Article paru aujourd'hui 30/01/2004.
La grève générale en
République dominicaine a fait huit morts
Les grévistes demandent un moratoire sur le remboursement de la dette dominicaine, le contrôle de l'importation des biens de luxe, la suppression d'un nouvel impôt sur les produits pétroliers et d'autres mesures ayant fait augmenter les prix des produits de base.
La grève générale de 48 heures organisée depuis mercredi 28 janvier en
République dominicaine contre la politique économique du gouvernement de Hipolito Mejia a fait huit morts et plusieurs dizaines de blessés dans des violences, selon les derniers chiffres des autorités et des syndicats.
Jeudi soir, le responsable d'une association, Joselito Vasquez Castro, 24 ans, a été mortellement blessé par deux balles dans sa maison de
Saint-Domingue. Les dirigeants syndicaux imputent le meurtre à une organisation paramilitaire soutenant le président Mejia et la police a ouvert une enquête. Par ailleurs, Clemente Reynoso, 24 ans, chef du parti de gauche Nueva Alternativa, a été tué par des coups de feu, dans des circonstances également imprécises, dans la ville de
Bonao (à 85 km à l'ouest de la capitale dominicaine).
A
San Francisco de Macoris, à 135 km au nord-ouest de
Saint-Domingue, Ramon Almanzar Paulino Reyes, 24 ans, a été mortellement blessé d'une balle dans la tête alors qu'il jouait à la pelote dans la rue, selon ses proches. La police a indiqué pour sa part qu'elle avait été amenée à repousser des manifestants agressifs et que c'est dans ces circonstances que le jeune homme avait reçu une balle.
Les trois victimes de jeudi s'ajoutent aux cinq morts de la nuit de mercredi, selon les mêmes sources. Pour la plupart, les victimes sont des hommes jeunes. En dépit de ce lourd bilan, le porte-parole de la présidence, Luis Gonzalez Fabra, a affirmé mercredi soir que le comportement de la population avait été
"excellent".
SITUATION TENDUE EN PROVINCE
Jeudi, M. Mejia a appelé les protestataires à cesser leur mouvement, arguant qu'
"avec la grève nous perdons tout". Il avait estimé mardi que les revendications des grévistes n'étaient pas recevables dans les circonstances actuelles et
"préjudiciables" pour les secteurs productifs.
Après une paralysie totale mercredi, les rues de
Saint-Domingue avaient retrouvé un peu d'activité jeudi, mais la circulation restait réduite et les commerces du centre étaient fermés. En province, la situation était tendue, surtout dans le nord, et les patrouilles mixtes de policiers et de militaires ont été intensifiées à travers tout le pays. Les forces de l'ordre sont équipées d'armes lourdes.
Les grévistes demandent un moratoire sur le remboursement de la dette dominicaine, le contrôle de l'importation des biens de luxe, la suppression d'un nouvel impôt sur les produits pétroliers et d'autres mesures ayant fait augmenter les prix des produits de base. Ils ont qualifié le premier jour de grève de
"succès total", mais ont déploré l'arrestation de plusieurs dirigeants de gauche. Le ministre de l'intérieur et de la police, Pedro Franco Badia, a justifié ces interpellations en affirmant :
"Nous voulons éviter des attentats contre ces dirigeants syndicaux."
Une grève générale de 24 heures avait déjà eu lieu début novembre et s'était soldée par la mort d'au moins sept personnes.
Les
Etats-Unis ont demandé au personnel de leur ambassade à
Saint-Domingue de ne pas quitter la capitale et d'éviter de voyager dans le pays.