Hialle · 9 septembre 2009 à 22:59 · 64 photos 36 messages · 11 participants · 9 781 affichages | | | | À: Cipika · 26 septembre 2009 à 11:00 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 21 de 36 · Page 2 de 2 · 5 263 affichages · Partager Merci cipika. Il faudra être un peu patient, je ne suis pas une rapide 
3/ Rubiah/ Banda Aceh/Takengon
Et bien voilà, c’est aujourd’hui qu’on doit partir. Il faut quitter notre paradis et les copains pour aller vers une destination qui nous est plutôt inconnue !!!! Évidemment, le temps est splendide. La mer est calme, pas un souffle de vent. Mais chose exceptionnelle, personne ne va à l’eau et on troque les palmes contre des tongues pour traverser l’île à pied. Un petit chemin abrupt s’enfonce à travers les arbres, les palmiers, les lianes... une vraie jungle en miniature. La nature est exubérante. Facile, il fait chaud et il pleut tous les jours. Sûre que si on plantait un tuteur, c’est lui qui pousserait. Au bout de l’île, on tombe sur les vestiges de l’occupation japonaise... et sur une vue magnifique. Devant nous, la mer d’Andaman, à l’Est le détroit de Malacca est à l’Ouest l’Océan Indien qu’on pourrait voir si Pulau Weh ne nous le cachait pas. L’eau est d’un bleu profond, les courants vont dans tous les sens et juste en face un gros rocher couvert d’arbres sort la tête de l’eau.
Dernier déjeuner avec les copains. On essaye de retenir le temps. Il s’écoule vraiment trop vite parfois. C’est étrange ce sentiment que l’on a, on aimerait rester, mais on a décidé de partir. Si on veut faire sans courir la suite du voyage, il faut y aller. Les sacs sont rapidement faits et on laisse notre matériel de snorkling à la famille indonésienne qui s’occupe de l’île. Pas franchement un cadeau. Maintenant, on a compris l’intérêt d’un masque qui ne prend pas l’eau et d’un tuba adapté. Un dernier café. Morgane et Lila sont comme d’habitude dans l’eau, Antoine et Loïc font un volley. On embarque dans le bateau de Yoyo. Les copains agitent les bras, on les verra jusqu’à ce que le bateau passe la petite crique, ça y est, Rubiah c’est fini.
Le retour sur Sumatra se fait rapidement. Un bateau, un taxi, un bateau, un becek et on se retrouve sur le nouveau port de Banda Aceh. Un panneau attire l’œil. Sur fond blanc, un dessin bleu. Un homme qui court devant une grosse vague avec une flèche pour indiquer dans quel sens courir en cas de tsunami. Le souvenir semble encore extrêmement présent et pesant. Chaque habitant a perdu un membre de sa famille, 160 000 morts pour la province, de nombreuses cicatrices encore apparentes.
On retrouve notre hôtel, et deux hommes ne trouvent rien de mieux que de s’installer sous la fenêtre pour fumer leur clope. Non seulement, ils papotent fort, mais la fumée rentre par les stores ajourés. Un peu couillons, on mettra un long moment avant de leur demander d’aller un peu plus loin. Et eux, répondent juste avec un sourire et se poussent de 10 mètres. Juste ce qu’il fallait. C’est pas compliqué finalement. On s’endort avec la drôle de sensation qu’on n’aurait pas dû quitter si tôt notre île. Il faisait un temps magnifique, pas de touristes, que des copains, un monde fabuleux à découvrir, des journées super reposantes.... Mais notre temps est compté. On veut descendre par la route du milieu et on n’a aucune idée du temps que cela va pouvoir nous prendre. Cette impression nous tiendra presque une journée, et tout d’un coup, ça y était, on était reparti, juste nous deux, à la découverte d’autre monde. Peu importe le passé, le voyage continuait.
A 8h30 le lendemain, on est au terminal de bus pour partir en théorie aussi sec sur Takengon. On commence à apprendre la patience. « Oui oui, le bus va venir, pas de souci ». Sachant qu’on avait 8-9 heures de route, on commence vaguement à s’inquiéter. Louloute en profite pour approfondir son indonésien avec tous les revendeurs de billets. Il y a du monde autour de lui, ça rigole, ça papote... et finalement, à 9h30, le bus arrive. Un mini bus, pas de gros bus pour Takengon. On est les seuls passagers au départ et on suppose qu’on fera le plein en cours de route. On quitte Banda Aceh, on sort de la ville pour monter à flanc de coteau dans une sorte de lotissement. Des petites maisons nickels dans des ruelles avec devant chacune un petit jardin. Juste les égouts à ciel ouvert qu’il faut enjamber pour rentrer dans ces jardins. Drôle de contraste. Clean chez les gens, crade dès qu’on en sort. Une femme et son enfant monte à bord du bus, et... on revient sur Banda Aceh. Juste 1h30 de détour pour prendre une seule passagère. On ne comprend pas tout, on n’essaye surtout pas et on laisse les choses se faire. On traverse la ville, allons chercher d’autres passagers dans de minuscules ruelles, faisons la queue derrière un camion transportant deux éléphants et qui a un peu de mal à prendre les virages à angle droit. A 11h, enfin on quitte la ville. Le moteur chauffe sous les pieds, son bruit ne s’arrêtera pas 8h durant. Les sièges sont durs et raides. L’air aussi est chaud, en plus d’être enfumé. On est serré, mais tout le monde est à la même enseigne. Le bus est plein et les gens nous demande où l’on va. - A Takengon ? Mais qu’est ce que vous allez faire là bas ? - Vous y connaissez du monde ? - Mais il fait très froid à Tankengon ! Effectivement, il doit faire un minimum de 25° à cette époque, ce qui leur semble froid. Les questions continuent. C’est vrai qu’ils n’ont pas l’habitude de voir des touristes dans ce coin. Le paysage change. Des plaines vertes de rizières, des cocotiers, et derrière les arbres la mer qu’on va longer quelques temps et quelques montagnes fumantes. Paysage de cartes postales, un mélange de vert et de bleu. Curieux de voir des rizières au stade montaison côtoyer d’autres rizières au stade épiaison, côtoyant encore des rizières couvertes de chaume. Cycle de végétation permanent. Il y a beaucoup d’activités le long de cet axe. C’est la route qui relie Banda Aceh à Medan que l’on va emprunter pendant un premier tiers avant de s’enfoncer dans les terres, véritable artère économique. Habile slalom de notre chauffeur (la clope au bec), entre les motos, les beceks, les voitures, les camions, les écoliers en uniformes, les écolières voilées qui sortent sans regarder le trafic. Il n’y voit rien, mais cela ne l’empêche pas de doubler. Premier arrêt pour que le chauffeur se prenne un café. Certains passagers restent dans le bus malgré la chaleur et le moteur tourne toujours. On repart, on a les fesses qui se transforment en confit. Certaines femmes enlèvent leur voile dans le bus.
Et d’un coup, ça y est, on abandonne la côte et on s’enfonce dans les terres. La route est bien plus étroite, mais tout aussi encombrée. Les villages s’espacent, le relief s’accentue, les virages arrivent. On monte, on descend en permanence, le minibus peine. La végétation se densifie : bananeraies, cocoteraies, palmiers dattiers, palmiers à huile, la nature est heureuse ici.
Deuxième arrêt au bord de la route, le moteur tourne toujours. Sur le ruisseau qui coule le long de la route, deux petites cabanes espacée de 50 m, constituées de bâches. Attention. Ce sont simplement les toilettes, deux planches au dessus de l’eau. Si vous allez à celui d’en bas, vérifiez qu’il n’y a personne à celui du dessus. Basique peut-être, encore faut-il y penser. On arrive ensuite sur une sorte de vaste plateau ondulé qui dure, qui dure. La végétation est encore plus exubérante. On passe sous des fougères arborescentes remarquables de plusieurs mètres de haut, des bougainvilliers flamboyants, des yuccas, des palmiers de toutes sortes.... Tout ce qu’on essaye furieusement et souvent en vain de cultiver sous nos latitudes. Ici, elle ne demande qu’à pousser, pousser. En même temps, à l’horizon, toujours des quantités de fumées montant bien droites dans le ciel. Il semble que bon nombre de feux soient allumés ici ou là et il sera difficile d’en connaître la raison. De la culture sur brûlis sans doute, du défrichage... et pour planter quoi ? on ne voit pas encore dans cette province d’Aceh les centaines d’hectares d’hévéas ou de palmiers à huile que l’on rencontrera plus au sud. L’agriculture semble encore relativement vivrière. Du cacao, du café, du riz, de l’arachide...
Les villages traversés ont une allure particulière. Des maisons basses et larges, coquettes et très fleuries. Une chose étonnante est le nombre impressionnant d’écoliers aux sorties d’écoles. Des centaines de gamins à pied, à vélos ou à moto... tous dans le même uniforme, et les filles toutes habillées de blanc et voilées. La température effectivement baisse, on arrive au col qui surplombe Takengon avec une vue impressionnante sur le Danau Tawar qui paraît encaissé et sombre sous un ciel noir. Nous sommes à 1200m environ et il fait presque frais. La descente sera rapide, la nuit arrive vite. Un premier hôtel qui promet une super vue sur le lac d’après le LP, mais il est désaffecté. On ne fait pas les difficiles et on prend le premier que le chauffeur du bus nous trouve. Un peu trop classe, un peu prétentieux et trop clean, mais on est appâté par la douche chaude.
Demain sera un autre jour et on aura le temps de changer.
| | | À: Chris06 · 30 septembre 2009 à 12:35 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 22 de 36 · Page 2 de 2 · 5 139 affichages · Partager 4/ Journée à Takengon
Première chose, changer d’hôtel. Celui dans lequel on loge est correct, mais un peu insipide, les gens un peu obséquieux et trop de courbettes. La seule chose qui vaut vraiment le coup est la vue sublime que l’on a de la salle qui se trouve tout en haut de l’hôtel sur le lac. Un riz grillé avec un œuf à 8h du mat devant un tel spectacle, c’est quand même pas mal. L’autre hôtel est bien moins cher et surtout bien plus sympa. C’est l’ Arizona juste à côté du terminal de bus. Il est tenu par un jeune couple qui a repris la gérance depuis juste deux mois, et ils font en sorte que l’ambiance soit sympa et les lieux assez propres. On discute un peu avec eux, ils voudraient que ça marche. En fait de terminal de bus, c’est juste un bord de route, il doit y avoir un départ et une arrivée par jour. Le reste le la journée, des revendeurs revendent des tickets pour le lendemain. Faut dire que sur cette route, on ne peut aller que vers le nord ou le sud. Rien à l’est, rien à l’ouest. Des montagnes, juste de la montagne. Alors des bus, il n’y en a pas des masses. Avant de partir à la découverte du coin, on prend des billets pour Blangkejeren le lendemain. 70000 Rp, ç’est bon, les transports sont franchement pas chers, à la hauteur de leur confort.
On prend un ojeh, une sorte de side-car qui pétarade pour essayer de trouver en périphérie de Takengon des maisons soi disant sculptées. Jamais on ne les trouvera. On demande, on cherche, on interroge... personne ne les connaît alors qu’elles sont bien marquées dans le LP. Mais en fait, on s’en fiche un peu, on cherche juste un but de balade, une destination à indiquer à notre driver. Ce qui nous intéresse, c’est aller dans la vie de tous les jours de cette petite ville et c’est ce qu’on va faire toute cette journée : apprentissage et recherche de repères dans la langue locale. Du coup, on atterrit sur une sorte de sanctuaire à Patri Bukbes à 10 km de la ville. Une grotte sans grand intérêt bien que son guide soit très fier de nous y emmener. Il prend son métier à cœur et nous montre plein de «cailloux » censés représenter plein de têtes ou de corps d’animaux. Un serpent, un tigre, une tête... soit, on veut bien y croire. Mais certaines formes étaient quand même carrément belles même si cela ne vaut pas franchement le voyage. En même temps que nous, un groupe de jeunes des environs se baladent en couple main dans la main, voilées pour quelques unes. On a le sentiment qu’il y a une très forte tolérance vis-à-vis du voile. Libre à elles de le porter ou non. Une très grande majorité de femmes le met quand elles sortent de chez elle mais on ne sent pas la moindre obligation. Presque comme un simple couvre chef, le visage reste bien découvert et presque toujours souriant et avenant. Ces jeunes sont curieux de nous voir. Il y a peu de touristes qui passent à Takengon et encore moins de blancs, et bien sûr, il faudra poser avec eux pour la photo. Ils sont cools et sympas.
Au retour, on est toujours en train de chercher notre fameuse maison sculptée et on demande la route à un couple qui habite au bord du lac. Evidemment, ils ne connaissent pas cette maison. N’étant pas encore habitués à l’hospitalité indonésienne, c’est avec surprise qu’on se retrouve chez eux au bout de 10mn à boire le café Gayo et manger des bananes. Ils parlent un peu anglais, et on s’essaye à l’indonésien ce qui les fait rire. Ils gardent les locaux de MSF et nous les font visiter. Grands, mais spartiates. Vides, en fait. On restera un bon moment chez eux et sont avec nous presque comme si on était des copains de passage. C’est étonnant cette façon d’accueillir l’étranger. C’est ce qui nous étonnera tout le long du voyage. Dans peu de pays les habitants nous font rentrer aussi facilement et rapidement dans leur intimité, comme s’ils voulaient qu’on soit une sorte de témoin de leur façon de vivre. Leur fils de 4 ans, ciseaux à la main, semble bien actif et s’évertue à couper toutes les plantes qui se présentent à lui, notamment un papyrus qui y laissera bon nombre de plumes. Les parents ne lui disent rien. Le femme est enceinte de 5 mois et je lui souhaite un deuxième plus calme. On fait le tour avec eux du potager et on retrouve pas mal de légumes et fleurs de notre jardin. Du coup, on attaque une bonne discussion sur notre passion commune. Mais amusement pour nous, le potager est indispensable pour eux. Ils sont quand même surpris que ces touristes de passage cultivent aussi à la bêche les courgettes et les citrouilles. L’intérieur de la maison est sommaire. Peu de place donc bien rangée, avec le poste de télé qui trône dans la pièce commune. On se quitte après la séance de photo et échange d’adresse.
Direction le lac où se balade entre les rizières et les parcelles où les buffles flânent tranquillous. Cette zone à l’air hyper fertile et surtout les quelques hectares plats coincés entre les montagnes sont intensément cultivés. Tous les 50 mètres, une ferme. Une petite maison en bois, un enclos et des gamins qui jouent, parfois peureux, parfois espiègles. La vie au bord du lac et sur le lac est intense. Des indonésiens ramassent de grands sacs de moules au bord de l’eau, des élevages de poissons envahissent la rive, des cultures d’une sorte de jacinthe d’eau dans des parcs font trancher le vert sur le bleu. On regrette une seule chose, c’est la pauvreté de notre indonésien. On a l’impression que tout le monde cherche à lier conversation avec nous et essaye de nous parler. La question qui revient le plus souvent et celle de savoir si nous sommes mariés et si nous avons des enfants. Et notre nationalité, évidemment. Connaissent-ils la France ? de nom certainement, mais sans doute pas davantage. Si bien sûr, j’oublie le foot. Zidane ! Voire même Platini pour les plus vieux... ça, ils connaissent. Le temps est rythmé par les appels des nombreux imams qui se répondent d’un bout à l’autre de la ville. Allah est très présent. Marcher au bord de ce lac nichés dans les montagnes, entre les pêcheurs et les paysans est un moment vraiment extra. Les gens sont adorables, souriants, on se sent vraiment bien ici.
On retourne dans la ville pour faire notre virée inévitable au marché. C’est le lieu où tout se passe, tout se vend. Des gens dorment, d’autres mangent, d’autres papotent. Des quantités de variétés de fruits et légumes de toutes les couleurs donnent un mélange de parfums inégalables. Le durian arrive nettement à se détacher des autres fruits et se repère à plusieurs mètres. On le sent d’abord, on le voit ensuite. La fin de la journée se passe tranquille à se balader dans la ville, ses petites rues, et à emprunter une petite route qui part on ne sait où. La pluie arrive, forte. On lève le pouce pour rentrer en stop. La première voiture qui arrive est surchargée mais elle s’arrête. C’est un pick-up. A l’arrière, une quinzaine d’hommes et femmes qui reviennent des champs. Ils nous font signe de monter. On n’a aucune idée de l’endroit où on va pouvoir se poser, mais entre les paniers et les autres pieds, on se trouve une petite place. Tout le monde rigole, tout le monde est trempé. Retour à l’hôtel où notre manager en chef nous souhaite un grand Salamat Tidur. Coupure d’électricité générale sur la ville. Par la fenêtre, c’est la nuit noire. Quelques phares de voitures, quelques bougies donnent une lueur palote au loin. On s’endort comme des masses.
| | | À: Mong1 · 3 octobre 2009 à 13:01 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 23 de 36 · Page 2 de 2 · 5 032 affichages · Partager 5/ Takengon/Blangkejeren
Les mosquées démarrent bien tôt, l’imam semble être dans la salle de bain. A 7h15, on frappe à la porte. On ouvre, les yeux encore en capote de fiacre. C’est le petit dej qui arrive : œufs, riz, tomates, concombre, beignets de crevette. Royal, c’est la surprise. C’est vrai qu’il n’y a jamais de touristes dans ce coin, alors pour le petit café du matin, il faudra attendre. On redescend se prendre un petit thé. Mon voisin du resto, comme tous les indos, mange avec sa main droite. Il mélange soigneusement le contenu de l’assiette avec les doigts, fait une boulette et la porte à la bouche. Sur chaque table, un bol d’eau pour se rincer la main. Les premières fois, cela surprend, puis on s’y habitue, puis on fait la même chose. Grosse erreur à ne pas commettre, utiliser la main gauche.
On arrive pour prendre notre bus à 9h15, et chose exceptionnelle, il n’attendait que nous et part avec 15 minutes d’avance. Autre chose aussi exceptionnelle, on sera seul dans ce bus pendant un bon tiers de la route, ça nous fera moins de fumée de cigarette à respirer. Même étant fumeuse, l’ambiance dans les bus est vite insupportable.
Les cultures défilent, ananas, café, riz, cacao. Les récoltes sèchent à même le sol sur des bâches devant les maisons. Quand c’est les fèves de cacao qui sèchent, une odeur de fermentation assez forte se fait sentir. On traverse un grand paysage de vallées profondes. La route est superbe au départ, et se dégrade rapidement pour ressembler à des chemins de montagnes sinueux pires que de la piste. Elle est souvent en travaux, le bus de fraye un passage entre les trous et les engins mécaniques, frôlant régulièrement le bord de la route juste au dessus du vide. Mais comme on voit peu de carcasses dans les pentes, on se dit qu’à priori, les accidents sont rares. Les monts défilent, la vue est extraordinaire sur les cimes noires qui se détachent de l’horizon. La végétation est exubérante et devient de plus en plus dense. La chaleur même en altitude, et l’humidité sont tout ce qu’il y a de mieux pour que cela pousse dans tous les sens. Tout comme sur le premier tronçon de route, on voit beaucoup de fumée témoignant de feux. Vue d’avion déjà, on était étonné. Mais difficile d’en connaître la raison. On voit quand même quelques rizières quand la forêt leur laisse de la place. Au milieu des champs, des gamins restent des heures durant postés dans des cabanes histoire d’éloigner les oiseaux dévoreurs de graines. Au dessus d’autres parcelles, de grands fils tendus sont censés les empêcher d’approcher. La route devient rouge et poussiéreuse. Des « gayos » en habits traditionnels montent dans le bus. Mon voisin me bloque contre le frein à main. Il fume clope sur clope et crache ses poumons par la fenêtre. Les services de cancérologie indonésiens risquent d’être totalement saturés d’ici quelques années si rien ne se passe. On avale les kilomètres, parfois sur de la bonne route, parfois sur de la piste. On est sur une véritable sinusoïde en 3D avec des chantiers ambitieux au bord du gouffre. Les fougères arborescentes sont toujours aussi extraordinaires. Dans le bus, une mamie rougie par le bétel se débarrasse rapidement dans les virages du repas pris une ½ heure plus tôt, un papi s’endort avec de gros ronflements et mon voisin avance bien son paquet de clopes.
La température s’élève au fur et à mesure qu’on descend. On arrive sur une large vallée à fond plat envahie par la rivière. Les villages entourés de rizières réapparaissent, des buffles à longues cornes se baignent avec délectation, les champs de maïs se succèdent. Notre chauffeur entame une course avec un autre minibus. Il se marre ; nous, un peu moins.
Enfin !!!! la gare routière de Blangkejeren. Comme on ne sait rien sur la ville, on demande à un becak de nous conduire à un hôtel. On se contorsionne de façon à rentrer dans son véhicule avec nos deux gros sacs. Les jambes sont un peu à l’extérieur, les sacs pendouillent, mais ça le fait. D’autant plus facilement que passé le premier virage, à exactement 30m de la gare, on arrive à un hôtel. Le chauffeur nous demande 10000 roupies en rigolant pour 1mn de transport, le prix certainement le plus élevé au kilomètre demandé à un touriste. On est brave, mais quand même, on ne lui en donnera que 2000, en souriant.
La chambre de l’hôtel est une cellule de 2, 40x2, 80 m. On l’a mesurée. Deux matelas posés au sol, et si on veut fermer la porte, on ne peut pas laisser les sacs par terre. Un petit cafard finit sa ballade et part se cacher. La salle de bain consiste en un grand bac de béton récupérant une eau venue de « on ne sait où ». Très rudimentaire... mais propre. Vu le prix (30 000 Rp), tout est logique.
On part se dégourdir les jambes dans les rizières autour du village. On fait ce qu’on adore, on va se perdre. Beaucoup de vie, beaucoup de monde, beaucoup d’activité dans les champs. La tâche qui semble être d’actualité est celle de rebâtir les petites digues qui retiennent l’eau dans les rizières. Inlassablement, les hommes récupèrent la terre retombée sous l’eau pour les reconstituer. Le ciel est noir. La perspective sur les montagnes est superbe, mais il y a des chances qu’on se prenne une saucée d’ici pas tard. On rentre rapidement au village. La pluie tombe d’un coup. A peine assis dans un petit bar et timidement, des hommes viennent s’asseoir près de nous. On les intrigue. Qui sommes nous, que fait-on ici, d’où vient-on. Rapidement, les langues se délient et on a vite recours à notre petit bouquin d’indonésien. Les touristes sont rares, par ici, nous dit-on. Ils ont tout juste vu deux russes le mois derniers. Les mêmes sans doute qu’à Takengon. Il faut dire que cette route qui traverse Sumatra par le milieu est franchement enclavée, mais c’est ce qui nous plait. L’impression d’être les seuls à venir faire du tourisme ici, que si on n’était pas là cela ne changerait strictement rien à la vie de tous les jours.
On mange un peu plus loin, dans une gargote en bord de trottoir. Les parents et deux grands enfants. Le père à moitié endormi affalé sur sa chaise, la mère juste souriante, les enfants pliant les serviettes pour les clients du lendemain ont l’air de s’emmerder à 100 sous de l’heure. Ils sont prostrés, ne nous regardent à peine. L’atmosphère est lourde. Personne ne parle. La salle, vert pétard, se révèle ruinée par l’humidité crasseuse. On finit par oser regarder la jeune fille avec un sourire. Elle nous le rend, radieuse. Puis un autre sourire, puis un mot en indonésien. Elle nous répond aussitôt comme si elle n’attendait que ça. On sort notre bouquin de « conversation » pour élargir un peu la discussion. La mère arrive, la fille se saisit de notre livre et essaye quantité de phrases en français. Elle est avide de parler, d’échanger. La mère nous demande si on est marié, si on a des enfants, d’où on vient. La fille, qui a 18 ans, nous explique qu’elle est étudiante. Alors qu’on pensait repartir rapidement de ce resto, on y restera une bonne heure après avoir payé l’addition. La jeune fille est souriante, adorable, lumineuse. Le père et le fils n’osent pas nous parler. Les femmes, oui. Elles voudront garder notre livre... impossible. Dans cette région, c’est ce qu’on a de plus précieux. Pas d’autre moyen de communiquer.
De retour à notre « cellule », on se rend compte qu’en fait notre GH s’apparente davantage à un foyer de jeunes travailleurs qu’à un hôtel. Ils sont 5 ou 6 dans la salle commune. A notre arrivée, ils nous empressent de s’asseoir et de boire un thé avec eux. Un jeune policier, une institutrice, un ingénieur des routes.... La première question est toujours la même. Sommes nous mariés ? L’institutrice a fui Banda Aceh après le tsunami. Elle ne nous en dira pas plus, on ne posera pas de questions. Par contre, elle parle volontiers du port du voile. Le jeune policier ne souhaite pas voir le tourisme se développer. En fait, il craint que les gens une fois rentrés dans leur pays ne racontent les difficultés de l’ Indonésie face aux séparatistes et à l’intégrisme. Il ne souhaite pas qu’il y ait de témoins des troubles. Impressionnant de voir l’énergie de ces jeunes. Tard dans la nuit, on retrouve nos 7 m² avec en nos têtes tous ces regards croisés. Ce sera le chant de l’imam mêlé à celui du coq qui nous réveillera à l’aube.
Séchage du riz.
Quelques travaux sur la route.
Après l'orage.
Notre "cellule".
La salle de bain.
| | | À: Hialle · 4 octobre 2009 à 18:26 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 24 de 36 · Page 2 de 2 · 4 944 affichages · Partager Dur dur ce carnet. Je crois qu'il est aussi difficile à lire qu'à écrire, peut-être même pire  . Sans doute trop de choses ressenties compliquées à retranscrire. Alors je vais essayer de faire plus court et moins chiant.
6/ Blangkegeren/Ketambe-Gurah
Au réveil, toilette de chat avant d’aller acheter les billets de bus pour Ketambe. Facile, le terminal est à 30m. C’est reparti sous un ciel bleu avec de gros bourgeons blancs. La route est encore plus belle et variée le long de la vallée de l’Allas. Grande variété de cultures : maïs, tabac, cacao, riz, cocotiers, piments, bananes et même quelques cultures sous plastic. Le paysage est toujours très vert avec de grands arbres et quelques villages.
Aujourd’hui, facile, seulement deux heures de route interrompue simplement par une crevaison et quelques passagers à prendre en route. Pendant qu’on attend un autre bus qui nous amène une roue de secours, on va se balader le long des maisons devant lesquelles les fèves de cacao sèchent. Elles viennent d’être récoltées et sont encore gluantes. Une odeur de vinasse s’en dégage. Les autres passagers restent tranquillement dans le bus alors que la chaleur est lourde. Un minibus s’arrête à notre hauteur. Il vient livrer la roue, on repart.
Ma voisine au betel est sympa, mais dure dure la conversation. Notre chauffeur est plus prudent que la veille, il ne fera pas crisser les pneus. Un jeune homme monte avec son fusil. Chasseur ou séparatiste ? il demandera au bus de le descendre au bord de la route, au milieu de rien.
Au bout de deux heures, une rue toute droite avec quelques GH mais pas de village. On ne réagit pas. Mais quelques kilomètres plus loin, on se rend compte qu’on a traversé sans s’en rendre compte Ketambe : marche arrière. Le chauffeur fait la tête, ça l’embête. Mais les autres passagers lui disent qu’il n’a pas le choix, c’est à lui de savoir où nous nous arrêtons. Heureusement parce que je me voyais mal faire le trajet inverse à pied avec les sacs.
On va à la première GH qui se présente, la Pondock Wisata. Quelques bungalows disséminés sous de grands arbres, un chemin qui monte pendant 50m jusqu’à une vaste réception au toit de palme... et pas un chat. Juste quelques poules et pleins de bruits dans la forêt. Un vrai havre de paix, un jardin ombragé et fleuri, des cacaotiers et des palmiers, quelques très grands arbres avec leurs lianes.
On s’assoit au resto et au bout d’un petit moment, un homme arrive encore somnolant. C’est lui, Mansa, qui tient les lieux et qui nous emmènera en trek. Un bel indo au regard franc et à l’anglais impeccable. Il parle doucement, calmement à voix basse. Il n’y a manifestement pas la foule et il n’y a pas de quoi s’affoler, on a le temps pour tout. Deux touristes font leur apparition, les premiers depuis longtemps. Cela fait 9 jours qu’ils sont là, ont passé leurs journées en balade et repartent maintenant vers Banda Aceh.
Première fois aussi où sur la carte du resto il y a d’autres chose que du riz ou des nouilles. On se sent un peu hors du monde. Personne. Pas d’indo, pas de touristes. Juste un paquet d’animaux autour de nous. Des oiseaux crient dans les arbres. Des singes, des Thomas leaf cueillent des noix de coco et se les balancent entre eux, une vraie bagarre. Un boucan d’enfer, et en même temps, quel calme.
On met au point notre petit trek avec Mansa. La jungle est là, juste derrière nous, elle nous attire et nous appelle. C’est pour demain. La liste des choses à prendre, affichée dans la GH, est longue : anti moustique, cape de pluie, pantalon long à cause des sangsues, polaire pour la nuit fraîche, eau, sac à viande... on part préparer les sacs.
| | | À: Hialle · 6 octobre 2009 à 18:19 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 25 de 36 · Page 2 de 2 · 3 164 affichages · Partager Quelques sons en attendant la suite.
| | | À: Hialle · 8 octobre 2009 à 19:33 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 26 de 36 · Page 2 de 2 · 3 148 affichages · Partager 7/ Deux jours en jungle
Autant le monde de la mer est silencieux, autant celui de la jungle est empli de sons ; ça hurle, ça stridule, ça hèle, ça chante, ça siffle. Les singes rigolent, le gibbon semble appeler. Autant le monde de la mer est multicolore, autant celui de la jungle est simplement vert avec quelques coins de ciel bleu visible au-delà de la canopée. Dans l’eau, les yeux regardent en bas, dans la forêt, le regard est levé en permanence. En même temps, toujours savoir où on va mettre un pied avant d’avancer l’autre, anticiper chaque pas, ça glisse terrible. Point commun entre ces deux mondes (il y en a d’autres), le degré d’humidité. Il pleut tous les jours, l’eau tombe du dessus, s’évapore du dessous. Les surprises ont commencé avant même d’entrer dans la forêt épaisse avec un cerf qui nous est passé devant. Impressionnant, énorme bête. D'autres seront bien plus petites.
Le chemin au départ est à peu près tracé, mais la machette de Mansa s’avère utile pour couper les lianes qui s’empressent de l’envahir.
Au bout d’une heure de marche, notre guide nous dit de l’attendre et part de son côté. L’homme n’étant pas bavard, il ne nous dit pas pourquoi et on se dit qu’il a certainement besoin de s’isoler. Alors on part à quelques dizaines de mètres dans le sens opposé. On est dans le royaume des fougères qui ont la chance de choisir la hauteur à laquelle elles ont envie de pousser. Elles s’installent sur une branche, là où la lumière leur suffit. On est entouré d’arbres immenses qui cherchent à aller au-delà de leurs congénères pour attraper un peu de soleil. Parfois énormes de tronc, parfois multi centenaires, parfois avec des formes inimaginables comme cet arbre qui nous fait penser aux falaises d’Etretat. Il est percé en son centre d’une façon étonnante. La nature est surprenante.
Les arbres sont souvent aussi enlacés par des lianes comme pour mieux les étouffer, ou les aimer, difficile à savoir. Mansa revient et nous enjoint de le suivre. Il était parti repérer les orangs-outans et a trouvé l’endroit où quelques’uns se cachent. La première chose qu’on en verra sera le filet d’urine scitillant au soleil atterrissant à quelques mètres de nous. Puis un bruit sec de branches, certaines tombent violemment au sol dans un bruit fracassant. Un couple là haut se balade tranquillement d’arbres en arbres à une trentaine de mètres du sol. On arrive à bien les distinguer et on a même l’impression qu’ils nous observent parfois du haut de leur mirador. Ils doivent faire dans les 1, 20 m avec des très longs bras pour mieux attraper les tiges. Quel est le couple le plus surpris de voir l’autre ? Ils n’ont pas l’air très habitués à l’homme et n’en voit pas très souvent. Contrairement à ceux de Bukit Lawan, ils ne sont pas réintroduits dans le parc mais y sont nés et sont totalement sauvages. Ils resteront à distance. A contre jour, on voit leurs longs poils roux hirsutes. Ils sont beaux et impressionnants à se déplacer en souplesse. Il parait qu’ils ne descendent que très rarement par peur du tigre. On les suivra pendant une vingtaine de minutes, scotchés par le spectacle, la tête levée au maximum, et on finira par les perdre. Pas de photo, il aurait fallu un zoom. L’instant fut vécu avec les yeux et non au travers de l’objectif. En plus, pour ne voir qu’une tache rousse au milieu de la verdure, bof bof la photo. Et comme souvent, c’est lorsque l’appareil est resté dans la poche que les souvenirs sont les plus accrus. Un écureuil à très longue queue traverse les arbres, autre petite tache rousse.
Peu de fleurs, pas de rafflesia, c’est pas la saison. Et compte tenu de la densité de la végétation, il est difficile pour elles de trouver assez de lumière pour s’épanouir.
On reprend la marche jusqu’à rejoindre le bord d’une rivière avec de très large bassine et une eau à bonne température. La nage à contre courant sera vaine. Mansa se met à la popote, refusant toute aide, alors on se met à la papote. Je regardais Mansa démarrer le feu avec peine avec quelques feuilles et je ne comprenais pas pourquoi il utilisait une bougie. Facile, un peu de feuilles mortes. Je prends mon briquet et essaye à mon tour... la tâche est impossible. Aucune flamme ne veut entamer ces feuilles. Trop d’eau à l’intérieur. La jungle ne craint pas les feux de forêts, le danger est ailleurs. Fin cuisinier en pleine nature, il nous fait cuire sur son feu de brindilles des petits légumes frits, de l’omelette et des nouilles chinoises. Pendant qu’on mange, il nous explique que la période de guerre dans Aceh a été dure. Il n’aime pas la violence. Apparemment, il était agent de liaison faisant parti des renseignements entre les deux forces armées pour éviter des tués et chercher la paix. Aujourd’hui, il a 30 ans et va se marier après le ramadan. Aceh a signé la paix et des accords en 2005 à Helsinki lui donne une constitution particulière. Laquelle, difficile à comprendre. La province d’Aceh est riche : pétrole, gaz, agriculture... le traité prévoit que 70% de ces richesses reviennent au peuple d’Aceh et 30% à l’Etat indonésien. La paix semble acquise à court terme. Le tsunami a certainement participé aussi. Epreuve humaine terrible, drame pour la majorité de la population, ce fut aussi une manne financière importante qui est arrivée ensuite et a permis un certain décollage économique.
On reprend notre marche à travers cette jungle inextricable, suivant de près Mansa. Pas question de se perdre, on moisirait rapidement sur place ; pour preuve cette odeur permanente de bois en putréfaction. L’après midi est assez tranquille. On monte, on descend de vagues chemins qui ne font jamais de virages dans cette forêt. Ils vont tout droit, perpendiculaires aux courbes de niveaux. Toujours repérer les lianes avec lesquelles on pourra s’aider et éviter les glissades trop rudes. Les bras fatiguent autant que les jambes, les pentes sont raides.
Soudain, à travers les arbres, une grosse fumée s’échappe, de la vapeur d’eau sortant du sol nous indique qu’on est arrivé au campement près des sources chaudes. On sort de la forêt et une brûlure au pied le confirme. Ne pas marcher sur les suintements d’eau parcourant le sol, la chaleur passe au travers de la basket et chauffe vivement. Une seule solution, enlever rapidement la chaussure et se rincer à l’eau froide de la rivière à proximité. C’est tout le danger de ces sources. Une eau bouillante se jetant dans une eau froide.
Nous retrouvons un groupe de 6 hommes... des chercheurs d’or, et les reliefs d’autres passages : plastics, boîtes de conserves, épluchures. On se fraye un passage entre leurs tentes, leurs gamelles et les ruisseaux d’eau bouillonnante pour gagner la plateforme suivante. Ils sont particulièrement aimables et prévenants. Le soleil brille. Mansa nous indique le bon chemin pour rejoindre des piscines d’eau chaudes pour se baigner. L’aventure peut être périlleuse, par endroit l’eau doit être à 80° en fonction des courants. On plonge dans une première baignoire chaude comme le bain, un bien être extraordinaire. Puis en remontant un peu la rivière, c’est une petite cascade avec une eau avoisinant les 38°. Se mettre assis dessous, attendre tranquillement que les tourbillons massent le dos, la nuque et les pieds, un régal !!!! Le paysage... la rivière qui traverse la jungle. On se croirait dans une pub’ pour les Spas avec une eau un peu plus violente et plus chaude sans doute. Au dessus de nous, les singes sautent de branches en branches, un vrai cirque. Mansa prépare le thé. PUTAIN qu’on est bien !!!!!! Assis là tranquillement, on se demandait avec Louloute ce qui nous manquait pour que tout soit parfait. Rien ! On retourne au camp, montons les tentes, allumons le feu et préparons le dîner. Des légumes, du riz et des sardines. Vers 19 h, le ciel se charge, les singes s’excitent en sentant l’orage et se mettent en transhumance. De véritables trapézistes volants. Ils sautent de branches en branches, marchent comme des équilibristes sur leur fils, font des sauts prodigieux pour atteindre l’arbre qui semble hors de leur portée. Facile pour eux de traverser la rivière. Puis l’orage éclate, très bruyant. Grosse pluie, tonnerres, éclairs. Ne reste plus qu’à se replier dans les tentes. Il n’est que 8h du soir, il fait nuit, il pleut, l’air est frais, le sol est très dur, la nuit sera longue à compter nos os ! | | | À: Hialle · 11 octobre 2009 à 1:43 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 27 de 36 · Page 2 de 2 · 3 132 affichages · Partager 8/ Réveil en jungle.
Autant la nuit fut rude, autant le réveil fut somptueux. On sort à 4 pattes de la tente et déployons nos carcasses. Le vent a nettoyé le ciel, le soleil perce doucement les vapeurs d’eau mélangées aux brumes matinales.
Top du top, Mansa nous prépare un pancake avec le thé, et un chercheur d’or vient nous faire une petite papote. Il veut savoir ce qu’on pense de l’ Indonésie et qu’on lui raconte la France. Exercice difficile, par où commencer ? Il est surpris que les feuilles de nos arbres rougissent et tombent à l’automne et essaye d’imaginer sa forêt sous nos tropiques.
Programme de la matinée, 3h30 de marche. On s’enfonce dans la jungle encore ruisselante de la pluie de la veille, l’air est saturé d’humidité et on crève de chaud, on dégouline de sueur. Cette nature est majestueuse, étrange et pénétrante. Le végétal en est le roi incontestable. Les essences poussent les unes sur les autres, les fougères poussent là où ça leur plait, des racines tentaculaires jonchent le sol dans tous les sens dans le but de nous faire se casser la figure, les lianes font des arabesques ou s’enroulent autour des arbres comme pour les mettre derrière des barreaux, on rencontre des fruits aux couleurs bizarres, des palmiers gigantesques et d’un diversité étonnante, des maharas à la base extraordinaire et qui monte le plus haut possible, des arbres aux écorces rouges tranchant sur le reste... mais peu d’animaux.
On n’est pas dans « le livre de la jungle » et les serpents descendant des arbres resteront dans l’imaginaire. Ce n’est pas le monde de l’animal, encore moins celui de l’homme. Si, quand même quelques singes et oiseaux, et surtout les sangsues qui préfèrent de loin le sang des touristes à celui de l’autochtone. Elles nous aiment même à travers les chaussettes. C’est aussi le monde des champignons de toutes les formes, tailles et couleurs. Faut dire que le sol est un terreau humide et épais, l’atmosphère est chaude et humide.
Quelques traversées de rivières sur des troncs tombés en travers ou au milieu du courant. Ne pas se poser de questions, se dire que c’est comme si on marchait à 10cm d’un sol dur et regarder droit devant soi. Mansa est très vigilant, veille à ce qu’on ne se casse pas la figure et qu’on ne se perde pas dans ce labyrinthe. Il nous emmène en premier lieu tout en haut d’une cascade vertigineuse et on continue notre route. Il marche d’un pas régulier, on essaye de le suivre. C’est raide, ardu, ça monte, ça descend, on en bave, on transpire à grosses gouttes. L’odeur de putréfaction est toujours très présente. Tout ce qui est mort pourrit aussitôt. Le sol est jonché de troncs parfois énormes, réduit en bois décomposé. Lorsque l’humidité n’a pas fait son travail, il faut les enjamber, passer dessus, dessous. Tous les muscles du corps sont à l’épreuve. Quand ce ne sont pas les lianes au sol qui attendent tranquillement au sol que le pied se prenne dedans, ce sont les racines qui bloquent le passage oui qui servent d’escalier dans les pentes raides.
Enfin... retour le midi aux sources chaudes. On se reprend un bon bain, et surtout un massage efficace et réparateur. Un petit thé et un repas à la hauteur de nos efforts. Avec un feu de bois, un wok et trois pierres, c’est impressionnant ce que Mansa nous cuisine. Il fait revenir les petits légumes, puis à part les herbes l’échalote et l’ail, ensuite les œufs et remet le tout ensemble pour y ajouter les pâtes. Son ustensile de cuisine : un cutter.
Pliage de tentes et c’est le retour. Toujours à l’affût des orangs-outans, on les entend mais ils restent invisibles. Mansa sait où il va, pas nous. D’un geste sûr, il ouvre le chemin à la machette. Comment se repère t’il ? cela reste un mystère.
La marche se termine par une descente vers l’Allas à travers les plantations de cacaos, de palmiers à vins de palmes et de piments. On retrouve la GH et en souvenir, une énorme sangsue bien accrochée sur le mollet de Louloute. La GH est vide, pas un touriste. Les yeux sont plein d’images, les oreilles pleines de sons et les membres fourbus de courbatures. | | | À: Ragamuffin · 11 octobre 2009 à 18:41 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 28 de 36 · Page 2 de 2 · 3 110 affichages · Partager Bonjour Ragamuffin quelques données chiffrées pour deux personnes sur cette dernière partie du voyage 
Hôtel Mahara à Takengon 247 000 Rp Hôtel Arizona à Takengon 150 000 Rp Bus Takengon Blangkejeren 140 000 Rp Chambre cellule à Blangkejeren 30 000 Rp Bus Blangkejeren Ketambe 70 000 Rp Trek de deux jours à Ketambe 1 200 000 Rp GH Pondoch Wisata Ketambe 120 000 Rp
Bonne continuation de voyage à toi | | | À: Hialle · 12 octobre 2009 à 10:37 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 29 de 36 · Page 2 de 2 · 3 095 affichages · Partager Merci pour les infos pratiques et chiffrées.
Je lirai ton récit une fois rentré (je l'imprimerai pour une lecture moins en diagonale)
Comme tu as pû le constater ou l'apprendre, je ne suis plus à Sumatra mais en Malaisie. Une fois arrivé à Medan je ne me suis pas senti la force (psychologique, surtout) pour effectuer la boucle Nord jusqu'à Bandah Aceh/Pulau Weh (ce sera pour une autre fois et rien que cela) et j'ai pris le bateau pour Penang où j'ai décompressé dans une ambiance très diwalienne. | | | À: Ragamuffin · 13 octobre 2009 à 16:35 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 30 de 36 · Page 2 de 2 · 3 065 affichages · Partager Oui, j'ai lu que tu n'étais plus à Sumatra. J'ai lu d'ailleurs ton "billet d'humeur" sur cette région avec des choses que je partage totalement, et d'autres moins. Mais au moins, tu as le courage de le dire. C'est peut-être ce qui justifie aussi ta phrase en signature qui peut être interprétée de façon différente. Bonne continuation à toi | | | À: Boumbastic · 15 octobre 2009 à 22:57 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 31 de 36 · Page 2 de 2 · 2 989 affichages · Partager | | | À: Hialle · 20 décembre 2009 à 22:38 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 32 de 36 · Page 2 de 2 · 2 922 affichages · Partager Ketambe/Prapat
On ne pensait pas y arriver, ce fut fait. Quatre bus, douze heures de transport pour aller de Ketambe à Prapat au bord du lac Toba. Une route en très mauvais état, des conducteurs un peu fous qui font crisser les pneus, mais tout s’est super bien enchaîné.
On a commencé par se mettre simplement au bord de la route devant la GH pour attendre qu’un minibus passe. Cinq minutes s’écoulent et un bémo plein de voyageurs s’arrête, il nous emmène jusqu’à Kutacane. Tout le monde se tasse un peu et on monte. Je suis assise à côté d’un papi adorable qui me mate avec de grands yeux. Surtout ma bague en toc d’ailleurs. Lui en a une avec une vraie belle pierre bleue à son doigt et il est vachement content quand je lui fait comprendre que je trouve la sienne superbe. Une vieille femme est super intéressée par notre carte routière de Sumatra qu’on déploie devant elle, tout comme ses voisines. C’est peut-être la première fois qu’elles voient une carte de la région avec leur village écrit dessus. La musique est à fond et nous brise les oreilles. La fumée nous envahit les narines et les poumons.
Le transfert à Kutacane se fait en 10mn avec une foule de gamins qui font les kékés pour nous faire rire et qu’on les prenne en photo.
Un nouveau driver, jeune, macho et pas très sympa. Il roule à 40Km pour chercher le client. On voit les premiers tracteurs depuis des lustres et des quantités de pub vantant les mérites d’une agriculture intensive. Des scènes de récoltes de maïs, du séchage au sol partout, de nombreuses coopératives céréalières, de l’égrenage, des tas de rafles fumant... le grenier de Sumatra ?
Après un rapide repas, le driver se met à foncer comme un malade sur une route défoncée. Il a fait le plein de voyageurs, il peut avancer.
On arrive à Kabanjahe et le transfert est immédiat dans un autre bus dans lequel le vendeur de billets et son copain ne cessent de faire le pitre en se penchant dangereusement par les portières au risque de se faire arracher la tête. La route est tellement dégradée que ma tête cogne le toit de la voiture au moment du passage d’un énième nid de poule. Je crie « aïe »... j’en ai marre... les indos se marrent. En plus, on est assis au fond du bus sur les roues. Chaque bosse de la route est ressentie dans le dos, et les fesses sont douloureuses.
On est maintenant dans « North Sumatra ». Les femmes ne portent quasiment plus de voiles et les églises sont nombreuses, on approche du pays Batak. Le paysage change, une sorte de plateau ondulé duquel émergent des volcans. La route la plus logique et la plus courte n’est pas celle que prennent les bus. Sur la carte, c’est simple, dans la réalité, non.
La nuit approche. A Pematangsiantan, le chauffeur nous fait traverser la rue et de suite, un minibus passe devant une boulangerie pâtisserie « comme chez nous ». Il nous reste une heure pour Prapat. Le vendeur tente une arnaque sur le prix du billet qui ne marchera qu’à moitié. Tout le long de ce parcours, on est franchement l’attraction, pas un blanc en vue. Certains nous regardent d’un air bienveillant, d’autres ont l’air de se foutre un peu de nous. Logique.
Enfin, les lumières de la ville et les rives du Lac Toba. Un hôtel rapidement trouvé, grand et vide. Il a dû être splendide à une époque, en témoignent les vastes chambres un peu décrépies avec des balcons spacieux donnant sur le lac. Enfin une grande chambre, propre, avec un grand lit et une salle de bain presque digne de ce nom ! On est sur les rotules, mais on y est. Images attachées: Photo postée par le membre Hialle. Photo postée par le membre Hialle. Photo postée par le membre Hialle. | | | À: Hialle · 21 décembre 2009 à 23:36 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 33 de 36 · Page 2 de 2 · 2 889 affichages · Partager  La suite, la suite....  C'est marrant mais en y pensant je l'aurais pas fait dans ce sens la, ca doit faire bizarre d'arriver dans un "haut lieu" touristique de Sumatra après être passé dans une région souvent ignorée, en tout cas mal connue par les voyageurs | | | À: Boumbastic · 22 décembre 2009 à 1:14 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 34 de 36 · Page 2 de 2 · 2 882 affichages · Partager Salut Boumba'  A vrai dire, on ne s'est pas posé trop de questions sur le sens à prendre pour ce voyage. On voulait commencer par le nord parce qu'on retrouvait des copains. Mais à y réflechir, je ne regrette pas ce sens. En retrouvant quelques touristes, on se disait aussi qu'on retrouverait un peu de confort, ce qui était pas mal après certaines des chambres que l'on a eues. Et hormis Bucki Lawang, on n'a pas vu des masses de touristes. Samosir était presque désert. Cela en était presque inquiétant pour les indos qui vivent du tourisme. Cette saison était vraiment mauvaise pour eux. Tu le verras avec la suite.... dès que je trouve un peu de temps pour l'écrire | | | À: Hialle · 22 décembre 2009 à 18:07 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 35 de 36 · Page 2 de 2 · 2 859 affichages · Partager Salut chère Pascale, Ca c'est marrant aussi car j'avais été surpris de ne pas voir trop de monde a Bukit Lawan alors qu'a Samosir c'était bondé de touristes en goguettes et pas les meilleurs, je t'assure, style short et chemise a fleur pour organisation factice de sacrifice de boeuf et danses traditionnelles en complément, payant of course  Malgré l'intérêt de la culture batak et la beauté de l'île, c'est l'endroit que j'ai le moins aimé a Sumatra....mais que ca n'enlève rien au charme de l'île que je conseille de visiter bien sur, un "incontournable" (comme on dit  ) de Sumatra | | | À: Boumbastic · 25 décembre 2009 à 10:36 Re: Sumatra 2009: entre mer et jungle Message 36 de 36 · Page 2 de 2 · 2 836 affichages · Partager Prapat/Samosir
Que c’est bon ce petit déjeuner au soleil sur le balcon face au lac Toba. Combien de fois j’avais vu ce lac sur une carte, ou même l’avais dessiné ! J’imaginais un tout petit truc avec une petite île au milieu. C’est tout autre chose que je vois maintenant, là, juste à quelques dizaines de mètres. Une immensité bleue avec cette île à l’horizon qui coupe le lac quasiment en deux.
On refait rapidement les sacs, et direction le port. Ambiance particulière : beaucoup de monde, l’embarcadère se trouve au bord du marché. Marchandes de cacahuètes, passagers en partance ou qui arrivent, sacs de riz qui se chargent, vendeur de glace au klaxonne strident, sirène du bateau qui appelle les derniers. Du bruit, des couleurs, des parfums... tout ce qu’on vient chercher.
Une anglaise arrive, monte à bord. Elle est en débardeur et short. Sitôt assise sur le ponton supérieur, elle se met en maillot, s’allonge sur un banc et offre son corps au soleil et à la vue des indonésiens qui la dévorent des yeux. Spectacle gratuit pour tous !
Au bout d’une demie heure, on accoste à Samosir et prenons la première GH, la Bagus Bay. Il y a de la place, d’ailleurs, il y a plein de place sur cette île, et à tous les tarifs. Pour quelques dollars, on a l’étage d’une maison batak à notre disposition avec vue sur le lac. Un enchantement. Toute en bois, les portes basses, peu d’ouvertures et vue sur le lac. Un charme fou.
Petit coup à boire et le jeune homme nous propose un ordinateur portable avec connexion Internet. Pas vraiment d’envie de se connecter avec le reste du monde, mais puisque c’est proposé si gentiment... et qu’est-ce qu’on voit ? la Yann’s family est sur l’île pour 5 jours. Rapide calcul... ils sont encore là, mais où ?
En attendant, on va louer deux vélos pour parcourir un peu l’île vers Ambarita, en longeant la côte. Samosir est surmontée d’un gigantesque plateau, et inutile d’espérer pédaler jusqu’en haut. Petits jardins, rizières, plantations de café, buffles, des quantités d’élèves à la sortie des écoles (les lieux sont très habités et vivants), nombreuses maisons bataks plus ou moins récentes et en plus ou moins en bon état. Un certain nombre d’entre elles sont toujours habitées. Ce qui est nouveau pour nous, c’est tous les gamins qui nous crient « Hello ! », signe que nous ne sommes pas les seuls touristes. Mais ils se font discrets, ce n’est pas la foule des îles thaïlandaises. La côte est belle et les rives sont occupées par de nombreux gamins qui surveillent leurs animaux. Au détour d’un chemin, on est l’attraction d’un groupe de jeunes. Franchement, on les fait rire sur nos vélos. Ils rigolent, sont sympas et nous demandent de poser pour une photo. Petite halte avec un papi et une mamie qui repiquent leur riz. Ils sont tout vieux, pliés en deux, les pieds dans l’eau, et tout sourire. On restera un bon moment avec eux. On ne parle pas la même langue hormis trois mots, et pourtant on a le sentiment d’avoir fait une belle papote avec eux. Leurs petits enfants nous rejoignent et font les pitres. On s’échange même nos adresses. Tous les gens que nous croiserons savent manifestement lire et écrire ce qui est loin d’être le cas dans d’autres pays d’ Asie du Sud Est.
Pendant qu’on tchat, des gamins, curieux, nous ont rejoints. Séance de gonflage de ballons. J’en ai toujours dans mon sac, ces longs ballons avec lesquels ont peut faire plein de trucs : des chiens, des épées, des casques... ça marche à tous les coups, ils adorent. Ce qui est génial, c’est de croiser ensuite les petits gosses au détour d’un chemin, avec un casque orange sur la tête, fiers comme tout.
Pendant toute la journée, on cherchera parmi les indos un crâne un peu lisse, on posera quelques questions à droite à gauche, mais pas de trace des copains. Petite visite pour voir les Stone Chair, là où se faisait les réunions des rois bataks et où étaient tenus les jugements parfois fatals. Des chaises massives en pierre sculptée, sur lesquelles maintenant jouent les gamins d’Ambarita. En entrant dans l’enceinte, on signe le registre. Les Yann’s sont venus le matin même, et ils ont même mis le nom de leur GH. Facile de les retrouver. On repart contents, la lumière de cette fin d’après midi est superbe.
On prend la route de Tuk Tuk, le village le plus touristique de l’île. Ils sont prêts pour le tourisme de masse. Des quantités d’hôtels attendent le client, mais pas un chat. Drôle d’impression, ambiance étrange, morne, déserte comme si une épidémie avait chassé tout le monde. De plus, de nouvelles constructions continuent à sortir de terre et le front de lac devient très bétonné.
A folle allure sur nos vélos, on double Yann qui marche tranquillement. Facilement reconnaissable entre mille. La stature du rugbyman et le crâne de Barthez. C’est franchement drôle de se retrouver là, sur cette île, presque par hasard après s’être connu sur un forum.
On se retrouve les deux familles pour passer la soirée dans la GH avec un concert bataks. Très fait pour le touriste, ce concert, mais après la partie « officielle », les guitares continuent et la jeune fille de la GH se met à chanter avec une voix extraordinaire. Un moment d’intense plaisir, et en plus, elle est belle comme le jour.
On s’endormira dans notre superbe chambre éclairée à la bougie au son de « Let it be ». Les chanteurs sont sous nos fenêtres. Images attachées: Photo postée par le membre Hialle. Photo postée par le membre Hialle. Photo postée par le membre Hialle. Photo postée par le membre Hialle. Photo postée par le membre Hialle. Photo postée par le membre Hialle. | Carnets similaires sur l'Indonésie: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 16 224 visiteurs en ligne depuis une heure! |