Bonjour,
Qui d’entre nous n’a rêvé d’avoir en poche un billet pour
Tahiti,
Bora Bora ou les Marquises, de préférence un aller simple pour le « paradis » ?
Paysage idyllique d'une île rêvée, mais difficilement accessible: la baie des Vierges à Fatu Hiva, aux îles Marquises
Parmi les valeurs véhiculées par la littérature, le tourisme et la publicité, il y a la quête de «l’ailleurs», du dépaysement, au sens premier du terme, c'est-à-dire le besoin de sortir de son pays. Ce besoin d’altérité, de différence se projette sur des lieux rêvés, idéalisés, voire mythifiés. Dans notre monde imaginaire, l’île est souvent ce lieu.
Pourtant on oublie que des îles furent aussi d’idéales prisons. Les exemples ne manquent pas : Elbe et Sainte-Hélène, Alcatraz et Poulo Condor, If et Yeu, les îles du Diable et
Leros. Cette dernière, située en
Grèce, dans le Dodécanèse, accueillit un sinistre camp de travail forcé durant la dictature des colonels ainsi qu’un hôpital psychiatrique. Souffrant d’une mauvaise réputation et malgré la beauté de sa baie, le tourisme y est resté marginal, contrairement à l’île voisine de
Patmos.
Je vous propose un Florilège d'une douzaine d'îles de par les mers et océans du monde. Pour rêver...
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SANTORIN
27 juillet 1967
À l’aube, le ferry en provenance d’Agios Nikolaus (
Crète) pénètre dans l’immense caldeira de
Santorin. Depuis le pont du navire, avec Rainer mon compagnon de route, nous restons ébahis devant le spectacle de ces vertigineuses falaises multicolores qui nous dominent. Nous débarquons, puis entreprenons à pied la rude montée par les multiples lacets du chemin muletier jusqu’au village de
Fira, le chef-lieu perché au-dessus de la falaise. Bien qu’il soit encore très tôt, nous nous rendons à l’auberge de jeunesse. Il n’y avait pas un chat dans les ruelles ce matin-là ou plutôt si, il n’y avait que des chats ! J’ai un souvenir ému de cette rencontre avec
Santorin : un choc sensoriel, un site volcanique époustouflant, une harmonie de bleu, d’ocre-rouge et de blanc. Une île accueillante, comme il était de tradition d’accueillir le
xénou, une île qui ne s’était pas encore tout à fait remise du terrible séisme de 1956, une merveille urbanistique cycladique, où le mode de vie local était encore préservé.
On comprend pourquoi, dans l'Antiquité, l'île fut nommée
Kallisté (καλλιστη), « la très belle », tellement il est difficile de résister à la contemplation de ce tableau que nous ont laissé les forces telluriques. C’est en effet un gigantesque cataclysme volcanique - l’éruption minoenne - qui a façonné ce paysage au XVIIe siècle avant J.C. donnant naissance à une caldeira qui fut rapidement comblée par la mer. Les énormes tsunamis qui s’ensuivirent gagnèrent la
Crète, provoquant la disparition de la civilisation minoenne.
Un sentier en corniche le long de la falaise nous conduit jusqu’au paisible village d’
Oia, à l’extrême nord de l’île. Églises aux coupoles bleues et villages fleuris aux demeures blanchies à la chaux se succèdent. Cette balade est un émerveillement continuel, dispensant des vues splendides sur la caldeira et les îles voisines issues de la dislocation de l’ancien volcan (Thirissa,
Nea Kameni).
Oia est un gros village, très pittoresque, situé comme
Fira sur le rebord de la falaise, qui a été gravement endommagé par le séisme de 1956 et dont les stigmates sont encore visibles. Ses maisons troglodytiques aux toitures en voûtes n’ont pas encore été transformées en hôtels ou commerces de luxe. Un calme absolu y règne.
Oia en 1967 un paisible village dominant la caldeira. Mais où sont donc les piscines et les bars branchés ?
Une opulente campagne recouverte d’oliviers et de vignes nous accueille pour une agréable randonnée pédestre, interrompue par la gentillesse d’un sympathique ilien qui nous fait gagner quelques kilomètres avec sa camionnette. Il va récolter ses tomates qu’il cultive au pied de la colline de Pyrgos. La succulente petite tomate-cerise de
Santorin a obtenu en 2013 une AOP de l'Union européenne. Nous grimpons jusqu’au village de Pyrgos, perché sur une colline et dominé par l’élégant campanile de son église. Enfin nous atteignons la plage de sable noir de Kamari sur la côte orientale de l’île pour profiter d’un bain de mer.
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À suivre
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RAIVAVAE (Polynésie française)
15 novembre 2007
Éléonore de la pension Tama nous accueille avec les traditionnels colliers de fleurs, comme si elle attendait de vieux amis qu'elle n'avait pas vus depuis longtemps. Dans la petite aérogare, il y a de l’animation, l’ambiance est chaleureuse, on s’embrasse, on se réjouit des retrouvailles, tout cela sous des kilos de fleurs. Puis rapidement le lieu est déserté jusqu’à l’arrivée du prochain avion... dans quelques jours.
Dans l’archipel des Australes, à une heure trente de vol de
Tahiti,
Raivavae est à cent lieues de l’agitation effrénée de
Papeete ou de la concentration touristique des Îles-sous-le-Vent. Le vrai paradis des mers du sud, c’est ici qu’on peut encore y goûter, c’est un peu
Bora-Bora il y a un demi-siècle. Notre premier sentiment en arrivant dans cette île, c’est l’émerveillement, avec des sourires à faire craquer les plus moroses d’entre nous, des paysages à tomber à la renverse et surtout, un dépaysement, une plénitude. Imaginez une île montagneuse, de dix kilomètres sur trois et demi environ, encadrée d’une ceinture corallienne et de
motu sauvages, enserrant un lagon aux dégradés de bleu à faire pâlir
Bora-Bora de jalousie.
Les quelque mille habitants de la commune de
Raivavae se répartissent entre quatre villages autour de l’île. Les enfants sont nombreux comme partout en
Polynésie et vous gratifient de sourires francs et simples. Ici les valeurs ancestrales ont survécu au progrès. La population, à forte majorité protestante est très pratiquante, en témoignent plusieurs temples érigés à travers l’île. C’est la ferveur religieuse qui rythme la vie quotidienne. Le jour du Seigneur est réservé au culte et à l’école du dimanche (le catéchisme). Le travail est proscrit ce jour-là et les activités touristiques sont suspendues. Ces règles sont strictes et respectées.
Concours de chapeaux pour la célébration du culte
Le sentiment de résignation est pourtant omniprésent. Les habitants de
Raivavae savent qu’ils sont et resteront isolés. Malgré la construction en 2004 d’une piste d’atterrissage et quelques rotations aériennes hebdomadaires vers
Tahiti et sa plus proche voisine
Tubuai (200 km), l’île reste en marge du monde. La douloureuse séparation des enfants de leurs parents pour rejoindre le collège de
Tubuai dès la classe de cinquième, en est un des aspects. La télévision vient apporter chaque jour aux insulaires des images d’un monde qu’ils ne connaîtront sans doute jamais, mais auquel ils aspirent souvent.
Nous sommes des privilégiés. Nous avons pour nous seuls les plages de sable immaculées sur les
motu et dans quelques baies, parmi les plus belles de la
Polynésie. Le fleuron en la matière, le lieu emblématique de l’île, c’est le « motu-piscine », à environ vingt minutes de bateau. Un bassin naturel exquis, une eau transparente, des dégradés de bleus, du sable blanc. Et surtout on n’y voit quasiment personne. Il est en effet très mal vu, surtout pour les jeunes filles, de se prélasser sur la plage. Il est vrai que la religion voit d’un très mauvais œil la pratique du bain de soleil et du farniente. Et pourtant, tout ici tend vers cette philosophie de la vie.
Le "motu-piscine"
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À suivre