Assoyez-vous toutes en rond les tits nenfants. Oncle Marsou y va vous raconter la fois oùsse qu’y a faite un fou de son lui-même.
Pour l'instant, Tonton flotte en mer de
Chine, quèq’part au large de Subic Bay, au nord-ouest de
Manille, à bord d’une chaloupe pontée de teck birman. Vingt-quatre mètre la barque! Tonton est aux anges depuis l’aube et la chaloupe au spinnaker et grande voile depuis peu. Michael le skipper évalue le rafiot à sept cent mille ‘’you esse’’ et compte ramener son joujou au port d’attache; le Royal Yacht Club de
Hong Kong. Une balade de quatre jours et trois nuits.
Pour naviguer, il faut connaître l’art de faire le point. Autrement dit, savoir de yoùsse qu’on est sur la flotte quand ya pu de repères visuels. Sinon ce n’est plus de la navigation, mais d’la dérive! Mais pas n’importe comment! Ya la méthode ancienne, c'est-à-dire octant, boussole, chronomètre, compas, rapporteur d’angle et carte marine. Bref tout le bataclan vétuste. Depuis queuqu’années Michael utilise GPS, ordi en conversation avec les Spoutniks, radio satellite, compas électronique, cartes sur écran LCD, radar météo et sondeur de fond à écran sonar. D’la babiole de riche!
La bravade d’Oncle Marsou : faire le point avec la camelote à La Pérousse, à quelques degrés près, versus tout l’attirail électronique installé à bord. À moi l’honneur de la marine! À Michael la quincaillerie high tech! Si ya égalité, je suis promu Premier matelot au Long Cour et chacun paye une traite au barman.
L’objet de la gageure : une bouteille de scotch au bar de la Capitainerie de
Hong Kong, au choix du vainqueur. Plusse... porter à haute voix un toast à l’honneur de la Cavalerie anglaise; To our women, to our horses and to those who ride them! (À nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent!). En plus de la voile, Michael pratique la selle anglaise.
En dehors de mes heures de quart (cé pas compliqué tenir la barre; tu cries... Michael vient icitte vite!!.... Ya un hénôôôrme porte-conteneur qui fonce drette sur nous autres!!!), j’occupe mes temps libres à la lecture du manuel d’instruction de l’octant, consulte les éphémérides de la mer de
Chine et me familiarise avec les cartes marines. Oncle Marcel fait le bon élève et le professeur Michael teste l’apprenti matelot et répond à mes nombreuses questions.
Deuxième jour de navigation. Jour J! Il est 5 h 17 GMT. 13 h 17 à bord. J’annonce au capitaine que je suis fin prêt à relever le défi. La confiance gonflée autant que la grande voile, j’empoigne l’octant et monte sur le pont faire un clin d’œil au Soleil. Entre-temps Michael est à sa table à cartes, tapote sur l’ordi, manipule les boutons du GPS et jette un œil de temps à autre aux deux horloges du carré. Le temps de caler un rhum et manipuler la calculette, il inscrit deux coordonnées sur un bout de papier.
- Alors Marcel, ça vient ce point?
- J’y suis presque Capitaine. Encore une minute ou deux siouplait!
Je retourne sur le pont relire à l’octant la latitude. À près d’un quart d’heure, je lui tends mon papier. Michael inscrit ses coordonnées sur la carte.
- Voilà Marcel. Nous sommes par 117 degrés 52 minutes Longitude est de Greenwich et 16 degrés 14 minutes Latitude nord de l’
équateur.... en mer de
Chine du Sud, 214 kilomètres à l’ouest du cap philippin de Bolinao. Nous faisons route vers les récifs de Dangshao Qundao que nous laisserons par tribord dans deux jours. La barre est à NNO 349. Notre vitesse est de 6, 83 nœuds. Veux-tu connaître la température de l’eau en surface?
Puis sur le visage de Michael se dessine lentement un sourire triomphant. Il s’esclaffe et, reprenant son flegme anglais, ajoute...
- Pourtant!...
- Pourtant quoi Capitaine?
- Pourtant, on flotte matelot! Sous la ligne de flottaison, il y a environ trois mille mètres d’eau!
- Bein j’vois bien qu’on flotte! Yé où le pôblème?... ?... ?
- Le problème est que, selon ton papier, nous sommes à peu près... laisse-moi voir... hum... ici... voilà!
Et toc... Michael pose son doigt sur la
Mongolie de l’Est près d’un bled nommé Tamsagbulag.
- Hein!!?... T’é sur?... Euh... J’veux dire... Vous êtes certain mon capitaine?
- Non seulement je suis certain, mais également je t’avise que ce sera un Glenfiddich Speyside de 18 ans!
- J’comprends pas?.... Glen...fortiche?.... spé...quèqu’chose?
- Le scotch, by The Lord!!.... Je choisi un Glenfiddich single malt. À 72 dollars US la bouteille!... pourboire non compris!
- Oh peuchère!
Bein bonyeu!.... J’avions perdu la gageure ciboire! Cinq jours plus tard lé tits nenfants, oncle Marsou sirotait un Glenfiddich 1981 Speyside, vieilli en fût de sherry, à
Hong Kong en compagnie de Michael. Il me narguait, levant son verre à la santé de la
Mongolie. Moi je songeais à Christophe Colomb en silence. Bein quoi!....Y s’croyait aux Indes cet autre capitaine lorsqu’ il débarqua sur une île des
Bahamas aux
Antilles le 12 octobre1492. Lui aussi utilisait du vieil attirail. Hier comme asteure ça vaut pas d’la chnoute ces patentes-là! Cé juste bon pour induire en erreur les honnêtes genses!
DeCléricy