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Nelsonruz
France

19 juin 2005 à 15:43

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Le Vénézuela de Chavez Répondre

Emission de Daniel Mermet sur france Inter à propos du dernier livre de Maurice Lemoine Chavez presidente! -------

Chavez Presidente !

Entretien avec Maurice Lemoine, rédacteur en chef adjoint du Monde diplomatique, spécialiste de l’Amérique Latine et auteur de Chavez Presidente ! (aux éditions Flammarion)
Chávez presidente ! est un roman d’espionnage qui constitue à la fois une chronique du coup d’Etat contre le président vénézuélien Hugo Chavez en 2002 et une mise au jour des mécanismes des jeux de pouvoirs internationaux.

http://www.la-bas.org/ram/050617.ram

http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=714

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Nelsonruz
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19 juin 2005 à 20:59

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Re: [Nelsonruz] Le Vénézuela de Chavez [En réponse à] Répondre

« Chavez Presidente ! », un docu-roman sur le coup d’Etat au Venezuela

Le journaliste français et rédacteur en chef adjoint du Monde diplomatique, Maurice Lemoine, vient de publier chez Flammarion un ouvrage sur le coup d’Etat d’avril 2002 au Venezuela. Rencontre avec l’auteur.
par Frédéric Lévêque 22 mai 2005



La première chose qui vient à l’esprit quand on tombe sur le nouveau livre de Maurice Lemoine « Chavez Presidente ! » est de se dire : « quel pavé ! ». Certains seront certainement refroidis en voyant les 850 pages de l’ouvrage. D’autres, ceux qui pensent déjà aux vacances, se demandent comment ils pourront caler ce livre dans leurs bagages, entre la crème solaire et leurs sandales. Les adeptes de la lecture au lit, quant à eux, imaginent déjà les contorsions qu’ils vont être obligés de faire pour tenir le dernier opus du journaliste français.
Il leur faudra pourtant trouver une solution car « Chavez Presidente ! » est passionnant. Contrairement à ce que pourrait laisser entendre le titre, il ne s’agit pas ici d’une biographie du leader controversé de la révolution bolivarienne. Cet ouvrage revient, sous la forme d’un “docu-roman”, sur le coup d’Etat médiatico-militaire, dont Maurice Lemoine a été le témoin direct, qui renversa Chavez le 11 avril 2002 et qui fut mis en échec par la mobilisation populaire et la loyauté d’une grande partie de l’armée deux jours plus tard.

On peut évidemment se demander pourquoi la forme du roman est privilégiée. Maurice Lemoine répond : « Quand j’ai démarré, j’ai fonctionné sur une intuition.
Si tu écris aujourd’hui un essai sur le Venezuela en français, tu intéresseras, en gros, entre la Belgique, la France et la Suisse, 1.000 à 1.500 personnes : des personnes hyper pointues, déjà intéressées par le Venezuela de Chavez. Et on sait que les bouquins sur l’Amérique latine se vendent mal. Donc, la question qui se pose, c’est comment intéresser un plus grand nombre de lecteurs sur ce qui est en train de se passer au Venezuela. Il faut passionner les gens, il faut les faire plonger dans la réalité. Pour raconter cette réalité, écrire un roman est à mon sens ce qui était le plus adapté.
» En effet, si ce livre intéressera évidemment les passionnés de l’actualité latino-américaine, il devrait plaire aussi aux amateurs de romans d’espionnage.

« Mon livre, je le définis comme un docu-roman, c’est-à-dire une tentative de restitution de la réalité à travers la technique romanesque. », explique l’auteur, rencontré à Paris en avril dernier. « Cela pourrait s’apparenter à un roman d’espionnage dans la mesure où le bouquin essaie de démonter les mécanismes d’un coup d’Etat moderne, c’est-à-dire un coup d’Etat qui serait un peu comme le Canada Dry. Cela ressemble à un coup d’Etat, cela a l’odeur d’un coup d’Etat, cela a les couleurs d’un coup d’Etat mais certains pourraient ensuite prétendre que cela n’en est pas un. »

« Chavez Presidente ! » nous invite à plonger au coeur de la lutte politique qui déchire le Venezuela, avec le Comandante Chavez, son entourage, ses partisans des quartiers populaires, les « oligarcas » qui tentent de le renverser, les médias qui lui font la guerre, la classe moyenne qui a « pété un plomb », les militaires révolutionnaires, constitutionnalistes ou contre-révolutionnaires, etc. Le docu-roman retrace toute l’organisation du coup d’Etat, son déroulement et sa fin heureuse.

Romancer la réalité rend celle-ci plus passionnante mais comment faire la distinction entre la réalité, les faits, les propos véritablement tenus par les protagonistes et la fiction ? « Je fais dire des tas de choses à des tas de gens dans ce roman. Mais tout ce que je fais dire à Chavez, il l’a dit à un moment ou à un autre. Pour les discussions avec son épouse, par exemple, je suis parti d’une interview qu’elle a donnée après leur séparation. La part du romancier est de réinventer un dialogue entre eux. Ce que je fais dire aux militaires ou à des gens de l’opposition, ils l’ont dit ou quasiment lorsqu’ils ont témoigné à la commission d’enquête de l’assemblée nationale mise en place immédiatement après le coup d’Etat. Evidemment, quand je fais intervenir un agent de la CIA, comme je n’étais pas sous la table, je suis obligé d’inventer un peu, mais les logiques sont respectées.
« J’ai essayé de respecter au maximum la chronologie et la réalité. La part d’imagination est de 10%. Je ne pars pas d’un truc complètement fantaisiste. Le fait d’avoir dans ce roman conservé le nom d’Hugo Chavez, président de la République bolivarienne du Venezuela, m’empêche de délirer complètement. Je dirais qu’il faut voir le livre comme un document, un document romancé certes, mais un document ».

Une des particularités du roman est que l’auteur a changé les noms et prénoms des protagonistes. Le magnat de la presse Cisneros devient Berlusco (sans clin d’œil bien sûr...), le Premier ministre espagnol Aznar devient Franco Azarnar. Seul Chavez (et Fidel) conserve son nom. Pour expliquer cela, l’auteur insiste : « L’important pour moi, c’est que le lecteur comprenne les logiques. Ceux qui connaissent le Venezuela vont reconnaître vraiment beaucoup de monde. Ceux qui ne le connaissent pas, que le général putschiste s’appelle Gonzalez Gonzalez ou Gomez Gomez, cela ne changera rien pour eux. »

En écrivant un roman plutôt qu’un ouvrage scientifique d’analyse, l’auteur rend compte des comportements et des contradictions des individus, ce qui est compliqué à faire dans un essai, généralement rempli de notes de bas de page.
« Moi, si on me pose la question, je dis que c’est un document sur la révolution bolivarienne. Il y a beaucoup de scènes qui ont lieu dans les quartiers populaires, pour que le lecteur comprenne ce qui s’y passe, pourquoi ces gens ont voté à 59% pour Chavez lors du référendum révocatoire.
« Dans un article ou dans un essai, tu es coincé par plein de choses. Si tu écris un essai sérieusement comme on le fait au Diplo, il faudrait 4.500 notes dans ce bouquin pour expliquer que machin a dit cela à tel moment.
« Et puis écrire un essai, cela voudrait dire : voilà, c’est moi Maurice Lemoine, spécialiste de l’Amérique latine et voilà ce qu’il faut penser de cela. Je ne suis pas un maître-penseur. Je préfère que le lecteur se fasse son opinion tout seul. Je lui laisse une part de liberté. Je connais le Venezuela mais je reste un individu, avec mes limites ... Et puis, ce qui intéresse, c’est la vie, pas la théorie. Je souhaite déjà bien du courage à celui qui va tenter de théoriser la révolution bolivarienne. C’est la vie qui est intéressante, voir comment cela fonctionne. Et cela dans un reportage, tu ne peux pas le faire passer. Parce qu’on oublie aussi, y compris dans un processus révolutionnaire, qu’il y a des individus derrière, avec leurs passions, leurs faiblesses, ... »

http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=1378


Nelsonruz
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11 juillet 2005 à 12:11

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Re: [Nelsonruz] Le Vénézuela de Chavez [En réponse à] Répondre

Les Mardis du Mouvement Républicain et Citoyen le mardi 12 juillet 2005 à partir de 18h30 au siège parisien du M.R.C. 2 rue Jules Verne Paris XIème M°: Goncourt ( ligne 11) avec Maurice LEMOINE, rédacteur en chef adjoint du Monde diplomatique qui nous présentera son ouvrage Chavez Presidente ( éditions Flammarion) et fera le point sur l'évolution de l'Amérique latine.


Nelsonruz
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22 juillet 2005 à 14:29

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Re: [Nelsonruz] Le Vénézuela de Chavez [En réponse à] Répondre

Maurice Lemoine est journaliste et rédacteur en chef adjoint au Monde Diplomatique, spécialiste de l’Amérique latine. Il vient de publier un docu-roman "Chávez Presidente !" qui est une présentation vivante et populaire des transformations et des blocages sociaux en cours dans la « révolution bolivarienne ». Interviews.

http://www.risal.collectifs.net/mot.php3?id_mot=292


Nelsonruz
France

22 juillet 2005 à 17:15

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Re: [Nelsonruz] Le Vénézuela de Chavez [En réponse à] Répondre

Conférence de Maurice Lemoine intitulé « Venezuela : Médias putschistes »

http://risal.collectifs.net/...lemoine150503_01.ram




Nelsonruz
France

23 juillet 2005 à 8:36

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Re: [Nelsonruz] Le Vénézuela de Chavez [En réponse à] Répondre

Quelques articles à lire avant de commencer le livre:


Pourquoi CNN agresse le gouvernement vénézuélien?
Par Heinz Dieterich Steffan, Rebelión, 28.12.02.
RISBAL, Belgique..

L'agression médiatique prolongée de la transnationale étasunienne CNN (Cable News Network) contre le processus bolivarien est due à quatre facteurs:
1- les intérêts et les réseaux économiques, politiques et académiques internationaux du magnat anti-chaviste vénézuélien Gustavo Cisneros et d'autres membres de l'oligarchie vénézuélienne, comme l'ex-président de PDVSA [l’entreprise pétrolière publique vénézuélienne, NdT], Luis Giusti, qui, en 1998, a voulu privatiser l'entreprise et est, de nos jours, conseiller sur les questions énergétiques du président George W Bush;
2- la vente de CNN à la transnationale Time Warner, Inc. en 1996, et la fusion ultérieure avec America Online (AOL), en 2001;
3- la subordination inconditionnelle de CNN au projet de Nouvel Ordre Mondial de George W.Bush, Donald Rumsfeld et Dick Cheney, après le 11 septembre et;

4- L'état professionnel déplorable de ses journalistes, modérateurs et de commentateurs.
Contrairement à la mythologie néo-libérale, nombreux sont les négoces de l’économie globale qui ne résultent pas d’une meilleure position de compétitivité sur le marché, mais sont le fait de l’intégration de l'élite économique à des réseaux informels de pouvoir et de trafics d'influences. C'est sur cet aspect, plus que dans celui simplement économique, que le pouvoir du Groupe Cisneros et de son Chief Executive Officer (CEO, chef exécutif) Gustavo Cisneros, est redoutable et lui permet d'influencer la politique nationale et internationale, comme le révèlent les données suivantes sur sa participation à des réseaux académiques, économiques et politiques de l'élite dominante globalisée.
Cisneros est membre de conseils d’assesseurs de plusieurs universités d'élite étasuniennes, parmi elles: l'Université de Columbia, à New York et le Collège Babson; le David Rockefeller Center for Latin American Studies de l'Université de Harvard, à Boston et le conseil d'administration du Joseph H. Lauder Institute of Management and International Studies de la prestigieuse Wharton School of Economics de l'Université de Pennsylvanie, à Philadelphie.
Cisneros appartient aussi au groupe d’assesseurs du Council on Foreign Relations à New York, le think tank le plus important de l'establishment libéral du grand capital étasunien; il est aussi membre de la Information & Communication Technology (ICT) Task Force des Nations Unies, du World Business Council du Forum Économique Mondial (WEF, sigles en anglais) et participe au Conseil International des assesseurs de l’influente The Americas Society. Au sein de cette association "sans but lucratif", on trouve aussi David Rockefeller et le chef d'entreprise des médias, le chilien Agustín Edwards.
Edwards a un intérêt particulier car il a été une des pièces clef de la conspiration contre le gouvernement constitutionnel de Salvador Allende. En fait, il joua le même rôle dans la destruction de l'Unité Populaire chilienne que celui que joue Cisneros au Venezuela. En profitant de ses bonnes relations avec l'ambassade de Washington à Santiago du Chili et avec les secteurs de l'élite patronale étasunienne; en recevant plus de 1,5 million de dollars de la Central Intelligence Agency (CIA) des Etats-Unis, "le Mercurio et d'autres médias soutenus par l'Agence ont joué un rôle important dans la mise en place des conditions pour le coup d’Etat militaire du 11 septembre 1973", a affirmé un rapport du Sénat étasunien en 1975.
Quand l'ambassadeur étasunien Edward Korry a communiqué à Edwards qu'Allende gagnerait les élections nationales de septembre 1970, le chef d'entreprise se réunit aux Etats-Unis avec le président de la transnationale Pepsi-Cola, un de ses amis personnels, Donald Kendall, pour définir les stratégies nécessaires pour détruire Allende. Kendall - qui - comme les représentants du grand capital et les mécène du Parti Républicain en général - avait accès direct au Président, organisa pour le 15 septembre plusieurs réunions, auxquelles participèrent Nixon, Kissinger, le chef de la CIA, Richard Helms, Agustín Edwards et Donald Kendall. Cette même nuit, Nixon donna l'ordre à la CIA de détruire le gouvernement constitutionnel de l'Unité Populaire par un coup d’Etat militaire ou par tout moyen nécessaire pour atteindre cet objectif.
Durant les trois années dont l’impérialisme eut besoin pour organiser la sanglante rébellion des généraux dirigée par Augusto Pinochet, le Mercurio a utilisé les mêmes techniques qui sont observées aujourd'hui au Venezuela. Éditoriaux dans la presse écrite, rédigés par des experts de la CIA ou des journalistes à la solde de la réaction, répétés une infinité de fois par les stations de radio et de télévision; appels aux militaires pour mettre fin à l’ "anarchie" et à la "dictature" du gouvernement; désinformation et mensonges systématiques pour exciter la population contre le gouvernement et détruire la confiance dans l’avenir du pays, etcetera. Pendant que le peuple souffrait de la faim et subissait la terreur de ces subversifs, Edwards jouissait de son long séjour aux Etats-Unis, d’une vie de luxe comme vice-président mondial de Pepsi-Cola, courtoisie de son ami Kendall.
Au niveau politique, Gustavo Cisneros a eu de bonnes relations avec le Président Ronald Reagan, il a été invité avec sa conjointe Patricia Phelps à des festivités; avec le gouvernement de Bill Clinton dont le secrétaire des Relations Extérieures Cyrus Vance a été l’interlocuteur, ainsi qu'avec la dynastie Rockefeller et la dynastie Bush, avec notamment l'ex-président George Bush avec qui il pêche à La Florida et dans les rivières vénézuéliennes.
Même si son pouvoir économique est probablement surestimé, puisque dans plusieurs entreprises, il n’est que copropriétaire, il ne fait guère de doute que son empire de 70 compagnies dans 39 pays, avec des recettes annuelles supérieures aux quatre milliards de dollars, a une force considérable, surtout dans le secteur des médias et de la communication: Direct TV Latin America a plus de 300 canaux vidéo et audio dans 28 pays; Univisión est la plus grande chaîne de télévision de langue hispanique aux Etats-Unis; Venevisión le plus important canal de télévision vénézuélien et Venevisión International, un des plus importants du continent américain.
Par le biais d'alliances stratégiques avec Pepsi-Cola et Coca-Cola, Cisneros s'est transformé en copropriétaire d'une des plus importantes entreprises de mise en bouteille latino-américaines, Panamco (1), ayant des sièges à Miami, Panama et Atlanta, et qui a été vendue en décembre 2002 pour 3,6 milliards de dollars au groupe des Garza Lagüera de Monterrey, au Mexique. Cisneros a touché 9% du total. En 1997, il lança aussi la Playboy TV Iberia qui depuis lors "enrichit" le panorama culturel de l'Espagne et du Portugal avec d’attrayantes lapines dans la style étasunien.
En 1998, Cisneros forma une alliance (joint venture) avec America Online, Inc. (AOL), d’où est né l'entreprise America Online Latin America (AOLA) qui offre des services interactifs, entre autres, au Brésil, au Mexique, en Argentine et à Puerto Rico. C’est là que l’on croise les réseaux informels de Cisneros avec CNN, AOL et Time Warner.
L'indépendance de CNN, le premier canal télévisuel d'information continue, créé par Ted Turner, prit fin en octobre 1996, quand la Turner Broadcasting System, Inc. intégra le conglomérat médiatique Time Warner, Inc., qui contrôle, entres autres, la revue mondiale Time et la revue d'affaires, Fortune. La Time Warner fusionna, à son tour, le 11 janvier 2001 avec America Online qui obtint le contrôle de la majorité des actions. CNN a été soumise successivement au management et aux actionnaires de Time Warner et, postérieurement, à ceux d'AOL, avec qui Cisneros a conclu une alliance stratégique lui offrant les contacts et des relations avec les exécutifs supérieurs de cette gigantesque transnationale et avec ses homologues européens et asiatiques, comme en 1999 quand il se réunit avec le président de la transnationale allemande Bertelsman, le vice-président de la japonaise Fujitsu et le président de Time Warner, Levine, dans la capitale française.
CNN a été réduite au statut d’une compagnie ou d’une division de plus dans la structure corporative transnationale d'AOL Time Warner, Inc. , ce qui signifie que son taux de profit ne doit pas rester sous celui des autres divisions, si elle ne veut pas courir le risque d’être transformée ou d'être mise en liquidation. Cette pression du "marché" – en fait, des coefficients comparatifs coût/bénéfice - accélère la chute de CNN comme média d’information de qualité, une tendance qui reçut son coup de grâce politique avec la déclaration de "guerre internationale contre le terrorisme" de George W. Bush, qui a provoqué la soumission ouverte de la chaîne à la raison de l'État impérial.
Ce double impact économique et politique a des répercussions de manière dramatique dans le manque de professionnalisme de l'équipe de journalistes, modérateurs et "analystes" de CNN en espagnol. Exempts de préparation scientifique, sans notion méthodologique du concept statistique de la représentativité - qui est l'axe de tout travail journalistique sérieux - les demoiselles Ligimat Pérez à Caracas et Gwenda Umaña à Atlanta sont restées à la merci du sens commun, des préjugés et des intérêts des classes moyennes locales et étrangères, quand elles parlent du complexe problème vénézuélien. Harris Whitbeck, qui, un jour faisait un reportage mal informé depuis Kaboul, s’est retrouvé expédié d’urgence le jour suivant à Caracas pour informer sur la problématique bolivarienne, avec les résultats prévisibles. Lucia Newman, envoyée parfois par fast track de La Havane à Caracas, est tellement effrayée par les milieux anti-cubains à Miami qu'elle ne s’écarte pas d’une virgule de la litanie politiquement correcte. Dans cette équipe, seul Jorge Gestoso et Patricia Janiot conservent un peu de qualité professionnelle, l'éthique, quand ils se référent au Venezuela.
Les agressions permanentes de CNN et des médias espagnols pendant les trois années de gouvernement de Hugo Chávez, sont les avant-gardes propagandistes de la guerre d'appropriation économique pour les restes du butin latino-américain, que les amis néo-libéraux de l'impérialisme étasunien et du sous-impérialisme espagnol n'ont pas encore pu s’offrir. La perle de ce butin sont les réserves pétrolières du Venezuela, équivalentes à celles de l'Arabie Saoudite, et l'entreprise PDVSA, qui possède environ 15.000 stations d’essence et huit raffineries aux Etats-Unis, en plus des neuf raffineries en Europe et autant au Venezuela et dans les Caraïbes.
"La perception tue la réalité", disent les opérateurs du marketing bourgeois et c’est la prescription que les intellectuels du capital transnational, les médias, utilisent dans la destruction du projet populaire vénézuélien. Il y a trente ans, ils reproduisaient comme caisses de résonance les mensonges des golpistas chiléno-étasuniens contre le gouvernement constitutionnel de Salvador Allende. Durant les années quatre-vingt, ils répétèrent l'opération contre le gouvernement constitutionnel sandiniste au Nicaragua et depuis les années 1990, c’est au tour du gouvernement constitutionnel de Hugo Chávez.
Rien de nouveau sous le soleil … du mensonge impérial.
Note du traducteur: (1) Il est utile d'ajouter que Panamco possède 17 usines de mise en bouteille en Colombie et que le SINALTRAINAL, le syndicat du secteur alimentaire colombien, s'est portée partie civile dans la plainte déposée par plusieurs associations et syndicats étasuniens contre Coca-Cola et son fournisseur colombien, Panamco Colombia S.A. Cette plainte fait état de mauvais traitements, enlèvements et meurtres. Plus d'info: http://www.collectifs.net/risbal/col/cocacola.htm
* Traduction (esp-fr): Frédéric Lévêque, pour RISBAL. Article original : ¿Por qué CNN agrede al gobierno venezolano?

source : http://risal.collectifs.net/....php3?id_article=257


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Nelsonruz
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24 juillet 2005 à 14:10

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Re: [Nelsonruz] Le Vénézuela de Chavez [En réponse à] Répondre

    Exemple flagrant de désinformation concernant le Vénézuéla sur Arte: Venezuela : désinformation « haut de gamme » sur Arte Henri Maler
    Publié le dimanche 15 août 2004

    Arte, 13 août 2004, journal de 19h45. Nathalie Georges présente le référendum révocatoire qui soit se tenir le 15 août au Venezuela : « Dans deux jours le Venezuela devra décider du sort de son Président. Partira ? Partira pas ? Les électeurs diront si oui ou non, ils veulent révoquer Hugo Chavez. L’enjeu est important. ».
    Puis, après une évocation très partielle (et partiale) des mobilisations des « anti- et des pro- Chavez » [1], la présentatrice annonce une mise en perspective (dont on trouvera la citation sonore ci-dessous) : « Comment en est-on arrivé là ? Le rappel des faits avec Esther-Marie Merz »
    Ce « rappel » (1 minutes, 50 secondes) ... sera bref : un condensé « haut de gamme » d’ignorance et/ou de malveillance, d’informations approximatives et de falsifications manifestes. En trois étapes.

De fulgurants raccourcis

« C’est en 1998 qu’Hugo Chavez emménage au Palais présidentiel de Miraflores, élu à une écrasante majorité. Quelques années plus tôt, l’ancien sous-officier avait tenté de s’emparer du pouvoir par un coup d’Etat. Ce fut un échec. »
Ce rappel factuel n’appelle apparemment aucun commentaire. Mais, comme on le verra plus loin, le coup d’Etat de l’opposition en avril 2002, pour notre journaliste, ne mérite même pas cette appellation. Et, par un étonnant raccourci, peut-être dû à la nécessité de « faire bref », nous avons droit à un étonnant enchaînement du coup d’Etat de 1992 au soutien populaire de 1998 :
« Quelques années plus tôt, l’ancien sous-officier avait tenté de s’emparer du pouvoir par un coup d’Etat. Ce fut un échec. Mais depuis, pour les vénézuéliens les plus pauvres, il est le sauveur : celui qui va mettre fin à la crise économique et à la corruption du 5ème pays producteur mondial de pétrole. »
Le « sauveur » ? Le terme comporte une forte charge péjorative. Mais les espérances des « plus pauvres » n’ont sans doute pas la rationalité que l’on est en droit de prêter aux autres... Etonnantes espérances d’ailleurs qui ne portent que sur la crise économique et la corruption, et non sur la misère et les inégalités. Encore la nécessité de « faire court » ?
Bilan des espérances des plus pauvres ? Dans les phrases suivantes :
« Mais sur ce plan précisément les « années Chavez » ne changent pas la donne. Au contraire. Les investisseurs étrangers boudent le Venezuela. L’inflation et le chômage augmentent »
Disons-le avec mesure : c’est ... incomplet. Pas un mot sur la production et les cours du pétrole, pourtant décisifs pour l’économie vénézuélienne. Pas un mot sur la nouvelle Constitution et les décrets-lois engageant des réformes sociales qui pourtant entretiennent le soutien populaire et ... provoquent l’hostilité de l’opposition et des classes moyennes. Encore la nécessité de « faire court » ?
Pas seulement, car cet enchaînement est une véritable interprétation : « [..] les « années Chavez » ne changent pas la donne. Au contraire.[..] Résultat : les classes moyennes se détournent d’Hugo Chavez pour rejoindre l’opposition. »
Mais le pire est encore à venir. Le voici...
Des falsifications manifestes

En avril 2002, l’opposition fomente un coup d’Etat dont la journaliste d’Arte n’a pas encore entendu parler. Elle résume donc :
« Le 11 avril 2002, des centaines de milliers d’opposants marchent sur le Palais présidentiel. Sur ordre du Président, la police tire . Bilan : 17 morts et des centaines de blessés. Chavez consent à quitter le Palais Miraflores. Mais 48 heures plus tard , il est de retour . » [souligné par nous]
Cette version à la fois scandaleuse et grotesque est très exactement celle de l’opposition ou, plus exactement, la version d’une partie de l’opposition, tellement elle est outrancière.
Même Reporters sans frontières (qui, en raison son hostilité au gouvernement Chavez, multiplie les contorsions) n’ose pas dissimuler complètement la vérité. Dans un rapport rendu public le 10 avril 2003 sous le titre « Entre autoritarisme du Président et intolérance des médias », RSF écrit :
« Le 11 avril 2002, l’opposition en est à son troisième jour de grève générale. Des centaines de milliers de personnes défilent dans la rue. Alors que le cortège décide de se diriger vers le palais présidentiel, des tirs éclatent dans la plus grande confusion provoquant la mort de vingt personnes et faisant plus de quatre-vingts blessés. Une fraction de l’armée annonce alors son ralliement à l’opposition et, dans la soirée, le Président est déposé . Pedro Carmona, président de Fedecámaras, l’association des chefs d’entreprise, est nommé à la tête du gouvernement de facto et annonce bientôt la dissolution de l’Assemblée législative et de la Cour suprême. Mais, dans la nuit du 13 au 14 avril, grâce à l’appui de forces loyalistes et après des manifestations réclamant son retour, Hugo Chavez revient au palais présidentiel . » (souligné par nous)
La journaliste d’Arte, elle, « sait » que « sur ordre du Président, la police tire », que « Chavez consent à quitter le Palais Miraflores » et que, par magie, « 48 heures plus tard, il est de retour ». [2]
Et pour couronner le tout, on entend - illustration visuelle et sonore évidemmment ridicule en l’absence du contexte - Chavez proclamer avec un grand sourire : « Je suis et je reste le roi »
Après ce morceau de bravoure journalistique, tout le reste est peccadilles.
Vite, on est pressés
Encore et toujours, la nécessité de « faire court »... Et, pour nous aussi, d’abréger en plaçant de brefs commentaires entre crochets.
« L’opposition n’abandonne pas. En 2002, elle lance une grande grève dans le secteur pétrolier [dans le but d’obtenir par une grève politique la démission de Chavez]. Puis en 2004, elle mise sur le référendum récemment inscrit dans la Constitution [à l’initiative du gouvernement]. Après plusieurs mois de confrontation ?, elle parvient à rassembler les 20% de signatures nécessaires. Début juin, Hugo Chavez crée la surprise : il accepte le référendum. »[car c’est une « surprise » que Chavez respecte la Contitution qu’il a lui-même contribué à faire adopter !] »
La fin est nettement plus « apaisée » : « Le 15 août, les vénézuéliens choisiront de révoquer ou non leur Président. Tout est possible désormais. Mais Hugo Chavez se dit confiant. L’homme aime se comparer à son célèbre prédécesseur, Simon Bolivar, qui au début du 19ème siècle avait donné au Venezuela son indépendance », indique la journaliste avant de laisser Chavez expliquer qu’« Il faut rendre au peuple ce qui appartient au peuple ».
Une dernière illustration sonore que l’on peut interpréter comme un éloge du respect par Chavez des normes fondamentales de la démocratie...
Pour écouter, cette minute 50 d’explications complexes :
http://www.acrimed.org/..._Arte___04.07.13.mp3

On l’a dit : c’est un condensé « haut de gamme » d’ignorance et/ou de malveillance, d’informations approximatives et de falsifications manifestes... dont on ne sait à quoi il faut l’imputer. La nécessité de « faire court », peut-être ?!
Henri Maler
[
1] Pour la journaliste, en effet, « Dans le centre de Caracas, des centaines de milliers de personnes ont manifesté en faveur du oui au départ du président Chavez » tandis que « le président lui, a retrouvé ses partisans - ceux qui veulent le voir rester au pouvoir, pour un dernier discours destiné à mobiliser les électeurs. » D’un côté, des centaines de milliers de personnes, de l’autre, uniquement les « partisans » et une ultime tentative pour les mobiliser. Le peuple contre des militants politiques. A cette partition de la légitimité démocratique et des forces répond le contraste des images. D’un côté une manifestation populaire illustrée par des images d’une foule s’étendant à perte de vue, de l’autre un meeting très institutionnel avec une scène ,le discours de Chavez et l’image de deux militaires manifestant leur soutien.
[2] Lire, pour une explication exacte, dans Le Monde Diplomatique : « Coup d’Etat au Venezuela : Hugo Chávez sauvé par le peuple », par Maurice Lemoine...ainsi que:
VENEZUELA Médias putschistes, conférence de Maurice Lemoine

Le 15 mai 2003, au Cinéma Nova, à Bruxelles, une soirée sur les médias putschistes vénézuéliens était organisée en présence du journaliste du Monde Diplomatique, Maurice Lemoine.
Les quelques 150 personnes présentes au NOVA ont d’abord pu profiter de deux reportages sur le Venezuela :
PROPOSITIONS POUR UNE TÉLÉVISION POPULAIRE par Thierry Deronne, Venezuela, 2000-2002, 25 min., vo fr / fr ov
THE REVOLUTION WILL NOT BE TELEVISED par Kim Bartley & Donnacha O’Briain, Irlande, 60 min., vo st fr / ov fr ond
La soirée s’est ensuite poursuivie par une conférence-débat animée par Olivier Taymans, de l’émission ALTERECHO avec Maurice Lemoine, du Monde Diplomatique, sur le thème des médias vénézuéliens. RISAL vous permet ci-dessous d’écouter ce qui s’est dit.
Enregistrement réalisé par Thierry Delforge.
la conférence
http://risal.collectifs.net/...lemoine150503_01.ram
le débat
http://risal.collectifs.net/...lemoine150503_02.ram

http://risal.collectifs.net/....php3?id_article=428


Nelsonruz
France

15 août 2005 à 21:38

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Re: [Nelsonruz] Le Vénézuela de Chavez [En réponse à] Répondre

Alain Lipietz raconte ses impressions au sujet de l'opposition Vénézuélienne, de Chavez et du processus bolivarien (nom du projet ploitique de Chavez)

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Alain Liepietz raconte


Une semaine à Caracas


Dimanche 13 février 2005

La semaine que je viens de passer à la tête de la délégation des députés européens, à Caracas, aura été extrêmement intéressante. Elle permettra, j’espère, de clarifier le point de vue de l’Europe sur la situation réelle au Venezuela et l’adhésion populaire au gouvernement Chavez. Elle aura, hélas, été endeuillée par les terribles pluies qui, une nouvelle fois, se sont abattues sur le Venezuela.

Dès que l’avion, lundi, troue les nuages au dessus de l’aéroport de Caracas, sur la côte, je vois par les hublots la mer, ocre, jusqu’à des centaines de mètres du rivage. Au pied des falaises, comme loin au large des cônes de déjection et des estuaires des torrents : la boue. Tout de suite, je pense aux événements de 99, quand des pluies persistantes avaient jeté des torrents de boue sur les habitations informelles, tuant des dizaines de milliers de personnes. Nous devons justement visiter les efforts de l’Union européenne pour reconstruire toute cette zone de la ville de Vargas, au bord de la mer.

Le représentant permanent de l’Union européenne au Venezuela, Cesare de Montis, vient nous chercher à l’aéroport. Nous prenons l’autoroute qui, à travers la chaîne de montagne côtière, rallie Caracas, un peu à l’intérieur des terres. L’autoroute est transformée en patinoire par la pluie. Et pourtant, nous sommes en saison sèche !

Ces pluies perturberont tout notre séjour. Dès mardi midi, Cesare m’informe qu’il a mis en état de pré-alerte Echo, le système de secours aux catastrophes de l’Union. Déjà les autorités vénézueliennes sont sur les dents. Déjà, on s’active à évacuer les habitations les plus menacées, fermer les routes les plus exposées. Les classes sont suspendues jusqu’à la fin de la semaine.

Nous pouvons ainsi mesurer les progrès accomplis au Venezuela depuis la catastrophe de 1999. À un premier niveau, les précautions et secours d’urgence (certains villages isolés doivent être évacués par hélicoptère) semblent fonctionner cette fois correctement. Il n’y aura en réalité qu’une vingtaine de morts au total, sur l’ensemble du territoire : une mini-tragédie que les nouveaux standards établis par le tsunami relègueront très loin dans la conscience mondiale, mais les dégâts resteront considérables.

C’est qu’à un second niveau, les réaménagements urbanistiques de Caracas, de ses banlieues, de toutes les villes côtières, n’ont guère évolué en cinq ans. La catastrophe n’est pas seulement un phénomène météorologique : son impact sur la société vénézuelienne traduit des décennies de laxisme en matière d’urbanisme et de déforestation des pentes, et surtout, l’épouvantable prolifération des bidonvilles accrochés au flancs des montagnes. Pour y remédier, il faudra une génération et une profonde réforme sociale.



Mais à un troisième niveau de prévention, encore plus profond, la lutte contre l’effet de serre, le Venezuela a fait ce qu’il fallait faire : il a ratifié le protocole de Kyoto ! Et pour le moment, il est bien le seul, parmi les grands pays exportateurs de pétrole. En 1999, je m’étais un peu accroché avec Grisanti, l’ambassadeur du Venezuela auprès de l’Union. En fait, c’est tout récemment que le Venezuela a changé de position et adopté, sans doute instruit par ses propres problèmes, une position favorable à la lutte mondiale contre le changement climatique.

Lors de ma précédente rencontre avec le Président Chavez, en mai 2003, je m’en étais déjà entretenu avec lui. Parce que le Venezuela est à la fois un grand exportateur de pétrole et la première des grandes victimes du changement climatique, avec en fait toutes les Caraïbes et comme toutes les régions côtières tropicales, il peut jouer un rôle-charnière entre le nord et le sud, aux côtés de l’UE, dans la lutte globale contre le changement climatique. Même chose d’ailleurs pour la biosécurité : le Venezuela s’es déclaré libre d’OGM : un partenaire idéal pour l’Europe !

Vendredi, à l’issue de cinq heures d’entretien entre Hugo Chavez et la délégation, le Président me prendra à part et m’expliquera : « Nous avons attendu pendant des années que l’OPEP toute entière change de position et se rallie à Kyoto. Et finalement, nous avons décidé de ratifier sans elle. »


A chacune de mes interventions, interviews et conférences de presse, en tant que président de la délégation, je commencerai par exprimer la solidarité de l’Union européenne face à la catastrophe, par féliciter les autorités vénézueliennes pour leurs mesures de précautions immédiates faces aux pluies, et pour la ratification de Kyoto. Mais en ce qui concerne le deuxième niveau (la réorganisation du territoire), il me faudra attendre le vendredi soir, lors d’un dîner amical chez le très sympathique ambassadeur de France, Pierre-Jean Vandoorne, pour rencontrer un ingénieur et ex-ministre de la technologie, Carlos Genatios, qui m’expliquera les fautes commises par la Corpovargas, l’institution chargée de la reconstruction après le désastre de 99. La Corpovargas, toujours dirigée par un général ayant participé au Golpe (le coup d’Etat de 2002 contre Chavez), n’a en effet pas tenu compte de toutes les recommandations essentielles sur la reconstruction, la mise en place des barrages, des canaux d’évacuation des eaux...

Bon, je reviendrai sur les pluies à la fin de ce blog, car il faut en venir à l’objet premier de notre visite, qui était bien entendu de nous faire une idée de la situation politique au Venezuela. Je rappelle les enjeux : élus puis ré-élus en 1999 et 2000, le président Hugo Chavez et sa majorité « bolivarienne » ont lancé le Venezuela dans une sorte de révolution démocratique sans la bourgeoisie, et même contre les élites locales. La haine contre ce métis qui n’est pas issu de leurs rangs a très rapidement fait flamber l’opposition des couches supérieures et moyennes, y compris du personnel politique et académique, même de gauche. Toutefois, comme les journalistes européens les plus honnêtes l’avaient observé (je pense à la correspondante du Monde, l’excellente Marie Delcas), et comme j’avais pu m’en rendre compte lors de ma dernière visite, Chavez n’a jamais perdu le soutien populaire, ni même le soutien des travailleurs qualifiés du service public. Ce soutien lui a permis de déjouer le coup d’état militaire - le golpe - qui, en 2002, a porté au pouvoir pendant deux jours Carmona, le président de la Fedecamaras (la chambre de commerce et d’industrie). En 2002-2003, l’opposition, jouant son va-tout contre l’intérêt même du peuple vénézuelien, s’était engagée dans une grève terrible de l’industrie pétrolière, achevant ainsi de se déconsidérer. Elle a obtenu néanmoins une médiation de l’Organisation des États Américains (OEA). La médiation a débouché sur l’engagement de mettre en oeuvre une particularité intéressante de la constitution « bolivarienne » que le pouvoir avait lui-même fait adopter : la possibilité d’un referendum révocatoire à mi-mandat. C’est ce referendum que le pouvoir n’a pas hésité à organiser, le 15 août dernier. Il a tourné au triomphe de la majorité de 99-2000. Dans la foulée, des élections locales ont fait basculer toutes les régions, sauf deux, dans l’escarcelle de la majorité chaviste, ainsi que de nombreuses municipalités, y compris celle du Grand Caracas, dont la police avait joué un certain rôle dans les troubles événements de 2002.

Pourtant l’opposition politique ne désarme pas. Appuyée par les médias locaux, et en particulier les chaînes de télévision privées (toutefois un peu moins hystériques qu’il y a 2 ans), elle continue à présenter le Venezuela comme une dictature sanguinaire s’appuyant sur une fraude massive, bien que la fondation Jimmy Carter et l’OEA elle-même aient reconnu le caractère indiscutable des résultats électoraux de 2004.

Au sein de la délégation, évidemment, chacun arrivait avec ses idées arrêtées : « pro-chavistes » plus ou moins critiques pour Sahra Wagenknecht (de la GUE) et moi, qui avions suivi les évènements sur le terrain depuis 2003, « pro-opposition » pour la droite (PPE et libéraux-démocrates). Entre les deux, les socialistes européens, qui avaient, pendant les « événements », suivi l’analyse de leur contrepartie vénézuelienne, Action démocratique (AD), membre de l’Internationale socialiste, et avaient donc appuyé l’opposition.

Très vite, en fait dès le petit déjeuner que nous prenons le mercredi matin avec les ambassadeurs européens, les choses se clarifient. Les ambassadeurs de l’Union sont unanimes : « Même si on n’aime pas ce type, populiste, gauchiste, il faut reconnaître que la majorité du peuple est avec lui. Son gouvernement est légal et légitime. Malgré le golpe, il n’y a aucun prisonnier politique dans ce pays. Les élections ont clarifié les choses. D’après nos observations, elles étaient correctes. L’opposition est totalement divisée, éclatée, discréditée, sans projet. Donc il est là jusqu’à la fin de son mandat et sans doute le suivant. Les affaires, on les traite avec lui. »


Je m’attendais à ce que la droite de ma délégation attaque sur trois fronts : la question des droits de l’Homme, la question du respect de la propriété (face aux expropriations de la réforme agraire), la question de la présence des FARC au Venezuela.

Très vite il apparaît qu’aussi bien les ambassadeurs des gouvernements de droite que la droite de la délégation mettent l’accent sur ce troisième thème. L’actualité s’y prête : il y a quelques semaines, les services secrets colombiens ont arrêté, en territoire vénézuelien, un second couteau des FARC, Granda. D’où un incident diplomatique majeur, les uns et les autres jetant de l’huile sur le feu. Pour les États-unis et notamment pour Condoleezza Rice, (qui vient de traiter Chavez de « facteur négatif pour la région »), c’est la preuve en tout cas que le Venezuela abrite les infrastructures du terrorisme sud-américain !

Nos ambassadeurs, avec plus ou moins de force, contestent cette version des faits (particulièrement l’ambassadrice d’Autriche, auparavant en poste en Equateur). Granda est un petit poisson. Le passage par la forêt vénézuelienne de guerilleros colombiens (de tous bords : FARC ou para-militaires) est inévitable, comme il est inévitable en Equateur. Il est sûr en tout cas que le Venezuela consacre plus de troupes que la Colombie à garder sa frontière.

Je partage tout à fait cet avis, et ne manquerai pas de le répercuter à la presse. J’en profite pour glisser un nouveau message aux FARC leur demandant de libérer unilatéralement Ingrid et les autres comme signe de leur volonté de négocier.

Tout au long de la semaine, nous aurons l’occasion de vérifier auprès des forces sociales ce changement de climat. Bien entendu c’est le cas avec les syndicalistes de l’UNeTe, sortis du syndicalisme « jaune » CVT, qui avait appuyé l’opposition. C’est le cas avec les paysans et les éleveurs de la FEGAVEN, qui appuient la réforme agraire. Tous nous disent : « On en avait assez de voir nos « gremios » (représentation syndicale jouant un rôle de corporation) se transformer en parti politique pro-patronal. Nous, nous répondons en tant que classe ». Mais c’est aussi le cas, beaucoup plus surprenant, avec la Fedecamaras. La présidente, Alvis Muñoz, nous explique : « En 2003 et 2004, l’instabilité politique a provoqué une récession économique. Grâce aux deux élections de 2004, la stabilité politique est revenue, et avec elle, la croissance ». Bref, les travailleurs se sont doté de syndicats plus authentiques et plus en ligne avec l’opinion pro-chaviste de leurs adhérents. Et le patronat enregistre la réalité du rapport de force !

Mais quand je titille la présidente Muñoz sur le passé, elle déploie un rideau de fumée. « Je comprends, dis-je, ce couplage entre situation politique et situation économique. Mais pourtant c’est bien vous qui avez participé au coup d’état, portant au pouvoir pendant deux jours le dictateur Carmona, qui était votre président, et qui a aboli, immédiatement, toutes les loi votées depuis 1999 et suspendu toutes les institutions de la République. Et c’est bien vous qui avez organisé la grève patronale de l’hiver 2002-03 ! » Elle me répond : « Oh, n’exagérons rien, il y avait vacance du pouvoir. Ce ne fut pas un golpe ! »

Nous retrouverons cette dénégation pendant tout notre séjour : il n’y a pas eu de coup d’Etat ! Pourtant, pendant deux jours, nous avons vu Chavez en prison sous la garde des soldats, un dictateur s’est installé dans son palais, toute la bonne société oppositionnelle est venu s’y montrer et a signé un Livre d’Or, et cette éphémère dictature a obtenu l’appui public des Etats-unis et de l’Espagnol Aznar qui occupait pourtant la présidence de l’Union européenne ! C’est pourquoi, durant tout le séjour, je rappellerai que l’Union européenne n’a jamais entériné le golpe et ne pourra jamais accepter l’impunité pour les auteurs de ce coup d’Etat. Je vise directement une demande du National Security Council des Etats-unis, qui a exercé des pressions (relayées par certains ambassadeurs) sur la délégation permanente de l’Union européenne, nous demandant de recevoir l’une des principales animatrice du golpe, actuellement inculpée ! Je fais répondre par la délégation de l’UE qu’il est hors de question que le Parlement européen mette en valeur une personne auteure d’un putsch, et que de toutes façons, nous n’avons pas d’ordre à recevoir des Etats-unis.

Dans notre petit groupe, le conseiller de la droite pour les questions d’Amérique latine, Juan Salafranca, se démène pour nous faire recevoir les représentants de l’opposition. Ces auditions tournent à la débandade. Le premier, Milos Alcalaye, ambassadeur à l’ONU, avait reconnu le « président Carmona », puis il avait demandé pardon à genoux à Chavez, qui l’avait laissé en poste. Là, il vient de démissionner, et dénonce pêle-mêle, avec des trémolos dans la voix, la politisation de la carrière diplomatique (je décode : on m’a refusé un poste que je guignais) et le « régime à la Kim Il Song » que le pouvoir entretient à travers les médias, emprisonnant et torturant les prisonniers politiques, fraudant aux élections, ce qui empêche sa dignité d’assumer plus longtemps son poste d’ambassadeur.

Inutile de dire que ces excès ne convainquent personne dans notre petite troupe. Notre vice-président, l’excellent Fernando Fernandez, du PPE, s’est personnellement démarqué auprès de moi de l’initiative de son collaborateur. Le vendredi matin, nous rencontrerons au petit déjeuner tous les leaders de l’opposition. Ils nous tiendront un seul discours : « La composition de la commission chargée de contrôler les élections n’étant pas équilibrée, il y a forcément eu fraude. Ce gouvernement ne respecte même pas la légalité démocratique. »

C’est avec une certaine déception que j’entends en particulier Felipe Mujica, le secrétaire du MAS (l’ex-gauche socialiste vénézuelienne) nous tenir ce discours. Je leur réponds calmement qu’en France, ce sont les préfets qui organisent les élections, sous le contrôle d’un Conseil constitutionnel dont les membres sont nommés par les Présidents de la République, de l’Assemblée nationale, du Sénat, qui appartiennent tous au même parti. À noter toutefois que Mujica (ou un autre ?) nous certifie que tous les partis ici présents ont dénoncé le golpe. Effrayant et pieux mensonge. Sans rire, je m’engage à en informer l’Europe...

Dans leur discours paranoïaque, ces opposants nous disent : « Peut-être ne serons-nous plus là quand vous reviendrez la prochaine fois. Ici, on emprisonne et on torture l’opposition politique. » Je leur déclare très solennellement que les participants de ce petit déjeuner sont dorénavant sacrés pour nous et que nous veillerons à leur sécurité. Je leur propose - puisque nous voyons le président Chavez à onze heures- de nous envoyer la liste des prisonniers politiques : nous en ferons l’essentiel de notre conversation avec Chavez. Panique parmi les opposants : « Le pouvoir dit qu’il n’y a pas de prisonniers politiques, simplement il y a des politiques prisonniers ! » (J’apprendrai plus tard qu’il s’agit d’une phrase ironique de l’ambassadeur de France, qui leur avait fait remarquer qu’en France aussi, il y a, il y a eu et il y aura, des politiques prisonniers : Carignon, Noir, etc. ). Je leur propose : « Eh bien, envoyez nous un fax avec la liste de ces politiques prisonniers... pour des raisons politiques ». Ce fax, bien sûr, n’arrivera jamais.

Même dénégation auprès de la conférence épiscopale. L’Église, contrairement à l’Église chilienne, n’a pas condamné le golpe, même après coup. Les prélats m’accueillent gentiment en me parlant dialogue et réconciliation. Je saisis la balle au bond et leur tiens un petit discours que j’espère consensuel sur la nécessité (exemple sud-africain de la commission Desmond Tutu aidant) d’établir la vérité, et de condamner les faits répréhensibles que sont les coups d’États, avant de passer au nécessaire pardon. Nous nous quittons sur le vœu de travailler tous ensemble contre la pauvreté...

Cette question des droits de l’Homme est pourtant une véritable question, mais elle n’est pas là où l’opposition la pose. Nous recevons Provea et Justice et Paix, deux organisations des droits de l’homme, qui nous ouvrent les yeux sur les vrais problèmes. Provea est une grande ONG subventionnée par les Églises et par l’Union européenne. Elle publie tous les ans un épais pavé sur la situation des droits de l’homme, accompagné d’un résumé sur une grande feuille. D’abord, chose remarquable, ils partent de la liste complète des droits de l’Homme, droit à la santé, droit au logement, droit à l’éducation, etc. Ils notent, pour les droits dits « sociaux », de véritables progrès depuis quelques années, en particulier depuis la mise en place des « missions », mi-tiers secteur mi-services publics, ouvertes aux volontaires et aux coopérants cubains, un peu improvisées, que le gouvernement chaviste met en place dans les bidonvilles pour y apporter soins sanitaires, alphabétisation et éducation.

Mais le vrai problème, c’est bien le droit à l’intégrité physique et le droit à la vie. Les assassinats augmentent en flèche depuis quelques années. Une bonne partie de ceux-ci sont le fait des policiers (appartenant à des polices municipales, régionales ou fédérales) qui bénéficient d’une totale impunité. Impunité si établie que certains policiers louent leur qualification comme tueurs à gage, en dehors des heures de travail. Un de nos députés demande : « Mais ces assassinats ont-ils un caractère politique ? - Mais bien sûr qu’ils ont un caractère politique ! Regardez : les victimes sont des garçons de 15 à 20 ans, chômeurs, bruns de peau, des quartiers populaires, assassinés le samedi. Ici, on tue les jeunes chômeurs sous prétexte d’éliminer la délinquance et les trafics de drogue, ou plutôt de régler des comptes entre traficants de drogue ».

Nous poserons la question au président Chavez lui-même, et je la reposerai au président de l’Assemblée Nationale, Nicolas Maduro : le Venezuela ne peut tolérer une telle forme d’impunité dans la violence extra-légale. Le président de l’Assemblée m’affirme sa volonté de s’en occuper sérieusement dès cette année. Mais le problème n’est pas simple. Selon lui, sur les dix mille policiers municipaux du Grand Caracas, trois mille devraient être licenciés. Mais ce serait mettre trois mille personnes entraînées sur le marché du crime !

De la même façon, nous rencontrons le président du tribunal suprême de justice (dont les différentes chambres combinent les responsabilités des différentes instances suprêmes de notre droit pénal, civil et administratif), Omar Mora Diaz Il nous peint l’état déplorable de la justice vénézuelienne, l’absence de formation des juges, leur corruption. Les juges corrompus ont été licenciés, mais on n’a pas pu en embaucher de nouveaux, faute de personnes compétentes. Il nous explique qu’un accord a été passé avec l’école de la magistrature de Bordeaux et avec celle de Barcelone pour ouvrir enfin au Venezuela une filière de formation des juges.

Je profite de son topo pour lire en diagonale la Constitution bolivarienne qui joue ici le rôle du petit Livre Rouge du Président Mao. Je rigole en douce : ce texte, nouvelle bible du tiers-mondisme, met Dieu dès la première ligne de son préambule et grave dans le marbre des objectifs de la Banque centrale un monétarisme encore plus rigoureux que le TCE ! Et pourtant, cette Constitution, qui se gargarise de « souveraineté », se déclare prête à abandonner le Bolivar au profit d’une monnaie unique sud-américaine.


Ce qui nous amène au troisième grand thème de notre visite, la construction de la Communauté Sud-américaine des Nations (CSAN). Avec le vice-président José Vicente Rangel, avec le ministre des relations extérieures Ali Rodriguez , avec mes amis chavistes, et bien sûr avec le président Chavez qui nous reçoit enfin le vendredi pendant cinq heures d’affilée, c’est bien sûr ma grande préoccupation, dans la foulée de Cuzco et de Porto Alegre. De toutes ces discussions résultent une certitude et deux fortes hypothèses.

La certitude : cette histoire de Communauté sud-américaine des nations est extrêmement importante aux yeux des Vénézueliens, mais pour l’instant c’est une totale improvisation. Le débat sur « où est-ce qu’on va ? » avancera sûrement beaucoup cette année 2005, notamment avec les rencontres du Parlatino et du Parlement andin. Mais pour le moment, il n’existe pas de doctrine solide face à l’attitude des Etats-unis qui multiplient les traités de libre-échange bilatéraux. Pour le président Chavez, une course à mort est engagée entre les Sud-américains et les Etats-Unis, qui chercheront par tous les moyens à empêcher cette union, selon d’ailleurs la vieille prophétie de Simon Bolivar.

Première impression forte : Hugo Chavez semble avoir fait une croix sur la Communauté Andine des Nations (CAN). Dès le mois de décembre 2004, parallèlement à la création de la Communauté sud-américaine des nations, le Venezuela est devenu membre associé du Mercosur. Il semble que le Mercosur soit appelé à devenir la structure commerciale de la CSAN. Ce qui serait embêtant, car les institutions de la Communauté andine sont nettement plus intéressantes. Enfin, nous verrons : à partir du 1er juillet, le Venezuela assumera pour un an la présidence de la CAN, et probablement Chavez ne manquera pas, alors, de lui redonner toute son importance.

Deuxième impression forte : même pour Chavez, la Communauté sud-américaine des nations ressemble beaucoup plus à la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) qu’à l’Union européenne. Il nous parle avec abondance des projets de coopération pour le développement des infrastructures, des échanges « bétail contre pétrole » entre l’Argentine et le Venezuela etc. Autrement dit, sa position est sur le fond assez peu différente de celle de Lula et de Marco Aurelio Garcia. La différence, c’est qu’il insiste sur la mise en place d’un fonds d’appui aux pays pauvres de la communauté, la Bolivie, la Guyana, le Surinam. Enfin... il dit que le Venezuela est prêt à y mettre « une centaine de millions de dollars » (l’UE a offert 90 millions d’Euros à la seule CorpoVargas...)

L’expérience d’une entrevue en groupe avec Hugo Chavez est un véritable spectacle ! Très différent de la discussion en tête à tête que j’avais pu avoir avec un homme attentif, il y a un an et demi dans son avion particulier. En représentation, Chavez est intarissable, passe du coq à l’âne et de digression en digression, sans qu’on puisse facilement distinguer le message essentiel. Il en ressort plutôt une sorte d’impression générale (bien sûr très utile) sur ses intentions et son évolution idéologique. Mais quel phénomène !


Toute différente encore, mais toute aussi intéressante, est l’expérience de Tele-Vive. Il y a un an et demi, j’avais fait la connaissance de Blanca et de Thierry, qui animaient une télévision communautaire. Aujourd’hui, ils animent une nouvelle chaîne de télévision publique, largement dédiée à la diffusion de la production nationale et communautaire. On peut imaginer ce que serait une chaîne ne passant que « Les gens d’ici », des reportages de FR3 régionale, des archives de l’INA... Mais Tele Vive, c’est aussi une école de formation. Les journalistes sont extrèmement jeunes, ils ont été recrutés directement dans les communautés, parmi les personnes intéressées par les premières émissions, et ils se forment sur le tas.

Blanca est venue présenter à notre délégation le travail de Tele Vive. Avec elle, Thierry et Maximilien, un ami « bolivarien », nous (c’est à dire Gaby, la conseillère du groupe Vert pour les questions de commerce international et moi), sommes ensuite allés dîner. Ils nous ont expliqué les difficultés qui attendent le pouvoir bolivarien après l’écrasante victoire de 2004. Les contradictions se développent déjà entre les jeunes militants et les travailleurs qui multiplient les initiatives conformes au discours officiel, et les notables élus qui freinent déjà des quatre fers.

Ils nous ont invités, Gaby et moi (les autres membre de la délégation sont repartis la veille), à visiter leur chaîne samedi matin. Dans un grand bâtiment moderne super bien équipé, nous voyons des jeunes manipuler, sur des Mac G5 flambants neufs, les logiciels les plus perfectionnés (Final Cut Pro HD...). Thierry nous explique que ces jeunes journalistes sont venus des quartiers pauvres, ont une culture du dialogue direct avec les gens, très différente de celle des journalistes sortis des écoles. Ils discutent avec leurs « sujets » avant de les interviewer, leur laissent la parole sans chercher à placer à tout prix leurs questions arrogantes et leur point de vue.



Un jeune nous montre son reportage sur la lutte de la Venepal (une entreprise de papier tombée en faillite, reprise par les travailleurs et partiellement nationalisée). C’est en effet étrange : de longs plans presque fixes sur des travailleurs filmés de trois-quart, toujours en groupe, la seule parole audible étant la leur, sans aucune voix off. Expérience très intéressante, mais peut-être trop systématique : le jeune journaliste nous raconte des incidents significatifs et émouvants qu’il aurait aussi bien pu placer en off dans son reportage.

Mais voilà qu’une équipe va justement interviewer les habitants d’un quartier de Caracas victimes des pluies. Nous les accompagnons. C’est pour nous l’occasion de visiter un bidonville récent, c’est-à-dire pas encore consolidé en briques et en béton. Les cases ne sont que des boîtes sans fenêtres où s’entassent les familles. Bien que cette petite communauté soit perchée sur une colline, elle a quand même été victime des coulées torrentielles : tout au sommet de la colline, une école-mission a une cour bien bétonnée s’ouvrant sur une allée en pente également cimentée : un véritable canon à eau braqué vers le bidonville.


Nous visitons d’abord avec les gens les cabanes endommagées par les coulées torrentielles. Puis les jeunes journalistes donnent longuement la parole aux victimes. Un débat s’installe. « Pourquoi êtes-vous là ? - Nous sommes venus de la campagne il y a quelques années. À cause du chômage, nous ne pouvons plus payer nos loyers, on est venu ici. - Et si on vous demande de partir ? - Non, nous voulons rester, il n’y a qu’à mettre un mur ou une conduite d’évacuation de l’eau. -Et si le président Chavez vous propose d’aller coloniser l’intérieur des terres ? (c’est un des grands projet de Chavez : ré-installer ces chômeurs immigrés de l’intérieur vers la côte, vers de nouveaux axes de développement à l’intérieur du Venezuela, pays quasiment vide). - Nous voulons bien y aller, à condition qu’il y ait des missions pour l’éducation et pour la santé ».

Je contemple ces jeunes journalistes, recueillant avec respect et empathie les idées des masses avec lesquelles ils se confondent. Bien que l’image de Che Guevara soit omniprésente dans leurs bureaux, ils me font beaucoup plus penser aux images d’Epinal de la révolution maoïste...



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