Mieux ne vaut pas être un poulpe, en Galice, sinon on a de fortes chances de finir mangé tout chaud. Mais si on n'en est pas un, on peut aller à Santiago di Compostella où on entre dans la cathédrale comme dans un supermarché, à cause des vigiles à l'entrée. Ensuite, si on y va un dimanche, se frayer un chemin à travers la foule et ne pas écraser de pieds. Si on ne parvient pas à s'en empêcher, ne pas s'inquièter car tout est prévu: on peut immédiatement aller dire sa pardonnable faute dans les confessionnaux qui ne manquent pas. On peut choisir ces derniers en fonction de leurs numéros, surtout si on a un nombre porte-bonheur, ou bien on peut les choisir à la façon intellectuelle, qui nécessite cependant de lire les phrases en dessous des numéros, tout ça pour apprendre que les péchés peuvent se confesser en plusieurs langues. Il est néanmoins fortement conseillé de ne les confesser qu'en une seule pour avoir le temps d'être témoin d'un miracle: un vase relié au plafond par une corde et balancé sur plusieurs dizaines de mètres ne tombe sur personne, ce qui pourrait être dangereux, surtout qu'il est brûlant vu qu'il dégage une odeur d'encens. Ensuite attendre que tout le monde sorte et se promener dans un lieu enfin plus respirable, sans doute à cause des bougies électriques: on met une pièce, et quelque chose d'électrique qui ressemble à une bougie s'allume. Il est conseillé de le faire car ça peut rapporter gros, paraît-il. On peut alors sortir par une porte qui n'est ouverte que certaines années. C'est une porte d'entrée, mais on peut avoir l'esprit de contradiction. En tout cas, se dépêcher de la franchir avant le 31 décembre, car elle sera ensuite murée, tout ça parce que toutes les années n'ont pas un 10 juillet qui tombe un dimanche.
Voilà, on est dehors et il pleut, ce qui n'empêche pas le défilé ininterrompu de randonneurs, car Santiago di Compostella est en fait le lieu de rendez-vous de marcheurs qui n'ont parfois qu'une coquille pour se protéger la tête de la pluie. Ou qui n'avaient parfois pas d'yeux valides pour voir le chemin qu'ils faisaient. Ou qui n'ont plus été trop vieux le temps de quelques jours, de quelques semaines, sur des chemins de pluie et de boue. Ca fait marcher, la foi. On a essayé de trouver autre chose, mais non.
Et puis il y a les autres qui sont venus voir Dieu en voiture, en car ou en train. Ou qui sont venus voir autre chose. Le temps qu'il faisait. Une architecture plus vraie que sur des photos, avec pluie en 4D et multiphonie.
A quand Santiago ville sans voitures?