Le volcan indonésien
Merapi crache des nuages funestes
Bhimanto Suwastoyo
Agence
France-Presse
Volcan
Merapi,
Indonésie
Le volcan indonésien
Merapi crachait lundi une grande quantité de nuées ardentes, des masses gazeuses brûlantes et destructrices, alors que se poursuivait la difficile évacuation de milliers de résidents.
«Entre minuit et 06h00 locales (13h00 et 19h00 HAE dimanche), il y a eu 88 dégagements de nuées ardentes», a déclaré Jilal, du service de volcanologie de
Yogyakarta, une grande ville située à 35 kilomètres au sud du volcan.
«Les nuées ardentes ont maintenant descendu les pentes du volcan sur deux à trois kilomètres et demi en suivant le lit de la rivière Kali Krasak», a-t-il ajouté, désignant une zone située sur la pente sud-ouest du volcan.
Le niveau d'alerte sur le
Merapi a été relevé samedi à son cran le plus haut, autorisant l'évacuation de quelque 34 000 habitants. Le
Merapi est situé au coeur de l'île de
Java où la population est dense.
À 17H00 lundi, près de 11 000 habitants avaient été déménagés de onze villages considérés comme particulièrement exposés. Les autorités espéraient faire de même avec 6000 autres personnes du district de
Magelang.
Toutefois malgré les nouveaux dangers les représentants officiels continuaient à se heurter au scepticisme et aux résistances des habitants qui rechignaient à quitter leurs terres.
«Ils savent les risques mais ils se préparent à s'évacuer eux-mêmes avec des véhicules en cas d'éruption majeure», a indiqué à l'AFP Sapto, un responsable local du district de Sleman.
Dans la station d'altitude de Kaliurang, les rues étaient vides et les commerces fermés alors que des nuages menaçants apparaissaient à quelques kilomètres.
Mais ailleurs selon les autorités, de nombreux hommes jeunes et leurs pères choisissaient de rester près de leurs récoltes et de leur bétail, laissant femmes et enfants descendre vers les centres d'accueil.
Ces trois dernières semaines, un dôme de lave pâteuse, source de grande inquiétude, s'est élevé de plusieurs dizaines de mètres au sommet du
Merapi.
«Nous redoutons qu'il s'effondre sur nous», a déclaré Albert Gintaryo, coordinateur des évacuations dans le district de Boyolali.
Selon le volcanologue français Jean-Paul Toutain, un spécialiste du
Merapi, les nuées ardentes peuvent parcourir jusqu'à une quinzaine de kilomètres. Des centaines de résidents restaient donc menacés lundi, alors que les autorités confirmaient «ne pas forcer» les villageois à s'écarter du cratère.
Ratdomo Purbo, de l'Agence d'atténuation des risques volcaniques et géologiques indonésienne, a de son côté indiqué lundi à l'AFP ne pas voir d'apaisement rapide du volcan.
La plus violente éruption du
Merapi a eu lieu en 1930, et a tué 1.369 personnes. Une autre éruption en 1994 avait fait plus de 60 morts et forcé 6000 riverains à fuir.
Cette montagne culminant à plus de 2.900 mètres est située à la rencontre des plaques tectoniques eurasienne et indo-australienne.
Selon l'Agence d'atténuation des risques volcaniques et géologiques indonésienne, une explosion paroxysmale du
Merapi mettrait immédiatement en danger plus d'un million d'habitants dans la région de
Yogyakarta.
L'
Indonésie est un immense archipel formé de milliers d'îles et d'îlots situé sur la «ceinture de feu» du Pacifique.
Ce pays a connu les deux plus grands phénomènes terrestres des temps modernes: d'abord l'éruption du volcan
Tambora en 1815, la plus meurtrière de l'histoire; ensuite l'explosion du
Krakatoa en 1883, qui a déclenché des vagues qui firent le tour du monde et altéré les climats des cinq continents.