Bonjour Hotbird,
Je suis rentré du
Vénézuela le mois dernier - septembre 2016. Des cinq pays que j’ai visités – les autres étant le
Mexique, le
Panama, le
Pérou et la
Colombie, c’est de loin celui qui m’a le plus marqué.
Arriver au
Vénézuela, c’est débarquer sur une autre planète !
Tout y est très compliqué, et pourtant la nature y est extraordinaire. Je me suis retrouvé, seul étranger, au milieu de l’immense delta de l’Orénoque, ainsi qu’à effectuer la remontée en pirogue à travers la jungle jusqu’au Salto del Angel.
Rien à voir donc avec la visite du
Machu Picchu perdu dans la horde des 8,000 à 10,000 visiteurs quotidiens, ou de la marée de cars parqués devant Chichen Itza. Si tu pars au
Vénézuela, tu ne verras pas un étranger de ton séjour.
Certes, le prix à payer est de surmonter une énorme appréhension, et moi-même j’ai longuement hésité avant de me lancer. Car là-bas, les problèmes sont bien réels. Tout ce que tu peux lire est vrai, en pire... La situation économique se détériore de mois en mois. Ce qui était encore possible en 2015, ne l’est plus forcément en 2016.
Les écueils essentiels du voyageur au
Vénézuela sont la sécurité et la crise de liquidités.
Sur le premier thème, beaucoup a déjà été écrit, et je ne peux qu’abonder dans ce sens : il faut faire vraiment très attention ! En comparaison, le
Mexique, la
Colombie et le
Pérou ne sont que de la petite bière. Les Vénézuéliens eux-mêmes sont terrorisés à l’idée de sortir de chez eux. Nombre d’entre eux a renoncé à voyager. Toutefois, certaines mises en garde s’avèrent injustifiées. Insécurité ou sentiment d’insécurité ? L’étranger a souvent des difficultés à apprécier la réalité des faits.
Pour ma part, j’ai choisi d’éviter le point noir que constitue
Caracas, en prenant un vol
Bogota-
Barcelona sur Avior, avec changement à
Valencia. Leur website est très bien fait pour l’achat de billet. Cependant cette compagnie enregistre de fréquents retards, ce qui peut coûter une correspondance.
Par ailleurs, j’ai opté pour un itinéraire confiné à la partie est du pays, a priori loin des métropoles les plus dangereuses :
-
Barcelona (ville dangereuse et sans intérêt)
-
Puerto la Cruz (front de mer et rues adjacentes tranquilles jusqu’à 21h00)
-
Puerto Ordaz (situation acceptable)
- Delta de l’Orénoque (magnifique)
-
Canaima/Salto del Angel (exceptionnel, mais coûteux)
- Maturin (nul!)
- Parque de Guacharo/Caripe (très belles montagnes)
- Golfo de Cariaco (très beaux panoramas)
- Cumama (jolie vue du fort espagnol dominant la ville)
- Parque de
Mochima (superbes vues sur la mer, dauphins)
Néanmoins, il existe un obstacle encore plus difficile à surmonter que la sécurité : la crise de liquidité !
Le pays subit une hyperinflation probable de 300-400% par an (le gouvernement en reconnaît 80%) et, la banque centrale est incapable d’alimenter les banques en billets. Il s’ensuit un rationnement aux distributeurs, les locaux étant limités à 6,000 bolivares (Bs) par jour (environ 6 euros !!!). Les queues s’étirent donc devant les distributeurs approvisionnés, les gens venant avec plusieurs cartes pour tirer davantage. Avec une carte étrangère, seul celui de la Banque Mercantil m'a généreusement octroyé 400 Bs (40 cents!) qui m’ont coûtés 5 euros avec les commissions... Par conséquent, exit les ATM pour le touriste !
En revanche, il est possible de régler les hôtels par carte bancaire. Cependant, le taux officiel est évidemment plus élevé ($1 = 700 Bs) que sur le marché noir ($1 =930 Bs). La tendance actuelle va vers un resserrement des deux taux.
Par définition, le marché noir n’est pas sans risque. Pour obtenir du liquide, il faut donc arriver avec des dollars (pas des euros) et trouver des personnes qui acceptent de prendre le risque de changer, ce qui n’est pas toujours simple. Il m’est arrivé de passer des journées sans un kopeck en poche. Je conseille donc d’apporter des gâteaux secs dans votre sac, afin de ne pas mourir de faim...
En raison des pénuries, le coût de l’alimentation est élevé même pour des touristes occidentaux (2.5 euros pour un vilain hot-dog). En revanche, les hôtels ($6-25 la nuit) et les services en général (taxi, coiffeur) sont donnés.
En conclusion, il serait honnête de dissuader cette destination aux voyageurs peu aguerris, aux non-hispanophones et aux femmes seules, encore moins avec des enfants.
Les autres, assumant les risques, y découvriront une nature fabuleuse.