25 novembre Cafayate à la Viña 107 km 630 m de dénivelé
Après deux jours à Cafayate où nous nous sommes laissés vivre entre lecture, terrasses de café et restaurants sympa dans certains recoins de la ville nous reprenons la route.
Ce matin nous partons relativement tardivement car nous pensons bivouaquer après avoir remonté les gorges de
Cafayate. Nous disons au revoir au personnel de la Ruta 40 qui a vraiment été adorable.
Dans un premier temps la route longe de grandes propriétés viticoles, puis rentre dans de sublimes gorges et sur 80 kilomètres les couleurs et les formes de roches sont incroyablement diversifiées, mais malheureusement il fait gris et les contrastes sont atténués.
Il y a pas mal de circulation pour cause de weekend et de plus cette route est très empruntée par les étrangers car très touristique, on comprend bien pourquoi. Nous rencontrons trois couples de Français en voyage avec voiture. Étonnement, deux d'entre eux sont lorrains et le dernier alsacien.
Dans la première partie de la gorge nous restons « scotchés » à tous les virages tant cette nature est magnifique. Et je suis d’autant plus étonné que ce parcours je l’avais fait dans l’autre sens en 2013, mais je n’en gardais pas ce souvenir. J’avais sans doute mis le nez dans le guidon et appuyé comme un sourd sur les pédales et n’avais rien vu ! Même à vélo on n'est pas sûr de voir ce qui nous entoure! Les haltes sont nombreuses et nous nous enfonçons dans les canyons en bordure de route. Le temps couvert et les gros nuages qui enveloppent les hauteurs donnent un cachet mystérieux à ce massif montagneux.
Nous rencontrons un cyclo hollandais avec lequel la discussion s'éternise. Il nous apprend que 47 km plus loin il y a possibilité de se faire héberger. Donc adieu l’option bivouac car il n’est même pas midi.
Pour la halte de mi-journée une gorge en amphithéâtre très touristique nous offre un coin d'ombre. Le repas est constitué de notre riz habituel cuit la veille et gâterie aujourd’hui accompagné de jambon cru et d’œufs.
Deux couples de Français qui visitent le lieu engagent la conversation et nous décrivent leur périple à travers l’
Amérique du Sud, avions, bus, voitures de location, en un mois un périple vertigineux à courir après le temps. Je me dis qu’il en faut du courage pour se lancer dans une telle course contre le temps. Déjà qu’un seul trajet aller-retour en avion en deux mois et demi cela me terroriserait presque, alors j’imagine mal être à leur place, je suis trop « speedy » pour me lancer dans des voyages taillés au métronome. Deux conceptions du voyage s'affrontent, voir un maximum de choses en planifiant rigoureusement son temps ou laisser les événements se dérouler avec un fil directeur général. Chacun son fonctionnement.
Vers 14 h après un bain de foule ma foi pas désagréable retour sur la selle, et malgré le vent défavorable, cependant pas trop fort, nous avançons bien. Nous atteignons vers 16 h le point indiqué par le Hollandais, manifestement le lieu est agréable. Problème il nous est demandé un prix important, je dirais exhorbitant, comparativement à ce que nous payons habituellement, de l’ordre de 15 euros chacun. Certes pas de quoi fouetter un chat mais question de principe et puis nous avons pris nos habitudes.
On nous indique que trois kilomètres plus loin se trouve un hostal plus dans nos cordes. Donc nous n’hésitons pas et nous voilà repartis. Une fois sur place l’employée nous dit qu’ils ne louent plus de chambres. Cependant elle nous indique qu’à 12 km dans le village de la Viña il y a de quoi se loger. Nous voilà à nouveau repartis pour 12 km. Ce nouveau village est atteint vers le 17 h. J'ai un petit pincement au cœur car je me remémore mon passage furtif au petit matin, le jour à peine levé, il y a 5 ans au cours d'une autre traversée, que le temps passe vite!
C’est un peu le jeu de piste pour trouver cet hospedaje. Enfin nous y voilà après des tours et des détours. Encore quelques péripéties pour que la propriétaire vienne nous ouvrir car elle est chez ses enfants un peu plus loin. Enfin nous sommes installés dans un endroit charmant et notre hôtesse est absolument charmante, vieille dame qui dégage la sérénité et la bonté.
Repas du soir dans la station-service à l’entrée du village sur la nationale. Une télévision pour voir la finale des Liberadors, mais le match une fois de plus est reporté, car les joueurs ne se sont pas remis des violences qu’ils ont subies il y a une dizaine de jours en se faisant gazer et attaquer à la descente de leur bus.
26 novembre La Viña à Le Carril 51 km 331 m de dénivelé
Après nuit très tranquille, nous ne sommes pas pressés de partir, rien ne nous presse, en effet
Salta se rapproche dangereusement vite. Il ne faudrait pas faire des étapes de 100 km tous les jours et nous sommes un peu prisonniers de la route goudronnée du fait de la fracture du pouce d'André.
Nous sommes vraiment impressionnés par les stridulations des cigales, qui se mettent à chanter dès le matin dans le jardin de notre hôtesse. Alors j’imagine les personnes qui se trouvent dérangées en
Provence, là elles partiraient en courant. J’ai entendu récemment l’information qu’un couple de vacanciers s’était renseigné dans les Bouches-du
Rhône ou dans le Var pour obtenir un produit afin d’exterminer les cigales qui perturbaient leurs nuits ! Ouille ça devient difficile pour certains citadins d’accepter les bruits de la nature, heureusement certainement sont-ils très minoritaires. Dans les campagnes françaises on s'organise, des maires édictent des arrêtés dans lesquels ils énumèrent les bruits naturels ou non ainsi que les odeurs auxquels les personnes en vacances auront à faire face sans se plaindre !
Nous croisons au démarrage un couple à vélo, lui est allemand et elle espagnole et ils travaillent à
Lausanne. Nous n’avons que le choix de la langue pour échanger.
Quelques kilomètres plus loin nous nous arrêtons pour écouter cette symphonie de milliers de cigales qui font monter une clameur des buissons en bordure de route, nous en restons ébahis.
La fin du voyage approche mais j’ai encore une incroyable envie de pédaler, sans doute ma forme physique ne fait qu’augmenter. Le miracle du voyage à vélo réside aussi dans cela, plus on roule moins on veut s’arrêter, le corps s’adaptant et l’ossature étant très peu soumises à des traumatismes, ce qui n’est pas le cas pour la marche à pied. Mes grandes traversées à pied jusqu’à 800 kilomètres je ne les ai jamais terminées avec une telle envie de ne pas m’arrêter! La vélo-thérapie comme dit mon gourou Jean qui m'a fait découvrir la féerie du voyage à vélo.
Avant midi notre courte étape est terminée. Le Carril est une ville de grandeur moyenne sans doute plus de 10000 habitants. Nous nous installons au carrefour principal dans un hôtel confortable aux normes occidentales.