Bonjour,
Après avoir lu sur ce site certaines critiques vis-à-vis des gens qui partent en partie grâce à VF et qui ne donnent plus de nouvelles après, je me décide à écrire ce rapide compte-rendu de mon travail pendant un mois en tant que bénévole dans un centre pour enfants des rues en
Equateur, le CENIT. J’espère aussi aider ceux qui se posent des questions sur ce genre de projets, et éventuellement donner envie à quelques-uns de partir là-bas eux aussi (auquel cas je serais ravie d’avoir des nouvelles, pour pouvoir entre autre faire parvenir au centre de l’argent ou du matériel scolaire).
En ce qui concerne l’assoc, en tant que volontaires, nous étions totalement bénévoles, cad qu’il fallait qu’on se trouve (et se paye) logement, nourriture (sauf le repas du midi offert par le Cenit) et même le matériel dont on peut avoir besoin pour travailler avec les enfants. Cela dit, pour la présentation de l’assoc proprement dite, je conseille à qui est intéressé de lire les messages que j’ai mis sur Voyageforum ou d’aller sur leur site : whttpcenitecuador.org.
Pour mon expérience proprement dite, je pense que le plus simple est de diviser en points positifs/négatifs.
Commençons par ce qui fâche :
L’assoc, quoiqu’elle fasse du bon boulot, souffre d’un sérieux problème en ce qui concerne l’organisation et le recrutement des volontaires ; on peut donc se retrouver à soi-disant travailler pour les enfants des rues, mais avec des volontaires qui ne parlent pas un mot d’espagnol et qui sont complètement nunuches… Ca gâche donc pas mal le plaisir qu’on peut y prendre, et il faut oublier l’idée d’un vrai travail d’équipe, pourtant à mon avis plus que nécessaire lorsque l’on s’occupe de tels enfants. Il faut le savoir, il y a des gens qui vont dans de telles assoc seulement pour se donner bonne conscience et se dire qu’ils ne passent pas leurs vacances comme des touristes de base, voire pour régler leurs problèmes personnels, et qui n’ont aucune formation. Alors quand ils sont devant des enfants, ils sont incapables de prendre la moindre initiative et de leur apporter quoi que ce soit. Cela dit, la fille avec qui je suis partie ne parlait pas espagnol et n’avait pas beaucoup l’expérience de l'animation avec des enfants, mais comme elle était très motivée, et qu’en plus elle a beaucoup de bon sens et est très débrouillarde, elle a vraiment fait du bon boulot et en a retiré beaucoup de satisfaction.
Deuxième point négatif : il faut vraiment savoir que l’on n’apporte finalement pas grand chose aux enfants si on ne reste qu’un mois, comme je l’ai fait. On apporte juste un peu d’eau au moulin, et, pour l’assoc, on est une source de revenu (il faut payer 50$ à l’inscription, ce sont généralement les volontaires qui achètent le matériel pédagogique –pas forcément à bon escient mais c’est toujours mieux que rien-, et on est des parrains potentiels). En revanche, il y a peu de chances, par exemple, de rester dans la mémoire des enfants ; en repartant, on se dit qu’on ne les oubliera jamais, mais eux, une semaine après de nouveaux volontaires sont là et on n’existe plus pour eux. Si on reste plus longtemps, c’est bien sûr différent, mais sur une courte période il faut bien dire qu’on ne sert qu’à prolonger le travail des volontaires précédents et à initier celui des suivants. Il y a peu de chances pour qu’on ait des nouvelles des enfants, même si l’assoc envoie aux anciens volontaires une lettre d’information tous les trimestres. Et ce n’est pas forcément facile à encaisser.
Points positifs, quand même :
C’est une expérience géniale, les enfants sont vraiment très attachants et, d’une certaine façon, le peu d’organisation au sein du service des volontaires permet d’être très libre : si on a un projet précis, on peut généralement t’arranger pour le faire, en particulier dans le cadre du programme « Rescate en la calle ». Ce programme consiste à aller trouver les enfants sur leur lieu de travail et à y organiser des activités. Il y a un système d’activités du jour dont chaque secteur est alternativement responsable, mais nul n’empêche de proposer autre chose pour le secteur sur lequel on travaille. Par exemple, des filles ont mis en place toute une semaine d’activités sur le thème du brossage de dents, c’était très bien.
En fait, si on est motivé et débrouillard, (et qu’on parle un minimum d’espagnol) on peut vraiment faire un tas de choses et nouer des relations très fortes avec les enfants et leur famille (mais toujours avec la réserve que j’ai exposée plus haut, à savoir qu’il ne faut pas compter sur leur souvenir éternel). D’une certaine façon, on ne fait pas grand chose, mais on peut toujours se dire que c’est mieux que rien (surtout que, pour en avoir discuté avec ma famille équatorienne, les Equatoriens eux-mêmes sont encore peu mobilisés : la crise économique est récente –1999- et les classes moyennes essaient pour l’instant surtout de s’en sortir eux-mêmes avant de travailler bénévolement pour les autres).De plus, il est toujours possible de garder des liens avec le CENIT; par exemple, nous avons, à trois anciennes volontaires, monté une association pour le faire connaître et récolter des fonds. Nous espérons ainsi être un peu plus utile aux enfants et à leur famille, et, d'une certaine façon, prolonger le travail que nous avons fait là-bas.
Personnellement, les enfants m’ont beaucoup apporté au point de vue humain (il y a en particulier une étonnante solidarité entre frères et sœurs).Tout est tellement différent qu’on apprend forcément beaucoup de choses, peut-être même qu’en fin de compte on en retire plus qu’on n’en apporte. Au vue de leur pauvreté, on apprend aussi à avoir un autre regard sur la vie qu’on mène en Occident, ça touche forcément plus (à mon avis) que des reportages télévisés. Bref, pour moi, l’expérience a été très enrichissante. D’ailleurs, je n’attends que d’y retourner.
Tout cela paraît peut-être bien grandiloquent, mais je ne sais pas trop comment l’expliquer autrement. J’espère juste que cela sera d’une aide quelconque à quelqu’un. N’hésitez pas à me contacter pour plus d’informations,
Aleth.