifice, à l'image de Maurice il y a 40 ans. Deux arguments de poids, car d'une part, Hervé a lu et apprécié tous les romans de l'auteur, et d'autre part son premier voyage à Maurice au milieu des années 70 reste pour lui une référence inoubliable.
Il ne reste plus qu'à évoquer l'activité phare de Rodrigues, à savoir la plongée, pour finir de le convaincre d'y passer au moins quelques jours et le reste du temps à Maurice.
Au final, ce sera : 5 nuits à Rodrigues, 5 nuits dans le nord-ouest de Maurice (que nous connaissons déjà bien) et 5 nuits dans le sud-ouest de l'île (que nous connaissons beaucoup moins).
Départ le 25 novembre, retour le 12 décembre 2018.
Alors que nos séjours précédents étaient principalement tournés vers le balnéaire, nous espérons cette fois, en fonction de la météo, pouvoir explorer un peu plus la montagne mauricienne et ses pitons emblématiques.
Au vu d'un tel programme, notre fille est également partante !
C'est donc à trois que nous embarquons le jour J sur le vol Air Mauritius MK0045 à destination de l'île Maurice avant d'enchaîner directement (ou presque) vers Rodrigues que nous atteignons en milieu de matinée en J +1. Un taxi nous conduit immédiatement à La Belle Rodriguaise, sur la côte sud-est de l'île.
Les vacances peuvent commencer !

Rodrigues, l'hôtel et son environnement
A Rodrigues, aucun complexe touristique comme à Maurice, uniquement de petites unités souvent familiales bien intégrées à la nature. On vous l'a déjà dit, l'île est restée très authentique !
Initialement, notre préférence allait à l'hôtel Tekoma sur la côte Est mais malheureusement à nos dates il n'y avait plus de disponibilités pour deux chambres ou pour une chambre familiale.
En revanche, La Belle Rodriguaise pouvait nous offrir deux chambres.
Cette maison d'hôtes de douze chambres, située près de Graviers, dans un joli jardin tropical surplombant la plage et l'océan, est tenue par Françoise (la belle Rodriguaise ?) et son mari Laval, très investis dans le tourisme local et très à l'écoute de leurs hôtes. Françoise, fin cordon bleu, est également l'auteure de deux livres de cuisine.
L'accueil est chaleureux, les chambres sont un peu rustiques mais mignonnes, et l'ensemble joliment situé, un peu en hauteur face à la mer et au pied du Mont Chéri.
Petite déconvenue en allant à la plage : les fonds sont sableux à cet endroit (donc rien à voir sous l'eau) et la baignade pas idéale (peu de profondeur).
En revanche, la baie est prisée des kite-surfers.
En même temps, on ne compte pas se cantonner à cette plage mais bien rayonner un peu. D'ailleurs, pour le lendemain notre hôtesse propose une sortie en bateau vers l'île aux Chats et l'île Hermitage avec pique-nique et snorkeling. Hervé reporte sa sortie plongée pour nous accompagner, d'autant que la météo risque de se détériorer dans les prochains jours.
Vue depuis notre terrasse

Excursion en bateau à l'île aux Chats et l'île Hermitage
C'est sous un ciel couvert (mais demain ça devrait être pire !) que la barque à moteur met le cap vers l'île aux Chats, une réserve naturelle connue pour ses colonies d'oiseaux, entourée d'un récif corallien qui la protège des vagues. A bord, nous sommes une douzaine de touristes de La Belle Rodriguaise, tous Français sauf un couple d'Allemands.
A mi-chemin, au lieu appelé Couzoupa réputé pour être l'un des plus meilleurs sites de snorkeling dans le sud de Rodrigues, le bateau fait un arrêt pour que ceux qui le souhaitent puissent mettre la tête sous l'eau pour une première exploration des fonds sous-marins rodriguais avec palmes/masque/tuba.
Vu la luminosité ambiante et les intempéries récentes, il n'y a rien de transcendant mais on prend quand même plaisir à débusquer quelques petits poissons.
La navigation se poursuit vers le fameux îlot où après avoir débarqué, nous bénéficions d'un temps libre avant le déjeuner.Charlotte, Hervé et moi en profitons pour faire le tour le l'île à pied.
C'est parti sur le sentier central en se frayant un passage entre acacias et cactées.
Arrivés au bord de mer, nous poursuivons les pieds dans l'eau jusqu'à la pointe Est.
Puis retour vers le point de départ par le bord de mer.
Pas d'oiseaux en vue, mais un joli couple de papillons dont la couleur est parfaitement raccord avec la teinte rouille de cette plante parasite, Cuscuta campestris. Appelée aussi "griffes du diable" ou "cheveux du diable", elle emprisonne dans ses rets les buissons alentour.
La plage est en vue et le barbecue déjà prêt !
Autour de la table de pique-nique, stimulée par quelques verres de punch ou de rhum, la discussion va bon train jusqu'au moment de lever l'ancre.
Avant de rentrer, le bateau fait une dernière halte à l'île Hermitage, l'occasion de grimper sur son éperon rocheux pour une vue panoramique sur le lagon et tout le sud de Rodrigues.
Une excursion bien sympathique pour une première journée bien remplie !
L'île aux Chats

Le lendemain…
Journée de mauvais temps, il faut prendre notre mal en patience !
Histoire de ne pas rester enfermées dans notre chambre, et malgré une pluie battante, Charlotte et moi faisons un aller/retour jusqu'à l'hôtel Mourouk Ebony à 1500 mètres à l'est de La Belle Rodriguaise.
Quant à Hervé, la pluie ne l'empêche pas de faire une première session de plongée (voir page consacrée plus loin).
En fin d'après-midi, une légère amélioration nous permet à tous les trois de commencer la randonnée prévue le lendemain vers les fameuses criques de la côte Est.
Ce soir, petit avant-goût entre Graviers et Pointe Noire.
La suite sous un ciel plus clément, le lendemain !
Entre Graviers et Pointe Noire

Randonnée côtière entre Graviers et Rivière Banane
Profitons du beau temps pour programmer une grande journée de randonnée, LA randonnée à faire à Rodrigues, à savoir le tour des criques les plus emblématiques de l'île, accessibles uniquement à pied.
Les plus fameuses se situent entre Pointe Noire et la plage de St François.
Nous refaisons d'abord le bout de chemin déjà parcouru hier soir. Nous nous étions arrêtés juste avant cette grande plage au nord de Pointe Noire. C'est l'occasion de la revoir sous un meilleur jour !
Maintenant place à la nouveauté !
Le sentier se faufile entre les roches volcaniques où seuls résistent une végétation rase et quelques arbustes déformés et couchés par les ardeurs du dieu Eole.
Au bout de trois kilomètres environ, nous arrivons au niveau de l'une des deux plus belles criques, Anse Bouteille, où une première baignade est déjà bienvenue.
Un peu plus loin, nous jetons un œil à Grand Anse avant de nous enfoncer dans une oasis de verdure où un bosquet de Vacoas s'est taillé une place de choix.
Nous voici maintenant à Anse Trou d'Argent, autre plage mythique, où nous ne résistons pas à une nouvelle baignade dans ce lagon aux reflets argentés.
La marche et les bains de mer, ça creuse sans oublier le soleil qui tape en cette fin de matinée. Il est temps de s'attabler avant de gagner la plage de St François, longue courbe déserte bordée d'une forêt de filaos.
Ici toutes les nuances de bleu se côtoient, bleu saphir du large, bleu turquoise ou émeraude du lagon, et contrastent avec les rochers noirs de jais. Une véritable carte postale !
Nous aurions pu faire demi-tour à St François mais galvanisés par la beauté des paysages, nous décidons de poursuivre encore un peu jusqu'à Pointe Coton.
Une extension qui nous permet de passer à proximité du Tekoma Hotel, notre premier choix, sacrément bien placé côté lagon. On se serait bien vus sur ces transats !
Le parcours jusque là balisé se termine à l'hôtel Cotton Bay où nous prenons un verre avant de piquer une tête dans la piscine.
Derrière l'hôtel, le sentier maintenant non balisé grimpe vers le sommet d'une colline.
Et si on poursuivait ? Top là, c'est Ok !
C'était peut-être l'extension de trop, car une fois au sommet, l'itinéraire se complique en devenant de plus en plus confus. Nous errons entre les broussailles et les toiles d'araignées géantes. Nous commençons à en avoir plein les gambettes.
Par chance, nous finissons par retrouver une route qui nous conduit à travers le village de Rivière Banane et ses petites parcelles cultivées jusqu'au bord de mer.
Depuis la maison voisine, une dame accourt aussitôt pour nous informer qu'elle organise des sorties en bateau vers l'un des plus beaux sites de snorkeling du nord de l'île, un Jardin de corail au milieu de la baie. Elle précise qu'elle sert aussi des spécialités locales. Pour le snorkeling, c'est trop tard mais nous prenons rendez-vous pour le lendemain. Quant au dîner, tout est déjà prévu à La Belle Rodriguaise. En revanche, des boissons fraîches et des accras ne sont pas de refus.
En réalité, notre principal souci est de trouver un moyen de rentrer à Graviers car nous sommes à présent loin de tout.
Pas de problème, la dame a aussi la solution, son père fait taxi !
Tout est bien qui finit bien. En tout cas, nous avons passé une journée extra et parcouru une bonne dizaine de kilomètres.
Plage de Pointe Noire

Anse Trou d'Argent

De Rivière Banane à Rivière Pistache et l'extrémité Ouest
Nous n'avons pas loué de voiture pour l'ensemble du séjour, mais avons pu réserver un des véhicules de La Belle Rodriguaise pour cette journée.
Dans un premier temps, retour à Rivière Banane pour faire la sortie en bateau au Jardin de Corail dont on nous a vanté les qualités hier.
Alors ? Eh bien, le jardin de corail est plutôt joli et bien préservé.
La patronne nous propose de déjeuner chez elle, mais il est encore trop tôt et nous avons d'autres projets pour la suite de la journée.
Retour sur la plage de St François que nous avions traversée hier en randonnant. Nous souhaitons en profiter plus largement aujourd'hui d'autant que nous sommes seuls (ou presque) sur cette longue bande de sable que viennent lécher des eaux turquoise.
Déjeuner au bord de la piscine du Tekoma Hotel, notre fameux premier choix.
Puis, à défaut de pouvoir randonner dans le centre (trop détrempé), nous décidons de traverser l'île en voiture d'Est en Ouest.
Au passage nous faisons un petit détour à Petit Gabriel pour acheter le très réputé miel Victoria.
Après La Ferme, la route toute neuve se termine au bord de mer par un rond-point où règne aujourd'hui une activité inhabituelle. On attend justement l'arrivée d'un Ministre pour inaugurer ce nouveau tronçon.
Clic clac, une photo vite faite vers l'îlot d'en face, puis il nous faut faire demi-tour afin que la chaussée puisse être nickel avant l'arrivée de la personnalité.
Sur la route du retour, ce banyan tentaculaire nous retient un instant. On y est bien à l'abri des regards indiscrets !
Puis cette curieuse installation nous interpelle. Il s'agit d'un pont suspendu au-dessus de la rivière Pistache qu'on peut traverser accroché dans une sorte de nacelle.
Retour à La Belle Rodriguaise au terme d'une petite journée tranquille.
Après une dernière journée consacrée principalement à la plongée, nous quittons la nonchalance de Rodrigues pour l'île Maurice, plus touristique mais aussi plus variée.
Dans le jardin de corail

Maurice Nord : Trou-aux-Biches, l'hôtel et son environnement
Pour cette deuxième partie du séjour, nous avons loué une voiture, ce qui nous permet de rejoindre directement notre hôtel situé sur la plus belle plage de l'île, Trou-aux-Biches, au milieu d'un jardin tropical foisonnant.
Un certain nombre d'activités sont incluses, ce qui fait que nous trouvons sur place de quoi largement nous occuper.
Catamaran pour Hervé : le plan d'eau devant l'hôtel est parfait, pédalo ou kayak pour Charlotte et moi, afin de suivre les tortues nombreuses dans la baie ! Ou encore sortie snorkeling organisée tous les matins.
Sans compter les balades le long de la plage !
Tous les soirs, le coucher de soleil est l'occasion d'un spectacle sans cesse renouvelé.
Hervé compte aussi faire de la plongée sous-marine avec bouteille tous les matins ou presque. Il faut par conséquent jongler avec les impératifs de chacun pour pouvoir envisager un programme extérieur.
Justement le lendemain de notre arrivée, la sortie plongée ayant été annulée, nous en profitons pour prévoir une randonnée vers l'un des fameux pitons mauriciens, dès le matin, avant l'arrivée des nuages sur les reliefs.
Coucher de soleil

Randonnée vers le sommet Est des deux Mamelles
Parmi toutes les randonnées en montagne que j'avais notées, nous choisissons aujourd'hui un lieu pas trop éloigné de notre hôtel (point de départ à Beau Bois) et un itinéraire en principe assez facile.
Il s'agit du massif des Deux Mamelles, et plus particulièrement du sommet Est (altitude 500 mètres).
Le parcours commence par une marche d'approche sur un très bon chemin utilisé pour l'exploitation des champs de canne alentour.
Mais une fois les cultures dépassées, le sentier devient plus confus. Tout en continuant à prendre de la hauteur, il nous faut batailler avec les broussailles jusqu'au sommet.
Là-haut la vue est à la hauteur de nos efforts, offrant un large panorama sur la chaîne montagneuse de Moka, dont le Pieter Both (le sommet coiffé d'un bilboquet) ainsi que sur les localités alentour.
Au final, une ascension magnifique, assez courte mais pas très aisée en raison du manque d'entretien de l'accès, sans doute la preuve que Maurice ne mise pas beaucoup sur ses itinéraires pédestres. Dommage !
Nous espérons néanmoins réitérer cette expérience avant la fin de notre séjour.
Au sommet des Deux Mamelles

Balade dans le jardin botanique de Pamplemousses
Nouvelle sortie à l'extérieur de l'hôtel pour visiter le jardin botanique, le premier créé au monde, dans le district de Pamplemousses.
Ce n'est pas notre première visite mais c'est avec un plaisir toujours intact que nous déambulons entre arbres et plans d'eau remarquables.
A côté de ces palmiers, vacoas, arbres du voyageur ou banyans, on se sent tout petit !
Du bassin des nénuphars à celui des lotus…
Tout en s'attardant devant quelques variétés de fleurs exotiques…
C'est une promenade qui flatte tous les sens !
Nous la prolongeons encore sur la route du retour par une énième observation botanique, un splendide flamboyant trônant au bord de la chaussée.
Après une dernière journée consacrée en partie à une escapade dans l'extrême nord de l'île, du côté de Cap Malheureux, notre séjour se poursuit dans le Sud mauricien.
Jardin des Pamplemousses

La suite dans le post 2, juste en dessous...
Votre expérience et votre pratique d'hébergeur Warmshowers? English translation pending
Sans doute un certain nombre de personnes, qui voyagent à vélo ou non, qui vont lire cette nouvelle discussion sont impliquées dans l’organisation internationale wormshowers, comme hébergeur ou hébergé.
Pour ma part depuis 3 ans j’ai hébergé via le site warmshowers une douzaine de fois des personnes seules ou des couples, mais par contre je ne recherche pas à être hébergé, car j’opte plus pour le camping sauvage, et puis roulant très tard le soir et repartant très tôt dès le lever du jour, je ne préfère pas me faire héberger, estimant que les rapports de convivialité ne seraient pas respectés de ma part.
Mais concernant l’hébergement d’autres cyclos je suis toujours très intéressé de pouvoir discuter au cours d’une soirée (parfois bien arrosée) et au cours d’un petit-déjeuner avec toutes sortes de voyageurs à vélo. Mais même si toutes les personnes que j’ai hébergées étaient très sympathiques et toujours intéressantes, je suis obligé de constater que la moitié n’ont pas de sac de couchage ni sac à viande, (alors que je le mentionne), que certaines arrivent chez nous en voiture et même un couple s’est pointé en me disant que j’avais répondu favorablement à la demande, qu’en réalité il n’avait pas faite après vérification en leur présence, et ils n’avaient pas de sac de couchage non plus! Au demeurant ils ont été très sympa et nous avons passé une bonne soirée, et je les ai accompagnés au départ le lendemain par des raccourcis sympas. J’ai même eu une demande deux semaines en avance, le jour J vers midi je contacte la personne qui me dit arriver vers 19h, à 19h effectivement il me contacte pour me dire qu’il a rejoint un autre lieu dans les environs (où il y a un warmshowers après vérification) et qu’il ne viendra pas, ayant « cafouillé » comme il me dit en tant que justification ! Nous lui avions préparé un repas et avions fait en sorte d’être chez nous à l’heure et pas être à la pêche à la truite pour le coup du soir !😏
Par contre il m’arrive « d’arrêter » en fin d’après-midi des cyclos au long cours autour de chez moi et de leur proposer l’hébergement, ils ont toujours un sac de couchage et bien souvent ils sont particulièrement intéressants. Donc je vais continuer de proposer l’hébergement de cette façon impromptue. Mais je me pose la question de savoir si je vais rester sur le réseau wormshowers, le but n’étant pas de râler par écrit en collant des remarques désobligeantes nominatives sur le site. Je ne l’ai fait qu’une fois, concernant la personne qui nous a appelés à 19h pour nous dire qu’elle avait choisi un autre warmshowers à 10km, alors que son itinéraire passait à 1500 m de chez nous.
Vous qui avez cette expérience de wormshowers, avez-vous le même type de relations et comment gérez-vous cela pour effectuer une sélection, avec éventuellement décider de refus de dernière minute ?
Snif, c’est un crève-cœur de critiquer certains à-côtés du voyage à vélo, du fait de certains de ses pratiquants !😕
Luc
Sarajevo deux époques English translation pending
Les Balkans sont une région, où foisonnent les sociétés, zone d'achoppement et de conflits entre les cultures, où longtemps l'empire ottoman a affronté la chrétienté. Les influences ont fluctué au gré des fortunes de guerre. Tous ces pays je les ai visités plus ou moins longuement. Chacun d'entre eux a eu sa période de gloire au cours du millénaire écoulé, et pour la Grèce son apogée remonte encore bien plus loin. L'un d'eux, je le connais assez bien pour y avoir vécu trois ans. J'y ai laissé une partie de mon cœur, l’Albanie, pays dans lequel je me suis forgé des amitiés très fortes et indéfectibles.
La Bosnie je l'ai aussi arpentée à différentes occasions, tout particulièrement au cours d'un long épisode dramatique de son histoire, le siège de Sarajevo. Mes voyages dans ce coin d'Europe, où l'on se sent très loin, plongé dans cette constellation de petits pays, qui chacun a une identité forte, j'en ai fait déjà plusieurs compte-rendus dans les carnets de voyage forum. L'un de ces écrits je ne l'avais jamais publié, car il pourrait s’apparenter quelque part à un voyage dans la guerre. Mais j'ai décidé de vous le soumettre, car il pourra intéresser les amoureux de cette ville extraordinaire qu'est Sarajevo, et que je trouve toujours aussi envoûtante chaque fois que j'y retourne. Donc voici ce texte, et désolé si certains le trouveront très très long et manquant de photos, mais j'espère qu'il donnera envie d'aller visiter ces terres balkaniques qui sont pétries par deux mille ans d'histoire:
Sarajevo deux époques, souvenirs, anecdotes
Sarajevo, cette ville au nom évocateur, qui tient une place particulière dans l'histoire de l'Europe, j'ai eu l'opportunité de la connaître à deux époques relativement rapprochées mais très différentes. La première fois, quatre mois durant le siège en 1994 en pleine guerre de Bosnie, et la seconde en effectuant un bref passage de deux jours en 2008 au cours d'un périple balkanique. Ces deux expériences dans des contextes opposés, me permettent de mettre en exergue tous les contrastes d'atmosphère au gré des circonstances et des événements que cette ville magique a connus. L'été 1994 arrive à grands pas, j'ai programmé mes vacances, j'irai faire de l'alpinisme du côté de la Vanoise. Brutalement à deux jours du départ, changement de destination, on m'informe que je pars à court terme pour Sarajevo dans le cadre des missions de guidage d'avions de combat. A peine le temps de prendre quelques habits, prévenir ma famille et je suis en route pour une formation accélérée afin de me remettre en tête les techniques aéronautiques appropriées. Les cours théoriques et pratiques sont prodigués par de braves Américains qui n'ont jamais imaginé que sur la terre des gens pouvaient parler autre chose que leur langage qui s'apparente plus à une suite d'acronymes et d'onomatopées à peine prononcés qu'à de l'anglais ! Après une injection à haute dose d'une semaine, je prends la direction de la Bosnie, plus spécialement Sarajevo et son siège. Survol des Alpes, je distingue très nettement les montagnes que je voulais grimper à proximité du col du Mont Cenis, mais l'aventure sera différente.
Je suis arrivé sur l'aéroport surchargé de matériels et d'hommes. La première urgence est de trouver à se loger avec mon équipe, nous sommes 7. On déniche un petit réduit, digne des plus minuscules refuges que j'ai connus en montagne. A 7 nous nous empilons sur 6 mètres carrés, mais ça va. Il ne fait pas froid nous sommes en juillet. D'ailleurs on pourrait avoir très, très chaud, car notre réduit est adossé au dépôt de munitions de la légion étrangère, un obus mal placé et nous prenons un billet direct pour la vaporisation. Nous allons vivre dans cet espace réduit quelques semaines, mais l'activité était si intense que lorsque nous le rejoignions nous nous écroulions dans le sommeil.
Ma première sortie dans la ville me permet de saisir immédiatement l'atmosphère qui y règne. Cité complètement bloquée où tout le monde se cache. Les rues sont désertes, la population vit, comme des rats, terrée. Les militaires dans les blindés et engoncés dans leur gilet pare-balles sont les seuls à donner un peu d'animation à la cité. Rarement, toujours furtivement on aperçoit un civil qui presse le pas dans une rue et disparaît bien vite pour éviter d'être tué par une balle qu'elle soit perdue ou non.
La ville de Sarajevo occupe le fond d'une cuvette toute en longueur. Du fait de son développement, les maisons par manque de place ont colonisé les collines environnantes. Des quartiers serrés se pressent tout au long des pentes de cette multitude de buttes raides, qui rentrent carrément dans la ville basse et l'encerclent de toutes parts. En levant les yeux, la première chose qui frappe, ce sont les façades de maisons individuelles qui constellent tous les reliefs environnants. Il ne faut pas de grandes explications pour comprendre, que de toutes ces fenêtres en encorbellement, des multitudes d'yeux vous regardent voire vous surveillent. Elles sont innombrables, les unes sur les autres, tout au long de ces grandes pentes qui tombent dans la ville. Tels de gros yeux inexpressifs mais lourds de menaces dissimulées, elles peuvent à tout moment prêter assistance à l'auteur d'un assassinat, tapi à l'abri de la lumière, son arme de précision à la main. On imagine facilement tous ces guetteurs scrutant l'immobilité de la ville. Combien de snipers, qui vous prennent dans leur croisillon, se cachent derrière ces ouvertures, à dessein pleines de pénombre ? Combien de fois, montant les escaliers de la fameuse patinoire la Skandéria j'ai senti ces regards sur moi. L'impression est étrange et désagréable, mais il ne sert à rien de lever les yeux, cela pourrait juste être pris pour un acte de provocation, et souvent la susceptibilité du tireur est proportionnelle à son taux d'imbibition à la slibovitch, alcool blanc de prune.
Au cours de différentes missions, je suis amené à remonter des rues remplies de carcasses de voitures et de trams bombardés et incendiés, on se croit dans un film de fiction, des spectacles dantesques de rouille et de fer tordu, mais non c'est la réalité. Par endroits, il faut bousculer certains obstacles avec le blindé pour passer sur ces chaussées recouvertes de gravats. Lors de ces déplacements en véhicules, des gens nous regardent à la dérobée. Dans les jardins de nombreuses maisons particulières les voitures sont bâchées et protégées dans un recoin de terrasse, en attendant des jours meilleurs où il y aura de l'essence, des routes en état et plus d'obus qui s’abattent selon une logique parfois difficile à saisir.
Assister au bombardement d'une ville est une expérience étrange. De gros obus frappent de plein fouet des façades qui s'écroulent dans des nuages de fumée. Les obus lorsqu'ils vous survolent, vous réalisez avec précision le danger qu'ils représentent. S'ils font un bruit strident et aigu, cela signifie qu'ils ont une vitesse élevée et qu'ils vont aller frapper plus loin. Par contre s'ils font un bruit plus mat avec des flop flop, cela trahit une vitesse faible et un engin qui commence à tanguer sur son axe, d'où une chute dans les environs. On apprend très vite, en regardant les autres, à réagir. J'ai fait cette découverte sur une colline en présence d'un groupe de Bosniaques, alors que je faisais des repérages concernant le positionnement des différentes forces en présence. La ville était sous le bombardement régulier de canons serbes de gros calibre. Nous nous trouvions sur la trajectoire des obus, mais bien en-deçà de leur point d'impact. Nous les entendions donc nous survoler dans un sifflement strident. Soudain, un bruit beaucoup plus bas, accompagné du fameux flop flop, décrit si souvent par les poilus de la grande guerre, a provoqué une réaction de fuite immédiate de mes interlocuteurs bosniaques. Effectivement un gros obus est tombé beaucoup plus près que les précédents mais à une distance, où le danger restait faible. C'est ce qu'on appelle apprendre par l'expérience ou sur le tas.
Dans la ville de Sarajevo une petite communauté de Croates se trouve prise en otage entre les Serbes et les Bosniaques. Participer à un office religieux parmi ce groupe catholique est très poignant. Même là, il faut se méfier du scoop journalistique, on pourrait rapidement faire croire en juxtaposant sur une même photo un militaire français et une religieuse croate que nous sommes là pour prendre parti en leur faveur. Bien sûr que leur situation nous émeut, bien sûr que dans la mesure de nos moyens nous les pourvoyons en nourriture, mais nous le ferions de la même manière pour les autres communautés, lorsque des êtres humains sont dans la nécessité impérieuse ils méritent une égalité de traitement. Dans cette petite communauté acculée, la ferveur est très importante, jeunes et vieux montrent la même foi. Je me souviens d'une anecdote amusante malgré la situation. Le prêtre de la légion étrangère française célèbre l'office au cours duquel il se réfère aux noces de Cana. Le légionnaire d'origine croate, lui servant d'interprète, traduit par noces de canard, d'où éclat de rire franc de toute la communauté croate. La difficulté et l'incertitude extrêmes n'enlèvent pas à l'être humain son sens de l'humour et son envie de rire. C'est rassurant. Bien que n'étant pas particulièrement pratiquant, ces offices me bouleversaient par la conviction et l'espérance qui émanaient de cette population martyrisée. Le fait d'y penser quinze ans après, je sens toujours monter en moi de l'émotion.
Observateur de cette situation dramatique que vit une population à trois entités et aussi un peu acteur pour essayer d’y remédier, on ne peut qu'éprouver un réel malaise en constatant toute la frénésie de ce qu'on appelle l'information pour contenter le voyeurisme de nos populations occidentales. Il faut dire que c'est tentant, bien installé chez soi le soir à vingt heures de regarder le sacro-saint journal télévisé qui distille sa kyrielle de faits divers sordides. Montrer des obus écraser une cité qui vit ou plutôt survit dans une immense détresse, c'est l'assurance de faire exploser l'audimat. Pourquoi le spectateur qui se cache en chacun de nous est-il si friand de ce genre de spectacle ? Voyeurisme par rapport à la mort, réconfort de voir qu'il y a plus malheureux que nous, oublier ses petits déboires quotidiens professionnels ou sentimentaux ?
J'ai été au cours de mes nombreux déplacements témoin de situations curieuses, que je ne comprenais pas toujours. Sur la fameuse « snipers allée » complètement déserte, un cycliste, seul sur l'immense ruban de goudron, marche recroquevillé son vélo à la main, et semble se protéger derrière le cadre de sa bicyclette, étrange ! Face à lui les hautes façades d'immeubles, desquelles des yeux amis et d’autres hostiles le surveillent, ces derniers prêts à délivrer la mort. Cette scène est surréaliste, le temps semble suspendu. L'hésitation de l'individu, de toute évidence dans une mauvaise situation est angoissante. À chaque instant on s'attend à entendre un bruit sec se répercutant le long des murs et voir l'homme et son vélo s'abattre au sol. Ce spectacle fait véritablement mal par la tension qu'il engendre. En bruit de fond permanent le son des détonations rappelle que la guerre est présente. On s'y adapte au point que l'absence de tir semble anormale. Se réveiller au bruit de la poudre devient une habitude, un peu à la manière du chant des oiseaux au printemps qui accompagne la reprise de conscience au sortir du sommeil. Lorsque je suis rentré en France, la première semaine j'étais réveillé tôt à cause justement de l'absence de ce bruit de fond qui m'avait accompagné durant quatre mois. L'accoutumance est telle, que le retour à la vie normale semble bizarre. Dès mon arrivée chez moi, je suis parti en montagne remonter le canyon de la Niscle dans les Pyrénées espagnoles. Ne plus avoir à porter un gilet pare-balles, ne plus faire attention aux mines, ne plus chercher le sniper embusqué, pouvoir se déplacer sans contrainte sur de grands espaces, cela procure une sensation étrange, comme si le retour à la normale nécessitait une rééducation. En quatre mois de conditions particulières, on s'adapte très fortement à la situation locale et l'on ne réalise pas à quel point cette adaptation formate les actions réflexes. De façon étrange dans ce canyon de la Niscle, qui est une œuvre de la nature titanesque et de grande beauté, je me sentais comme dans un environnement inhabituel par cette absence de dangers. Il faut se réhabituer à la normalité, et je comprends très bien qu'après des expériences extrêmes, ce qui n'a pas été mon cas, cette réadaptation soit très longue, voire impossible.
J'ai lu à plusieurs reprises des comptes-rendus de voyages en zones de guerre. Ces pratiques suscitent des critiques parfois acerbes, le voyeurisme étant considéré comme indécent. Cela me semble logique, et effectivement, je ne sais pas ce que j'aurais ressenti si j'étais venu simplement me promener, attiré par une curiosité malsaine. Je n'étais pas dans ce cas. Je me demande quelle différence existe entre le touriste en zone de guerre et le journaliste qui couvre l’événement ? Ce dernier ne fournit-il pas un document et des photos, choc des images oblige, à des gens curieux de voir plus que de savoir, poussés par ce qu'il faut appeler l'attrait du spectaculaire morbide donc du voyeurisme ? Mon premier réflexe serait de condamner le tourisme en zone de conflit, alors pourquoi permettre les scoops souvent violents des reporters, qui sous couvert d’information visent au sensationnel si possible bien sanguinolent ? Bien sûr, il me sera répondu qu'il s'agit du devoir d'information. Mais s'agit-il vraiment d'information ou d'un business lucratif à la limite de la décence ? Les journalistes, j'en ai croisé un certain nombre durant cette saison en Bosnie. Comme nous tous, ils faisaient leur métier, même si parfois « JT » oblige, contrainte de temps incompressible du 20h, les informations étaient à mon sens un peu arrangées voire beaucoup. L'obus de mortier filmé était peut-être payé et pas forcément attribué au bon camp, d'où l’ire du camp en question. Il nous arrivait même de recevoir des obus après le fameux JT en guise de protestations, tout du moins c'est ce que j'ai ressenti.
Cependant la visite des journalistes était toujours intéressante, révélatrice du mode de fonctionnement de nos sociétés, prises sous le feu des scoops et de l'information immédiate. Cette précipitation à rapporter de l'information, conditionnée par l'urgence du produit à livrer, quelles que soient les conditions de la collecte et la crédibilité des sources, conduit très logiquement à la désinformation ou même dans certains cas à la manipulation. Je me souviens avoir vu certains impacts de balles troublants sur certains véhicules, qui me faisaient penser qu'ils avaient été demandés par les occupants du dit véhicule pour les besoins du sensationnel à médiatiser. Peut-être ai-je l'esprit mal tourné ? En effet lorsque l'on me présente des traces de balles prétendument tirées par un sniper et que je vois des impacts très rapprochés, semblables à une rafale d'arme du style kalachnikov, je me pose des questions ! Mais imaginons le ou la reporter qui couvre l'événement du siège de Sarajevo et qui un soir ne rapporte rien de très spectaculaire pour la ‘grand-messe’ de 20heures, alors que ses concurrents des autres chaînes font un tabac. Il est fort à parier que ce journaliste va se retrouver très rapidement dans un placard à couvrir le fait divers en province. Donc dans cette surenchère de la précipitation, pour ne pas perdre son emploi, on est prêt à tout pour ne pas priver le bon peuple de France de son coup d'adrénaline en mangeant sa soupe devant son téléviseur. Il est important de lui montrer que ça pète, et mon Dieu que ce soit les uns ou les autres qui font péter ça n'a pas d'importance. Cela en a d'autant moins, qu'entre Serbes, Croates et Bosniaques la majorité des spectateurs ne fait pas la différence et puis s'en fout. L'important étant que ça pète autant que dans la série américaine sur laquelle ils vont embrayer dès le JT terminé. Je ne citerai pas les noms de chaînes dont j'ai vu, je dirais même subi les sarcasmes des représentants, qui dans l'anxiété de ne pas avoir suffisamment de matière à transférer par leur antenne satellite, me reprochaient de faire de la rétention d'information. Mais comment se prononcer sur une situation que l'on ne cerne pas complètement, mouvante à souhait, toute erreur d'interprétation pouvant avoir des répercussions graves. Tout particulièrement étaient concernés ceux qui restaient sur le terrain, les représailles n'étaient pas exclues de la part d'une faction que l'on aurait accusée à tort d'une action perpétrée par l'ennemi. Je trouvais dommage d'avoir à considérer les journalistes de mon propre pays comme un danger pour ma sécurité et essayer de les fuir autant que je pouvais. Je me souviens cependant d'un journaliste de Libération qui venait sur les zones de confrontation et qui posait peu de questions, mais cherchait à se faire sa propre idée de la situation. En le regardant, je comprenais qu'il mûrissait son article et qu'il n'était pas pressé. Ce qu'il fournirait serait certainement le fruit de sa conviction après son expérience sur le terrain et non un show médiatique à consommer le soir même.
Vie en zone de danger, comme il est étrange en tant que militaire de vivre dans des endroits où l'on se sent menacé sans être confronté à la guerre telle que nous l'avons tous gravée en nous par la narration des grands massacres entre Occidentaux. En effet, les deux conflagrations mondiales ont conditionné notre vision d'un conflit. Nous imaginons tout d'abord une hécatombe de militaires, comme par exemple sur les plages de Normandie ou dans les tranchées de Verdun ou de la Somme. Cela ne veut pas dire que les civils ont été épargnés dans ces périodes troublées. Là à Sarajevo pour les soldats internationaux, il s'agit plutôt de vie sous menaces multiples, mais non de danger de mort immédiate comme à Omaha Beach. En effet, durant mon séjour pas un seul soldat des forces internationales ne sera tué, tant mieux. Pour se préserver sur les itinéraires que nous empruntons à pied, des levées de terre ont été faites, ce qui permet un abri relatif contre les snipers. Mais par endroits, il y a des interruptions, par exemple aux carrefours, et là, on reste à découvert. C'est le cas en particulier pour accéder à la machine à laver, un petit passage devant le croisillon d'un fusil à lunette, mais on va quand même nettoyer son linge. C'est aussi le cas pour se rendre à une citerne où nous allons puiser de l'eau pour nettoyer les WC, égalité de traitement, quel que soit le grade chacun va chercher son seau pour les toilettes. Cette ambiance sous contrainte, on s'y habitue tellement que parfois cela en devient dangereux. Je me souviens de ce militaire monté en haut de la protection de terre et qui fumait tranquillement sa cigarette sous le regard de snipers. Il m'a de toute évidence pris pour un mauvais coucheur, lorsque je lui ai donné sèchement l'ordre de redescendre fumer à l'abri. Je pourrais relater d'autres anecdotes de ce genre qui me viennent à l'esprit, cependant ne vous y trompez pas cela n'enlève rien à l'extrême compétence et au dévouement sans faille des militaires français. Dans le cadre de ces coalitions aux ordres de l'ONU, on se trouve comme pris dans une énorme machine administrative à la réaction molle, alors que des populations vivent des situations dramatiques. Srebrenica et son massacre en sont la preuve manifeste. Assez vite, en ce qui me concerne je me suis fait une idée du niveau de danger auquel j'étais confronté. Bien sûr cela est statistique en fonction des événements que l'on constate. Comme je l'ai dit, malgré les tirs de tous calibres permanents, en tant que soldats de la force internationale, à la période où je me trouvais à Sarajevo, nous étions peu visés. À d'autres périodes ce n'était plus le cas, mais durant les quatre mois où j'ai été présent, nous n'avons eu à déplorer qu'un seul blessé. Par contre parmi les trois entités, bosniaques, croates et serbes les morts se comptaient par centaines, combattants et civils confondus. On prend rapidement conscience, que sur un même lieu, nous ne sommes pas tous soumis aux mêmes conditions et aux mêmes dangers. Parfois je pensais à Chamonix en été et à sa ronde permanente d'hélicoptères lancés dans des sauvetages souvent périlleux pour aider de nombreux alpinistes, ou malheureusement récupérer les corps de ceux qui y laissent leur vie. Durant les deux mois d'une saison à la « Mecque de l’alpinisme » la liste des blessés et de ceux qui ne reviendront pas est longue. Je ne pouvais m'empêcher de penser que statistiquement durant cet été 1994, le grimpeur dans les Alpes était plus en danger que le militaire plongé dans le siège de Sarajevo. Cette comparaison me troublait beaucoup. Comment l'assouvissement d'une passion peut-elle se révéler plus dangereuse que la participation à ce qu'on appelle une guerre, même s'il s'agit de mission d’interposition ?
Les sorties nocturnes dans la ville pour faire des essais de transmissions avec les avions, alors que les rues ont été rendues aux factions est une expérience pour le moins impressionnante. De nuit comme de jour le travail se fait généralement à partir d'un blindé. Espace carcéral auquel on s'habitue. On a parfois l'impression d'être en immersion dans un milieu glauque, entouré de bruits de tirs, à serpenter parmi des carcasses détruites, parfois des balles de petit calibre claquent sur le blindage. Ne rêve-t-on pas ? Sommes-nous dans un film d'anticipation au centre d'une ville soumise à la plus abominable des insurrections ? Non, il s'agit bien de la réalité. Dans cette ambiance tendue, la voix nasillarde d'un pilote américain, anglais ou français se fait entendre dans les écouteurs et la procédure de guidage commence. Être le maillon d'une énorme machine de guerre ou de paix, selon le point de vue, raccroche à une réalité palpable et par certains côtés est rassurante, surtout lorsqu'on pense être dans le camp des gentils. De toute évidence être le soldat d'un pays démocratique évite les états d'âme. Notre Président, à cette époque s'appelait François Mitterrand, même lorsque l'on n'a pas voté pour lui, l'image d'humanisme qui lui est attachée rassure le soldat engagé sur sa décision.
La vie dans une ville assiégée et affamée par encerclement laisse des souvenirs profonds. Circuler dans un quartier sous bombardement est une situation étrange. Le souffle puissant des déflagrations qui remonte les rues dans un râle rauque est impressionnant. Cela produit un bruit presque épais à la manière d'un gémissement profond et lugubre, canalisé par de hautes façades qui le compriment en lui donnant longueur et gravité. Il se propage accompagné d'une multitude d'échos tout aussi graves qui entretiennent le son. On sait qu'un obus est tombé à proximité, mais on ne voit rien entre les bâtiments, seul ce souffle renseigne sur la proximité de l'explosion. On est d'autant plus surpris, que le sifflement de la munition en vol a été atténué par le bruit du moteur de notre véhicule. Un jour où les tirs étaient particulièrement nourris, j'ai assisté à ce spectacle incompréhensible de civils qui n'avaient pas l'air de paniquer, comme s'il y avait un accord tacite sur le lieu précis du bombardement. Ils restaient sur le pas de leur porte, alors que le bombardement était tout proche. Je n'ai jamais eu d'explications. J'ai vu avec surprise le fameux marché de Sarajevo qui se tenait, même misérablement, alors qu'autour des munitions de gros calibres tombaient.
Au cours de nos missions il nous arrivait de dialoguer avec des avions alors que nous étions en pleine ville. Un après-midi, alors que nous stationnons sur la petite place de la patinoire, nous allons commencer une séance d'entraînement aux procédures de guidage avec des pilotes. Le lieu où nous nous trouvons est sous le feu permanent des belligérants qui se battent entre eux. Les armes qu'ils utilisent, principalement de petit calibre, ne représentent pas un réel danger pour nous, dans la mesure où nous restons dans notre véhicule blindé. Avant que la séance d'entraînement commence, je donne mes consignes à l'équipage du véhicule. Je leur précise qu'il s'agit d'un entraînement donc en aucun cas nous ne devons prendre de risque inutile. C'est à dire que tout problème technique de transmission qui nécessiterait une intervention extérieure au blindé ne doit pas être pris en compte, sécurité du personnel est prioritaire. Le contact est établi avec un A10 américain. Au début tout se passe bien, puis le contact radio se détériore. J'ai de plus en plus de mal à communiquer avec l'avion. Tout absorbé à mon travail à essayer d'interpréter les paroles de l'aviateur hachées et baignées dans une importante friture, je ne prête plus attention à mon environnement immédiat. Alors subitement la liaison redevient parfaite et la compréhension mutuelle facile. L'avion ayant fini son passage le calme revient dans l'habitacle de notre blindé. Alors discutant avec l'adjudant des transmissions qui m'assiste, je réalise qu'il était sorti sur le toit changer une antenne pour rétablir la communication, alors que partout autour nous entendions les bruits secs des balles qui frappaient les façades et parfois le métal de notre véhicule. Sans chercher à comprendre, régissant à son seul réflexe de technicien, l'adjudant était monté sur le toit pour changer un embout d'antenne restant exposé de longues secondes aux balles qui fusaient dans tous les sens. Il considérait qu'il avait simplement rempli sa mission. Cependant pour le principe, alors qu’il avait fait preuve d’un véritable courage, je lui ai reproché d'être sorti alors que j'avais demandé de limiter les risques. Mais je ne pouvais m'empêcher de penser que si la situation se dégradait et si l’on passait à une phase plus offensive, j'étais entouré de vrais combattants qui iraient jusqu'au bout sans se poser de question. Les périodes de vie en ville alternaient avec les périodes de vie en montagne, sur le fameux mont de Bijelasnica. Lorsqu'on est montagnard, que l'on soit en temps de paix ou de guerre l'attrait de l'ambiance de la montagne reste très fort. Nous logions dans un chalet de bois dans lequel des photos de montagnes prestigieuses étaient accrochées aux murs, en particulier les Tre Cime di Lavaredo et l'Everest. J'ai même trouvé un topo d'escalade écrit en yougoslave. Décor immense autour de ce point haut qui était le départ de la descente de ski des JO de Sarajevo. Quelques soldats français habitent ce lieu. En fonction des missions le nombre varie de cinq à une petite trentaine. Nous y sommes venus pour la première fois au mois d'août, après que les belligérants l'aient quitté suite à des accords internationaux. À notre arrivée nous découvrons un site dévasté, dans un état de grande saleté. Les derniers occupants ayant déféqué au beau milieu des pièces et saccagé le mobilier. Nous prenons donc régulièrement nos quartiers dans ces montagnes et remettons de l'ordre dans ce magnifique refuge. Ma mission principale était la détection de tous les matériels militaires dans les plaines environnantes pour les signaler à l'aviation. En conséquence j'ai passé beaucoup de temps assis tout en haut d'une cime à scruter. Il ne m'était jamais arrivé de rester au sommet d'une montagne une semaine complète. Expérience étonnante et enrichissante, je ne trouvais pas le temps long. Pouvoir assister au cours des jours qui s'écoulent à l'évolution météorologique autour d'un sommet, quel plaisir ! Bien entendu, j'y ai connu tous les temps : beau, chaud, soleil, couvert, venteux, pluvieux, froid et même la neige.
Le site était d'une grande beauté et très sauvage, bien qu'il s'agisse du sommet d'une station de ski. Le dénivelé était important par rapport à la plaine que nous dominions. De ce point, vers le nord, la vue donnait sur les Monts Igman et ensuite embrassait la cuvette de Sarajevo. Certains jours où la brume remplissait les terres basses, de Sarajevo ne surnageaient au-dessus du brouillard que les tours de retransmission détruites, qui comme des statues fracassées, portaient témoignage de la folie des hommes, qui plus bas s'affamaient et s'entretuaient. Il m'arrivait souvent de venir m'isoler seul assis au sommet. Tous les matins au lever du jour j'étais un spectateur assidu de ce moment magique, que tout alpiniste apprécie plus que tout. Pour le montagnard, généralement assister à l'apparition du soleil d'un sommet signifie que l'entreprise de la journée a été un succès puisqu'on est arrivé au but que l'on s'était fixé, donc tout à loisir, l'esprit libre on peut se livrer à ce fantastique spectacle de la nature. Bien évidemment ma situation et les raisons de ma présence étaient bien différentes de la motivation habituelle du grimpeur partant à l'assaut d'une face. Un matin, à cinq heures, alors que la nuit ne va pas tarder à céder la place à la lumière, assis seul, tous les sens en éveil je m'imprègne de ce spectacle dans ce contexte particulier du siège. Sous Bijelasnica une mer de nuages s'étale, de laquelle sortent quelques points hauts des collines enserrant Sarajevo. La distance à la ville amortit le bruit du canon qui est quasi permanent, et le transforme en une rumeur lointaine, sourde et diffuse. Y a-t-il vraiment la guerre ? Ce moment de joie intense que tout alpiniste gardera pour toujours dans son cœur va se produire. À l'est, la clarté se fait de plus en plus nette et les nuages prennent des teintes irisées qui s'étalent du rouge vif au marron sombre presque noir, dans un dégradé continu d'est en ouest. Alors, le soleil perce la couche et apparaît déformé du fait de la distorsion de la lumière traversant l'atmosphère. À cet instant, j'aperçois dans la direction de l'astre du jour deux « bateaux » chevauchant à vive allure cette mer de nuages calme. Enfin, je distingue leurs silhouettes surmontées de leurs doubles dérives caractéristiques. Il s'agit de deux F14 de l'US Navy qui convergent vers ma position, point caractéristique connu de tous les aviateurs de la coalition. Arrivés au pied de la montagne, ils l'escaladent en patrouille serrée au plus près du relief. J'ai tout loisir de les regarder monter vers ma position. L'un des avions me survole de quelques mètres, tandis que le second passe en dessous dans le petit col qui est à ma droite en contrebas. Je peux voir très distinctement les casques de l'équipage de l'aéronef lancé à vive allure. Heureusement que je me suis levé, dire que j'aurais pu rater un tel spectacle, qui restera gravé en moi à jamais. Je ne peux m'empêcher de penser à ma chère maman à laquelle j'ai dit, que j'étais en Italie. Si elle pouvait imaginer « l’enfer » qui est le mien. Je sais que ce genre de réflexion peut choquer, mais c’était bien mon état d’âme à ce moment, confronté à un double spectacle de beauté de la nature au lever du jour et de merveille technologique, le tout dans un environnement de guerre. Les journées étaient bien remplies, entre le travail technique, les visites d'autorités alliées ou serbes, de journalistes et même de troupes tentant des actions tout du moins d'intimidation. Dans ce contexte, pris entre les positions des Serbes et des Bosniaques, ce que nous craignions le plus c'était de nous faire attaquer par une faction, qui essaierait d'en rejeter la faute sur leurs ennemis afin que nous les attaquions à notre tour en guise de représailles. Du fait de cette insécurité, lorsque nous restions peu nombreux, nous prenions des précautions particulières, car nous ne pouvions rester éveillés toute la nuit. Nous déployions autour de notre refuge, des systèmes d'alarme constitués de fils fins reliés à des mines éclairantes. Un soir alors que nous sommes seulement cinq au sommet de cette montagne, réunis pour dîner, une explosion nous indique qu'une mine a été déclenchée. Branle-bas, nous montons rapidement sur le toit, prêts à répliquer en cas d'attaque. Que constatons-nous ? Un gros lièvre qui détale et qui de toute évidence était le responsable du déclenchement de notre alarme. Il est étrange de se retrouver couché à plat ventre sur le toit d'un refuge en montagne un pistolet mitrailleur à la main. L'adrénaline dans ces cas est la même que celle qui inonde lors d'un passage difficile d'escalade, tout l'esprit tendu vers l'action. De plus le groupe réagit comme un seul homme, chacun se positionnant au meilleur endroit prêt à faire front. L'esprit d'équipe dans ces situations lorsqu'il est bien rôdé est un atout indéniable. Je ne dirais pas presque déçus, nous retournons terminer notre dîner.
A deux mille mètres d'altitude, en l'absence de toute lumière parasite, la nuit est magnifique. En Bosnie à l'été 1994, des lumières parasites il n'y en avait pas, le pays n'étant plus approvisionné en électricité. Au mois d'août à l'époque des grands passages d'étoiles filantes, j'ai assisté de mon promontoire à de véritables feux d'artifices. Ce qui était aussi très curieux à regarder, c'était la ligne de démarcation ou ligne de front entre les belligérants. Autant la journée, elle n'était pas matérialisée à travers les forêts qui s'étalaient à nos pieds, la nuit par contre, les lampes de poche et les petits feux ponctuaient très nettement cette ligne qui séparait des hommes en guerre. Un soir j'étais en train de la regarder serpenter au gré des mouvements de terrain. Un avion m'a contacté pour venir étudier la zone. Dès que le bruit de son réacteur, très ténu à peine perceptible du fait de sa hauteur, s'est fait entendre, la ligne de front s'est presque instantanément éteinte. Dans cette quiétude de l'été, il ne fallait pas se fier aux apparences. Les hommes restaient très vigilants et se guettaient, prêts à donner la mort à l'imprudent qui se serait laissé prendre par la douceur de l'été.
Parfois nous étions confrontés à des situations difficiles. Un exemple, à quelques centaines de mètres de notre refuge, se trouvait le cadavre d'un combattant bosniaque en zone serbe. Des tractations par radio sont engagées afin que ses camarades puissent le récupérer. Les Serbes ne s'y opposent pas dans la mesure où, on leur rend la dépouille de l'un des leurs en échange. La réponse du camp adverse est simple : nous ne détenons pas de cadavre serbe, par contre nous avons des prisonniers, nous allons en tuer un, et vous donner son cadavre en échange. La négociation s'est égarée et a traîné quelques jours. Au mois d'août la chaleur aidant, le corps du combattant s'est rapidement métamorphosé et ce sont les soldats français qui sont allés le ramasser afin que les siens puissent lui donner une sépulture décente.
Il m'est arrivé d'avoir à participer à des reconnaissances le long de lignes de crêtes, afin de nous assurer que les différentes factions de combattants respectaient bien le retrait auquel elles s'étaient engagées. Hors le contexte très particulier de cette guerre balkanique, le déplacement en lui-même consistait en une magnifique balade sur une crête aérienne, offrant de toutes parts une vue magnifique sur un pays sauvage, très peu habité. Le problème des mines nous préoccupait cependant, et nous faisions attention. Sur ce sol de rocher dénudé, le risque de marcher sur l'une d'elles était faible. Par contre déclencher un système de piège en tirant du pied sur un fil me semblait possible.
Un jour où l'activité aérienne était interrompue pour cause de météo très mauvaise, je suis parti me balader dans le brouillard en pleine montagne avec l'un de mes camarades. Outre le danger inhérent à la montagne par mauvais temps, nous ressentions des impressions fortes à l'idée du contexte général de la région à ce moment. Devant nous, une masse sombre apparaît, nous marquons l'arrêt puis nous approchons. Il s'agit d'une stèle à la mémoire de randonneurs morts de froid après s'être égarés dans le mauvais temps. Cet accident remontait à plusieurs années avant le début de la guerre.
Depuis mon observatoire, j'ai aussi assisté à la destruction totale de la station de ski olympique par les Serbes. En effet, lorsqu'ils se sont retirés de cette zone, afin d'être sûrs que les Bosniaques n'utiliseraient pas les installations, ils ont tout dynamité. Par un bel après-midi, j'ai vu les pylônes des remontées mécaniques plier sous les charges d'explosif. Le feu d'artifice a duré un certain temps, avec en bouquet le dynamitage avec une très forte charge de bunkers qui se trouvaient à quelques mille cinq cents mètres de ma position. Des blocs énormes ont été projetés et un immense panache de fumée s'est élevé tel un geyser. L'onde de choc forte a sérieusement secoué notre bâtiment. Ce soir-là, tout autour dans un ciel clair il n'y avait que désolation et incendies. En contrebas un très bel ensemble hôtelier finissait de se consumer dans la nuit qui s'installait.
Bien que souvent isolé sur mon piton, je savais que très vite l'actualité pouvait me propulser au premier plan, au travers d'une déclaration à des reporters français mais aussi serbes. Il m'est arrivé à ce titre une expérience très intéressante et pleine d'enseignements. Ce jour-là, nous étions assez nombreux au sommet de la montagne, mon équipe, six en comptant le spécialiste du renseignement, un petit détachement de la Légion pour assurer notre sécurité et un détachement de parachutistes qui effectuait une mission spécifique. En tout, nous étions une bonne vingtaine. Un nuage de poussière tout en bas de notre montagne attire mon attention. Un véhicule monte. Lorsque j'arrive à le discerner clairement, je constate qu'il s'agit d'une voiture civile non blindée et non tout terrain, donc ce ne sont pas les journalistes habituels, reconnaissables à leur 4x4 aux vitres blindées. Immédiatement j'interroge le spécialiste du renseignement, qui me dit reconnaître ce véhicule. Il s'agit d'une équipe de télévision serbe venant de Belgrade. Qu'est-ce que cela signifie ? Le chemin est long pour arriver jusqu'à nous le long de ce chemin très caillouteux. Nous avons tout le temps de nous perdre en interrogations. Enfin la voilà cette voiture qui débouche sur l'esplanade devant notre bâtiment. Il s'agit d'une petite auto à la silhouette carrée, bien dans la tradition des véhicules des pays de l'est. En sortent deux journalistes, une femme et un homme à l'aspect assez miteux. Ils ne sont pas armés, donc pas considérés comme hostiles. Leur hostilité résidant cependant dans leur caméra. En effet, ne faisant pas confiance aux journalistes français, il est encore moins question de faire confiance à une équipe serbe, qui vient probablement sur instruction. Je demande à chacun de ne pas communiquer avec les nouveaux arrivants. Ayant enlevé mes différents attributs de grade, de nom et surtout d'appartenance à l'armée de l'air, je les laisse s'approcher. Une fois au contact, j'engage la conversation, et je ne juge pas utile de les empêcher de filmer, dans la mesure où nous ne leur parlons pas, afin d'éviter toute tentative de manipulation. Rapidement ils ne semblent plus motivés pour nous filmer, je pense les avoir découragés. Alors le spécialiste du renseignement attire mon attention sur le nouveau nuage de poussière qui vient à notre rencontre. Très vite les véhicules sont identifiés. Il s'agit de l'un des généraux de l'armée serbe de Bosnie accompagné de certains de ses adjoints. Les véhicules s'arrêtent à proximité de celui des journalistes. Le général et l'un de ses subordonnés descendent du premier ainsi que quelques officiers du second. Les journalistes se sont mis en position pour filmer. Je n'ai aucun mandat pour recevoir qui que ce soit de l'un des camps belligérants. Je me tiens donc en retrait, montrant très clairement que je n'ai pas l'intention d'accueillir cette délégation même si à sa tête se trouve un général. Ce dernier juge vite la situation et entreprend de faire le tour de la position. N'étant pas menaçant, ses adjoints non plus, je ne juge pas utile de leur en interdire l'accès. Cependant je les fais suivre par un légionnaire d'origine yougoslave, lui demandant de se tenir à la distance nécessaire et suffisante pour écouter ce qui se dit. La conversation entre ces officiers serbes est édifiante. En gros le général dit : les Français sont là mais n'en n'ont rien à foutre. Ensuite il revient se camper au milieu du terre-plein et attend que l'un d'entre nous vienne à son contact. J'interdis à quiconque de bouger. Alors le journaliste serbe s'approche et me dit que le général désirerait me parler. Ayant pris précédemment les précautions nécessaires afin que les caractéristiques de mon uniforme ne puissent être utilisées à des fins de propagande proserbe, je m'approche. Le général me tend la main, j'en fais de même. Et commence un grand serrage de mains à la mode communiste sous l'œil de la caméra. Je n'apprécie pas et me mets à tourner, pour perturber la prise de vue. Mon interlocuteur me pose un certain nombre de questions que j'élude et il me fait constater que je suis particulièrement prudent. A l'une d'entre elles je réponds que les montagnes de son pays sont très jolies et que j'apprécie d'avoir à m'y trouver. Il regarde les siens un peu interloqué et sourit. Je ne me sens pas particulièrement à l'aise, d'autant plus que le journaliste essaie de me coller le micro sous le nez. Je parle donc le moins distinctement possible tout en tournant, et la langue anglaise se prête bien à la non-articulation. Nous sommes donc tous à tourner sur ce terre-plein au sommet d'une montagne. Même si cela n'a pas duré très longtemps, j'ai eu l'impression d'une éternité. En effet, mes interlocuteurs sont aguerris beaucoup plus que je ne le suis à l'art de la manipulation et de la désinformation, donc je me sens dans cet entretien en position de vulnérabilité. Le général voyant toute l'hostilité passive que je manifeste à son encontre n'insiste pas trop. Il me dit au-revoir et repart avec ses adjoints. La voiture des journalistes les suit dans la foulée. Je ne pense pas qu'ils puissent exploiter les images qu'ils viennent de faire. Cette visite me semble étrange et surréaliste.
Nous sommes vraiment dans une situation bizarre au milieu de belligérants qui peuvent investir notre position dans la mesure où ils ne sont pas hostiles, mais auxquels nous nous opposerons s'ils sont armés. Alors que je me perds depuis une heure en conjectures sur la signification réelle de cette visite, l'un des parachutistes attire mon attention sur un groupe d'hommes à pied qui monte la pente raide qui conduit à notre position. Nous identifions tout de suite un groupe de combat d'une dizaine de soldats serbes, cette fois armés. Immédiatement je réunis les légionnaires et les parachutistes et les fais se positionner face à la menace. Les intrus constatent que nous réagissons mais continuent leur progression. À ma droite les légionnaires à ma gauche les parachutistes, échelonnés le long de la crête. Les armes sont clairement mises en position de tir. Ils montent toujours. Par contre ils ne lèvent pas leurs armes. J'y suis particulièrement attentif, car s'ils ont ordre d'attaquer il est fort probable que la première balle sera pour moi. La tension monte très clairement. Le lieutenant commandant le détachement de parachutistes positionné à quelques mètres de moi, tenant son pistolet mitrailleur prêt, m'interroge d'un regard insistant et n'attend qu'un signe de ma part pour tirer dans le tas. Pas de panique, mais ça ne va pas tarder à urger! Ils continuent de monter. Même s'ils ne sont pas directement menaçants, il n'est pas question de les laisser arriver avec leurs armes. Ils ne sont plus qu'à deux cents mètres. Les deux chefs de détachements légion et parachutiste guettent la moindre de mes réactions. J'ai clairement conscience de la décision rapide et lourde de conséquences, que je peux être amené à prendre à la moindre évolution de la situation. Les Serbes sentent que cela ne va pas tarder à dégénérer. Nous avons l'avantage de la hauteur, ce qui psychologiquement est confortable. Alors je vois le chef de groupe de combat serbe poser son arme, tous ses hommes en font de même, mais ils continuent de monter. Pour moi, cela est différent par rapport à mes directives. Je demande aux militaires français tout en restant extrêmement vigilants de ne plus les viser directement. Les Serbes arrivent à notre contact. Ils nous demandent de l'eau. Nous leur en offrons. Nous échangeons quelques paroles en restant les uns et les autres sur nos gardes, faisant attention à tout geste mal interprété, car après ces minutes de grosse tension, il faut revenir au calme psychologique. Puis ils repartent par où ils étaient arrivés. Au passage ils récupèrent leurs armes et disparaissent au bas de la montagne. De toute évidence, leur général les a envoyés pour nous tester. Je ne sais pas à quelle réaction il s'attendait. Par contre, je sais qu'il aurait suffi d'un détail, un petit incident, par exemple un soldat serbe qui trébuche en levant malencontreusement son arme de façon menaçante, et que j'interprète comme un déclenchement d'offensive pour que je fasse tirer sur le groupe.
À la fin de ma mission de quatre mois, la passation de consignes à mon successeur m'a une fois de plus amené à vivre une situation chargée en adrénaline. En effet, alors que je le conduisais sur les différents sites environnant Sarajevo à partir desquels nous guidions les avions, il se montra très curieux concernant l'un d'eux. Il s'agissait d'un point haut sur l'une des collines dominant la ville. Sur le mouvement de terrain en face de nous se trouvait une ligne de canons serbes. Afin de les faire désigner aux avions de combat, nous prenions comme point de repère initial une usine dans la vallée sous nos pieds. Cette usine nous ne la voyions pas du fait d'une rupture de pente. Cependant, je savais précisément où elle se situait et j'en connaissais les caractéristiques, car l'aéronavale française m'avait fait parvenir des photos de qualité. Mais mon camarade ne voulant se satisfaire des photos, il me demanda donc que nous allions voir de nos propres yeux cette fameuse usine. Pour ce faire, il fallait passer une petite ligne de crête à partir de laquelle la vue était plongeante sur le fond de la vallée. Je lui dis que cette manœuvre je ne l'avais jamais faite, elle était inutile et de plus fort dangereuse, car considérée à coup sûr comme une provocation par les Serbes. Nous nous dirigeons à pied vers ce lieu, alors que je m'efforce de le convaincre de la stupidité de ce que nous sommes en train d'accomplir. Au moment de passer cette fameuse ligne de crête, un sifflement strident et violent se fait entendre. L'air autour de nous est comme déchiré par une vibration puissante. Nous réalisons immédiatement que nous avons été la cible d'un tir direct. L'obus à pleine vitesse a dû passer dans un rayon d'une dizaine de mètres, mais heureusement un peu au-dessus. Du fait de notre position dominante il a franchi la colline et s'est écrasé loin derrière. Là j'ai dit à mon camarade que je refuse de continuer et je fais demi-tour, il me suit. Un deuxième obus s’abat à une centaine de mètres dans le jardin potager d'une villa en contrebas. Nous nous mettons à courir vers notre véhicule blindé. Une fois que nous sommes à l'intérieur, un troisième obus éclate à proximité et nous recevons quelques pierres projetées par le souffle de la déflagration. De toute évidence les Serbes nous ont fait passer un message, quant aux limites à ne pas dépasser. Je l'ai bien senti depuis quelques mois que je travaille dans ce secteur, qu'il y a un code de comportement non écrit mais bien établi entre eux et nous. S'ils avaient voulu nous tuer je pense que le premier coup aurait été le bon. Cependant plus j'y pense et plus je me dis que ce premier obus est passé très, très près. La moindre erreur de tir de leur part et nous le recevions directement et nous étions transformés en poussière. Ce sont là des expériences uniques, qui lorsque vous les avez vécues, vous marquent pour votre vie. Face à des décisions lourdes de conséquences que l'on peut être amené à prendre, je constate que je ne me pose plus de questions annexes. Toute la réflexion, que chaque militaire a dû avoir en amont concernant le métier des armes, permet de réagir sans état d'âme mais en gardant en tête les principes de démocratie et d'importance de la vie humaine.
Voilà ce que j'ai vécu dans cette ville et ses environs durant quatre mois de l'année 1994. C'est avec beaucoup d'intérêt et une curiosité exacerbée que j'y reviens en mai 2008, au cours d'un périple à travers les Balkans.
Mon arrivée se fait par une route à forte circulation, alors que je connaissais ce pays au travers d'un trafic inexistant hormis les véhicules militaires de la coalition de l'ONU. Donc tout surpris je rentre dans une ville qui n'a plus rien à voir avec celle où j'avais vécu. Très rapidement j'arrive au carrefour où durant quatre mois j'avais connu cette carcasse de tramway tordue et rouillée. Je suis impressionné par l'activité de la ville. Les façades des immeubles gardent les traces de la guerre. Comme il est étrange de voir cette foule dans ces rues dont je garde le souvenir d'un lieu désert, où seules les déflagrations perturbaient le silence pesant. Ce qui me frappe tout de suite une fois de plus, c'est cette foule de constructions escaladant les collines, mélange de maisons de quartiers, de mosquées et de cimetières. Ces derniers ne sont pas cachés par de grands murs afin de les soustraire à la vue. Bien au contraire ces véritables forêts de stèles blanches éclatantes, surgissent un peu partout au gré des reliefs qui enserrent la ville, par groupes plus ou moins importants. Au cours de mon séjour précédent, cette cité, je ne l'avais pas perçue de cette façon, sans doute accaparé à guider des avions à partir de mon blindé.
Après renseignement je vais loger chez l'habitant à mi-chemin du sommet d'une colline, où je me rendais fréquemment pour accomplir ma mission. Lorsque je parle au propriétaire de cet endroit que j'avais fréquenté pendant le siège, je le sens un peu gêné. Il me dira au fil de la conversation qu'à cette époque il était réfugié en Suisse. Il n'a pas à se sentir gêné. En effet, qu'aurait-il bien pu apporter en restant ici durant cette période de terreur ? Le quartier est superbe, constitué de petites rues en pente, délimitées par des maisons très balkaniques, un étage maximum, bien propres, badigeonnées à la chaux. De temps à autre une mosquée aux dimensions réduites, avec un minaret noir en bois dépasse au-dessus des toits. Que ce quartier est esthétique ! Sur une fenêtre deux chats sont langoureusement étalés, l'un d'eux est d'une blancheur immaculée et l'absence de contraste sur le mur blanc est étonnante. Sans délimitation aucune on passe de la rue à l'un des multiples cimetières. Les stèles funéraires relèvent plus de monuments historiques que des froides demeures de défunts que l'on rencontre chez nous. En s'y promenant on ressent tout le poids de l'histoire récente et dramatique, mais aussi et surtout de l'histoire ancienne et multiple, chrétienne et principalement ottomane. Le syncrétisme est palpable dans ce mélange de cultures. Ce qui est étonnant c'est qu'une guerre ait pu éclater. Pourquoi des peuples qui ont de tels points de convergence peuvent arriver à se battre. Des origines différentes qui subsistent malgré le temps et qui resurgissent sous le poids des évolutions géostratégiques, sous la pression de systèmes idéologiques du passé. Des chefs à l'esprit obtus, exacerbent les peurs par rapport à l'autre et tout éclate ? Cette différence culturelle entre orthodoxes, catholiques et musulmans, je l'ai connue en Albanie. Mais les situations ne peuvent se comparer. Dans ce petit pays, quelles que soient les origines religieuses, le voisin n'est pas ressenti comme une menace, même si on s'en moque parfois. Sans doute est-ce là tout le côté néfaste d'un politicien, qui de par son formatage idéologique, entretient des barrières entre les différents groupes, alors que son prédécesseur avait maintenu l'union, certes d'une main de fer. Sans doute est-ce facile de dire ce que je dis, la réalité de la relation humaine étant complexe. Peut-être les groupes d'origine différente ne sont pas vraiment solubles entre eux? Adieu les belles illusions de citoyen du monde, image idyllique que nos démocraties colportent de façon un peu hypocrite. Dans notre pays, la France la fraction ethnique est une réalité qui semble devenir de plus en plus visible. On comprend d'autant mieux, alors que nous sommes un pays encore prospère qui se veut démocratique, pays des droits de l'homme, que dans un pays pauvre régi par des règles sorties du communisme stalinien, les explosions entre groupes soient inévitables. Ces clivages qui montent les hommes les uns contre les autres, n'empêchent pas qu'individuellement ces mêmes hommes soient accueillants et très sensibles, c'est tout le paradoxe de la race humaine.
En tout cas je ne suis pas très optimiste pour le devenir de la Bosnie et de Sarajevo en particulier. Ce que j'y ai vu en 2008 n'est pas très rassurant. J'ai ressenti que si en apparence les frontières n'existaient plus, les différents groupes les situaient toujours avec précision. Si nous, Occidentaux, nous pouvons passer dans les différentes zones de Bosnie, les autochtones semblent beaucoup plus cantonnés par secteur. Par exemple il n'est pas possible de faire le tour de l'aéroport de Sarajevo en bus. De façon inexplicable à première vue, il s'arrête à un endroit et ne va pas plus loin. Cela semble correspondre aux limites de la zone de front que j'ai connue il y a plus de vingt ans.
Ayant donc utilisé le bus jusqu'à son terminus je continue mon tour à pied et je tombe sur le fameux tunnel, dont à l'époque nous ne savions pas s'il s'agissait d'un mythe ou d'une réalité. Que d'émotion cela me procure d'y pénétrer. Ce tunnel permettait aux Bosniaques de rejoindre la ville de Sarajevo en passant sous l'aéroport, car tous les accès terrestres étaient tenus par les Serbes, ou maintenus sous leur menace. De son point d'entrée sous terre je distingue très nettement le bâtiment de l'aéroport dans lequel j'avais été logé au cours de mon dernier mois de présence. Me revient à l'esprit mon installation dans la pièce qui m'avait été attribuée avec mon équipe. La fenêtre détruite ne protégeait pas la pièce des intempéries, mais surtout des tirs éventuels de snipers bien identifiés à proximité. Donc très humblement nous avions mis des sacs de sable dans le trou béant de la fenêtre, laissant un petit espace latéral afin que la lumière entre. Aucun sniper ne nous a jamais tiré dessus. Par contre je n'ai jamais cherché à les narguer. S'il avait été question de les détruire, alors il y aurait eu le choix entre un tir de blindé ou un passage d'avion, mais ce n'était pas à l'ordre du jour. Cependant mon successeur, sans doute plus joueur, s'est amusé à attirer l'attention d'un sniper. De ce fait de temps à autre, il se rappelait à son bon souvenir en lui tirant une balle dans la pièce, rien que pour le « fun ». Je suis content de ne pas avoir goûté ce genre de plaisir !
En regardant les vastes espaces dégagés de cet aérodrome, me reviennent en mémoire les soirées, où alors incorporé dans un régiment de légion je prenais des tours d'officier de service, dont la mission principale la nuit était de suivre la fameuse mission dite de « crossing ». Il s'agissait de gérer le flux de Bosniaques qui traversait en surface la zone de l'aéroport contrôlée par la force internationale. Tous ne pouvant pas emprunter le tunnel, le passage à l'air libre se faisait sous les yeux des Serbes qui avaient une vue directe sur la scène, car ils tenaient les deux extrémités de la piste. Or en vertu d'un accord international, la force militaire de l'ONU avait la responsabilité d'interdire aux Bosniaques de traverser en ce lieu. Il en résultait une situation ubuesque. Les Serbes nous menaçaient de tirer dans le tas si nous n'empêchions pas les Bosniaques de passer. Avec des véhicules blindés coordonnés de la tour de contrôle à l'aide d'intensificateurs de lumière infrarouge nous surveillions les passages. Avec nos blindés nous interceptions les personnes en train de traverser et les ramenions à leur point de départ. Dans une même nuit il n'était pas rare de ramener plusieurs fois la même personne. Et la population essayant de traverser était très diverse, ça allait de la jeune fille en mini-jupe au paysan qui traversait avec sa vache. Bien évidemment cette dernière il n'était pas question de la faire monter dans le blindé, on l'accrochait donc à l'extérieur. Tout ce ballet était observé par les Serbes qui parfois nous appelaient au téléphone pour nous dire d'être plus efficaces, en nous menaçant d'ouvrir le feu au canon si nous n'obtempérions pas. Me trouver là en bordure du terrain d'aviation avec tous ces souvenirs qui me reviennent à l'esprit est très émouvant. Prendre les transports en commun le long de « sniper allée » que cela me semble étonnant. Cette avenue est longue, je n'en avais plus un tel souvenir. Une ville déserte se traverse effectivement plus facilement qu'une ville noyée dans un trafic important. Des grappes humaines dans ces bus, cela prouve que la vie a repris malgré les problèmes qui subsistent. La visite du musée national, qui délimitait quasiment la ligne de front est aussi un moment unique. L'un de ses conservateurs qui y est demeuré tout au long de la guerre, vous montre la position de la ligne de front, qui passait pratiquement dans le petit bout de pelouse attenant au bâtiment.
Je pénètre dans l'enceinte de l'université. Une partie des bâtiments est abandonnée, étant trop endommagée et les réparations tardent. Ce qui est frappant, ce sont ces murs criblés de balles. Ces scènes je les ai aussi beaucoup vues en Croatie, autre pays dévasté par cette guerre de désagrégation de la Yougoslavie. Mais lorsque l'on regarde les façades de nombre de nos cathédrales on y voit les mêmes traces, souvenirs des conflits passés. Une fois dans les bâtiments occupés, un cerbère femme à l'allure peu sympathique me demande ce que je fais en ce lieu. Je lui réponds que je cherche la bibliothèque, qu'elle m'indique. Cela me permet de continuer à me promener pour m'imprégner de l'ambiance de cette université. Beaucoup d'étudiants y circulent l'air empressé, mais il m'est difficile de me faire une idée de l'activité réelle qui y est menée. Nombreux sont ceux qui parlent au moins un peu l'anglais, me semble-t-il.
Cette ville de Sarajevo la nuit est magnifique. Y manger dans un petit restaurant du centre, attablé sur la terrasse en pleine rue piétonne, au milieu d'une foule dense qui déambule, permet de bien prendre le pouls de la population. Beaucoup de jeunes, moins cependant que dans la ville de Prisren, capitale historique du Kosovo, que j'ai traversée la semaine précédente. Un pourcentage non négligeable de jeunes femmes sont voilées. Mais contrairement à ce que l'on voit généralement, ces voilages sont multicolores de tissu de belle qualité et moulants sur tout le corps. Ce que je pensais être le but du voilage, cacher les formes féminines, a ici l'effet inverse et révèle toute la grâce et l'esthétique de la passante. Que faut-il y comprendre ?
Le soir après ce bain de foule agréable, dans cette zone bien éclairée, que j'avais connue lugubre et déserte durant de longues nuits, je remonte à ma chambre. Il fait bon. La ville vue de haut est une véritable splendeur. Les collines environnantes enserrent de leurs lumières plongeantes cette cité qui s'étire en longueur. Une multitude de mosquées pointent leurs minarets couronnés d'ampoules. Je longe un grand cimetière aux stèles centenaires, elles débordent de l'autre côté de la rue qui le délimite, en colonisant quelques plates-bandes. On dirait qu’elles ont décidé d’aller se promener en prenant quelque liberté. Toutes ces pierres blanches érigées de facture ottomane, aux formes arrondies et pleines d'harmonie, reflètent la lumière environnante. Il règne en ce lieu une grande quiétude et cette atmosphère prend aux tripes. De telles rencontres faites au hasard vous tombent dessus par surprise et brutalement déclenchent une émotion très forte. Dans ces instants, l'émoi qui monte et vous envahit, procure une forme de béatitude que l'on aimerait garder en soi longtemps. Il me faut m'engager ensuite dans une petite rue en pente raide, pleine de pénombre. Au détour d'un mur, une mosquée au minaret de bois noir luit faiblement, tel un fanal sombre. Cette ville de nuit m'a bouleversé.
Ces deux passages séparés par 15 ans dans Sarajevo m'ont inspiré les quelques pages précédentes. Cette ville dans laquelle des événements capitaux pour l'Europe se sont déroulés au cours de toutes les époques de notre histoire, en particulier l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand héritier du trône d'Autriche par un jeune Serbe le 28 juin 1914, lieu permanent d'affrontement de civilisations et de religions, revêt à mes yeux une grande importance. Elle représente la ville balkanique dans toute sa splendeur et sa complexité historique. Avoir assisté, et participé à mon niveau, à l'un de ses épisodes historiques, l'un sans doute des plus dramatiques, me laisse une impression forte et des images indélébiles. La simple évocation de ce nom, Sarajevo, réveille en moi le souvenir d'une période passée, vécue avec intensité. Cette saison en Bosnie est probablement à l'origine de cette passion balkanique que j'éprouve fortement et que j'ai cultivée à travers d'autres pays, en particulier l'Albanie. D'ailleurs le jour où je changerai de véhicule, nécessairement j'aurai droit à une plaque avec nouvelle immatriculation qui laisse le choix du département. Et si j'en ai la possibilité à la place du 69 dans le coin inférieur droit j'aimerais mettre un aigle albanais, symbole balkanique par excellence, qui transcende les frontières de plusieurs pays.
Sarajevo deux époques, souvenirs, anecdotes
Sarajevo, cette ville au nom évocateur, qui tient une place particulière dans l'histoire de l'Europe, j'ai eu l'opportunité de la connaître à deux époques relativement rapprochées mais très différentes. La première fois, quatre mois durant le siège en 1994 en pleine guerre de Bosnie, et la seconde en effectuant un bref passage de deux jours en 2008 au cours d'un périple balkanique. Ces deux expériences dans des contextes opposés, me permettent de mettre en exergue tous les contrastes d'atmosphère au gré des circonstances et des événements que cette ville magique a connus. L'été 1994 arrive à grands pas, j'ai programmé mes vacances, j'irai faire de l'alpinisme du côté de la Vanoise. Brutalement à deux jours du départ, changement de destination, on m'informe que je pars à court terme pour Sarajevo dans le cadre des missions de guidage d'avions de combat. A peine le temps de prendre quelques habits, prévenir ma famille et je suis en route pour une formation accélérée afin de me remettre en tête les techniques aéronautiques appropriées. Les cours théoriques et pratiques sont prodigués par de braves Américains qui n'ont jamais imaginé que sur la terre des gens pouvaient parler autre chose que leur langage qui s'apparente plus à une suite d'acronymes et d'onomatopées à peine prononcés qu'à de l'anglais ! Après une injection à haute dose d'une semaine, je prends la direction de la Bosnie, plus spécialement Sarajevo et son siège. Survol des Alpes, je distingue très nettement les montagnes que je voulais grimper à proximité du col du Mont Cenis, mais l'aventure sera différente.
Je suis arrivé sur l'aéroport surchargé de matériels et d'hommes. La première urgence est de trouver à se loger avec mon équipe, nous sommes 7. On déniche un petit réduit, digne des plus minuscules refuges que j'ai connus en montagne. A 7 nous nous empilons sur 6 mètres carrés, mais ça va. Il ne fait pas froid nous sommes en juillet. D'ailleurs on pourrait avoir très, très chaud, car notre réduit est adossé au dépôt de munitions de la légion étrangère, un obus mal placé et nous prenons un billet direct pour la vaporisation. Nous allons vivre dans cet espace réduit quelques semaines, mais l'activité était si intense que lorsque nous le rejoignions nous nous écroulions dans le sommeil.
Ma première sortie dans la ville me permet de saisir immédiatement l'atmosphère qui y règne. Cité complètement bloquée où tout le monde se cache. Les rues sont désertes, la population vit, comme des rats, terrée. Les militaires dans les blindés et engoncés dans leur gilet pare-balles sont les seuls à donner un peu d'animation à la cité. Rarement, toujours furtivement on aperçoit un civil qui presse le pas dans une rue et disparaît bien vite pour éviter d'être tué par une balle qu'elle soit perdue ou non.
La ville de Sarajevo occupe le fond d'une cuvette toute en longueur. Du fait de son développement, les maisons par manque de place ont colonisé les collines environnantes. Des quartiers serrés se pressent tout au long des pentes de cette multitude de buttes raides, qui rentrent carrément dans la ville basse et l'encerclent de toutes parts. En levant les yeux, la première chose qui frappe, ce sont les façades de maisons individuelles qui constellent tous les reliefs environnants. Il ne faut pas de grandes explications pour comprendre, que de toutes ces fenêtres en encorbellement, des multitudes d'yeux vous regardent voire vous surveillent. Elles sont innombrables, les unes sur les autres, tout au long de ces grandes pentes qui tombent dans la ville. Tels de gros yeux inexpressifs mais lourds de menaces dissimulées, elles peuvent à tout moment prêter assistance à l'auteur d'un assassinat, tapi à l'abri de la lumière, son arme de précision à la main. On imagine facilement tous ces guetteurs scrutant l'immobilité de la ville. Combien de snipers, qui vous prennent dans leur croisillon, se cachent derrière ces ouvertures, à dessein pleines de pénombre ? Combien de fois, montant les escaliers de la fameuse patinoire la Skandéria j'ai senti ces regards sur moi. L'impression est étrange et désagréable, mais il ne sert à rien de lever les yeux, cela pourrait juste être pris pour un acte de provocation, et souvent la susceptibilité du tireur est proportionnelle à son taux d'imbibition à la slibovitch, alcool blanc de prune.
Au cours de différentes missions, je suis amené à remonter des rues remplies de carcasses de voitures et de trams bombardés et incendiés, on se croit dans un film de fiction, des spectacles dantesques de rouille et de fer tordu, mais non c'est la réalité. Par endroits, il faut bousculer certains obstacles avec le blindé pour passer sur ces chaussées recouvertes de gravats. Lors de ces déplacements en véhicules, des gens nous regardent à la dérobée. Dans les jardins de nombreuses maisons particulières les voitures sont bâchées et protégées dans un recoin de terrasse, en attendant des jours meilleurs où il y aura de l'essence, des routes en état et plus d'obus qui s’abattent selon une logique parfois difficile à saisir.
Assister au bombardement d'une ville est une expérience étrange. De gros obus frappent de plein fouet des façades qui s'écroulent dans des nuages de fumée. Les obus lorsqu'ils vous survolent, vous réalisez avec précision le danger qu'ils représentent. S'ils font un bruit strident et aigu, cela signifie qu'ils ont une vitesse élevée et qu'ils vont aller frapper plus loin. Par contre s'ils font un bruit plus mat avec des flop flop, cela trahit une vitesse faible et un engin qui commence à tanguer sur son axe, d'où une chute dans les environs. On apprend très vite, en regardant les autres, à réagir. J'ai fait cette découverte sur une colline en présence d'un groupe de Bosniaques, alors que je faisais des repérages concernant le positionnement des différentes forces en présence. La ville était sous le bombardement régulier de canons serbes de gros calibre. Nous nous trouvions sur la trajectoire des obus, mais bien en-deçà de leur point d'impact. Nous les entendions donc nous survoler dans un sifflement strident. Soudain, un bruit beaucoup plus bas, accompagné du fameux flop flop, décrit si souvent par les poilus de la grande guerre, a provoqué une réaction de fuite immédiate de mes interlocuteurs bosniaques. Effectivement un gros obus est tombé beaucoup plus près que les précédents mais à une distance, où le danger restait faible. C'est ce qu'on appelle apprendre par l'expérience ou sur le tas.
Dans la ville de Sarajevo une petite communauté de Croates se trouve prise en otage entre les Serbes et les Bosniaques. Participer à un office religieux parmi ce groupe catholique est très poignant. Même là, il faut se méfier du scoop journalistique, on pourrait rapidement faire croire en juxtaposant sur une même photo un militaire français et une religieuse croate que nous sommes là pour prendre parti en leur faveur. Bien sûr que leur situation nous émeut, bien sûr que dans la mesure de nos moyens nous les pourvoyons en nourriture, mais nous le ferions de la même manière pour les autres communautés, lorsque des êtres humains sont dans la nécessité impérieuse ils méritent une égalité de traitement. Dans cette petite communauté acculée, la ferveur est très importante, jeunes et vieux montrent la même foi. Je me souviens d'une anecdote amusante malgré la situation. Le prêtre de la légion étrangère française célèbre l'office au cours duquel il se réfère aux noces de Cana. Le légionnaire d'origine croate, lui servant d'interprète, traduit par noces de canard, d'où éclat de rire franc de toute la communauté croate. La difficulté et l'incertitude extrêmes n'enlèvent pas à l'être humain son sens de l'humour et son envie de rire. C'est rassurant. Bien que n'étant pas particulièrement pratiquant, ces offices me bouleversaient par la conviction et l'espérance qui émanaient de cette population martyrisée. Le fait d'y penser quinze ans après, je sens toujours monter en moi de l'émotion.
Observateur de cette situation dramatique que vit une population à trois entités et aussi un peu acteur pour essayer d’y remédier, on ne peut qu'éprouver un réel malaise en constatant toute la frénésie de ce qu'on appelle l'information pour contenter le voyeurisme de nos populations occidentales. Il faut dire que c'est tentant, bien installé chez soi le soir à vingt heures de regarder le sacro-saint journal télévisé qui distille sa kyrielle de faits divers sordides. Montrer des obus écraser une cité qui vit ou plutôt survit dans une immense détresse, c'est l'assurance de faire exploser l'audimat. Pourquoi le spectateur qui se cache en chacun de nous est-il si friand de ce genre de spectacle ? Voyeurisme par rapport à la mort, réconfort de voir qu'il y a plus malheureux que nous, oublier ses petits déboires quotidiens professionnels ou sentimentaux ?
J'ai été au cours de mes nombreux déplacements témoin de situations curieuses, que je ne comprenais pas toujours. Sur la fameuse « snipers allée » complètement déserte, un cycliste, seul sur l'immense ruban de goudron, marche recroquevillé son vélo à la main, et semble se protéger derrière le cadre de sa bicyclette, étrange ! Face à lui les hautes façades d'immeubles, desquelles des yeux amis et d’autres hostiles le surveillent, ces derniers prêts à délivrer la mort. Cette scène est surréaliste, le temps semble suspendu. L'hésitation de l'individu, de toute évidence dans une mauvaise situation est angoissante. À chaque instant on s'attend à entendre un bruit sec se répercutant le long des murs et voir l'homme et son vélo s'abattre au sol. Ce spectacle fait véritablement mal par la tension qu'il engendre. En bruit de fond permanent le son des détonations rappelle que la guerre est présente. On s'y adapte au point que l'absence de tir semble anormale. Se réveiller au bruit de la poudre devient une habitude, un peu à la manière du chant des oiseaux au printemps qui accompagne la reprise de conscience au sortir du sommeil. Lorsque je suis rentré en France, la première semaine j'étais réveillé tôt à cause justement de l'absence de ce bruit de fond qui m'avait accompagné durant quatre mois. L'accoutumance est telle, que le retour à la vie normale semble bizarre. Dès mon arrivée chez moi, je suis parti en montagne remonter le canyon de la Niscle dans les Pyrénées espagnoles. Ne plus avoir à porter un gilet pare-balles, ne plus faire attention aux mines, ne plus chercher le sniper embusqué, pouvoir se déplacer sans contrainte sur de grands espaces, cela procure une sensation étrange, comme si le retour à la normale nécessitait une rééducation. En quatre mois de conditions particulières, on s'adapte très fortement à la situation locale et l'on ne réalise pas à quel point cette adaptation formate les actions réflexes. De façon étrange dans ce canyon de la Niscle, qui est une œuvre de la nature titanesque et de grande beauté, je me sentais comme dans un environnement inhabituel par cette absence de dangers. Il faut se réhabituer à la normalité, et je comprends très bien qu'après des expériences extrêmes, ce qui n'a pas été mon cas, cette réadaptation soit très longue, voire impossible.
J'ai lu à plusieurs reprises des comptes-rendus de voyages en zones de guerre. Ces pratiques suscitent des critiques parfois acerbes, le voyeurisme étant considéré comme indécent. Cela me semble logique, et effectivement, je ne sais pas ce que j'aurais ressenti si j'étais venu simplement me promener, attiré par une curiosité malsaine. Je n'étais pas dans ce cas. Je me demande quelle différence existe entre le touriste en zone de guerre et le journaliste qui couvre l’événement ? Ce dernier ne fournit-il pas un document et des photos, choc des images oblige, à des gens curieux de voir plus que de savoir, poussés par ce qu'il faut appeler l'attrait du spectaculaire morbide donc du voyeurisme ? Mon premier réflexe serait de condamner le tourisme en zone de conflit, alors pourquoi permettre les scoops souvent violents des reporters, qui sous couvert d’information visent au sensationnel si possible bien sanguinolent ? Bien sûr, il me sera répondu qu'il s'agit du devoir d'information. Mais s'agit-il vraiment d'information ou d'un business lucratif à la limite de la décence ? Les journalistes, j'en ai croisé un certain nombre durant cette saison en Bosnie. Comme nous tous, ils faisaient leur métier, même si parfois « JT » oblige, contrainte de temps incompressible du 20h, les informations étaient à mon sens un peu arrangées voire beaucoup. L'obus de mortier filmé était peut-être payé et pas forcément attribué au bon camp, d'où l’ire du camp en question. Il nous arrivait même de recevoir des obus après le fameux JT en guise de protestations, tout du moins c'est ce que j'ai ressenti.
Cependant la visite des journalistes était toujours intéressante, révélatrice du mode de fonctionnement de nos sociétés, prises sous le feu des scoops et de l'information immédiate. Cette précipitation à rapporter de l'information, conditionnée par l'urgence du produit à livrer, quelles que soient les conditions de la collecte et la crédibilité des sources, conduit très logiquement à la désinformation ou même dans certains cas à la manipulation. Je me souviens avoir vu certains impacts de balles troublants sur certains véhicules, qui me faisaient penser qu'ils avaient été demandés par les occupants du dit véhicule pour les besoins du sensationnel à médiatiser. Peut-être ai-je l'esprit mal tourné ? En effet lorsque l'on me présente des traces de balles prétendument tirées par un sniper et que je vois des impacts très rapprochés, semblables à une rafale d'arme du style kalachnikov, je me pose des questions ! Mais imaginons le ou la reporter qui couvre l'événement du siège de Sarajevo et qui un soir ne rapporte rien de très spectaculaire pour la ‘grand-messe’ de 20heures, alors que ses concurrents des autres chaînes font un tabac. Il est fort à parier que ce journaliste va se retrouver très rapidement dans un placard à couvrir le fait divers en province. Donc dans cette surenchère de la précipitation, pour ne pas perdre son emploi, on est prêt à tout pour ne pas priver le bon peuple de France de son coup d'adrénaline en mangeant sa soupe devant son téléviseur. Il est important de lui montrer que ça pète, et mon Dieu que ce soit les uns ou les autres qui font péter ça n'a pas d'importance. Cela en a d'autant moins, qu'entre Serbes, Croates et Bosniaques la majorité des spectateurs ne fait pas la différence et puis s'en fout. L'important étant que ça pète autant que dans la série américaine sur laquelle ils vont embrayer dès le JT terminé. Je ne citerai pas les noms de chaînes dont j'ai vu, je dirais même subi les sarcasmes des représentants, qui dans l'anxiété de ne pas avoir suffisamment de matière à transférer par leur antenne satellite, me reprochaient de faire de la rétention d'information. Mais comment se prononcer sur une situation que l'on ne cerne pas complètement, mouvante à souhait, toute erreur d'interprétation pouvant avoir des répercussions graves. Tout particulièrement étaient concernés ceux qui restaient sur le terrain, les représailles n'étaient pas exclues de la part d'une faction que l'on aurait accusée à tort d'une action perpétrée par l'ennemi. Je trouvais dommage d'avoir à considérer les journalistes de mon propre pays comme un danger pour ma sécurité et essayer de les fuir autant que je pouvais. Je me souviens cependant d'un journaliste de Libération qui venait sur les zones de confrontation et qui posait peu de questions, mais cherchait à se faire sa propre idée de la situation. En le regardant, je comprenais qu'il mûrissait son article et qu'il n'était pas pressé. Ce qu'il fournirait serait certainement le fruit de sa conviction après son expérience sur le terrain et non un show médiatique à consommer le soir même.
Vie en zone de danger, comme il est étrange en tant que militaire de vivre dans des endroits où l'on se sent menacé sans être confronté à la guerre telle que nous l'avons tous gravée en nous par la narration des grands massacres entre Occidentaux. En effet, les deux conflagrations mondiales ont conditionné notre vision d'un conflit. Nous imaginons tout d'abord une hécatombe de militaires, comme par exemple sur les plages de Normandie ou dans les tranchées de Verdun ou de la Somme. Cela ne veut pas dire que les civils ont été épargnés dans ces périodes troublées. Là à Sarajevo pour les soldats internationaux, il s'agit plutôt de vie sous menaces multiples, mais non de danger de mort immédiate comme à Omaha Beach. En effet, durant mon séjour pas un seul soldat des forces internationales ne sera tué, tant mieux. Pour se préserver sur les itinéraires que nous empruntons à pied, des levées de terre ont été faites, ce qui permet un abri relatif contre les snipers. Mais par endroits, il y a des interruptions, par exemple aux carrefours, et là, on reste à découvert. C'est le cas en particulier pour accéder à la machine à laver, un petit passage devant le croisillon d'un fusil à lunette, mais on va quand même nettoyer son linge. C'est aussi le cas pour se rendre à une citerne où nous allons puiser de l'eau pour nettoyer les WC, égalité de traitement, quel que soit le grade chacun va chercher son seau pour les toilettes. Cette ambiance sous contrainte, on s'y habitue tellement que parfois cela en devient dangereux. Je me souviens de ce militaire monté en haut de la protection de terre et qui fumait tranquillement sa cigarette sous le regard de snipers. Il m'a de toute évidence pris pour un mauvais coucheur, lorsque je lui ai donné sèchement l'ordre de redescendre fumer à l'abri. Je pourrais relater d'autres anecdotes de ce genre qui me viennent à l'esprit, cependant ne vous y trompez pas cela n'enlève rien à l'extrême compétence et au dévouement sans faille des militaires français. Dans le cadre de ces coalitions aux ordres de l'ONU, on se trouve comme pris dans une énorme machine administrative à la réaction molle, alors que des populations vivent des situations dramatiques. Srebrenica et son massacre en sont la preuve manifeste. Assez vite, en ce qui me concerne je me suis fait une idée du niveau de danger auquel j'étais confronté. Bien sûr cela est statistique en fonction des événements que l'on constate. Comme je l'ai dit, malgré les tirs de tous calibres permanents, en tant que soldats de la force internationale, à la période où je me trouvais à Sarajevo, nous étions peu visés. À d'autres périodes ce n'était plus le cas, mais durant les quatre mois où j'ai été présent, nous n'avons eu à déplorer qu'un seul blessé. Par contre parmi les trois entités, bosniaques, croates et serbes les morts se comptaient par centaines, combattants et civils confondus. On prend rapidement conscience, que sur un même lieu, nous ne sommes pas tous soumis aux mêmes conditions et aux mêmes dangers. Parfois je pensais à Chamonix en été et à sa ronde permanente d'hélicoptères lancés dans des sauvetages souvent périlleux pour aider de nombreux alpinistes, ou malheureusement récupérer les corps de ceux qui y laissent leur vie. Durant les deux mois d'une saison à la « Mecque de l’alpinisme » la liste des blessés et de ceux qui ne reviendront pas est longue. Je ne pouvais m'empêcher de penser que statistiquement durant cet été 1994, le grimpeur dans les Alpes était plus en danger que le militaire plongé dans le siège de Sarajevo. Cette comparaison me troublait beaucoup. Comment l'assouvissement d'une passion peut-elle se révéler plus dangereuse que la participation à ce qu'on appelle une guerre, même s'il s'agit de mission d’interposition ?
Les sorties nocturnes dans la ville pour faire des essais de transmissions avec les avions, alors que les rues ont été rendues aux factions est une expérience pour le moins impressionnante. De nuit comme de jour le travail se fait généralement à partir d'un blindé. Espace carcéral auquel on s'habitue. On a parfois l'impression d'être en immersion dans un milieu glauque, entouré de bruits de tirs, à serpenter parmi des carcasses détruites, parfois des balles de petit calibre claquent sur le blindage. Ne rêve-t-on pas ? Sommes-nous dans un film d'anticipation au centre d'une ville soumise à la plus abominable des insurrections ? Non, il s'agit bien de la réalité. Dans cette ambiance tendue, la voix nasillarde d'un pilote américain, anglais ou français se fait entendre dans les écouteurs et la procédure de guidage commence. Être le maillon d'une énorme machine de guerre ou de paix, selon le point de vue, raccroche à une réalité palpable et par certains côtés est rassurante, surtout lorsqu'on pense être dans le camp des gentils. De toute évidence être le soldat d'un pays démocratique évite les états d'âme. Notre Président, à cette époque s'appelait François Mitterrand, même lorsque l'on n'a pas voté pour lui, l'image d'humanisme qui lui est attachée rassure le soldat engagé sur sa décision.
La vie dans une ville assiégée et affamée par encerclement laisse des souvenirs profonds. Circuler dans un quartier sous bombardement est une situation étrange. Le souffle puissant des déflagrations qui remonte les rues dans un râle rauque est impressionnant. Cela produit un bruit presque épais à la manière d'un gémissement profond et lugubre, canalisé par de hautes façades qui le compriment en lui donnant longueur et gravité. Il se propage accompagné d'une multitude d'échos tout aussi graves qui entretiennent le son. On sait qu'un obus est tombé à proximité, mais on ne voit rien entre les bâtiments, seul ce souffle renseigne sur la proximité de l'explosion. On est d'autant plus surpris, que le sifflement de la munition en vol a été atténué par le bruit du moteur de notre véhicule. Un jour où les tirs étaient particulièrement nourris, j'ai assisté à ce spectacle incompréhensible de civils qui n'avaient pas l'air de paniquer, comme s'il y avait un accord tacite sur le lieu précis du bombardement. Ils restaient sur le pas de leur porte, alors que le bombardement était tout proche. Je n'ai jamais eu d'explications. J'ai vu avec surprise le fameux marché de Sarajevo qui se tenait, même misérablement, alors qu'autour des munitions de gros calibres tombaient.
Au cours de nos missions il nous arrivait de dialoguer avec des avions alors que nous étions en pleine ville. Un après-midi, alors que nous stationnons sur la petite place de la patinoire, nous allons commencer une séance d'entraînement aux procédures de guidage avec des pilotes. Le lieu où nous nous trouvons est sous le feu permanent des belligérants qui se battent entre eux. Les armes qu'ils utilisent, principalement de petit calibre, ne représentent pas un réel danger pour nous, dans la mesure où nous restons dans notre véhicule blindé. Avant que la séance d'entraînement commence, je donne mes consignes à l'équipage du véhicule. Je leur précise qu'il s'agit d'un entraînement donc en aucun cas nous ne devons prendre de risque inutile. C'est à dire que tout problème technique de transmission qui nécessiterait une intervention extérieure au blindé ne doit pas être pris en compte, sécurité du personnel est prioritaire. Le contact est établi avec un A10 américain. Au début tout se passe bien, puis le contact radio se détériore. J'ai de plus en plus de mal à communiquer avec l'avion. Tout absorbé à mon travail à essayer d'interpréter les paroles de l'aviateur hachées et baignées dans une importante friture, je ne prête plus attention à mon environnement immédiat. Alors subitement la liaison redevient parfaite et la compréhension mutuelle facile. L'avion ayant fini son passage le calme revient dans l'habitacle de notre blindé. Alors discutant avec l'adjudant des transmissions qui m'assiste, je réalise qu'il était sorti sur le toit changer une antenne pour rétablir la communication, alors que partout autour nous entendions les bruits secs des balles qui frappaient les façades et parfois le métal de notre véhicule. Sans chercher à comprendre, régissant à son seul réflexe de technicien, l'adjudant était monté sur le toit pour changer un embout d'antenne restant exposé de longues secondes aux balles qui fusaient dans tous les sens. Il considérait qu'il avait simplement rempli sa mission. Cependant pour le principe, alors qu’il avait fait preuve d’un véritable courage, je lui ai reproché d'être sorti alors que j'avais demandé de limiter les risques. Mais je ne pouvais m'empêcher de penser que si la situation se dégradait et si l’on passait à une phase plus offensive, j'étais entouré de vrais combattants qui iraient jusqu'au bout sans se poser de question. Les périodes de vie en ville alternaient avec les périodes de vie en montagne, sur le fameux mont de Bijelasnica. Lorsqu'on est montagnard, que l'on soit en temps de paix ou de guerre l'attrait de l'ambiance de la montagne reste très fort. Nous logions dans un chalet de bois dans lequel des photos de montagnes prestigieuses étaient accrochées aux murs, en particulier les Tre Cime di Lavaredo et l'Everest. J'ai même trouvé un topo d'escalade écrit en yougoslave. Décor immense autour de ce point haut qui était le départ de la descente de ski des JO de Sarajevo. Quelques soldats français habitent ce lieu. En fonction des missions le nombre varie de cinq à une petite trentaine. Nous y sommes venus pour la première fois au mois d'août, après que les belligérants l'aient quitté suite à des accords internationaux. À notre arrivée nous découvrons un site dévasté, dans un état de grande saleté. Les derniers occupants ayant déféqué au beau milieu des pièces et saccagé le mobilier. Nous prenons donc régulièrement nos quartiers dans ces montagnes et remettons de l'ordre dans ce magnifique refuge. Ma mission principale était la détection de tous les matériels militaires dans les plaines environnantes pour les signaler à l'aviation. En conséquence j'ai passé beaucoup de temps assis tout en haut d'une cime à scruter. Il ne m'était jamais arrivé de rester au sommet d'une montagne une semaine complète. Expérience étonnante et enrichissante, je ne trouvais pas le temps long. Pouvoir assister au cours des jours qui s'écoulent à l'évolution météorologique autour d'un sommet, quel plaisir ! Bien entendu, j'y ai connu tous les temps : beau, chaud, soleil, couvert, venteux, pluvieux, froid et même la neige.
Le site était d'une grande beauté et très sauvage, bien qu'il s'agisse du sommet d'une station de ski. Le dénivelé était important par rapport à la plaine que nous dominions. De ce point, vers le nord, la vue donnait sur les Monts Igman et ensuite embrassait la cuvette de Sarajevo. Certains jours où la brume remplissait les terres basses, de Sarajevo ne surnageaient au-dessus du brouillard que les tours de retransmission détruites, qui comme des statues fracassées, portaient témoignage de la folie des hommes, qui plus bas s'affamaient et s'entretuaient. Il m'arrivait souvent de venir m'isoler seul assis au sommet. Tous les matins au lever du jour j'étais un spectateur assidu de ce moment magique, que tout alpiniste apprécie plus que tout. Pour le montagnard, généralement assister à l'apparition du soleil d'un sommet signifie que l'entreprise de la journée a été un succès puisqu'on est arrivé au but que l'on s'était fixé, donc tout à loisir, l'esprit libre on peut se livrer à ce fantastique spectacle de la nature. Bien évidemment ma situation et les raisons de ma présence étaient bien différentes de la motivation habituelle du grimpeur partant à l'assaut d'une face. Un matin, à cinq heures, alors que la nuit ne va pas tarder à céder la place à la lumière, assis seul, tous les sens en éveil je m'imprègne de ce spectacle dans ce contexte particulier du siège. Sous Bijelasnica une mer de nuages s'étale, de laquelle sortent quelques points hauts des collines enserrant Sarajevo. La distance à la ville amortit le bruit du canon qui est quasi permanent, et le transforme en une rumeur lointaine, sourde et diffuse. Y a-t-il vraiment la guerre ? Ce moment de joie intense que tout alpiniste gardera pour toujours dans son cœur va se produire. À l'est, la clarté se fait de plus en plus nette et les nuages prennent des teintes irisées qui s'étalent du rouge vif au marron sombre presque noir, dans un dégradé continu d'est en ouest. Alors, le soleil perce la couche et apparaît déformé du fait de la distorsion de la lumière traversant l'atmosphère. À cet instant, j'aperçois dans la direction de l'astre du jour deux « bateaux » chevauchant à vive allure cette mer de nuages calme. Enfin, je distingue leurs silhouettes surmontées de leurs doubles dérives caractéristiques. Il s'agit de deux F14 de l'US Navy qui convergent vers ma position, point caractéristique connu de tous les aviateurs de la coalition. Arrivés au pied de la montagne, ils l'escaladent en patrouille serrée au plus près du relief. J'ai tout loisir de les regarder monter vers ma position. L'un des avions me survole de quelques mètres, tandis que le second passe en dessous dans le petit col qui est à ma droite en contrebas. Je peux voir très distinctement les casques de l'équipage de l'aéronef lancé à vive allure. Heureusement que je me suis levé, dire que j'aurais pu rater un tel spectacle, qui restera gravé en moi à jamais. Je ne peux m'empêcher de penser à ma chère maman à laquelle j'ai dit, que j'étais en Italie. Si elle pouvait imaginer « l’enfer » qui est le mien. Je sais que ce genre de réflexion peut choquer, mais c’était bien mon état d’âme à ce moment, confronté à un double spectacle de beauté de la nature au lever du jour et de merveille technologique, le tout dans un environnement de guerre. Les journées étaient bien remplies, entre le travail technique, les visites d'autorités alliées ou serbes, de journalistes et même de troupes tentant des actions tout du moins d'intimidation. Dans ce contexte, pris entre les positions des Serbes et des Bosniaques, ce que nous craignions le plus c'était de nous faire attaquer par une faction, qui essaierait d'en rejeter la faute sur leurs ennemis afin que nous les attaquions à notre tour en guise de représailles. Du fait de cette insécurité, lorsque nous restions peu nombreux, nous prenions des précautions particulières, car nous ne pouvions rester éveillés toute la nuit. Nous déployions autour de notre refuge, des systèmes d'alarme constitués de fils fins reliés à des mines éclairantes. Un soir alors que nous sommes seulement cinq au sommet de cette montagne, réunis pour dîner, une explosion nous indique qu'une mine a été déclenchée. Branle-bas, nous montons rapidement sur le toit, prêts à répliquer en cas d'attaque. Que constatons-nous ? Un gros lièvre qui détale et qui de toute évidence était le responsable du déclenchement de notre alarme. Il est étrange de se retrouver couché à plat ventre sur le toit d'un refuge en montagne un pistolet mitrailleur à la main. L'adrénaline dans ces cas est la même que celle qui inonde lors d'un passage difficile d'escalade, tout l'esprit tendu vers l'action. De plus le groupe réagit comme un seul homme, chacun se positionnant au meilleur endroit prêt à faire front. L'esprit d'équipe dans ces situations lorsqu'il est bien rôdé est un atout indéniable. Je ne dirais pas presque déçus, nous retournons terminer notre dîner.
A deux mille mètres d'altitude, en l'absence de toute lumière parasite, la nuit est magnifique. En Bosnie à l'été 1994, des lumières parasites il n'y en avait pas, le pays n'étant plus approvisionné en électricité. Au mois d'août à l'époque des grands passages d'étoiles filantes, j'ai assisté de mon promontoire à de véritables feux d'artifices. Ce qui était aussi très curieux à regarder, c'était la ligne de démarcation ou ligne de front entre les belligérants. Autant la journée, elle n'était pas matérialisée à travers les forêts qui s'étalaient à nos pieds, la nuit par contre, les lampes de poche et les petits feux ponctuaient très nettement cette ligne qui séparait des hommes en guerre. Un soir j'étais en train de la regarder serpenter au gré des mouvements de terrain. Un avion m'a contacté pour venir étudier la zone. Dès que le bruit de son réacteur, très ténu à peine perceptible du fait de sa hauteur, s'est fait entendre, la ligne de front s'est presque instantanément éteinte. Dans cette quiétude de l'été, il ne fallait pas se fier aux apparences. Les hommes restaient très vigilants et se guettaient, prêts à donner la mort à l'imprudent qui se serait laissé prendre par la douceur de l'été.
Parfois nous étions confrontés à des situations difficiles. Un exemple, à quelques centaines de mètres de notre refuge, se trouvait le cadavre d'un combattant bosniaque en zone serbe. Des tractations par radio sont engagées afin que ses camarades puissent le récupérer. Les Serbes ne s'y opposent pas dans la mesure où, on leur rend la dépouille de l'un des leurs en échange. La réponse du camp adverse est simple : nous ne détenons pas de cadavre serbe, par contre nous avons des prisonniers, nous allons en tuer un, et vous donner son cadavre en échange. La négociation s'est égarée et a traîné quelques jours. Au mois d'août la chaleur aidant, le corps du combattant s'est rapidement métamorphosé et ce sont les soldats français qui sont allés le ramasser afin que les siens puissent lui donner une sépulture décente.
Il m'est arrivé d'avoir à participer à des reconnaissances le long de lignes de crêtes, afin de nous assurer que les différentes factions de combattants respectaient bien le retrait auquel elles s'étaient engagées. Hors le contexte très particulier de cette guerre balkanique, le déplacement en lui-même consistait en une magnifique balade sur une crête aérienne, offrant de toutes parts une vue magnifique sur un pays sauvage, très peu habité. Le problème des mines nous préoccupait cependant, et nous faisions attention. Sur ce sol de rocher dénudé, le risque de marcher sur l'une d'elles était faible. Par contre déclencher un système de piège en tirant du pied sur un fil me semblait possible.
Un jour où l'activité aérienne était interrompue pour cause de météo très mauvaise, je suis parti me balader dans le brouillard en pleine montagne avec l'un de mes camarades. Outre le danger inhérent à la montagne par mauvais temps, nous ressentions des impressions fortes à l'idée du contexte général de la région à ce moment. Devant nous, une masse sombre apparaît, nous marquons l'arrêt puis nous approchons. Il s'agit d'une stèle à la mémoire de randonneurs morts de froid après s'être égarés dans le mauvais temps. Cet accident remontait à plusieurs années avant le début de la guerre.
Depuis mon observatoire, j'ai aussi assisté à la destruction totale de la station de ski olympique par les Serbes. En effet, lorsqu'ils se sont retirés de cette zone, afin d'être sûrs que les Bosniaques n'utiliseraient pas les installations, ils ont tout dynamité. Par un bel après-midi, j'ai vu les pylônes des remontées mécaniques plier sous les charges d'explosif. Le feu d'artifice a duré un certain temps, avec en bouquet le dynamitage avec une très forte charge de bunkers qui se trouvaient à quelques mille cinq cents mètres de ma position. Des blocs énormes ont été projetés et un immense panache de fumée s'est élevé tel un geyser. L'onde de choc forte a sérieusement secoué notre bâtiment. Ce soir-là, tout autour dans un ciel clair il n'y avait que désolation et incendies. En contrebas un très bel ensemble hôtelier finissait de se consumer dans la nuit qui s'installait.
Bien que souvent isolé sur mon piton, je savais que très vite l'actualité pouvait me propulser au premier plan, au travers d'une déclaration à des reporters français mais aussi serbes. Il m'est arrivé à ce titre une expérience très intéressante et pleine d'enseignements. Ce jour-là, nous étions assez nombreux au sommet de la montagne, mon équipe, six en comptant le spécialiste du renseignement, un petit détachement de la Légion pour assurer notre sécurité et un détachement de parachutistes qui effectuait une mission spécifique. En tout, nous étions une bonne vingtaine. Un nuage de poussière tout en bas de notre montagne attire mon attention. Un véhicule monte. Lorsque j'arrive à le discerner clairement, je constate qu'il s'agit d'une voiture civile non blindée et non tout terrain, donc ce ne sont pas les journalistes habituels, reconnaissables à leur 4x4 aux vitres blindées. Immédiatement j'interroge le spécialiste du renseignement, qui me dit reconnaître ce véhicule. Il s'agit d'une équipe de télévision serbe venant de Belgrade. Qu'est-ce que cela signifie ? Le chemin est long pour arriver jusqu'à nous le long de ce chemin très caillouteux. Nous avons tout le temps de nous perdre en interrogations. Enfin la voilà cette voiture qui débouche sur l'esplanade devant notre bâtiment. Il s'agit d'une petite auto à la silhouette carrée, bien dans la tradition des véhicules des pays de l'est. En sortent deux journalistes, une femme et un homme à l'aspect assez miteux. Ils ne sont pas armés, donc pas considérés comme hostiles. Leur hostilité résidant cependant dans leur caméra. En effet, ne faisant pas confiance aux journalistes français, il est encore moins question de faire confiance à une équipe serbe, qui vient probablement sur instruction. Je demande à chacun de ne pas communiquer avec les nouveaux arrivants. Ayant enlevé mes différents attributs de grade, de nom et surtout d'appartenance à l'armée de l'air, je les laisse s'approcher. Une fois au contact, j'engage la conversation, et je ne juge pas utile de les empêcher de filmer, dans la mesure où nous ne leur parlons pas, afin d'éviter toute tentative de manipulation. Rapidement ils ne semblent plus motivés pour nous filmer, je pense les avoir découragés. Alors le spécialiste du renseignement attire mon attention sur le nouveau nuage de poussière qui vient à notre rencontre. Très vite les véhicules sont identifiés. Il s'agit de l'un des généraux de l'armée serbe de Bosnie accompagné de certains de ses adjoints. Les véhicules s'arrêtent à proximité de celui des journalistes. Le général et l'un de ses subordonnés descendent du premier ainsi que quelques officiers du second. Les journalistes se sont mis en position pour filmer. Je n'ai aucun mandat pour recevoir qui que ce soit de l'un des camps belligérants. Je me tiens donc en retrait, montrant très clairement que je n'ai pas l'intention d'accueillir cette délégation même si à sa tête se trouve un général. Ce dernier juge vite la situation et entreprend de faire le tour de la position. N'étant pas menaçant, ses adjoints non plus, je ne juge pas utile de leur en interdire l'accès. Cependant je les fais suivre par un légionnaire d'origine yougoslave, lui demandant de se tenir à la distance nécessaire et suffisante pour écouter ce qui se dit. La conversation entre ces officiers serbes est édifiante. En gros le général dit : les Français sont là mais n'en n'ont rien à foutre. Ensuite il revient se camper au milieu du terre-plein et attend que l'un d'entre nous vienne à son contact. J'interdis à quiconque de bouger. Alors le journaliste serbe s'approche et me dit que le général désirerait me parler. Ayant pris précédemment les précautions nécessaires afin que les caractéristiques de mon uniforme ne puissent être utilisées à des fins de propagande proserbe, je m'approche. Le général me tend la main, j'en fais de même. Et commence un grand serrage de mains à la mode communiste sous l'œil de la caméra. Je n'apprécie pas et me mets à tourner, pour perturber la prise de vue. Mon interlocuteur me pose un certain nombre de questions que j'élude et il me fait constater que je suis particulièrement prudent. A l'une d'entre elles je réponds que les montagnes de son pays sont très jolies et que j'apprécie d'avoir à m'y trouver. Il regarde les siens un peu interloqué et sourit. Je ne me sens pas particulièrement à l'aise, d'autant plus que le journaliste essaie de me coller le micro sous le nez. Je parle donc le moins distinctement possible tout en tournant, et la langue anglaise se prête bien à la non-articulation. Nous sommes donc tous à tourner sur ce terre-plein au sommet d'une montagne. Même si cela n'a pas duré très longtemps, j'ai eu l'impression d'une éternité. En effet, mes interlocuteurs sont aguerris beaucoup plus que je ne le suis à l'art de la manipulation et de la désinformation, donc je me sens dans cet entretien en position de vulnérabilité. Le général voyant toute l'hostilité passive que je manifeste à son encontre n'insiste pas trop. Il me dit au-revoir et repart avec ses adjoints. La voiture des journalistes les suit dans la foulée. Je ne pense pas qu'ils puissent exploiter les images qu'ils viennent de faire. Cette visite me semble étrange et surréaliste.
Nous sommes vraiment dans une situation bizarre au milieu de belligérants qui peuvent investir notre position dans la mesure où ils ne sont pas hostiles, mais auxquels nous nous opposerons s'ils sont armés. Alors que je me perds depuis une heure en conjectures sur la signification réelle de cette visite, l'un des parachutistes attire mon attention sur un groupe d'hommes à pied qui monte la pente raide qui conduit à notre position. Nous identifions tout de suite un groupe de combat d'une dizaine de soldats serbes, cette fois armés. Immédiatement je réunis les légionnaires et les parachutistes et les fais se positionner face à la menace. Les intrus constatent que nous réagissons mais continuent leur progression. À ma droite les légionnaires à ma gauche les parachutistes, échelonnés le long de la crête. Les armes sont clairement mises en position de tir. Ils montent toujours. Par contre ils ne lèvent pas leurs armes. J'y suis particulièrement attentif, car s'ils ont ordre d'attaquer il est fort probable que la première balle sera pour moi. La tension monte très clairement. Le lieutenant commandant le détachement de parachutistes positionné à quelques mètres de moi, tenant son pistolet mitrailleur prêt, m'interroge d'un regard insistant et n'attend qu'un signe de ma part pour tirer dans le tas. Pas de panique, mais ça ne va pas tarder à urger! Ils continuent de monter. Même s'ils ne sont pas directement menaçants, il n'est pas question de les laisser arriver avec leurs armes. Ils ne sont plus qu'à deux cents mètres. Les deux chefs de détachements légion et parachutiste guettent la moindre de mes réactions. J'ai clairement conscience de la décision rapide et lourde de conséquences, que je peux être amené à prendre à la moindre évolution de la situation. Les Serbes sentent que cela ne va pas tarder à dégénérer. Nous avons l'avantage de la hauteur, ce qui psychologiquement est confortable. Alors je vois le chef de groupe de combat serbe poser son arme, tous ses hommes en font de même, mais ils continuent de monter. Pour moi, cela est différent par rapport à mes directives. Je demande aux militaires français tout en restant extrêmement vigilants de ne plus les viser directement. Les Serbes arrivent à notre contact. Ils nous demandent de l'eau. Nous leur en offrons. Nous échangeons quelques paroles en restant les uns et les autres sur nos gardes, faisant attention à tout geste mal interprété, car après ces minutes de grosse tension, il faut revenir au calme psychologique. Puis ils repartent par où ils étaient arrivés. Au passage ils récupèrent leurs armes et disparaissent au bas de la montagne. De toute évidence, leur général les a envoyés pour nous tester. Je ne sais pas à quelle réaction il s'attendait. Par contre, je sais qu'il aurait suffi d'un détail, un petit incident, par exemple un soldat serbe qui trébuche en levant malencontreusement son arme de façon menaçante, et que j'interprète comme un déclenchement d'offensive pour que je fasse tirer sur le groupe.
À la fin de ma mission de quatre mois, la passation de consignes à mon successeur m'a une fois de plus amené à vivre une situation chargée en adrénaline. En effet, alors que je le conduisais sur les différents sites environnant Sarajevo à partir desquels nous guidions les avions, il se montra très curieux concernant l'un d'eux. Il s'agissait d'un point haut sur l'une des collines dominant la ville. Sur le mouvement de terrain en face de nous se trouvait une ligne de canons serbes. Afin de les faire désigner aux avions de combat, nous prenions comme point de repère initial une usine dans la vallée sous nos pieds. Cette usine nous ne la voyions pas du fait d'une rupture de pente. Cependant, je savais précisément où elle se situait et j'en connaissais les caractéristiques, car l'aéronavale française m'avait fait parvenir des photos de qualité. Mais mon camarade ne voulant se satisfaire des photos, il me demanda donc que nous allions voir de nos propres yeux cette fameuse usine. Pour ce faire, il fallait passer une petite ligne de crête à partir de laquelle la vue était plongeante sur le fond de la vallée. Je lui dis que cette manœuvre je ne l'avais jamais faite, elle était inutile et de plus fort dangereuse, car considérée à coup sûr comme une provocation par les Serbes. Nous nous dirigeons à pied vers ce lieu, alors que je m'efforce de le convaincre de la stupidité de ce que nous sommes en train d'accomplir. Au moment de passer cette fameuse ligne de crête, un sifflement strident et violent se fait entendre. L'air autour de nous est comme déchiré par une vibration puissante. Nous réalisons immédiatement que nous avons été la cible d'un tir direct. L'obus à pleine vitesse a dû passer dans un rayon d'une dizaine de mètres, mais heureusement un peu au-dessus. Du fait de notre position dominante il a franchi la colline et s'est écrasé loin derrière. Là j'ai dit à mon camarade que je refuse de continuer et je fais demi-tour, il me suit. Un deuxième obus s’abat à une centaine de mètres dans le jardin potager d'une villa en contrebas. Nous nous mettons à courir vers notre véhicule blindé. Une fois que nous sommes à l'intérieur, un troisième obus éclate à proximité et nous recevons quelques pierres projetées par le souffle de la déflagration. De toute évidence les Serbes nous ont fait passer un message, quant aux limites à ne pas dépasser. Je l'ai bien senti depuis quelques mois que je travaille dans ce secteur, qu'il y a un code de comportement non écrit mais bien établi entre eux et nous. S'ils avaient voulu nous tuer je pense que le premier coup aurait été le bon. Cependant plus j'y pense et plus je me dis que ce premier obus est passé très, très près. La moindre erreur de tir de leur part et nous le recevions directement et nous étions transformés en poussière. Ce sont là des expériences uniques, qui lorsque vous les avez vécues, vous marquent pour votre vie. Face à des décisions lourdes de conséquences que l'on peut être amené à prendre, je constate que je ne me pose plus de questions annexes. Toute la réflexion, que chaque militaire a dû avoir en amont concernant le métier des armes, permet de réagir sans état d'âme mais en gardant en tête les principes de démocratie et d'importance de la vie humaine.
Voilà ce que j'ai vécu dans cette ville et ses environs durant quatre mois de l'année 1994. C'est avec beaucoup d'intérêt et une curiosité exacerbée que j'y reviens en mai 2008, au cours d'un périple à travers les Balkans.
Mon arrivée se fait par une route à forte circulation, alors que je connaissais ce pays au travers d'un trafic inexistant hormis les véhicules militaires de la coalition de l'ONU. Donc tout surpris je rentre dans une ville qui n'a plus rien à voir avec celle où j'avais vécu. Très rapidement j'arrive au carrefour où durant quatre mois j'avais connu cette carcasse de tramway tordue et rouillée. Je suis impressionné par l'activité de la ville. Les façades des immeubles gardent les traces de la guerre. Comme il est étrange de voir cette foule dans ces rues dont je garde le souvenir d'un lieu désert, où seules les déflagrations perturbaient le silence pesant. Ce qui me frappe tout de suite une fois de plus, c'est cette foule de constructions escaladant les collines, mélange de maisons de quartiers, de mosquées et de cimetières. Ces derniers ne sont pas cachés par de grands murs afin de les soustraire à la vue. Bien au contraire ces véritables forêts de stèles blanches éclatantes, surgissent un peu partout au gré des reliefs qui enserrent la ville, par groupes plus ou moins importants. Au cours de mon séjour précédent, cette cité, je ne l'avais pas perçue de cette façon, sans doute accaparé à guider des avions à partir de mon blindé.
Après renseignement je vais loger chez l'habitant à mi-chemin du sommet d'une colline, où je me rendais fréquemment pour accomplir ma mission. Lorsque je parle au propriétaire de cet endroit que j'avais fréquenté pendant le siège, je le sens un peu gêné. Il me dira au fil de la conversation qu'à cette époque il était réfugié en Suisse. Il n'a pas à se sentir gêné. En effet, qu'aurait-il bien pu apporter en restant ici durant cette période de terreur ? Le quartier est superbe, constitué de petites rues en pente, délimitées par des maisons très balkaniques, un étage maximum, bien propres, badigeonnées à la chaux. De temps à autre une mosquée aux dimensions réduites, avec un minaret noir en bois dépasse au-dessus des toits. Que ce quartier est esthétique ! Sur une fenêtre deux chats sont langoureusement étalés, l'un d'eux est d'une blancheur immaculée et l'absence de contraste sur le mur blanc est étonnante. Sans délimitation aucune on passe de la rue à l'un des multiples cimetières. Les stèles funéraires relèvent plus de monuments historiques que des froides demeures de défunts que l'on rencontre chez nous. En s'y promenant on ressent tout le poids de l'histoire récente et dramatique, mais aussi et surtout de l'histoire ancienne et multiple, chrétienne et principalement ottomane. Le syncrétisme est palpable dans ce mélange de cultures. Ce qui est étonnant c'est qu'une guerre ait pu éclater. Pourquoi des peuples qui ont de tels points de convergence peuvent arriver à se battre. Des origines différentes qui subsistent malgré le temps et qui resurgissent sous le poids des évolutions géostratégiques, sous la pression de systèmes idéologiques du passé. Des chefs à l'esprit obtus, exacerbent les peurs par rapport à l'autre et tout éclate ? Cette différence culturelle entre orthodoxes, catholiques et musulmans, je l'ai connue en Albanie. Mais les situations ne peuvent se comparer. Dans ce petit pays, quelles que soient les origines religieuses, le voisin n'est pas ressenti comme une menace, même si on s'en moque parfois. Sans doute est-ce là tout le côté néfaste d'un politicien, qui de par son formatage idéologique, entretient des barrières entre les différents groupes, alors que son prédécesseur avait maintenu l'union, certes d'une main de fer. Sans doute est-ce facile de dire ce que je dis, la réalité de la relation humaine étant complexe. Peut-être les groupes d'origine différente ne sont pas vraiment solubles entre eux? Adieu les belles illusions de citoyen du monde, image idyllique que nos démocraties colportent de façon un peu hypocrite. Dans notre pays, la France la fraction ethnique est une réalité qui semble devenir de plus en plus visible. On comprend d'autant mieux, alors que nous sommes un pays encore prospère qui se veut démocratique, pays des droits de l'homme, que dans un pays pauvre régi par des règles sorties du communisme stalinien, les explosions entre groupes soient inévitables. Ces clivages qui montent les hommes les uns contre les autres, n'empêchent pas qu'individuellement ces mêmes hommes soient accueillants et très sensibles, c'est tout le paradoxe de la race humaine.
En tout cas je ne suis pas très optimiste pour le devenir de la Bosnie et de Sarajevo en particulier. Ce que j'y ai vu en 2008 n'est pas très rassurant. J'ai ressenti que si en apparence les frontières n'existaient plus, les différents groupes les situaient toujours avec précision. Si nous, Occidentaux, nous pouvons passer dans les différentes zones de Bosnie, les autochtones semblent beaucoup plus cantonnés par secteur. Par exemple il n'est pas possible de faire le tour de l'aéroport de Sarajevo en bus. De façon inexplicable à première vue, il s'arrête à un endroit et ne va pas plus loin. Cela semble correspondre aux limites de la zone de front que j'ai connue il y a plus de vingt ans.
Ayant donc utilisé le bus jusqu'à son terminus je continue mon tour à pied et je tombe sur le fameux tunnel, dont à l'époque nous ne savions pas s'il s'agissait d'un mythe ou d'une réalité. Que d'émotion cela me procure d'y pénétrer. Ce tunnel permettait aux Bosniaques de rejoindre la ville de Sarajevo en passant sous l'aéroport, car tous les accès terrestres étaient tenus par les Serbes, ou maintenus sous leur menace. De son point d'entrée sous terre je distingue très nettement le bâtiment de l'aéroport dans lequel j'avais été logé au cours de mon dernier mois de présence. Me revient à l'esprit mon installation dans la pièce qui m'avait été attribuée avec mon équipe. La fenêtre détruite ne protégeait pas la pièce des intempéries, mais surtout des tirs éventuels de snipers bien identifiés à proximité. Donc très humblement nous avions mis des sacs de sable dans le trou béant de la fenêtre, laissant un petit espace latéral afin que la lumière entre. Aucun sniper ne nous a jamais tiré dessus. Par contre je n'ai jamais cherché à les narguer. S'il avait été question de les détruire, alors il y aurait eu le choix entre un tir de blindé ou un passage d'avion, mais ce n'était pas à l'ordre du jour. Cependant mon successeur, sans doute plus joueur, s'est amusé à attirer l'attention d'un sniper. De ce fait de temps à autre, il se rappelait à son bon souvenir en lui tirant une balle dans la pièce, rien que pour le « fun ». Je suis content de ne pas avoir goûté ce genre de plaisir !
En regardant les vastes espaces dégagés de cet aérodrome, me reviennent en mémoire les soirées, où alors incorporé dans un régiment de légion je prenais des tours d'officier de service, dont la mission principale la nuit était de suivre la fameuse mission dite de « crossing ». Il s'agissait de gérer le flux de Bosniaques qui traversait en surface la zone de l'aéroport contrôlée par la force internationale. Tous ne pouvant pas emprunter le tunnel, le passage à l'air libre se faisait sous les yeux des Serbes qui avaient une vue directe sur la scène, car ils tenaient les deux extrémités de la piste. Or en vertu d'un accord international, la force militaire de l'ONU avait la responsabilité d'interdire aux Bosniaques de traverser en ce lieu. Il en résultait une situation ubuesque. Les Serbes nous menaçaient de tirer dans le tas si nous n'empêchions pas les Bosniaques de passer. Avec des véhicules blindés coordonnés de la tour de contrôle à l'aide d'intensificateurs de lumière infrarouge nous surveillions les passages. Avec nos blindés nous interceptions les personnes en train de traverser et les ramenions à leur point de départ. Dans une même nuit il n'était pas rare de ramener plusieurs fois la même personne. Et la population essayant de traverser était très diverse, ça allait de la jeune fille en mini-jupe au paysan qui traversait avec sa vache. Bien évidemment cette dernière il n'était pas question de la faire monter dans le blindé, on l'accrochait donc à l'extérieur. Tout ce ballet était observé par les Serbes qui parfois nous appelaient au téléphone pour nous dire d'être plus efficaces, en nous menaçant d'ouvrir le feu au canon si nous n'obtempérions pas. Me trouver là en bordure du terrain d'aviation avec tous ces souvenirs qui me reviennent à l'esprit est très émouvant. Prendre les transports en commun le long de « sniper allée » que cela me semble étonnant. Cette avenue est longue, je n'en avais plus un tel souvenir. Une ville déserte se traverse effectivement plus facilement qu'une ville noyée dans un trafic important. Des grappes humaines dans ces bus, cela prouve que la vie a repris malgré les problèmes qui subsistent. La visite du musée national, qui délimitait quasiment la ligne de front est aussi un moment unique. L'un de ses conservateurs qui y est demeuré tout au long de la guerre, vous montre la position de la ligne de front, qui passait pratiquement dans le petit bout de pelouse attenant au bâtiment.
Je pénètre dans l'enceinte de l'université. Une partie des bâtiments est abandonnée, étant trop endommagée et les réparations tardent. Ce qui est frappant, ce sont ces murs criblés de balles. Ces scènes je les ai aussi beaucoup vues en Croatie, autre pays dévasté par cette guerre de désagrégation de la Yougoslavie. Mais lorsque l'on regarde les façades de nombre de nos cathédrales on y voit les mêmes traces, souvenirs des conflits passés. Une fois dans les bâtiments occupés, un cerbère femme à l'allure peu sympathique me demande ce que je fais en ce lieu. Je lui réponds que je cherche la bibliothèque, qu'elle m'indique. Cela me permet de continuer à me promener pour m'imprégner de l'ambiance de cette université. Beaucoup d'étudiants y circulent l'air empressé, mais il m'est difficile de me faire une idée de l'activité réelle qui y est menée. Nombreux sont ceux qui parlent au moins un peu l'anglais, me semble-t-il.
Cette ville de Sarajevo la nuit est magnifique. Y manger dans un petit restaurant du centre, attablé sur la terrasse en pleine rue piétonne, au milieu d'une foule dense qui déambule, permet de bien prendre le pouls de la population. Beaucoup de jeunes, moins cependant que dans la ville de Prisren, capitale historique du Kosovo, que j'ai traversée la semaine précédente. Un pourcentage non négligeable de jeunes femmes sont voilées. Mais contrairement à ce que l'on voit généralement, ces voilages sont multicolores de tissu de belle qualité et moulants sur tout le corps. Ce que je pensais être le but du voilage, cacher les formes féminines, a ici l'effet inverse et révèle toute la grâce et l'esthétique de la passante. Que faut-il y comprendre ?
Le soir après ce bain de foule agréable, dans cette zone bien éclairée, que j'avais connue lugubre et déserte durant de longues nuits, je remonte à ma chambre. Il fait bon. La ville vue de haut est une véritable splendeur. Les collines environnantes enserrent de leurs lumières plongeantes cette cité qui s'étire en longueur. Une multitude de mosquées pointent leurs minarets couronnés d'ampoules. Je longe un grand cimetière aux stèles centenaires, elles débordent de l'autre côté de la rue qui le délimite, en colonisant quelques plates-bandes. On dirait qu’elles ont décidé d’aller se promener en prenant quelque liberté. Toutes ces pierres blanches érigées de facture ottomane, aux formes arrondies et pleines d'harmonie, reflètent la lumière environnante. Il règne en ce lieu une grande quiétude et cette atmosphère prend aux tripes. De telles rencontres faites au hasard vous tombent dessus par surprise et brutalement déclenchent une émotion très forte. Dans ces instants, l'émoi qui monte et vous envahit, procure une forme de béatitude que l'on aimerait garder en soi longtemps. Il me faut m'engager ensuite dans une petite rue en pente raide, pleine de pénombre. Au détour d'un mur, une mosquée au minaret de bois noir luit faiblement, tel un fanal sombre. Cette ville de nuit m'a bouleversé.
Ces deux passages séparés par 15 ans dans Sarajevo m'ont inspiré les quelques pages précédentes. Cette ville dans laquelle des événements capitaux pour l'Europe se sont déroulés au cours de toutes les époques de notre histoire, en particulier l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand héritier du trône d'Autriche par un jeune Serbe le 28 juin 1914, lieu permanent d'affrontement de civilisations et de religions, revêt à mes yeux une grande importance. Elle représente la ville balkanique dans toute sa splendeur et sa complexité historique. Avoir assisté, et participé à mon niveau, à l'un de ses épisodes historiques, l'un sans doute des plus dramatiques, me laisse une impression forte et des images indélébiles. La simple évocation de ce nom, Sarajevo, réveille en moi le souvenir d'une période passée, vécue avec intensité. Cette saison en Bosnie est probablement à l'origine de cette passion balkanique que j'éprouve fortement et que j'ai cultivée à travers d'autres pays, en particulier l'Albanie. D'ailleurs le jour où je changerai de véhicule, nécessairement j'aurai droit à une plaque avec nouvelle immatriculation qui laisse le choix du département. Et si j'en ai la possibilité à la place du 69 dans le coin inférieur droit j'aimerais mettre un aigle albanais, symbole balkanique par excellence, qui transcende les frontières de plusieurs pays.
Une semaine à Tulum avec enfant English translation pending
Bonjour, je souhaiterais passer une semaine à Tulum en janvier ou février avec mon fils de 5 ans. Est-ce un bon choix pour passer une semaine? Quel hôtel ou pension me recommanderiez-vous (cabanas sur la plage de préférence)? Comment rallier l'aéroport de Cancun et Tulum? Que faire comme sortie, activité à la journée ou demi-journée à proximité? Merci.
Comment protégez-vous votre appareil photo à vélo English translation pending
Bonjour,
J'ai hésité à poser la question dans la rubrique vélo ou dans la partie photographie, chaque type de transport ayant ses particularités.
J'ai acquis récemment un compact pour remplacer dans les prises de vues mon tél qui faisait de la qualité mais avec ses limites, pas de vrai objectif par exemple.
Le problème est que je pouvais laisser le tel relativement en "vrac" dans la sacoche de guidon sans risque.
Avec l'appareil photo, peut être aussi parce qu'il est neuf, je ne me sens pas de le poser ainsi dans la sacoche sans risques pour l'écran ou l'objectif, sans compter les poussières.
Ainsi je vais donc le protéger mais j'hésite entre 2 "concepts"
Le premier maintenant devenu plus habituel, la sacoche de ce genre

La protection y est plus importante que l'autre choix on peu y ranger d'autre choses, comme les cartes SD mais c'est assez volumineux me semble t'il et la place aussi est compté en voyage dans la sacoche.
L'autre possibilité qui d'ailleurs me rappelle mon jeune temps est ce genre d'étui

Ici, la protection au choc notamment est moindre, mais le volume lui est plus raisonnable.
je pense que l'un comme l'autre permettent un temps d'accès équivalent à la prise de vue
Quelle est votre pratique et les choix que vous avez faits et peut être quels critères n'ai je pas pris en compte?
Merci
J'ai hésité à poser la question dans la rubrique vélo ou dans la partie photographie, chaque type de transport ayant ses particularités.
J'ai acquis récemment un compact pour remplacer dans les prises de vues mon tél qui faisait de la qualité mais avec ses limites, pas de vrai objectif par exemple.
Le problème est que je pouvais laisser le tel relativement en "vrac" dans la sacoche de guidon sans risque.
Avec l'appareil photo, peut être aussi parce qu'il est neuf, je ne me sens pas de le poser ainsi dans la sacoche sans risques pour l'écran ou l'objectif, sans compter les poussières.
Ainsi je vais donc le protéger mais j'hésite entre 2 "concepts"
Le premier maintenant devenu plus habituel, la sacoche de ce genre

La protection y est plus importante que l'autre choix on peu y ranger d'autre choses, comme les cartes SD mais c'est assez volumineux me semble t'il et la place aussi est compté en voyage dans la sacoche.
L'autre possibilité qui d'ailleurs me rappelle mon jeune temps est ce genre d'étui

Ici, la protection au choc notamment est moindre, mais le volume lui est plus raisonnable.
je pense que l'un comme l'autre permettent un temps d'accès équivalent à la prise de vue
Quelle est votre pratique et les choix que vous avez faits et peut être quels critères n'ai je pas pris en compte?
Merci
Stelvio à vélo (Italie) English translation pending
Bonjour
Je recherche un point de chute sur Bormio (ou environs) pour réaliser la grimpée de quelques cols en vélo (Stelvio, Pordoï, Gavia...), fin juin 2015.
Si vous avez des bons plans (hôtels, campings, chambres ou maisons d'hôtes, locations diverses....) y compris accueil camping-car, je suis demandeur.
Merci d'avance