Bonsoir,
Je te remercie de ta réponse très pertinente et qui plus est très bien rédigée, cependant, il y a certains avis sur lesquels j'ai une opinion sommes toutes différente de la tienne.
Lorsque dans mon post, j'ai parlé de "transparence" post-événementielle, j'ai sous-entendu que c'est un sujet qui a été maintes fois traité contrairement au sujet de l'esclavage (aux
Antilles Françaises) sur lequel on commence aujourd'hui à réellement réfléchir.
Pour preuve, lorsque j'étais enfant et durant mon adolescence, mes parents considéraient mes ancêtres esclaves (ou esclavagistes peut-être) comme un sujet tabou, un douloureux vestige qui nous est imposé, un fardeau qui allait nous suivre avec lequel il faudrait composer... D'ailleurs, ils refusaient de s'informer et de m'informer par la même occasion sur ce passé qui était le mien. Bloqué entre le passé et l'avenir, il était difficile pour moi de me construire et de statuer sur ma réelle identité. Ma famille n'était pas un cas isolé, c'était la mentalité Antillaise de l'époque, c'était dans les moeurs, je te parle de la période où il était interdit de parler créole à la maison, cette période où on avait le droit de jouer avec nous fouets simplement les jours de carnaval..et encore! Cette même période où le séparatisme culturel et racial était omniprésent, je te parle également de cette once de temps où les noirs foncés étaient traités d'esclaves dans les cours d'école et subissaient les railleries, ce temps où les Antillais avaient peur de leur histoire.
Ce n'est qu'aujourd'hui que, grâce à l'appui de certains intellectuels, grâce à des révoltes, grâce à une ouverture sur le monde (bonne et à la fois mauvaise) on arrive à peu près à être à l'aise avec cette histoire qui dérange. Le vécteur de ce débat selon moi est la population elle-même; j'explique: C'est ma génération qui est au coeur du débat aujourd'hui, cette même génération dont je t'ai narré le quotidien et l'enfance au-dessus, cette jeunesse bridée qui aujourd'hui cherche des réponses qu'elle n'a pas eu par le passé.
Crois-tu réellement que les jeunes d'aujourd'hui de 15, 16 ans en ont quelque chose à faire du LKP, de l'ésclavage et de ce problème identitaire? Consciemment non. Inconsciemment, ils en ont le caractère, c'est du sang d'ésclave qui coule dans leurs veines, tant que l'on ne sera pas à l'aise avec cette histoire, les générations resteront les mêmes, les problèmes sociaux également.
As-tu déjà entendu un membre du gouvernement actuel parler autrement que superficiellement des problèmes aux
Antilles Françaises? de l'histoire des
Antilles Françaises? Des énormes chantiers nécessaires dans les DOM?
La
France ne joue pas la transparence avec les
Antilles simplement parce qu'elle n'en a pas l'utilité.
La réconciliation avec le peuple Allemand était nécessaire et quasiment obligatoire, comment faire d'un pays voisin puissant économiquement, militairement et structurellement un ennemi? Ce serait une pure ineptie que de croire que c'est sans intêret que cette démarche de reconciliation a été entreprise. Les hautes sphères ont été les vecteurs de cette réconciliation et l'ont accéléré, ce sont elles qui sont la réelle clé de ce type de problème je pense. Lorsqu'elles incitent les gens à changer de comportement, la majeur partie le fait.
Aux
Antilles, elles ne le font pas. Elles continuent de nier l'évidence parce que ça les arrange, pourquoi ne pas faire du 55% de chômage des jeunes en
Guadeloupe un objéctif prioritaire pour 2011 puisque c'est je cite: L'année des Outre-mers? Simplement parce que ça les arrange. Le rapport est difficile à faire mais lorsque l'on y réfléchit de plus près, cela paraît tout de suite plus clair: 55% de taux de chômage, la majeur partie des jeunes vont s'inscrire au Pôle emploi, et sont donc en quelque sorte dépendants de l'état Français sans qui ils mourreraient de faim, l'autre partie, celle qui stagne, celle qui souffre ne passe pas son temps à la plage... elle cherche des solutions alternatives à la misère ambiante, est parquée dans des Ghettos (Les Ghettos en
Guadeloupe n'ont rien à "envier" aux ghettos Français) se mélange à des peuples issus de l'immigration, des peuples encore plus pauvres, ajoutez à cela un modèle Américain vous obtenez de la délinquance. Quel intêret pour l'état Français d'entretenir une délinquance me diras-tu? Simplement dans un but de division; C'est là que ma génération intervient, cherchant à redorer en quelque sorte son blason ternie, ma génération en a marre de la mauvaise image qui lui colle à la peau, c'est donc tout naturellement qu'elle s'oppose à la jeunesse qui elle cherche à se faire entendre, à s'en sortir... par tous les moyens.
Tu obtiens une division et une
Guadeloupe divisée est beaucoup moins dangereuse qu'une
Guadeloupe unie, elle reste donc sous contrôle de l'état qui peut tranquillement bénéficier des juteuses taxes, surplus et dividendes qu'il recupère de cette dernière.
Pour info, pourquoi n'y a-t-il pas plus de 5 brigades anti-criminalité sur une île de 450 000 habitants sâchant qu'elle se classe parmi les régions avec le plus de délinquance en
France en 2010, après la
Guyane ?... A méditer. C'est mon analyse vis-à-vis du problème, elle n'engage que moi mais je pense avoir fourni assez de détail pour qu'elle te soit compréhensible.
"L'éxploitation de la culpabilité est sans fin", je suis à moitié d'accord avec toi. Si tu as cette impression c'est parce qu'il y a des déviances, certains groupuscules en usent et re-usent pour faire valoir leurs opinions personnels et réclamations souvent limites et il se trouve malheureusement que ce sont eux les plus médiatisés, ils se drapent donc vite le statut de porte-parole de la
Guadeloupe. Mais le LKP par éxemple n'est plus d'actualité aujourd'hui, il l'a été en 2009 parce qu'il était le héro malgré lui tombé à point dans un période où la
Guadeloupe était en pleine souffrance, sur le point d'éxploser. C'est avec son verbe et sa parole modérée à l'époque qu'Eli Domota a su séduire des Guadeloupéens en plein doute à cet période, une fois qu'il a obtenu gain de cause, il a montré ses limites et ses opinions primaires et les gens se sont rendus compte qu'ils se sont fait bernés (cf: manifestation Décembre 2010 à
Pointe-à-pitre - 5000 personnes présentes).
Viens discuter avec un réel Guadeloupéen, la vraie
Guadeloupe ne tient pas rigueur à la
France de son passé ! La seule chose qu'ils reprochent à la
France (et à juste titre selon moi) c'est surtout de ne pas en parler.
Vivre dans le passé n'aurait rien de bénéfique, d'ailleurs nous ne le faisons pas! Mais vivre en adéquation avec son histoire, un peu à l'image de Bahia où la population est consciente de son passé, vit avec, en garde les traits principaux de caractère mais ne crée pas de problèmes majeurs!
"que ceux aux Antilles qui exploitent idéologiquement et méthodiquement cette période douloureuse"Comme je te l'ai dit plus haut, ces personnes ne sont plus d'actualité et elles sont représentatives de la
Guadeloupe et de l'opinion Guadeloupéenne uniquement parce qu'elles sont médiatisées, et c'est dommage !
Comparer Toussaint Louverture et Jean-Jacques Dessalines n'est pas selon moi une bonne approche de la quéstion.
La seule similitude que je trouve à ces deux personnages reste selon moi leur statut de dirigeant de révolutions.
D'ailleurs ne crois-tu pas que par révolution, peut sous-entendre conflit, plus particulièrement guerre... le principe de la Guerre (aussi primaire soit il) n'est-il pas de répondre du tac au tac, de tuer ou d'être tué?
Il faut en revenir aux faits, Toussaint Louverture était le combattant d'une force qui l'opprimait, il ne s'est pas livré (comme son adversaire) à une bataille coloniale mais plutôt à une défense sanglante face à l'oppréssion, ce qui selon moi reste inacceptable et horrible mais plus compréhensible que l'esclavage!
Jean-Jacques Dessalines était un ésclave, en
Republique dominicaine puis, suite à la révolution engagée par Toussaint Louverture, il s'est joint à la cause devenant un de ses lieutenants. Il a été le protagoniste d'une sanglante mutinerie contre les forces Napoléonistes. Il a ensuite batailler contre les Français puis est rallié de force à la cause, ce n'est qu'après une succéssion d'evenements qu'il a réussi à s'insurger et a fait massacrer les partisans d'un
Haiti libre. Massacre horrible certes, mais à la base de l'indépendance d'
Haiti qui a été le premier pays Caribbéen libre.
Je trouve par ailleurs que c'est primaire de voir ces conflits comme un massacre des blancs fait par des noirs... C'est simplement des opprimés qui se sont révoltés contre les opprimants, en temps de guerre, tout est permis.
C'est d'ailleurs ces types de mouvements là qui ont fait sortir les Caraibes de l'ésclavage, donc je suis d'accord avec toi sur le fond... ils méritent à juste titre de ne pas être camouflés, mais je ne les reconnais absolument pas comme des actes aussi "graves" que l'esclavage qui si l'on observe les motivations est la chose la plus horrible jamais faîte à un peuple avec le génocide.
Il y a eu des massacres, mais ils ont été malheureusement nécessaires. Penser le contraire indique implicitement que l'on est contre l'indépendance de ces peuples, est-ce ton cas ?
"on ne peut pas élever des stèles et pratiquer des commémorations partout et sans arrêt au risque d'exciter une haine et un ressentiment sans fin des uns envers les autres. "
Encore une fois, je te citerai la ville de Bahia, cette ville où il m'a été donné de voir l'un des plus beaux Carnavals de ma vie, rendant un hommage particulier à l'ésclavage, dans cette ville, le véstige de l'ésclavage est omniprésent et pourtant aucune animosité n'est présente!
Elle est la preuve qu'histoire et futur peuvent s'entremêler et tirer une population vers le haut... Ne rien faire pour commémorer cela, le faire à moitié ou trop le faire ne peut que desservir à la
Guadeloupe, il faut simplement trouver un juste milieu et ce juste milieu passe par la discussion.
Tu parles d'une vision Manichéenne, c'est vrai, je suis d'accord... Les esclavagistes ont des torts, les esclaves aussi... mais n'est-ce pas les esclavagistes les protagonistes? Alors qui, que, quoi blâmer? La soif de pouvoir de l'être humain? Je ne pense pas.
Ces évènements devaient se passer. Il faut se rendre à l'évidence et l'accépter.
On peut éssayer de comprendre, mais à quoi bon, dans une analyse lorsque vous ne parvenez pas à déterminer la cause pouvez-vous comprendre un problème ?
L'esclavagisme est à mon sens incompréhensible. Seulement, on peut le commémorer pour le rendre un peu moins douloureux.
Je comprends votre assentiment vis-à-vis de ce problème, il ne vous touche pas directement. Vous avez donc un regard extérieur compréhensible, essayez simplement de vous mettre à la place d'un peuple, à travers mes yeux et mes descriptions. Et réfléchissez sur votre analyse...
Cordialement.