Allant supprimer mon site web, je retranscris ici mon retour d'expé du
Liban :
Le
Liban est actuellement à considérer comme une île, puisque ses frontières terrestres sont soit fermées (avec
Israël), soit trop dangereuses (avec la Syrie). L’accès ne se fait que depuis la
Turquie à bateau, ou par avion.
J’y ai pédalé plus de 3 semaines en mars 2018, et globalement à cette période, la situation était stable, chose qui n’est pas une évidence : si l’on vient au
Liban, il faut absolument faire preuve d’une vigilance accrue, d’une
surveillance quotidienne de l’actualité, et ne jamais négliger sa propre sécurité.
Quant à la population en revanche, bien qu’elle soit très hétéroclite et contrairement à l’expérience de Yves, une fois que la glace était cassée (qu’il faut quand même casser soi-même), elle m’a été vraiment chaleureuse, cherchant très souvent à aider et plutôt contente de recevoir de la visite.
LE « PATCHWORK » COMMUNAUTAIRELes 6 millions de libanais, quasiment tous arabes, se composent d’une multitude de groupes culturels, de nationalités et de groupes religieux qui se retrouvent complètement mélangées les uns aux autres dans ce pays trois fois plus petit que la
Belgique. Le schéma classique est de voir une ville d’une couleur religieuse, et la suivante d’une autre et celle d’après encore d’une autre. Grosso modo, on ne sait jamais précisément avec qui l’on se trouve. Or tout le monde sait qu’une guerre civile y a fait rage de 1975 à 1990, et les stigmates y sont encore âprement présents : bien que la plupart des gens rencontrés aspirent à retrouver la paix avec leurs voisins et fassent preuve d’un extraordinaire désir de revenir au
Liban calme et tolérant des années 60, les craintes et les aversions sont difficiles à abroger. Tous les assassinats et les actes de guerre survenus il y a seulement une génération n’ont épargnié aucune famille.
Voici une carte simplifiée du découpage religieux.
CYCLISTE AU LIBANClairement, ils ne connaissent pas le concept du voyage à vélo. Seulement dans la capitale on trouve un
magasin de vélos
de bonne gamme, sinon partout ailleurs il faut abandonner l’idée de réparer convenablement son vélo.
Quant aux
conditions routières, c’est l’anarchie partout, et le chaos à
Beyrouth. Il s’agit d’un combat quotidien au corps-à-corps avec les voitures : ne pas avoir d’accident ne relève pas d’être un bon pilote, mais juste d’avoir de la chance.
Avec l’immigration des syriens au
Liban (près de 2 millions!), sans moyen d’acheter une voiture, le cyclisme est un peu revenu avec leur arrivée. Du coup, loin de s’imaginer qu’un européen puisse venir au
Liban à vélo, on me prenait très souvent pour un syrien dans un accueil tristement froid : pas grand chose à faire ici, si ce n’est de montrer que je ne parlais pas l’arabe et d’expliquer du mieux possible d’où je viens. Alors très rapidement les sourires apparaissaient, les questions de curiosité qui vont avec, et l’hospitalité orientale réapparaissait à petit feu.
CÔTÉ PRATIQUEL’arabe est la langue nationale. Cependant, 60% de la population parle au moins français ou anglais, ce qui a rendu le voyage vraiment intéressant tant il était
facile de communiquer avec les gens!
L’
asphalte est moyennement bon : attention aux nids-de-poule!
Oubliez le mot «
bivouac » dans ce pays : avec 600hab./km² c’est presque une mission impossible de trouver un coin tranquille, et question sécurité je ne vous le conseille absolument pas (lire plus bas). Si vous tenez absolument à planter votre tenter, sonnez alors chez les particuliers ou les églises et demandez à vous planter dans leur jardin. Ce fut très souvent accepté dès la première demande, j’ai rarement eu besoin de sonner à plusieurs portes pour en trouver une au cœur ouvert.
Il y a beaucoup de
check-points à travers le pays, mais lors de mon passage aucun d’eux ne faisaient de contrôle, ni aux automobilistes ni à moi.
Concernant la baignade dans la Méditerranée, on me l’a déconseillée partout car « tu vas tomber malade » me disait-on... d’ailleurs
un déchet radioactif a été trouvé
sur une plage pendant mon séjour.
L’INSÉCURITÉLe
Liban est malheureusement rongé par une multitude de problèmes qui rendent la vie délicate aux voyageurs. Contrairement à beaucoup de pays, il n’est pas toujours bon d’être français au
Liban : ne donnez pas votre nationalité trop facilement!
Commençons par le gouvernement qui n’est pas assez fort pour contrôler sa population : là où un voyageur à l’habitude, ailleurs, de trouver la sécurité dans les forêts et les montagnes, au
Liban se sont
les criminels et
les dealers qui s’y cachent et rendent ces lieux dangereux. Ajouté à eux, des
groupuscules de DAECH continuent d’y subsister et d’après l’ambassade de
France, ils sont en constant déplacement.
De plus, le fameux
Hezbollah, à l’origine un simple parti politique mais qui est aujourd’hui armé, contrôle une grande surface du pays et possède surtout plus de pouvoir que le gouvernement lui-même. Officiellement considéré comme une organisation terroriste par le gouvernement français, nous sommes donc une cible. Lors de mon passage, le Hezbollah était depuis plusieurs années dans une période de calme et les risques étaient faibles : cependant par le passé, il faut savoir que leur action était la prise d’otage d’européens pour monnaie d’échange contre rançon (d’où le fait qu’il vaille mieux ne pas crier sa nationalité sur les toits), mais aujourd’hui aucun crime n’a été recensé. C’est notamment avec eux que tout peut basculer très vite, d’où l’intérêt de surveiller l’actualité.
C’est aussi avec
Israël que ça peut se dégrader très vite : la tension est très forte entre les deux pays, et la suspicion d’être un espion à l’approche de la frontière
Israël n’est pas une légende. Il est facile d’être considéré comme tel lorsque l’on voyage hors des sentiers battus, alors prenez garde.
Considérons aussi les hauts risques dans le plateau de la Béqaa :
la guerre syrienne déborde sur le territoire libanais et rend incertaine la frontière entre les deux pays sur le terrain. Zahlé étant une destination accessible, et pourtant à seulement 13km de la Syrie, attention à bien savoir où vous vous rendez! De plus, la grande présence de
réfugiés syriens qui se serrent la ceinture dans des camps sont connus pour de tristes actes de désespoirs pour leur survie.
La carte du Quai d’Orsay
est relativement bonne, bien que la limite entre la zone blanche et rouge n’est pas exacte selon moi, car impossible à réellement définir : le Hezbollah est implanté dans certains villages de la zone blanche, alors que certains villages du plateau de la Béqaa sont totalement sécuritaires. Encore une fois, tout est une question de patchwork qui demande des précautions à chaque nouveau km.
SE SECURISERJe ne conseille à personne de dormir en autonomie au
Liban : c’est un coup de poker puisqu’on ne sait jamais qui se trouve autour de nous. Je n’ai dormi qu’une seule nuit ailleurs que sur un terrain privé, et
j’en ai payé les frais : réveillé à 6h par le Hezbollah, il m’a volé passeport, argent et carte bancaire. Puis en me sécurisant auprès de l’armée libanaise j’ai d’abord été suspecté d’être un dealer de drogue ou un espion israélien (avec interrogatoire serré) avant que, comme par magie, mes papiers me soient rendus (par l’armée libanaise?!) en fin de journée sans explication. J’ai eu une chance inouïe de ne pas être pris en otage et de récupérer mes biens dans la même journée... mais quelles heures intenses en émotions! Après des jours d’investigation pour mesurer les risques, et en comprenant qu’ils étaient faibles à cette période, je venais pourtant de traverser la Béqaa de Zahlé à
Deir El Qamar (village sécuritaire) sans encombre. Ne pouvant franchir le col encore fermé pour aller à
Bcharré j’ai alors dû rebrousser chemin à l’improviste vers Zahlé. C’est en évitant le centre de la Béqaa et en longeant au plus près le
Mont-Liban que j’ai été agressé à 6km seulement de la « zone sécuritaire ». J’étais alors près du village de Hadath, sans savoir qu’il était un gros pied-à-terre du Hezbollah.
Par conséquent,
anticipez au maximum vos hébergements et surtout,
créez-vous un réseau de contacts!
Avec des CSings, des WarmShowers ou des hotels, planifiez le plus de nuits. Dans le cas où vous êtes pris de court, n’hésitez pas à sonnez chez les gens : vous avez aussi peur qu’eux de faire des mauvaises rencontres, alors il faut passez au-delà de ses craintes, souriez-leur, et ils vous souriront en retour. Sinon, j’ai aussi fait la bonne découverte des églises : contrairement à l’accueil ennuyé et presque dérangé des prêtres en Europe, celui de l’Eglise au
Liban fut exceptionnel! Les prêtres, les sœurs et les pères de l’église Maronite parlent très souvent un excellent français, et ont toujours été ravi de m’héberger dans de superbes chambres : l’occasion d’agrandir son réseau de contacts. N’hésitez jamais à demander qu’on vous annonce dans la prochaine ville,
demandez conseils pour de bonnes adresses et n’oubliez jamais d’étudiez votre itinéraire avec les gens : seuls les locaux savent la situation précise de leur coin. Parfois une route est très sécuritaire et celle à 500m en contre-bas ne l’est absolument pas.
N’hésitez pas non plus à vous rendre dans les
Instituts Français à
Beyrouth, à
Tripoli, Zahlé et ailleurs, pour avoir un avis immédiat de l’ambassade de
France sur la situation du moment.
Et toujours, toujours, ne vous contentez jamais d’un seul avis : la population ne s’aime pas entre-elle et un groupe religieux vous déconseillera toujours d’aller chez l’autre, l’ambassade de
France aura toujours tendance à grossir les risques réels pour vous dissuader d’aller dans les zones à risques, les locaux ont souvent tendance à croire que leur environnement est sans problème puisqu’ils y vivent quotidiennement, mais au final, personne ne sait vraiment quelle est notre situation. Nous sommes des voyageurs, avec une nationalité qui pèse positivement ou non dans la balance, un mode de vie particulier, une vigilance habituelle, nous sortons des sentiers battus et ne rentrons pas dans le cadre du touriste lambda, et par conséquent personne d’autre que nous-même n’est vraiment apte à juger de ce qu’il est possible de faire ou non.