J’en rêvais. J’en rêvais depuis bien longtemps déjà...et je l’ai fait. Ca y est, je les ai vu, j’ai vu les derniers gorilles de montagne. Une rencontre incroyable, une expérience inoubliable.
Tout a commencé par une marche dans une forêt de bambous, sur le flanc d’un volcan. Nous sommes dans le
Parc National des Volcans, au
Rwanda. Un pisteur nous ouvre la route à coup de machette. Nous arrivons dans une petite clairière et ils sont là. Ils jouent, se roulent par terre, d’autres sont au dessus de nos têtes, les plus agiles, les plus jeunes, ceux dont les bambous peuvent encore supporter le poids. Les plus lourds restent au sol, mangeant les feuilles de bambous à porter de main...à porter de main, et sans jeu de mots, car ce sont bien des mains qui terminent leurs grands bras velus. Les similitudes avec l’Homme sont troublantes, dans leurs attitudes, dans leur faciès...il ne leur manque que la parole. Ils partagent 98% de notre patrimoine génétique, et ont plus d’humanité dans leur regard que bien des humains. Des boules de poils, des peluches se battent sous la surveillance de leur mère. L’un des plus âgés nous regarde, allongé sur le ventre, les bras croisés, la tête posée sur son imposante main, une posture qui nous a fait sourire, une posture que nous avons tous eu un jour. Ou est l’Homme? Ou est l’Animal? Comme le dit Pascal Picq, paléoanthropologue: « L’Homme n’est pas le seul animal qui pense, mais il est le seul à penser qu’il n’est pas un animal ».
Heureux de les avoir rencontré, heureux mais partagé... je ne suis pas convaincu que ce soit réellement une bonne chose de leur rendre visite. Certes les gorilles visités ne sont pas les mêmes tous les jours (de plus certains groupes sont « destinés » au tourisme et d’autres aux recherches scientifiques), certes les groupes de touristes sont limités en nombre (8 touristes maximum), certes des précautions de sécurité et de bien-être pour les animaux sont prises... mais lors de notre visite, clairement, nous n’étions pas les bienvenus et le mâle dominant, le dos argenté, nous l’a bien fait comprendre, chargeant le groupe à plusieurs reprises. Des charges plus dissuasives qu’agressives mais voulant dire : » Stop! Vous êtes chez moi, faîtes attention à ce que vous faites » (oui, je parle gorille couramment, c’est la Langue Vivante 2 que j’ai choisie au collège). Toujours est-il que nous les dérangions, c’est une évidence, que les pisteurs étaient un peu dépassés, et qu’un jour, je ne le souhaite pas, un accident pourrait arriver. D’un autre coté, très règlementé et onéreux, ce tourisme permet la sauvegarde de ces animaux. 10% des droits d’entrée sont reversés à des associations locales, le reste est destiné à la sauvegarde des primates, de la forêt et à la gestion du parc national en règle générale, et il y a fort à parier que sans le tourisme, les gorilles de montagne auraient déjà disparu depuis un petit bout de temps.
Un moment exceptionnel, que je ne regrette en aucun cas mais qui a soulevé en moi quelques interrogations. J’en ai rêvé, je l’ai fait.
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Jeywey.