Bonjour, Candy
Je peux parfaitement comprendre la difficulté que l'on a à se retrouver, à 10 ans, dans un pays dont les racines ne sont plus vraiment les tiennes. La vie parisienne a aussi ses bons côtés, quoique... En ce qui concerne ton voyage en 2001, tu as vu du Yémen sans doute la partie "calfeutrée" de la bonne bourgeoisie de Sana'a ou Taiz... Milieux aisés à très aisés, grosses demeures avec de hauts murs hérissés de tessons de bouteille, gardes armés, serviteurs à demeure, tout cela concourt à une image assez "glauque" de ce que tu as pu en ressentir.
Pour moi, qui ai découvert le Yémen alors que la place At Tahrir, à Sana'a, était encore en terre battue et les égouts de nombreux villages inexistants ou à l'état d'embryon, j'en ai aussi vu l'évolution rapide, trop rapide parfois... J'y ai surtout vécu la guerre civile de l'intérieur en avril-mai 93, avec de vraies batailles de chars, et de vrais morts femmes et enfants dans les villages bombardés... C'était peut-être aussi le prix à payer pour accéder a l'ère moderne...
J'y ai aussi connu les premières élections libres en 86 je crois, avec une volonté affirmée de rentrer dans le monde moderne et dans l'espace arabe au complet. Moi qui ne parlais pas la langue, ou si peu, j'ai interprété au travers de mon visuel ou par le truchement de longs dialogues français-anglais-arabe avec les aléas de la retenue et les timidités de chacun à se dévoiler. Cela reste pour moi sans doute le pays le plus proche des valeurs authentiques de l'Islam mais aussi avec ses contradictions par rapport à notre mode de pensée occidental. Le statut des jeunes filles et jeunes femmes n'y est guère enviable, on y pratique encore dans bien des régions les mutilations génitales, quoiqu'ils s'en défendent, mais je peux témoigner... Les mariages sont encore et toujours arrangés, sous la férule des Musawahr, et les liens des tribus sont féroces et cruels encore...
Tu as trouvé ce pays pauvre et sale et j'en conviens totalement quoique... En terre d'Islam, le nettoyage incombe aux castes inférieures et soumises (aujourd'hui les Pakis...). Pas vraiment motivés, les conditions de vie des ces populations marginales sont en-dessous de l'acceptable, même dans un pays réputé pauvre. Mais pauvre, le Yémen n'est pas. Il n'est que de voir le commerce florissant du qat, encouragé par l'Etat qui met à dispositions des planteurs de bonnes terres reprises sur les terres cultivables à froment et céréales. Les fruits et légumes abondent toute l'année, tous ou quasi roulent en 4x4, tous 'broutent" tous les jours... L'opium du peuple, moyen idéal pour asservir une population encore en grande partie illettrée.
La montée en puissance de l'intégrisme radical musulman a fait plus de tort que toutes les révolutions depuis un siècle. Maudit soient-ils ces barbus qui ne connaissent des textes coraniques que les mots haine et jihad à l'incroyant. La jeunesse désoeuvrée fait là-bas comme à
Paris: Ils s'engouffrent tête baissée dans ces pseudos-batailles pour la grandeur de l'Islam. Facilement manipulables, ils croient en la puissance de la parole sacrée à défaut d'autre chose... Mais ces paroles sont pourries, nauséabondes, perverses... Et ce sont les filles et les femmes musulmanes au premier chef qui en serot les premières victimes, asservissement encore plus viril, enfermement à l'ombre des gros murs, déni de paroles...
C'est vrai le Yémen et moi, c'est Haine et Amour... Un pays aux multiples contrastes dans sa face visible, des djebels somptueux, une géographie hors-pair, un climat multiple, une gentillesse naturelle, une fierté d'être Yéménite et, le soir venu, se mettre face à la vallée embrumée, prier Allah, et contempler l'extrême beauté des vallées éternelles.
L'autre face, celle que l'on ne peut montrer aux voyageurs pressés, faute de temps et d'écoute, c'est cet univers triste, noir et froid ou une moitié de la population est maintenue par l'autre... Bien sûr, je réagis en tant qu'occidental, en fonction de mes valeurs d'ici qui sont réputées les meilleures bien sûr... Triste réalité qui autorise pareille asservissement moyenâgeux et séculaire, au titre d'un respect de la tradition musulmane... Celle-là, je la rejette, je la vomis, je l'exècre...!!! Le plaisir hypocrite du Qat (accommodement avec l'Islam, tiens...), les véreux et les pervers du soir, les bordels de Sana'a et Taiz, l'alcool quasi en vente libre..., les brutalités et le mépris des "sous-races"...
Oui, j'ai beaucoup aimé le Yémen, car il est une copie quasi parfaite de notre occident à nous voici 3 à 400 ans, tribunaux d'inquisition, racisme primaire, brutalités aveugles, despotisme et népotisme absolu, guerres de religions, tortures et soumissions des plus faibles, développement des cités à image féodale... Oui sans aucun doute, j'ai découvert au Yémen ce que nous, occidentaux bien pensants, étions voici 3 siècles...: Des barbares... Et à ce titre, le Yémen est une extraordinaire vitrine de notre évolution occidentale. Nul ailleurs au monde, je n'aurais pu retrouver autant de nos sources et réminiscences historiques. Notre histoire occidentale est intimement liée au Yémen et au Moyen-Orient... La route de la soie, les caravanes d'épices, le café, la naissance des grandes religions monothéistes et les pogroms ultérieurs, les mensonges historiques colossaux pour nous faire admettre l'existence d'un Dieu suprême, la perversion des autorités et des gros commerçants, le mythe de la Reine de Saba...
Si d'aventure, tu veux mieux connaître ton pays, nous pouvons en parler longuement, très longuement. Car si j'y ai été autant de fois, et pendant autant de temps, ce n'était pas "juste" à accompagner des touristes-voyageurs... j'y ai aussi ouvert mes yeux et mes oreilles...
Bien à toi, jeune fille... libre...
J-Claude