Salut Isabelle,
Nuit:ParenOParenC: au
parc national de la Tierra del Fuego est ce qu'il te faut. Si tu n'as pas de tente, tu peux en louer directement dans le parc. Il y a plusieurs camping mais un seul qui loue des tentes et qui a un petit bar. Les mini-bus t'y deposent. En fevrier 2007, c'etait 20pesos la nuit pour la location de tente (igloo deja installe), c'est ce que j'avais trouve de mieux apres avoir arpente tout
Ushuaia. Les tentes a achetes etaient hors de prix a l'epoque (environs 400 pesos soit 100euros) et celles a louer a l'office des guides de montagnes ou truc comme ca etaient minimum a 40 pesos la nuit.
Bon, je n'avais ni tapis de sol ni sac de couchage, c'etait l'ete, et bien qu'extenuee, je n'ai pas ferme l'oeil de la nuit: trop froid (-5 environs).
Rando, la plus belle est de loin celle d'El Guanaco. Je n'avais pas de plan du parc mais pres du camping il y a un panneau avec toutes les randos que tu peux faire.
Je te mets ci-dessous un extrait de mon journal de bord et pour des photos, du peux allee voir sur le blog justement, indique en signature... a moins que tu preferes avoir la surprise totale comme je l'avais eue!

Aussi, j'etais dans un hostel a pas cher, 30 pesos (c'est
ushuaia), et j'y avais laisse la majorite de mes affaires (sans devoir paye mes nuits d'absence). passe au supermarche achete suffisemment de bouffe avant de partir, mis a part ce bar aux horaires bizarres et aux prix version
Ushuaia forcement, il n'y a rien dans le parc.
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Nuit à l’AJ. Le lendemain, je me met en recherche d’une tente de camping, à louer ou à acheter. On m’a conseillé de camper dans le parc national de la Terre de Feu, ce que j’ai bien l’intention de faire, bien que je n’ai aucune idée de ce à quoi m’attendre. Tout est trop cher. Je constate effectivement ce dont on m’avait avertie:
Ushuaïa, piège à touristes, “piège à neuneus” comme j’ai lu une fois sur un forum de voyageur. Je reviens donc à l’AJ, bredouille. Je laisse mon gros sac et n’emporte que le nécessaire, bien décider à camper dans le parc national coûte que coûte. On m’a dit qu’il devait être possible d’y louer une tente là-bas directement. Quelques provisions au supermarché et en route choucroute! Il est environs treize heures quand le bus me dépose au camping du Parc National, près du lac Roca. Là, je loue la tente pour la nuit, pour moitié moins cher que ce qu’on m’avait proposé à Ushuaîa même. J’y laisse quelques affaires et emporte mon sac allégé direction... je ne sais pas! “Je ne sais pas où je vais mais une chose est sûre: j’y vais!” pourrait être le leitmotiv de ce voyage. Deux ans de préparation sans savoir où me mènerait ce voyage mais avec la détermination de “le faire”. Et me voici dans le parc national de la Terre de Feu, à
Ushuaïa, ces mots qui font rêver des milliers de gens juste en les prononçant. Et moi, en train de vivre ce rêve, ici, dans l’un des endroits les plus australes du monde, à mille kilomètres seulement de l’Antarctique. Alors je regarde la carte du Parc sur un panneau, les commentaires des différentes pistes. Mmm... le sentier d’El Guanaco propose deux points de vue, et le début de la piste est à peine à un kilomètre du camping. C’est parti! A ce moment précis, je n’ai aucune idée de ce à quoi m’attendre, ni la difficulté, ni le type de ballade. Je sais juste que ça fait six kilomètres de long, que si je vais jusqu’au deuxième point de vue, fin du sentier, je serai a 973 mètres d’altitude. Ca ne me paraît pas énorme, je m’élance, il est quatorze heures. Forêt. Ca grimpe après seulement quelques mètres. Des racines, des troncs à enjamber ou à éviter, il faut souvent monter les genous jsuqu’à la poitrine. J’ai chaud, j’ai soif. Je m’arrête après seulement vingt minutes de forêt montante. Je n’ai pas encore trouvé mon rythme, je vais un peu trop vite peut-être. Je repars, c’est bon, j’ai mon rythme, mais je m’arrête à nouveau vingt minutes plus tard, je mange une demi banane et je repars. Deux mètres de cours d’eau à traverser sur un tronc d’arbre et on continue la grimpette, avec le soleil qui perce entre les arbres. J’arrive au premier point de vue, gros rocher plat dominant la vallée. C’est vraiment chouette, le lac Roca, lac vert, en bas, les montagnes avec les sommets enneigés au loin. Je croise un couple de Brésiliens qui sont sur la descente, ils me disent qu’il y en a encore pour deux heures. Aaah! Mais je vais mourir! Ils ont mis une heure quarante à faire ce que je viens de faire en une heure dix. Je me dis que peut-être j’en ai encore pour moins de deux heures. Mes mollets me font déjà mal, je suis essoufflée, c’est dur. Mais je n’arrête pas de me répéter ce leitmotiv “je ne sais pas où je vais mais j’y vais”. Pas question d’abandonner. Un rapide coup d’oeil sur la carte et je constate que je suis, en distance du moins, à mi-parcours. Je continue. De la forêt grimpantee et fatiguante encore un peu. Et puis enfin, un peu de plat! De faux-plat mais quand même, ça ne grimpe plus aussi raide, je me dis que ça va me reposer un peu. Et bien non: rapidement arrive un terrain boueux, genre marécageux. Un kilomètre de boue, qui vole jusqu’au mollet de mon pantalon. C’est là que je suis contente d’avoir les Jumelles qui m’arrivent jusqu’à la cheville, waterproof, et qui me garderont les pieds bien au sec tout du long. Il faut s’agripper aux arbustes sur le côté de la piste si on ne veut pas finir au milieu d’un champ de gadoue. Un vrai cross, un Fort Boyard, un Koh-Lanta... mais sans argent au bout. Un autre butin doit m’attendre à la place sans doute. Par (ma petite) expérience, les randos les plus dures sont en général celles qui offrent le plus beau réconfort au bout. Mais ça se mérite. Alors je persiste à suer et à galérer dans cette boue. Pas le passage le plus difficile des six kilomètres (pas reposant pour autant), mais pas le plus agréable non plus. Sortie de ce terrain plus ou moins plat, m’y voici: au pied du mont. Abrupt, caillouteux, raide. J’évalue la distance, environs un kilomètre de piste jusqu’en haut, puis la difficulté. Je me dis qu’il va me falloir environs une heure pour atteindre le sommet. Je n’en peux plus. Mes jambes me font un mal de chien, la plante des pieds, les orteils, un mal de chat. Je regarde autour de moi et la vue est déjà magnifique. Je ne sais pas ce qui m’attend là-haut mais ça doit valloir la peine, au sens sale (pourquoi propre? je suis dégueulasse à ce moment de l’ascension). Alors j’entame cette piste caillouteuse par le flanc de la montagne, dangeureuse aussi si on manque d’attention. Vite, il me faut compter mes pas par série de dix pour me motiver à avancer. Mon sac pèse une tonne sur mes épaules endolories. Qui y a rajouté des poids d’altère sans que je ne m’en aperçoive? Qui, hein? Il devrait pourtant être plus léger puisqu’il y a une banane et trois-quart de litre d’eau en moins... moins ma polaire que je viens d’enfiler parce que le vent commence à souffler frais, doit pas y faire chaud là-haut. Trois Argentins d’
Ushuaïa feront la fin du trajet avec moi. Je suis seulement au tiers du mont et je m’arrête tous les vingt mètres. C’est trop dur, je suis exténuée. Là, je croise un couple de blonds cinquantenaires, sur la descente. Merde! Si eux y sont arrivés, il n’y a pas de raison pour que je n’y arrive pas! Ca me remotive, et je repars. C’est dur. Très dur. Très très dur. De plus en plus. Un, deux, trois,... huit, neuf, dix pas. Allez, je vais jusqu’à ce piquet jaune et je m’arrête, pas avant! ça doit faire dix séries de dix pas, vas-y poulette! Je regarde mes pieds, les pas se font de plus en plus courts. Je pense aux alpinistes, à ceux qui se tapent des sommets de quatre ou six mille mètres. Mais comment ils font bon sang?! Je m’approche du sommet. Je croise deux argentins de
Buenos Aires, Carlos et Victor. Il me reste quinze minutes ils me disent et il y a aussi deux Français au sommet. Un petit coup d’oeil et le paysage autour de moi est à couper le souffle, je n’ai pourtant pas besoin de ça pour me le couper au point où j’en suis! Cinq minutes plus tard, je croise le couple français. En haut c’est grandiose selon eux, trois cent soixante degrés d’un paysage magnifique, on voit les avions qui se posent au loin sur la piste d’
Ushuaïa, tous les sommets,... Et enfin, m’y voilà! Sur la crète, les pieds dans la neige éternelle! La piste continue encore un peu puisque je suis dans une petite bassine. Il fait froid, j’enfile ma veste de rando. Et me voici sur le toit du monde! Ah! Nature, Mère Nature, que tu es belle! Merci! Merci d’exister! Merci de m’avoir donner la chance de vivre cette vie! Je peux mourir demain, j’aurais vu le plus beau paysage de ma courte vie! Pfff... Je suis sans mot. Trois cent soixante degrés d’une beauté inouïe: lacs verts, mer, montagnes, sommets aux neiges éternelles, ciel bleu, soleil de plomb. Et puis, arrivant, de je ne sais où, un aigle, majestueux, passe à une dizaine de mètres de moi, si petite dans cette immensité. L’émotion est trop forte et je lâche une petite larme. La nature a ça de beau que sa pureté m’émeut à chaque fois. Et pis, après tant d’efforts, quel plaisir d’y être arrivée! Et Dieu sait si “y” en vaut la peine! Il m’a fallu trois heures de peine et de volonté pour atteindre ce point d’une beauté sans pareil. Je ne voudrais pas le quitter mais ça fait déjà une heure que j’y suis et il est plus prudent de redescendre maintenant. Quelle affreuse descente! J’ai horeur de revenir d’une rando par le même parcours, surtout si, comme ici, la rando mène à un point final magnifique et que le chemin pour s’y rendre n’offre rien d’exceptionnel. Alors voilà, pendant deux heures durant, je descend, attentionnée pour ne pas tomber ou glisser ou me prendre des branches dans les yeux. Ca me tue les genoux cette descente, mes épaules et mon cou vont se décrocher d’une minute à l’autre. Et pis enfin, j’arrive au pied du lac vert sans embûches.
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Je precise qu'a l'epoque, je n'avais pas fait de randos depuis euh... des mois et des mois, et c'etait la premiere du voyage. Peut-etre ne la trouverai-je pas aussi dure aujourd'hui l'ascension d'El Guanaco.
Bon voyage,
Lilie