24 projections - 24 images secondes
il est souvent écrit dans les guides "
qu'il faut respecter" coutumes et règles des peuples chez lesquels on voyage, faire attention au choix de ses vêtements, à sa manière de parler, ne pas aborder tel sujet tabou, être attentif et délicat
lorsqu'on arrive dans un village avec quelque chose d'aussi sensible que l'art cinématographique, pourquoi oublier cette nécessaire délicatesse?
on prépare son voyage, sa voiture, son itinéraire pendant des mois, on lit, on achète des objets, on voit des médecins et bien souvent la même attention n'est pas donné au choix des films (ou au matériel de projection) de ceux qui emportent avec eux un cinéma itinérant
pour ceux qui donc voudraient faire cet ultime effort mais non des moindres, voici quelques retours de ce que nous avons pu vivre au cours de ces projections cinématographiques
films projetés entre parenthèses figurent les "qualités" et "défauts" des films projetés pour ce style de projections en plein air auprès d'un public majoritairement illettré et qui va et vient pendant la projection
Nanouk l'esquimeau ** Robert Flaherty – 1922 – 70 min
(regards caméra – force du document – intertitres un peu trop longs)
Le ballon rouge *** Albert Lamorisse – 1956 – 36 min
(pas de paroles – comique visuel)
Le cirque ** Charlie Chaplin – 1928 - 71 min
("histoire" pas si facile à comprendre, mais force de toutes les scènes "Chaplin", slapstick et poursuites)
Princesse Mononoké ** Hayao Miyazaki – 1997 – 135 min
(forte sensibilité au thème de la forêt – forces des inventions visuelles – film un peu trop long et complexité des péripéties – difficulté de faire comprendre qu'un dessin animé n'est pas forcément pour les "enfants" et que cela peut-être aussi "sérieux" qu'une fiction classique)
Crin blanc *** Albert Lamorisse – 1953 – 40 min
(similitudes avec la vie de certaines populations – scènes de poursuite toujours autant appréciées)
La guerre du feu *** Jean-Jacques Annaud – 1981 – 95 min
(pas de dialogues - force du document sur "les hommes anciens" - détails parfois difficiles à comprendre car logique européenne et non applicable à certain type de pensée africain de l'ouest)
L'ours * Jean-Jacques Annaud – 1988 – 100 min
(peu de dialogues donc c'est bien mais très peu de sensibilité du public aux paysages, à la contemplation)
Les maitres fous ** Jean Rouch – 1955 – 18 min
(problème de la voix off, film pour lequel il aurait été bon d'avoir un traducteur, cela se pose pour tous les films de Jean Rouch...)
Pour une poignée de dollars ° Sergio Leone – 1964 – 95 min
(notre bide – trop sophistiqué dans le montage – trop de blancs qui se ressemblent tous)
Peau d'âne ** Jacques Demy – 1970 – 90 min
(naïveté donc ça fonctionne bien mais beaucoup de dialogues et de chansons difficiles à apprécier)
Tabou *** Murnau et Flaherty – 1931 – 90 min
(l'image du revenant et l'histoire d'amour contrariée fonctionne très bien – force du document, des danses en particulier)
La petite parade *** Ladislav Starevitch - 1928 – 16 min
(ça marche malgré le commentaire débile en français)
Que viva Mexico! *** Sergei Eisenstein – 1931 – 85 min
(projection la plus marquante sans doute, force visuelle du document – fascination pour la corrida - solidarité avec "les paysans, les pauvres, les dominés" – un pays où les femmes travaillent et les hommes ne font rien – la lutte n'est pas terminée)
The kid ** Charlie Chaplin – 1921 – 50 min
(Chaplin, dès qu'il est là les spectateurs ne le lâchent plus – "sentimentalisme" de l'histoire difficile à appréhender, personne ne pleure à la fin)
Yaaba *** Idrissa Ouedraogo – 1989 – 90 min
Samba Traore ** Idrissa Ouedraogo – 1992 – 85 min
Tilaï *** Idrissa Ouedraogo – 1990 – 81 min
(sur ces 3 films africains, rien à dire, ça marche bien sûr, si on avait pu projeter plus de films réalisés par des africains sur leurs pays, ça il faut le faire)
pays / publicmali,
burkina faso, bénin,
togo, niger – villages sans électricité
entre 200 et 600 personnes en moyenne par projection (prévenus dans l'après-midi souvent par la rumeur)
dans le choix des films, une des premières choses à laquelle il faut penser c'est que plus de la moitié du public est constitué d'enfants. mais les enfants africains, ce sont de "petits hommes". ils comprennent beaucoup de choses et pleurent très rarement comparé aux enfant d'europe.
le rapport de fascination à l'image et à l'installation cinéma est tel qu'il permet de faire passer les images les plus inattendues, les plus pointues, les plus extrêmes. il n'y a pas d'a priori. donc cela ne nous semble pas une bonne idée de se limiter à des films simplistes ou à des films dits drôles, comédies ou dessins animés. au contraire on a rarement vu un public aussi ouvert, avec de grands yeux ouverts.
il faut juste faire attention à certaines choses pour éviter que le public soit largué.
dialogue / langueil ne faut pas trop de dialogues, car peu parlent français. aussi parce que le public parle beaucoup, commente tout, répète tout (et ce n'est pas un manque d'attention, c'est presque un excès d'attention, comment expliquer cela?), donc parler et écouter les dialogues en même temps cela devient vite compliqué.
quelques fois nous avons pu avoir un traducteur, qui reprenait de façon simplifiée les intertitres ou les dialogues dans la langue locale, ça c'est très bien, mais là encore il ne faut pas qu'il y ait trop d'informations à donner.
visages blancs / films africainspour les africains, les visages blancs-européens se confondent facilement, donc si les films ont des personnages multiples et qui se ressemblent, cela devient vite complexe.
évidemment pour les films en langue locale avec des noirs, un fluide magique passait dans l'assistance
projeter les films d'Idrissa Ouedraogo en plein air devant des femmes et des hommes qui réagissaient à contretemps de tous nos réflexes européens c'était très bien, et nous étions là spectateurs à essayer de comprendre ce qui se passait
nous avons regretté de ne pas avoir trouvé davantage de dvd de films africains. cela pose évidemment le problème de la distribution de ces films invisibles... comment expliquer que les films de Souleymane Cissé soient introuvables? parce que tout le monde s'en fout, oui ça doit être ça. (prix d'un coffret de 4 dvd de Souleymane Cissé, 220 euros à la fnac)
flash back / rêves / tempsla notion du temps qui passe n'étant pas du tout la même il y a un problème dès que le film n'est pas linéaire. souvent pour les africains le passé et le futur font complètement partie du présent, il n'y a pas de cassure aussi précise que pour nous. donc les films qui font trop appel à cette notion sont mal compris.
noir et blanc vs couleurtiens c'est drôle mais le noir et blanc ne pose aucun souci. il n'y a pas de préférence pour la couleur. comment expliquer cela?
les paysages et la "musique de film" c'est chianttout ce qui est d'ordre contemplatif ne suscite absolument pas la même réaction que sur un public européen. aucune sensibilité à la musique qui n'est pas la leur (genre violon) et semble ne pas avoir de rythme. pas de poésie. pas d'empathie à la douleur. les scènes les plus cruelles et les plus violentes sont souvent celles qui provoquent le plus de rires. pas de gêne par rapport au sexe (tant que ce n'est pas vraiment érotique mais que ça reste cru).
en fait la force du "document film" est ce qui fonctionne le mieux. un film qui raconte quelque chose de "vrai", qui est arrivé, qui montre des gens, qui est tourné crument, qui garde quelque choses de brut, qui suit les habitudes humaines, a davantage de poids qu'une fiction ou qu'une tentative poétique. je n'en dis pas plus.
mais c'est pour cela que les films d'animation nous paraissaient soudain dérisoires. cela semblait une sophistication européenne, un biais bien compliqué alors qu'un regard caméra dans Nanouk l'esquimau suscitait des bonjour dans le public...voilà.
épilogueon aurait aimé montrer un montage d'images. avec des scènes de films (Rogosin, Godard, Rosselini, pour mémoire). avec des images d'actualité (la guerre en Lybie, le chômage en
France, le nazisme en europe, par exemple)
on aurait aimé montrer davantage de films faits par des africains, un film sur la
Côte d'Ivoire à projeter au nord du Mali, mais comment faire avec tant de langues?
dernières paroles avant l'oubli, un mauritanien lettré, alors que nous étions sur le retour, à
Nouakchott, nous dit que peu importe nos projections dans les villages, notre venue, quelque soit la forme qu'elle prenne est déjà une perturbation.
matériel utilisé et qualité de la projectionc'est en dernier mais ce n'est pas le moins important. nous avons passé des heures à chercher "le matériel le plus adapté". et comme je sais que d'autres personnes se posent la question voici la liste précise du matériel pour leur simplifier la recherche:
- groupe électrogène Honda EU10i 230V - 1000 VA / 50 Hz + 12 V - 8 A – inverter (très bien insonorisé, faible consommation d'essence) + une rallonge de 20 m + une multiprise
- ordinateur portable Toshiba Portégé A600 3G (aucun souci), sur lequel se trouvaient les films crackés avec dvd Fab
- vidéoprojecteur SANYO PLC XD 2600 (solide, très bonne qualité d'image à 3m, seul inconvénient pas de lensshift)
- enceintes JBL - Control 2.4 G - 2 Voies – Wifi (très bon son) + amplificateur casque portable (pour améliorer le volume de sortie de l'ordinateur)
- écran translucide spécial rétroprojection, monté entre deux piquets de voleyball made in décathlon.
et encore merci à tous ceux qui m'ont aidée sur ce projet.
lise bellynck
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Splatch.