 |
 |
 |
Bienvenue sur VoyageForum.com!

|
 |
 |
Avec ses 371 950 membres, la communauté de VoyageForum.com est la plus grande et la plus active communauté de voyageurs francophones au monde. Son forum contient 2,5 millions de messages répartis dans 302 000 discussions sur tous les thèmes en lien avec les voyages. Pour participer aux discussions du forum et échanger avec les membres, vous devez être membre de la communauté. Cliquez ici pour devenir membre de la communauté (rapide, facile et gratuit).

318 membres et 4 863 visiteurs sont présentement en ligne sur le site!
3 475 membres se sont connectés au site lors des 24 dernières heures!

Note: Cet encadré n'apparaît pas aux membres de la communauté. Cliquez ici pour devenir membre.

| |
|

|
|
 |
 |
Salut les kopains ! Après l'aventure, l'aventure. J'ai traversé le Proche Orient à l'automne 2008, une grande boucle de Louxor (sud Egypte) à Dubaï (Emirats Arabes Unis) me permettant de découvrir Egpyte, Jordanie, Liban, Syrie et Iran lors d'un merveilleux "voyage musulman" (lien vers le carnet en ligne sur VF). J'ai ensuite passé 9 mois en Oman, sublime petit pays qui ressemble pour beaucoup à un "paradis arabe". Sans permis de conduire, souhaitant découvrir le Sultanat seul, j'ai donc profité du long et agréable hiver pour réaliser 8 voyages à vélo entre décembre 2008 et avril 2009. Il y eut, en bonus, une echappée à plusieurs et en voiture dans le plus grand désert du monde, guère accessible en deux roues... Comme pour le "voyage musulman", je dépose sur VF les articles qui sont à l'origine mis en ligne sur mon blog. C'est un détail, mais avec le copié/collé les légendes des photos (censées apparaître grâce au curseur de la souris) n'apparaissent plus. Pardon pour cette erreur technique qui mine de rien enlève une bonne partie de l'intérêt (je m'applique, sur ces légendes !!). Enfin pour ceux que ça intéresse, avoir mis un terme aux weekends omanais à vélo à cause de la chaleur ne m'aura pas empêché de continuer mes petites excursions dans la région. Un carnet de bord spécifique en est le fruit. Bonne lecture :)
|  |
|  |
|
|

|
|
 |
 |
-Un weekend- La mer qu’on voit danser Je suis parti lundi, début d’après midi, dérogeant de quelques dizaines de minutes à mon devoir diplomatique. Il était 14h30 et j’attaquais la route avec mon vélo à peine approprié. « Si t’achètes une merde chinoise, t’arriveras même pas à Sùr », m’avait assuré un collègue qui, en outre, m’avait certifié qu’un parcours comme celui que j’avais l’intention de faire était impossible à réaliser en 5 jours. Moi et ma merde chinoise avons tout de même bien souffert cette première heure en chemin, parvenant finalement à sortir de Musqat Musqat (pas juste Musqat ; vous suivez ?) après 15 km. Et la peur qu’ils aient eu raison, les gens de l’ambassade, m’ayant dit que les omanais roulent comme des fous. Un camion ou deux sont passés près.
Une fois sur la route à proprement parler, tout sembla se résoudre. Beaucoup moins de monde d’un coup, des chèvres de temps en temps et, l’heure avançant, le soleil se faisant plus doux qu’auparavant. J’étais animé par une sorte de folle énergie, mes trois premières semaines sans avoir bougé semblant donner à mon corps une force tout à fait étonnante. Sans avoir mangé, buvant peu, je traversai à vitesse supersonique un étrange paysage, de petites montagnes se succédant dans une sorte de désert en terre. Il faisait beau et les indiens bossant sur la route, que je croisais régulièrement, me saluaient l’air surpris. Cette première journée fut surtout embellie par la découverte des omanais, que je croisais en (grosses) voitures. Après tout, dans mon bunker français comme lors de mes rares sorties, c’était surtout des indiens, fort sympathiques en outre, que j’avais rencontrés ; et mon arabe de se mourir tranquillement. Là, même s’il n’était pas vraiment question de parler, j’avais une première idée de la vie omanaise, une première image du peuple omanais. Et des klaxons, au moment de me doubler, de troubler le calme des environs pour me pousser vers l’avant. J’arrivai à Quriyyat, 85km en 5h.
J’avais prévu de dormir à l’arrache. Pas question de passer la nuit à l’hôtel dans un pays dont les timides infrastructures touristiques justifient des tarifs exhorbitants ! Alors je me suis arrêté, sur le bord de la route, et je suis allé chercher un buisson, un arbre ou un truc couvrant le bruit des quelques voitures passant. Une nuit terrible, pas tant à cause des moustiques (je m’étais momifié, les mains dans les poches et le cheich couvrant le visage) que du froid. On m’avait dit, pourtant, mais j’avais haussé les épaules avec un sourire comme pour le reste ; le trajet, le vélo, la bouffe, l’eau, le telephone… C’est qu’on se les pèle à partir de 22h ! J’ai peu dormi, luttant le plus souvent pour arrêter de trembler de froid histoire de retrouver le sommeil. Peu avant 6h, le ciel encore noir, je décidai de reprendre le chemin. Cinq ou six heures de repos dans les jambes et un modeste dîner ne m’ont pas empêché de retrouver un bon rythme, encore accru lorsque le soleil, peu après 8h, vînt émerger des montagnes. J’avais alors gagné la mer, attaquant les 100 bornes qui me séparaient de Sur.
Mardi 9 décembre. J’avais été surpris d’entendre des coups de feu dans la matinée, ignorant que le braconnage sur les autoroutes se faisait, ici. J’ai longuement roulé, dans la matinée, jusqu’à Fins, un petit village au bord de l’eau. En chemin, sur le petit sentier non goudronné liant le bled à l’autoroute toute neuve (un an à peine), une voiture est venue se coller à moi. « Fins houn ? » « Aiwa ! », et mes camarades de m’amener jusqu’à une petite boutique où j’allais pouvoir acheter de l’eau. Posant le pied à terre, dans le village, je réalisai enfin découvrir Oman, le vieux, le trad, le fond de cette péninsule à peine connue. Et c’était l’Eid ! On égorgeait chèvres et moutons dans un esprit assez fervent, les gamins se regroupant autour des pères de famille dépiautant les bêtes. Des pêcheurs, aussi, attaquant les poissons probablement récupérés le matin même. Un monde très calme, vivant entre ces petites maisons carrées si charmantes lorsqu’on les toise avec la mer dans le fond.
Je suis reparti assez enchanté et, le long de cette journée, ait ponctué ma route de courts arrêts dans le genre ; j’ai même fait trempette, ou toilette. C’est lors de l’un de ces ghetto-breaks, mangeant l’orange et les bananes que cet omanais de la trentaine, la barbe et le marcel m’avait données, que j’ai fini par comprendre les coups de feu, assistant non sans une joyeuse surprise à une bonne partie de l’élaboration du repas de l’Eid, du chopage de la chèvre par les cornes à sa dégustation. Alors que kopain éventrait la bête à peine tuée (d’une balle de fusil, got it ?!), je discutai tant bien que mal avec son père, la cane et tout. On finit par me proposer de partager la viande ! Une journée finalement très jolie, que ces quelques rencontres, l’agréable temps et la jolie mer ont tant embelli. Et personne sur cette autoroute, à mon grand étonnement. Après un ultime arrêt à une station d’essence absolument pommée, gérée par un indien tout seul (et qui, depuis deux mois qu’il travaillait ici, n’avait fait que son petit village – la station en vélo comme déplacement), je finis par atteindre Sur.
Je suis arrivé à 15h à peine, et je n’avais pas vraiment mangé de la journée. Il avait été décidé que je me jetterais comme un gros beauf sur le premier fast food d’inspiration américaine ; je déjeunai donc à Pizza Hut, le sentiment d’avoir bouclé la première partie de ce voyage en un temps satisfaisant. Sortant hebetant du honteux restaurant, j’ai entrepris un tour de la ville, assez largement étendue, en vélo. Un long passage par la crique, les barques de pêcheurs, les gamins jouant au foot sur la plage…et jamais très loin, les fameux « dhows » qui ont fait la réputation de la ville. Je n’ai fait qu’un tour de la ville, alors que le soleil se couchait. Avec le temps que je vais passer dans le pays, il est fort probable que j’y repasse, au moins parce qu’à quelques kilomètres le site de Ras al Hadd est réputé pour les tortues qui viennent y pondre continuellement. Alors, juste un coup d’œil à ce petit port joliment aménagé et où règne un calme bienvenu.
Mon retour, par le sud, devait prendre quelques 300km quand la première partie en fit 200 à peine et, avec le souvenir de la nuit dernière, je m’étais dit qu’il serait raisonnable de trouver un endroit pour la nuit histoire de recharger pleinement les batteries. C’était oublier l’Eid ! Et les touristes omanais se rendant à Sohar (nord ouest), Sur (est) et Salalah (sud) pour ces rares vacances.. n’ayant pas prévu la chose, sans vraiment la force de pousser l’exploration du centre-ville et souhaitant partir assez tôt le lendemain, je finis par atterir dans une espèce de palace au bord de la ville, abritant même quelques touristes étrangers. Je payai une fortune pour (certes agréables) 11h de sommeil ainsi qu’un petit déjeuner qui me lança sur le chemin du retour. Il faisait chaud ! Et, à mesure que j’avançais vers Al Kamil (le dernier des trois angles de mon voyage, Mascate Sur Al Kamil – photo au début !), les montagnes se sont peu à peu aplaties, annonçant mon arrivée au désert. C’est à ce moment là que la batterie de mon telephone portable s’est éteint. La suite du récit allait devoir se faire par écrit seulement.
... -Un weekend- Quand t’es dans le désert Très bonne nuit comme gros petit déjeuner m’ont fait partir d’un coup, mercredi matin. Malgré la chaleur, malgré le retour du relief (plusieurs passages passés le pied à terre), malgré les premières faiblesses de ma « merde chinoise », je finis par gagner Al Kamil dans le milieu de la journée. J’avais ramé dur, conscient que ma capacité à aller jusqu’au bout du voyage se déciderait dans ces kilomètres de transition entre l’aller plein est et le retour vers le nord ouest. En route, j’avais tout de même cette agréable impression d’être soutenu par les quelques automobilistes, plus nombreux que la veille tout de même, qui me croisaient. Les types ouvraient la fenêtre pour exhiber leur pouce tendu en ma direction ; deux omanais se sont carrément arrêtés, quasiment consécutivement, le second m’invitant très sérieusement à poser mon vélo à l’arrière de sa grosse machine pour soulager ma peine. Je soufflais tout de même assez pour ne parler quasiment qu’en anglais, lui lâchant avec le sourire que je voulais savoir si je pouvais le faire. Pour la première fois, arrivé à lKamil, je me suis posé à un petit restau tenu par des indiens pour manger. Un déjeuner indien assez mérité que je dégustais avec dans mon dos, « E.T. » sous titré arabe captivant mon cuisinier (qui ne devait rien comprendre, pourtant). Je suis reparti tranquillement, avec la satisfaction de m’être bien mis en route pour attaquer ce retour. Je pris la route qui devait m’emmener à Ibra, le lendemain, avant de rejoindre Mascate. C’est là qu’ont commencé les difficultés, ayant l’impression d’avoir perdu mes jambes et mon genou gauche se mettant à râler. Surtout, cette route qui longeait le désert est celle qui a toujours été prise entre Mascate et Sur, puisque l’autoroute longeant la mer vient à peine d’être finie ; la route est absolument plate, morne, efficace pour les voitures et donc terriblement longue et inintéressante pour moi. Plus de petits villages, plus de relief et seulement quelques dunes se distinguant sur ma lointaine gauche, annonçant l’entrée dans le désert Wahiba. Une après midi tellement poussive. Seulement la fin de journée vint me réveiller, alors que j’étais en train de mourir sur mon guidon : alors que j’approchais d’Al Mintarib, entre al Kamil et Ibra, je réalisai soudainement que les dunes s’étaient rapprochées et que la route taillait quelque peu dans les sables. Un désert rouge, calme, à peine perturbé par les voitures qui passaient ; une première image de Wahiba qui me réjouissait tant je savais que je reviendrais ici, un weekend ou deux plus tard dans l’année, pour en faire un tour.
Le coucher du soleil vint rompre cette petite musique, mon arrivée à lMintarib m’amenant à trouver un refuge pour la nuit. J’ai bien tenté de discuter avec des kopains arabes et indiens (encore un restau indien), mais les touristes étaient pas vraiment nombreux à s’arrêter dans le coin (on n’est qu’à 2 ou 3h de Mascate en voiture, faut-il le rappeler). Alors, dans le noir, j’ai fait un tour de la petite ville, tentant de repérer une batisse avec un toit pour éviter le coup de froid de la première nuit. Je finis par trouver une maison en construction, pas loin de la route principale ; assez idéal pour repartir le lendemain sans être gêné par le bruit des voitures. Comme un voleur, je m’infiltrai sur le chantier, planquai le vélo et finis par me trouver un petit coin (dans la future cuisine, si l’architecte qui est en moi est bon). En bataille avec les moustiques seulement, plus vraiment dérangé par le froid qui était tombé mais dont les murs qui m’entouraient me protégeaient, je finis par m’endormir. Mon sommeil ne fut interrompu qu’une ou deux fois durant la nuit, avant que le premier appel à la prière ne me pousse à quitter le chantier un chouilla glauque, tout de même. J’avais bien dormi 6 ou 7h ; au noir du ciel j’ai cru comprendre être parti vers 5h30. Ma nuit n’avait pas permis à mon corps de tout à fait récupérer, comme je le sentis après quelques kilomètres parcourus dans le noir (entre l’extinction des quelques feux et le lever du soleil). Mon genou droit ayant la riche idée de se mettre à répondre à son homologue progressiste (de gauche, ndlr), j’ai lutté de manière assez semblable ce jeudi matin que j’avais souffert la veille, en deuxième partie de journée. La route ne s’était pas améliorée, d’une tristesse constante ; j’avais maintenant bien compris que longer le désert c’était bien plus chiant que de le parcourir. J’ai tout de même fini par atteindre Ibra, vers 9h, m’effondrant sur un petit-déjeuner (indien) dans un petit restaurant (indien). Un truc avec des légumes et du pain, super motivant mine de rien. J’ai fait le tour de la petite ville, ai acheté un peu de nourriture et ai repris ma route. Le deuxième tiers de cette journée fut à peine moins poussif que la matinée, ne semblant plus retrouver de jus nécessaire pour « attaquer » la route (le souvenir de mes premières heures lundi et mardi, à 20 à l’heure sans rien dans le ventre, m’apparut d’autant moins compréhensible). A mesure que j’avançais vers Bid Bid, à 100 bornes d’Ibra et point de départ de l’autoroute vers Musqat, le paysage s’est tout de même mis à se montagner (sic), le plat du désert laissant progressivement les pics reprendre leurs droits. C’est donc sans plus vraiment de jambes mais avec l’espoir que ce changement géographique finisse par avoir son effet motivateur que je suis arrivé à un petit restaurant (indien) collé à une des rares stations essence du chemin.
Il était 14h30 et, repartant après ce sympathique déjeuner, j’ai retrouvé la force qui m’avait abandonné 24h plus tôt. J’attaquais à nouveau et mes genoux semblaient s’être calmés ! Une sorte de miracle qui facilita tellement ce dernier quart du voyage et dont quelques individus étaient responsables : l’espèce d’attroupement autour de mon vélo, au moment où je partais, et la séance de question/réponses qui s’en suivit. Sûr que je ne passais point inaperçu avec ma dégaine de blanc et mon vélo, et l’idée de faire un tel voyage d’une telle manière provoquait selon les cas des rires, de grands yeux comme des sourires qui me réchauffaient un peu à chaque fois. L’effet fonctionna à plein, ce jeudi midi, et sembla se multiplier par deux ou trois après qu’une (jolie) jeune omanaise, à l’arrière d’un minibus, ait jeté un regard amoureux sur ma personne. J’ai parcouru les 60km suivant en quatre heures à peine, ayant retrouvé une forme et une motivation toute fraiches ! La route m’a bien aidé, s’étant soudainement mise à plonger après 25 bornes ; une descente jouissive entre les montagnes, quittant la campagne vers la civilisation, l’autoroute, la côte… la capitale ! Nous traversions les wadis dessechés dans cette douce lumière de la fin de journée, réalisant ô combien le paysage devait être sublime après quelques rares pluies. Ô combien, surtout, être à vélo rendait cette portion du voyage exceptionnelle, rivalisant de vitesse avec des 4×4 m’encourageant à coup de klaxons et de signes de V de la main, sortis par la fenêtre. Lorsque la route finit par retrouver le plat, le jour s’était bien couché et il me fallait souffler. Après tout, cela faisait tout juste 13h que je roulais.. j’avais parcouru près de 150 bornes ce jeudi. J’ai trouvé un petit bled collé à la route, organisé autour de la station essence comme partout ici. Titubant quelque peu, j’ai cherché quelle facade de « coffee shop restaurant » me parlait le plus avant de m’asseoir à une table qui s’avéra être du Bengladesh. Un dîner et des rencontres bengalis très sympathiques, qui me renforcèrent dans l’idée que cette année avait vraiment (allait avoir) des allures d’introduction à l’Asie. Tout sourire, je me suis posé tranquillement dans une ferme, au milieu d’un village arabe un peu plus loin, m’endormant lourdement pas loin des poules. Réveillé à peine, me rendormant assez facilement, j’ai réalisé quand j’ai fini par vraiment rouvrir l’œil que le jour s’était levé ! J’ai pris mes affaires et, un check à droite un check à gauche, je suis sorti du village en roulant assez tranquillement, aussi ravi par cette paisible nuit que par l’effet que mon passage si matinal avait sur les quelques bledards déjà debout. Je mis à peine une heure pour rejoindre l’autouroute et traversai ses 35km sans grandes difficultés, ayant vraiment fini par retrouver cette bonne forme physique des premiers jours. Un petit déjeuner (pain-fromage-orange) sur le bord de la route plus tard, j’avais fini par rejoindre la route Sultan Qaboos, celle qui part du port de Musqat (Musqat Musqat, le village hein) et s’étend jusqu’à l’aeroport international. J’eus à peine 90mn à rouler avant d’apercevoir l’enseigne de « Safeer », mon supermarché officiel. Là, le sourire satisfait aux lèvres et du pain arabe tout juste acheté, un type m’aborda. J’ai l’impression de vous avoir vu hier en vélo à Ibra. C’est vous ? Où est-ce que vous allez, maintenant ? J’ai répondu assez simplement à ses questions posées dans un large sourire : ça y est, j’ai fini, là. Over !
|  |
|  |
|
|

|
|
 |
 |
Epique noël ! (1/2) J’ai fini par partir, ce mercredi matin. Il y avait eu la veille au soir un dîner à l’ambassade à l’occasion de la venue de Gilles Kepel, l’intellectuel français s’étant converti dans la promotion de formation Sciences-Po Paris du côté moyen oriental. Une petite vingtaine de convives, surtout omanais et pour certains hauts fonctionnaires. J’ai vécu l’expérience tranquillement, avec grand intérêt. J’y reviendrai. J’ai fini par partir donc, un peu à la bourre et laissant filer les premières minutes du jour alors que je n’avais pas fini mon briefing. Mon embarquée était la même qu’au premier voyage, mon petit sac à l’arrière avec un guide, un peu de bouffe et mon passeport. 10 rials (20 euros) dans la poche gauche, le portable (cette fois ci bien chargé) dans la poche droite. J’ai quitté Mascate par l’ouest cette fois, prenant cette rue Sultan Qaboos qui s’allonge jusqu’à l’aeroport. Ayant fini par quitter la « zone » de la capitale même, j’ai pris la route de Sohar, un grand et paraît-il joli port qui constitue un dernier point d’arrêt avant les Emirats. Je n’allai pas aussi loin et, après 60 kilomètres sans histoire, prit vers le sud.
La première partie du voyage avait été assez tranquille, et je m’enchantais de retrouver cette sensation mécanique me prévenant de véritable effort physique : les roues qui tournent, ce mouvement régulier et l’impression de ne pas du tout forcer. Je m’étais bien rendu compte de cela, lors de mon premier voyage ; comment mon corps semblait resister avec extraordinaire force à la difficulté apparente du travail, à cette épreuve sur le papier si importante. Comment j’étais arrivé à la maison après 500 bornes, sans finalement de véritable souffrance. Bref c’était le milieu de la matinée, ce 24 décembre particulier, et j’avais grand plaisir à rouler. La route s’est comme mise à interrompre cette bonne humeur générale, ayant quitté un axe assez utilisé (2 voies dans chaque sens, mais je suis tranquille sur la borne d’arrêt d’urgence) pour une « boucle » qui, si elle donne accès sur un paquet de wadis réputés et dessert les fameux bleds de Nakhl et Rustaq, est plutôt désertée (donc 1 voie seulement, et le partage de la route avec les voitures). Un peu de difficultés alors, le vent s’étant levé et mon genou gauche semblant vouloir me rappeler au bon souvenir de la fin du dernier voyage ; j’ai tout de même fini par arriver sans encombre pas loin de Nakhl, dans un petit bled où je mangeai indien, regoûtant avec joie au plaisir de l’arrêt-restoàcôtédelastationservice. L’après midi fut tranquille, ayant assuré deux bon tiers de mon trajet jusque là. J’ai pris un rythme plus modeste jusqu’à lWabil, à quelques 40 kms plus loin, et les trois heures à rouler à mesure que le soleil inclinait sa trajectoire me donnèrent un sympathique aperçu de montagnes que je n’avais que longées deux semaines auparavant. La route s’était mise à border la Jabel Akhdar, en effet, et je découvrai avec enchantement cet environnement sauvage, dont le silence est à peine troublé par les chèvres qui règnent ici sans crainte des quelques voitures qui passent (c’est autre chose pour les cyclistes hurleurs). J’ai atteint al Wabil vers 16h30, ayant le temps de flâner dans le village et d’acheter de l’eau. J’avais pris à manger pour le soir même, alors j’ai fini par me mettre à la recherche d’un abri pour la nuit. La petite ville, charmante, s’étend de manière fort étonnante, et je n’eus qu’à choisir laquelle des baraques en construction allais-je faire mienne, celles-ci poussant sur le bord de la route à intervalles régulières. Il m’est arrivé « cette nuit » quelques péripéties fort amusantes lorsque mises comme tel par écrit, quoi qu’elles constituaient plus de tests nerveux qu’autre chose au moment et à l’endroit évoqué. D’abord l’épisode tragicomique de la bouteille d’eau qui tombe dans une espèce de puit glauque et que je me décide à récupérer malgré la probabilité raisonnable de me retrouver au fond du dit-puit. Ensuite, peu après le précaire et savoureux dîner pris dehors, en plein repérage de l’endroit même au sein de la baraque où j’allais dormir, une voix arabe résonnant. La police, on est venu me chercher pour me mettre dans un asile me dis-je alors que le danger venait simplement de mon portable et d’un numéro que j’avais composé sans faire attention. Enfin, plus glamour, l’oubli du réveil le lendemain matin et le sursaut lorsque j’entends des voix -cette fois ci humaines- pas loin de moi. J’ai fui avec mon vélo sous le bras, saluant avec un sourire gêné les ouvriers indiens qui étaient arrivés pour bosser le chantier. Ils m’ont dit « hello » de la main, sans vraiment que je sache s’ils avaient compris et passé à autre chose ; « hello », simplement. Ils sont tellement bons ces indiens. 7h et j’arrivai à l’entrée du Wadi Ban Auf. J’ai attaqué avec prudence la route, le goudron avait laissé place à une espèce de sentier encaillouté dangereux pour de petits pneus de merde chinoise. Le wadi, ce passage creusé à travers la montagne par l’eau mais aujourd’hui sec, délivrait peu à peu ses trésors : un petit monde dont le ciel semble être concurrencé par ces masses rocheuses que l’on foule avec une humilité presque obligée tant cette nature, impressionante par son aspect intact et préservé, force le respect. Des petits villages de temps en temps, des jardins et du vert alimenté en eau par les falajs, ces espèces de canaux d’irrigation qui se faufilent des sommets à travers les montagnes jusqu’aux creux des bleds. La route, difficille, qui monte… et le soleil qui finit par se dégager au dessus des montagnes, la chaleur. J’ai rencontré plusieurs touristes, pour la plupart omanais à quelques remarquables exceptions près (un couple de cinquantenaires hollandais à vélo qui faisait le chemin inverse !), et j’avais compris que j’en avais pour un bout de temps avant de parvenir à Blad Sayt, un des bleds à mi parcours. Pas tant la distance (à peine 30km), mais le passage de monts en monts se faisait poussivement, la route tour à tour suivant le wadi avant d’escalader un flanc de montagne et de refondre vers le sol. Il tapait fort, maintenant, et l’avancée se faisait désormais régulièrement à pied, poussant le vélo tant certaines ascensions donnaient le vertige par leur verticalité (si cela s’écrit). A vélo les mains rivés sur les freins, à pied pourvu que les chaussures ne glissent pas. Un parcours du combattant d’une dizaine de kilomètres à peine entre le bled d’Az Zammah et Blad Sayt, d’une difficulté aussi dense qu’elle donnait en plaisir tant mon corps tenait la cadence, tant les paysages se dévoilaient avec classe, tant la tournure épique que prenait ce noël 2008 m’inspirait de puissantes émotions. [..] Epique noël ! (2/2) Les conditions d’arrivée étaient excellentes : il était midi, j’avais roulé tranquille pendant 3h avant de connaître de bonnes difficultés qui, une fois passées, m’ont donné accès à Blad Sayt, réputé plus joli village du pays, bien pommé et probablement avec un petit magasin pour acheter de la bouffe. J’ai très vite été accueilli par une horde de gamins avec qui je parvenai plus ou moins à discuter, allant très vite tous ensemble vers cette fameuse bicoque dans laquelle je pourrais acheter quelque chose à manger. J’ai traversé le village de cette façon, mon admirable découverte étant tout de même quelque peu éclipsée par les envahissants nouveaux kopains. J’avais bien sùr été touché par l’accueil, comme à chaque fois qu’on me lance des « hello » à mon passage, mais je préfère clairement être seul, d’autant plus en jolis lieux. On a tout de même fini par me pousser dans cette cabane vendant deux paquets de chips et des biscuits (dans laquelle nous étions une bonne dizaine, donc) ; je me suis dit que ca irait comme déjeuner et qu’il valait mieux ne pas insister (il aurait fallu supporter les gamins une heure de plus !). Ils m’avaient tous proposé de venir chez eux pour remplir ma bouteille d’eau vide et j’ai fini par en isoler un, plutôt agé (entre 15 et 18 piges probablement) ; alors que nous nous dirigions vers son foyer, la petite foule qui m’accompagnait s’est comme volatilisée d’un coup, comme pour annoncer le moment sublime que j’allais passer. J’ai passé la porte derrière mon hôte et, alors qu’il me faisait signe d’attendre tandis qu’il s’empressait d’atteindre sa maison un peu plus loin devant, j’ai vite fait de remarquer qu’il y avait sur ma droite un déjeuner en cours, dans une petite maison à à peine deux mètres. Inévitablement, deux trois des quinze hommes qui se trouvaient là m’ont fait signe de les rejoindre et, voyant que celui qui m’avait accompagné s’était retourné pour m’encourager de la tête et de la main à rentrer, je me suis retrouvé dans cette petite pièce carrée de cinq mètres sur deux. Mes hôtes s’étaient tous levés, à l’exception du plus âgé d’entre eux à côté duquel on m’a prié de m’asseoir. Heureux de cette nouvelle preuve de la gentillesse du peuple omanais, mon bonheur s’est amplifié à mesure que le petit repas reprenait son cours naturel et qu’on saluait dans de grands éclats de rires chaleureux mes bouts de phrase arabes. On m’a tendu des oranges, des dattes que l’on a prises avec du kahwa (café, tellement bon mélange) ; on a parlé comme ça, de pas grand chose et on m’avait tellement intégré à la troupe, si vite. Une bonne dizaine s’est levée, s’excusant auprès de moi d’aller prier. Le salut à l’ancien, la poignée de main à l’étranger. L’épilogue s’est fait à 4 ou 5 plus jeunes, qui restaient par courtoisie et qui ont fini par me tendre ma bouteille d’eau remplie. On m’a accompagné jusqu’au bord de la route quittant le village et je suis parti, heureux.
La route s’est enfoncée jusqu’au cœur du wadi, mais j’avais alors plutôt l’impression d’avoir fait le plus dur en termes d’ascension. Je me suis vite rendu compte de mon erreur : le sentier s’est mis à grimper continuellement, m’obligeant à marcher une bonne heure jusqu’au village de Hatt (4 km). J’avais croisé en chemin deux de ses habitants : un premier, aperçu avec ses chèvres de l’autre versant de la montagne et qui m’a rejoint en courant à ma très grande surprise à travers les roches, un second alors que je doublais le bled. Les deux m’ont refroidi sur l’évolution du chemin : il allait bien falloir s’armer de patience, semblait-il, tant la grimpette allait s’éterniser. Cinq, six, dix kilomètres peut être ! Gamel (le jeune berger) de me montrer le sommet du Jebel : la route n’évite pas la montagne, elle passe par dessus. Il était 14h30 quand j’ai attaqué l’ascension.
Jusqu’à 17h, j’ai marché. J’ai suivi cette longue et sinueuse route qui n’arrêtait pas de grimper, gagnant autant en altitude que le paysage, dans mon dos, se dégageait. J’ai croisé durant ces quelques 2h et demi nombre de touristes, dans leur courte majorité omanais. Deux voitures françaises, même. Ils venaient tous du sommet et le chemin qu’ils avaient fait en 4×4 devait être assez féroce pour me jeter des regards ahuris quand ce n’était pas des encouragements pleins d’empathie, de pitié probablement aussi. C’est que l’escalade avait pris une dimension supplémentaire dans sa deuxième moitié, au point que la route soit dangereuse même pour les voitures s’y aventurant : la situation n’était pas la même pour moi qui ne suis pas aussi large (puisque c’est de là que vient le danger), mais la grimpette s’était accentuée à mesure que la lumière perdait en intensité. Le soleil était heureusement depuis longtemps passé derrière le sommet, sans quoi j’imagine que je n’aurais jamais pu boucler ma traversée du Wadi en une journée. Glissant parfois, m’accrochant régulièrement à mon vélo dont j’avais les mains aggripées aux freins (c’était limite lui qui me poussait), mon inimaginable ascension m’a apporté des sensations extraordinaires, décuplant le plaisir que j’avais eu le matin même en finissant par arriver à Blad Sayt. Inutile de préciser que les dernières dizaines de mètres se sont faites en chantant, ayant aperçu le bout de la route pavée marquant la fin de la corvée. Une épreuve de 10 km à peine m’ayant permis d’effectuer un dénivelé d’environ 800 mètres.
Je m’étais arrêté, souffler/manger, et avais pris le plaisir de réaliser un peu plus la mesure de mon petit exploit. Mais il était 17h bien passées et, avec le coucher du soleil pour 17h30 et la nuit à 18h, il ne me fallait pas tarder avant de rejoindre Al Hamra, au pied de la montagne, 25 kilomètres plus bas. Un très sympathique couple bengali (décidément ! cf 1er voyage) m’a bien proposé de me prendre en voiture mais je ne voulais pour rien au monde manquer la contre-partie jouissive de tant de kilomètres passés debout à cravacher : une descente infernale ! Quel plaisir alors, dans la lumière orange du jour et la douce chaleur que de dévaler à peut être 30, 40, 50 km/h, ayant vite les yeux embués de larmes tant gagnais-je en vitesse. J’ai d’ailleurs retrouvé après 20 bornes mon couple bengali qui s’était arrêté pour un arrêt pipi, et à mesure que la nuit tombait j’apercus bientôt les lumières d’al Hamra, que j’avais rejoint avec un rythme comme jamais. Tellement bien, enfin assis après des heures qui avaient mis à mal mes fébriles jambes (atteintes de crampes sur la fin de l’escalade d’ailleurs ; une première), j’hurlais des « i wanna fuck a dog » auxquels seul répondait le silence de la vallée qui s’était drapée d’un noir nocturne. Comme pour me rappeller que je ne suis pas grand chose, je me suis bien perdu avant d’arriver à destination. Un (très bon) dîner (indien) et le repérage d’un palace en construction. J’allais bien dormir.
Pas question de vivre le même coup de sang que la veille au petit matin ! Sonné par le premier appel à la prière, je n’ai pas attendu que le jour se lève pour décamper. Avant 6h j’étais sur les routes. J’avais l’intention de rejoindre Nizwa, à une quarantaine de kilomètres plus loin, dans le milieu de la matinée ; un bon timing pour le marché du vendredi. Mes projets sont mal partis : le froid m’a vraiment surpris ce matin là, alors que j’avais enlevé un peu trop tôt ma “couverture” que j’avais laissée sur mes épaules la première demi-heure. Ca et, je ne sais pas vraiment, une sorte de perte de souffle. Les reflexions sur mon état physique ont été nombreuses, quoi que je ne voulais pas aggraver mon cas en me posant trop de question. Ces quelques kilomètres semblaient nécessiter l’éternité pour en finir. Et puis le soleil a fini par chauffer (debout dès 6h30, il faut bien attendre 8h) et mes soucis se sont progressivement envoler. Quand j’ai réalisé qu’à peine 25km me séparaient de l’arrivée, j’ai accéléré le rythme. Je suis arrivé à Nizwa en ayant grillé toutes les réserves que j’avais à peine accumulées cette nuit, après une journée épuisante ; mais j’étais arrivé. Ma visite de Nizwa a conclu ce magnifique weekend, et malgré mon petit départ j’avais tout de même gagné l’ancienne capitale omanaise en milieu de matinée. Le bon timing pour visiter les marchés, curieusement disposés en blocs distincts selon les produits vendus (ce qui fait un peu industriel). Il y a heureusement quelques coins de la petite ville qui echappent aux nuées de touristes dont la soudaine présence fut très surprenante, un sympathique marché aux bêtes et un joli fort. Pas grand chose finalement, mais j’avais pu manger un petit peu et avais même croisé Eon Excellence l’Ambassadrice en touriste. Je suis reparti tranquille, avec l’objectif de sortir un peu de la ville avant de faire du stop. Mascate à 170 kilomètres plus loin, je n’allais pas non plus passer l’après midi (et la nuit) sur l’autoroute.
Je l’ai déjà écrit, et cette sensation m’était revenue plusieurs fois durant ce deuxième voyage : les omanais que je croisais, surpris de me voir à vélo, m’avait souvent gentiment salué, parfois encouragé, quelques fois même proposé de m’embarquer pour soulager ma peine. Il était temps, après avoir tant de fois décliné, de confronter mes fantasmes, mon amour pour le peuple omanais et mon humanisme à la con à la réalité ! Je me suis donc posé à la sortie de la ville, tendant le bras dès qu’un pickup passait. Si la première tentative a failli fonctionner (un jeune s’arrêtant mais n’allant pas sur la capitale), j’ai passé un bon quart d’heure avant de comprendre que les mines étonnées ou étranges des conducteurs résultaient de mon mauvais emplacement plutôt que de la singularité de ma démarche. J’ai donc poussé un chouilla plus loin ; pas tant difficille que cela physiquement, mais dans ma tête j’avais bien fini mon voyage alors c’était un peu dur. A l’entrée de l’autoroute vers Mascate, mon premier echec n’étant pas sans entamer quelque peu la confiance aveugle que j’avais envers nos amis les routards du Sultanat. Nouvelle désillusion, alors : on m’a ouvertement snobé, certains accompagnant même leur refus par un regard hautain ou un geste, faisant toujours un peu de peine. Alors j’ai attaqué l’autoroute en vélo, remettant en cause si brutalement mon programme de l’après midi. Et s’il fallait rentrer tout seul… Un premier espoir est venu d’une jeep sortant d’un petit village 5km plus loin sur l’autoroute ; alors qu’il allait rejoindre la voie, le chauffeur m’a salué, étonné de ma présence, et est venu se caler à mes côtés. Le chauffeur pakistanais n’allait que 30 bornes plus loin, mais j’ai posé mon vélo à l’arrière de la petite carlingue et nous avons un peu roulé, partagé entre le soulagement d’avoir trouvé une âme charitable (ca existe donc bien, ma confiance n’était pas complètement infondée) et l’inquiétude ou la gêne que suscitaient quelques gestes larges de mon conducteur, en outre fort sympathique. C’est même plutôt rassuré que j’ai repris la route, les étendues goudronnées à travers le centre vide du pays ne m’inspirant tout de même pas grand chose. Le souci s’est vite posé entre mettre le pied à terre afin d’inspirer la pitié des rares chauffeurs (vendredi midi, mauvais départ) ou remonter sur le vélo avec le desespoir que m’inspirait très vite la perspective de rouler encore 120 bornes. Mon petit manège (debout-assis-debout-assis) m’a vite fatigué, et c’est donc en courant que j’ai rejoint un pick up qui, après avoir hésité, s’était arrêté. Des pakistanais. Encore ! Trois d’entre eux, vers Mascate, m’acceptant avec le sourire. La quarantaine, deux d’entre eux parlant bien anglais (le fârsi s’emploie un chouilla chez les pachtounes!) dont le conducteur, l’oeil vif et le verbe plutôt facile. Ils m’ont invité à déjeuner entre de passionnantes discussions sur les relations entre arabes et travailleurs asiatiques (Pakistan/Inde/Bengladesh) en Oman, la vie à Dubaï, la religion et la situation géopolitique de leur pays natal. Un retour passionnant, dont la beauté me parlait tellement alors que j’étais mentalement en bonne partie carbonné. Déposé à quelques centaines de mètres de l’ambassade à peine, j’ai vu mes camarades partir le long de la voie Sultan Qaboos. D’une heureuse fatigue, j’ai levé mon bras et souri.
|  |
|  |
|
|
|
|
 |
|
|
 |
 |
La grande boucle (1/2) Un joli bordel ! Mon troisième voyage est maintes fois sorti de mes limites prévisibles, donnant à l’ensemble un côté extraordinaire plutôt sympathique. Si le premier trip de l’an doit donner la mesure des douze mois à venir, alors 2009 risque d’être joyeuse.
Cela avait pourtant plutôt calmement commencé dans la matinée de mercredi 1er janvier, tout frais et sans gueule de bois pour bien attaquer l’année. Je suis sorti de Mascate mécaniquement, commençant à bien connaître cette rue Sultan Qaboos qui s’étend jusqu’à Seeb, l’aeroport et le début de la « Batinah », du nom de cette région côtière qui pousse jusqu’aux Emirats. Puisque j’espérais visiter Sohar, au nord, avant de revenir un peu sur mes pas pour attaquer la montagne dès le deuxième jour (sur le schéma du weekend précédent), je suis donc descendu du vélo et ai poursuivi à pied jusqu’à qu’un omanais ait pitié. Pas question de retenir la leçon du dernier voyage, ou comment « les omanais ils sont là quand ils on n’en a pas besoin mais pas là quand on en a besoin » comme l’avait si délicatement résumé, avec le sourire tout de même, un collègue. Je comptais bien prouver au monde entier, à commencer par moi même, que mes inquétudes de la semaine passée étaient à peine justifiée et que, si je n’avais pas trouvé de kopain local entre Nizwa et Mascate, c’est que tous les connards du Sultanat devaient s’y concentrer. Bien ! Comme lors de ma première expérience vélo-stop, ma première tentative fut feintée, ayant arrêté un omanais qui se rendait dans un petit village deux bornes plus loin. Ne prenant pas l’épisode pour un funeste présage, j’insistai lourdement, une bonne demi-heure tout de même, avant qu’un badaud s’arrête. Un omanais me prenait en voiture ! Le vélo à l’arrière du pick up et roulez jeunesse, le bon niveau de l’anglais d’Ali (c’est son nom) facilitant la discussion. Un omanais d’une quarantaine d’années sans dichdacha, cette robe/galabiyah locale qu’il est obligatoire de porter au travail et que la plupart des hommes ici conserve quotidiennement ; un homme avec qui je discutai du pays, de la France et de la liberté sexuelle (je ne sais pas comment nous avons fini par en arriver là, d’ailleurs). Assez joyeux, très sympathique, Ali me quittait 70km plus loin. Tout de même confiant après cette plaisante introduction, je repris la marche, près d’une heure cette fois : moins de monde, un soleil un peu plus chaud et le début d’interrogation. Peut être allait-il falloir renoncer à Sohar. Plongé dans mes pensées, je n’avais pas remarqué qu’une petite voiture s’était arrêtée sur le côté et que je finis par rejoindre. Au même moment, un pickup qui m’avait remarqué était carrément sorti de la route pour entreprendre un demi tour en ma direction. Enchanté de cette aide aussi soudaine et (presque) inespérée que massive, je finis par embarquer avec Fahd, le jeune chauffeur qui avait soigneusement calé mon vélo dans le fond de son petit coffre, ayant fait mine de sécuriser ce qui dépassait avec des fils electriques sortis de nulle part. Il habitait à 20 bornes de Sohar mais est allé jusqu’au centre-ville, me déposant assez idéalement alors que l’appel à la prière « dhur » (peu après midi) résonnait. Le voyage, d’une centaine de kilomètres, fut de temps en temps l’occasion d’echanger sur 50 cent ou les Emirats mais Fahd ne parlait pas un mot anglais et ma longue marche m’avait quelque peu assommé. Un jeune omanais vêtu d’un maillot argentin, un jeune comme chez nous. Il s’empressa de me montrer sur son Nokia la vidéo de la chaussure Bush que je récupérai à mon tour sur mon Samsung. Pour le reste, une sorte de long silence, assez agréable et que la mine plutôt agréable de Fahd, qui semblait tranquille et tout sourire, vint alléger un peu plus. Cette première partie de voyage s’était passée sans accro et, bien qu’un peu surpris par le profil de mes premiers sauveurs omanais, j’étais assez ravi des premiers resultats de mon idée de voyage à vélo et en voiture. J’ai librement parcouru Sohar, dont les premiers aspects m’ont surpris quelque peu : la ville où a grandi Sinbad le marin n’avait rien du petit port exotique tel que je me le figurais (et tel que semble être le village de Mascate) ! Un bled s’étalant assez longuement, une corniche plutôt triste et ce désert humain… je n’étais certes pas arrivé au meilleur moment. Ma petite déception a fini par tourner avec ce fort joliment entouré, des villages étendus le long de la côte pleins de drapeaux et de banderoles aux couleurs du pays (c’est que la Coupe du Golfe allait bientôt commencer). J’ai un peu flâné, ai trouvé de charmantes petites maisons cachées et ai rejoint la sortie de Sohar, avec comme un petit arrière goût de Liban. Le déjeuner expédié, il était 14h passé lorsque j’attaquai la route en sens inverse, cette fois à vélo, en direction d’Al Khaburah, 50km en vers Mascate et d’où part la route qui suit mon wadi vers le sud. J’ai assez souffert. A la fois à cause de mon rythme décousu, j’imagine, ayant vraiment débuté mon voyage à vélo qu’après cette matinée debout/assis ; mais surtout parce que ce fameux voyage nowel ne m’était pas tout à fait sorti des jambes ! La semaine qui a séparé ces deux trips n’a manifestement pas été suffisante pour récupérer ce que j’avais donné en souffle et en énergie durant l’inoubliable ascension de la Jebel Akhdar, je le savais plutôt au vu de ma fatigue permanente malgré les 9-10h de sommeil quotidiennes (!). Je m’en rendai particulièrement compte, donc, sur cette route, que je connaissais en outre déjà pour l’avoir empruntée en sens inverse 2h plus tôt, et qui ne se distinguait pas vraiment d’une voie express à la con qu’il n’y a pas lieu d’emprunter autrement qu’en 4×4 à 120 à l’heure. Souffrance et amertume au programme de ce mercredi après midi, donc, me demandant surtout comment allais-je seulement pouvoir faire pour traverser la montagne le lendemain si 50 bornes sur du pavé à plat me donnaient tant de fil à retordre. Une nouvelle fois, mes doutes furent repoussés avec l’irruption du présent et, sur le coup des 17h30, la désormais célèbre recherche de la maison en construction à infiltrer scred (=discrètement en language jeune). Quelle fut alors ma surprise en remarquant que chacun des pourtant nombreux chantiers du coin étaient surveillés, gardés ! Comment ? Aurait-on mis ma tête à prix ? J’avais certes peu glorieusement titillé la reflexion d’ouvriers indiens, le weekend passé lorsque j’avais évacué un de mes hôtels alors que le travail s’apprêtait à reprendre, mais enfin tout de même. C’est du coup dans une espèce de tas de béton sans toit, au milieu d’un village bien éclairé et dont l’infiltration requit les plus grands talents, que je finis par me coucher, à peine dérangé par le bruit des gamins qui jouaient à côté la nuit pourtant tombée ou les chèvres qui vaquaient à leurs occupations habituelles, que sais-je, comme traîner sur des chantiers.
Au taquet dès l’appel à la prière de 5h25, j’ai pris la route vers le sud, bien conscient que mes premiers kilomètres me donneraient une indication déterminante pour le reste du weekend. Quel desastre ! Une sorte de terrible brouillard, épais et humide, rendit la première heure terrible, grotesque tant je ne parvenais à distinguer quoi que ce soit et me laissa penser que mon voyage allait bientôt s’arrêter faute de motivation. J’ai déraillé dans la brume, complêtement blasé. L’énergie du desespoir m’a permis de fixer mon vélo, mais c’est seulement lorsque j’ai levé la tête à nouveau que j’ai réalisé que le jour s’était levé et, avec lui, le brouillard. Une sorte de test, me suis-je dit. Hélas, avoir passé cette étrange épreuve ne m’avait pas rendu le talent de la belle époque et je me suis traîné comme un rat jusqu’à l’entrée à proprement parler du wadi, le village d’ Al Ghizayn. La traversée de la montagne à vélo, j’avais connu pires conditions la semaine passée : route en terre, soleil violent et yoyo du sentier assommant. Sur l’asphalte cette fois, avec un temps plutôt clément, les errements de la route propres à la traversée du Hajar (la chaîne voisine de l’Akhdar) sont passés dans la douleur, mon rapide épuisement semblant confirmer, au cas où je ne l’avais pas compris, qu’il allait dorénavant falloir laisser passer 10 jours entre chaque expedition. Heureusement que la montagne était charmante et le wadi d’un tracé plus évident que dans le Ban Auf. J’ai même croisé un dromadaire sauvage, genre de rencontre qui booste le moral (surtout quand on prend une bonne photo sur le moment). J’étais maintenant sùr que je n’irais pas jusqu’au bout de mon parcours, ayant résolu de joindre un point particulier dans le wadi (un point d’escalade donnant accès à une superbe piscine sauvage, dit-on) avant de rebrousser le chemin vers Al Khaburah. Sauf que la nouvelle route et mon état de fatigue bien avancé m’ont rapidement dévié de mon chemin et que je me suis retrouvé malgré moi sur la route d’Ibri, au sud. 90km plus loin, dont plus de 35 dans le wadi avec la certitude que la route allait bientôt se transformer en sentier ! Joyeux cauchemar dont est venu me tirer Suleiman. L’omanais, la quarantaine lui aussi mais tellement joliment trad, la dashdishah, le fusil à l’avant du pickup et les herbes (mon souvenir est flou) achetées au marché à l’arrière, bientôt écrasées par le vélo, m’a spontanément proposé de m’embarquer alors que je l’avais arrêté pour un check distances. D’un épuisement avancé, après un peu plus de 4h roulées ce jeudi 2, je me suis effondré à l’avant. J’allais pouvoir suivre le reste de la route suivant le cours du wadi en confortable position, d’autant plus ravi de cette rencontre que la route a bien laissé place peu après à un sentier dans le wadi itself, dont la traversée se serait probablement apparenté à un enfer dont les nombreuses chèvres et les jolis arbres ici et là n’en auraient, je crois, attenué la difficulté. Je respirais. [..] La grande boucle (2/2) Ce n’est pas comme si la fatigue avait soudainement disparu, en cette fin de matinée jeudi alors que je reprenais la route sur le bitume. Mais, ravi d’être sorti de mon bourbier-wadi, j’avais retrouvé une certaine efficacité, regagnant assez vite les hameaux qui me séparaient d’Ibri, à 50km de là. Je me suis arrêté à une station essence sur le bord de la route, à l’entrée d’un petit village, tenue à ma grande surprise par un omanais qui saluait les rares clients par un très sympathique « Kayfa hal », « comment va » très peu usité (« Kayfak », « comment tu es », est ici la norme). Nous avons un peu discuté, comme avec cet indien juste avant mon arrivée à Sur lors de mon premier voyage, cette fois en arabe ; il était assis à côté de moi, passant ses journées (11h-20h) à laisser le temps couler. Ce genre de rencontres, vertigineuses, a cette aimable vertu de re-prendre conscience du plaisir d’être bourgeois (au sens intellectuel), de la chance de pouvoir voyager. Alors quand j’ai quitté mon ami tranquille, j’avais comme une énergie nouvelle.. que je n’ai cependant pas tardé à bruler. Les 15 derniers kilomètres se sont fait dans une grande douleur, ayant retrouvé un axe routier assez pénible à emprunter (petite voie, route soporifique). J’ai fini par arriver à Ibri, assez épuisé pour souhaiter dîner dès 16h (à peine trois heures après le déjeuner…) : la ville, point de passage obligé entre Abu Dhabi et Nizwa sans véritable intérêt, fut traversée la mort dans l’âme et, étant parvenu au croisement route nord sud / route est ouest, je posai le vélo. J’étais plutôt satisfait de cette efficace hâlte dans une buvette turque où bossaient un indien et un tunisien (francophone, sympathique surprise). J’étais plus ou moins calé, ce qui tombait bien puisque je comptais conclure cette seconde journée par un rapide tour du côté d’un fameux petit village en ruines dans les environs d’Ibri, avant de me trouver un abri. Cette dernière étape devait d’ailleurs sauver l’honneur culturel de ce weekend puisque, ne m’étant même pas donné les moyens de visiter le fort de Sohar (mauvais timing) ou les tombes de Bat (des tombes en tours datant de 5000 ans, patrimoine mondial Unesco, que je n’étais pas parvenu à retrouver en vélo), j’avais surtout passé mon temps en milieux naturels. C’est là que le destin, implacable, intervînt : ma roue avant s’était complètement dégonflée. De manière assez inexplicable, puisque j’avais gracieusement posé mon carosse sur le côté de mon restau de passage, et de telle sorte que la tentative d’un routard extrémiste de creuver mon pneu avant n’aurait nullement echappé à ma solide attention. J’ai donc fort logiquement pris cet épisode pour un résultat de l’intention divine, en arabe « mà shallah », et suis reparti à pied, prêt à reprendre le stop dès la sortie d’Ibri. Un jeune et sympathique omanais n’a pas tardé à m’emmener dans sa camionette croulante, accueillant avec euphorie et éclats de rire mon récit de ces derniers jours au point de me couvrir de cadeaux. C’est ainsi avec une petite bouteille de jus de fruits et des brioches que j’ai repris le chemin à pied, 40km plus loin, alors que le soleil se couhait. Mon arrivée a été saluée par plusieurs exclamations : sur le côté de la route, comme à chacun de ces croisements importants (mon chauffeur rejoignait une ville en retrait de la route principale, alors que je continuais vers Nizwa, à 200 bornes vers l’est), des omanais étaient tranquillement affalés devant les petites boutiques tenues par des indiens (garage, electronique, petit café). Je suis allé vers eux, mais la dizaine s’est bien moquée de moi lorsque je leur ai dit souhaiter rejoindre Mascate par voiture. Alors je suis reparti, prenant la route assez déserte alors que l’on n’allait bientôt plus voir grand chose. J’ai vécu en cette fin de journée deux épisodes aussi courts que sympathiques, donnant une dimension typiquement humanaise (humaniste et omanaise, pardon pour l’idée) à un voyage que j’avais déjà en bonne partie passé auprès des habitants du Sultanat. D’abord j’ai été rejoint en voiture par deux des gais lurons qui m’avaient chambré juste auparavant ; embarassés de ne pas avoir pu m’aider, ils me proposaient de réparer mon vélo. Touché par cette jolie intention, je n’en ai pas moins décliné l’offre puisque j’estimais très sérieusement qu’il n’y avait pas lieu d’aller contre le court des choses, « mà shallah » ; après tout, ma « merde chinoise » avait parfaitement tenu durant d’impossibles expeditions antérieures à celle que je vivais actuellement et, dans le fond, mon vélo avait rendu l’âme au bout d’un parcours que j’avais eu grande difficulté à parcourir pour des raisons physiques. Enfin, Ibri constituait l’arrivée de mon voyage, ayant durant la préparation du weekend convenu que je rentrerais en voiture dès après. Bref, tous ces éléments jouaient en faveur d’un respect de la providence et, ainsi, le poli remerciement envers les deux jeunes qui semblaient vouloir se ratrapper après l’épisode comique précédent. J’ai continué à pied, heureux de cette nouvelle preuve de la très omanaise disponibilité envers les étrangers à vélo parlant un peu l’arabe, avant que les deux garçons me ratrappent et me proposent de m’offrir un taxi jusqu’à Mascate. « Mouchkila fii hadha tariq », je risquais quelque chose sur cette route… « ma fi (=pas de) mouchkila ! (bis) », et moi de leur expliquer que ce n’était -presque- pas la première fois que je faisais ce genre de voyage et que, surtout, j’avais une confiance aveugle en l’humanité en général, envers les peuples arabes en particulier. Ils ont fini par me laisser repartir, tout de même inquiets… décidément sympathiques omanais. J’ai quitté la route un peu plus loin, attiré par les lumières d’un petit bled que je finis par atteindre rapidement. J’ai trouvé un père de famille à qui j’ai expliqué que je voulais simplement trouver un toit pour me protéger du froid nocturne : les chantiers n’étaient pas nombreux dans le coin et la nuit était bel et bien tombée. La moitié du village, dont la plupart entre 5 et 12 ans, s’était regroupée autour de moi lorsque l’un des hommes présents m’a invité à poser mon vélo dans la benne de son camion après avoir passé un coup de telephone. Je me suis peu après retrouvé au milieu d’un camp où dormaient les indiens bossant dans ces petites boutiques évoquées plus tôt, cachés dans des blocs de béton. C’est pourtant un arabe qui m’a accueilli et m’a proposé une bien luxueuse chambre pour moi seul, me donnant même un matelas sans qu’il soit jamais question d’argent. Ravi pour la soixante quinzième fois du weekend par la spontanéité des echanges, je me suis paisiblement couché, confiant pour mon retour le lendemain et à peine gêné par mes camarades indiens qui ne semblaient pas, eux, vouloir dormir dès 18h30. Je me suis levé à 6h mais j’aurais pu en dormir une de plus tant le jour semblait peu pressé de se lever. J’avais quitté mon camp tzigane en laissant un petit « chukran jazilan ! ma’a salam » (merci beaucoup, à bientôt) sur mon matelas et avais attaqué cette dernière journée avec un optimisme maintenant bien fondé et fort des nombreuses expériences de ces 48h dernières heures. Près de 400km me séparaient de Mascate alors, malgré mon genou gauche qui refaisait des siennes, j’ai marché une bonne heure jusqu’au lever du soleil. C’était samedi, le début de la semaine et donc peu de monde sur la route. Ma dégaine d’handicapé ne semblait, en outre, émeuvoir les quelques pickups qui m’ont doublé sans broncher malgré mes signaux secrets de la main droite. C’est qu’il s’agit toujours de se faire repérer sans passer pour un crevard, élément capital, et qu’un tel exercice demande une concentration que l’on n’a pas forcément à peine sorti du lit (si l’on peut parler de lit). Je n’avais pas en tête ce genre d’explications douteuses et, pour être tout à fait honnête, je me suis vraiment mis à calculer combien de kilomètres parcourerais-je d’ici la fin de la journée si les choses ne changeaient pas. Bref, vers 7h30, ça n’allait pas fort. C’est évidemment à ce moment là qu’un omanais est venu s’arrêter, mettant fin à mon calvaire et à mes déprimantes projections. Ahmoud, la cinquantaine, d’Ibri et se rendant au travail, dans le désert (pétrole). Passant par Nizwa ! Nous avons donc roulé une bonne heure ensemble, discutant en anglais plus souvent qu’en arabe et abordant surtout, il est curieux quand j’y repense, les voyages dans le pays comme ailleurs dans le monde, mon kopain étant allé à Cherbourg avec l’armée dans sa jeunesse (j’imagine bien la troupe d’omanais débarquant en Bretagne). Nous avons pris un autre type en route, cette fois omanais, à Nizwa même, et j’ai quitté le 5è de mes bienfaiteurs du weekend lorsqu’il a pris la route du sud. Je remontais. Depuis 40 bornes avant Nizwa jusqu’à l’autoroute à proprement parler, nous avions roulé en voiture sur une piste que j’avais empruntée en vélo la semaine passée, lors du troisième jour également. Je me suis rappelé avec plaisir la douleur que j’avais eu au petit matin avant d’adopter un rythme solide jusqu’à Nizwa, et puis la découverte puis la sortie de la ville. Je n’étais pas du tout dans le même état d’esprit qu’une semaine auparavant, prenant la direction de la capitale : surpris, apeuré de ne trouver de chauffeur omanais lors de mon weekend-nowel, j’étais maintenant confiant et à peine inquiet que personne ne se soit arrêté après 3-4km. L’autoroute à pied, c’est tout de même pas passionnant ! Et, de manière curieusement similaire au deuxième voyage, un chauffeur qui allait à Izki (35km plus loin) m’a embarqué. Pas un pakistanais aux mains baladeuses pour autant, au contraire si je puis dire : un omanais d’une quarantaine d’années, peu bavard et assez modeste dans sa grosse et belle voiture. Nous avons à peine parlé, mais l’anonyme kopain m’a déposé un peu plus loin qu’où il allait en vérité, me proposant une aide supplémentaire de toutes les manières possibles (eau ? roue ? nourriture ?). Un homme plutôt discret, très gentil et qui me laissa à environ 140km de Mascate. Sans rien dire, sans vraiment sourire, satisfait m’a-t-il semblé d’avoir pu aider un étranger. J’ai marché encore un peu, je n’ai pas trop attendu. Après 10 minutes à peine s’était arrêtée une voiture dont le chauffeur est même sorti à ma rencontre. Brahim allait à Sumail, environ 60km plus loin, mais m’a proposé quelque chose que je n’ai qu’à moitié compris et qui se terminait par un dépôt à 40 km de la capitale. J’étais content. Le kopain était assez jeune (30 ans à peine), plutôt rond et avec un rire amusant. Le contraste avec le bout de chemin précédent, très agréablement silencieux, était flagrant : le contact s’est fait rapidement et nous avons beaucoup discuté, rigolé ensemble. Anglophone mais s’autorisant à me parler en arabe comme à n’importe qui parce que j’avais ouvert l’echange dans la langue du Prophète, Brahim s’est avéré d’une délicieuse compagnie parce qu’en lui reconnais-je une grande partie de la jeunesse omanaise, oisive et que les revenus nationaux couvrent (grâce au pétrole et au Sultan, loyer, electricité, eau comme salaires sont supervisés par les autorités). Avec ce voyage et ces contacts plus proches avec la population, je m’étais progressivement construit une image des omanais assez semblable à celle des schtoumpfs. Un joli pays, sans soucis materiels grâce au pétrole, et dont le sympathique peuple vaque à ses occupations avec bonne humeur, sans vraiment s’intéresser au reste du monde. Quel plaisir ! Mon bout de chemin avec Brahim apparaissait comme une superbe conclusion au weekend, moins riche en sensations naturelles qu’en ravissantes discussions. L’épilogue fut même sublime : nous avons quitté l’autoroute à la sortie pour Sumail et, pas certain d’avoir saisi les précisions du conducteur, j’ai cru comprendre qu’on regagnerait plus loin la grande route pour faire quelques kilomètres encore. D’où ma surprise, doublée d’une soudaine crainte, lorsque Brahim m’a demandé, la voiture à l’arrêt au bout de son bled, comment je pensais rentrer ! J’aurais dù lui demander de s’arrêter à la sortie Sumail, mais mon angoisse a très vite disparu : dans le fond, il m’avait tout de même bien avancé et, même via cette petite route, je finirais bien par regagner la maison. Trop tard, en quelque sorte : une drôle d’inversion s’était produite lorsque Brahim avait vu dans mon premier regard la surprise, l’embarras. Tout d’un coup en proie aux remords et à la culpabilité, il m’assurait qu’il allait trouver une solution, arrêta un pickup à coup de grands mouvements de bras. A la fois gêné et amusé par cette nouvelle et impulsive aide, j’assurai à mon camarade que l’aeroport de Seeb, où se rendait l’omanais tout juste arrêté, était à 20km à peine du foyer. Très bien ! Nous étions en train de retirer le vélo du coffre du 4×4 de Brahim pour le transférer à l’arrière du pickup lorsque celui-ci, le regard grave, me fit signe d’arrêter. « là, là » (non, non). D’envoyer au diable celui qu’il avait arrêté juste auparavant et de remettre le vélo dans la voiture. Nous irions jusqu’à la maison ensemble, c’était décidé. Mes nombreuses tentatives de négociation se transformant en concours de « mà fi mouchkila » (« pas de problême ! »), je me fis rapidement à l’idée qu’il était impossible de vraiment rassurer le chauffeur. Brahim a poussé jusqu’à Muscate même, donc, à plus de 70 bornes de chez lui, simplement parce qu’il estimait qu’il pourrait m’arriver un malheur sur la dernière partie de route. Pas question d’abandonner un « sadiq » ! (ami) Il y a dans cette fanatique gentillesse quelque chose propre au peuple arabe, il est vrai, mais j’avais particulièrement vécu l’experience à deux reprises en deux journées à peine (la veille au soir, je vous paye le taxi), me poussant à un inévitable et nouvel hommage à la classe omanaise. Les derniers kilomètres, d’abord silencieux (j’étais confus et lui décidé presqu’au point d’être en colère, en quelque sorte ; rendant la conversation compliquée), se sont faits dans le climat retrouvé de la première partie de voyage avant le rebondissement : rires, vannes et partage de reflexions sur l’Oman et la région. Nous avons sur la fin parlé de l’Egypte ; lui s’était rendu plusieurs fois à Charm el Cheikh où il avait vécu une inédite cohabitation avec des touristes.. israëliens. Nous passions l’immense Mosquée Sultan Qaboos, et Brahim m’avouait croire que quelque soit notre religion ou nos convictions, nous étions tous frères. Dans une fatigue avancée, la joie de retrouver le bercail montant en moi, les phrases arabes de mon ultime interlocuteur du weekend sonnaient comme une sublime mélodie.
|  |
|  |
|
|

|
|
 |
|

|
|
 |
|
|
|
 |
|
|
 |
|

|
|
 |
|

|
|
 |
 |
Au bout du chemin, de l’eau Je suis tranquillement parti, à nouveau un jeudi matin après une courte nuit. Il était 7h et je reprenais la route avec la satisfaction de retrouver le mode de vie ghetto de mes weekends nature. Le vélo et le petit sac, un peu de bouffe – à peine, puisqu’il n’y aurait qu’une nuit cette fois ci. Avec l’accélération de la vie au boulot, la dernière « grande boucle » paraissait très loin et j’entretenais limite une culpabilité diplomatique couplée de plus serieuses interrogations sur mes capacités physiques : ne serais-je pas devenu vieux et con après trois semaines sans sortir de ma citadelle ? Les premiers kilomètres sont vite venus rectifier la chose, et la vitesse avec laquelle j’ai gagné Quriyat, où commençait véritablement mon aventure omanaise n°4, avait signalé mon retour dans le droit et heureux chemin.
Un weekend d’une forme inédite, puisqu’il allait falloir pour la première fois composer dans un cadre temporel normal, à savoir les 48h de repos accordées entre chaque semaine de boulot. Jusque là, les jours fériés m’étaient divinement tombés dessus : il n’y aurait que deux journées de randonnée cette fois ci. D’où le programme particulier, souhaitant d’autant plus me rendre dans ces deux wadis, à 100 bornes de la capitale, par moi même. Aller à Quriyat, c’était retrouver la route qui traverse le pays jusqu’à sa pointe est, jusqu’à Sur ! Je suis parti cette fois de la maison, roulant une quarantaine de minutes sur la voie Sultan Qabous jusqu’à l’ouverture vers le sud de Mascate, là où j’avais acheté ma merde chinoise et où ma première expedition avait débuté, six semaines auparavant. Il était tôt mais il y avait déjà beaucoup de monde sur cette route à trois voies sur laquelle je faillis me faire renverser, en hésitant lors d’une sortie (c’était la première fois que je la prenais dans ce sens là, vers la capitale et pas vers l’aeroport ou la banlieue où se trouve le stade). J’ai été surpris à ce moment de ne pas rencontrer de furibards klaxons, confirmant la vision plutôt apaisée que je me suis construite des chauffards omanais alors qu’on en dit tant de folies. Bref. J’ai un peu moins galéré pour quitter le « grand Musqat », dont les travaux sud ont bien progressé depuis mon dernier passage (facilitant la cohabitation avec les voitures), et j’ai fini par atteindre cette sorte de no man’s land qu’encadrent les jolis et vifs monts, et que la route vers Quriyat traverse en silence. Cette première partie du voyage s’est déroulée sans péripéties, dans un plaisir assez constant de retrouver, avec des lunettes qui ont tant changé depuis 6 semaines, un paysage dont la beauté aride me convient joliment. J’ai regouté au plaisir des klaxons de soutien et j’ai fini par arriver en 6h à peine à ma première étape. Satisfait, en bonne forme, je me suis tout de même bien lourdement affalé sur une table d’un restaurant-station service- indien. C’était bon de retrouver la route.
Il était 14h quand je suis reparti, et de premiers nuages venant de la mer (sur ma gauche) s’accumulaient près des montagnes vers lesquelles je me dirigeais. La route est longtemps restée goudronnée, quoi que petite et modeste à côté de l’autoroute qui démarrait le long de la côte. Elle a bientôt pris la forme du terrain, montant et redescendant sans arrêts, sans que mon inquiétude faiblisse : le temps, qui m’avait déjà poussé à reporter l’expedition d’une semaine après une espèce de tempête diabolique sur le nord du pays, se faisait de plus en plus menaçant. Autant me suis-je déjà gentiment plaint du trop-sec des wadis que j’ai jusque là traversés, autant un wadi sous la pluie se transforme en coupe gorge peu sympathique, la force des flots causant régulièrement la mort de collègues (touristes) sous estimant les forces divines. J’avais tout de même fait le moins intéressant du parcours et il n’était pas question, maintenant, de faire demi-tour. S’il allait falloir vivre l’Aquaboulevard à l’ancienne, je serais prêt : j’avais opté pour l’optimisme prudent et la traditionnelle confiance en Allah. Les nuages qui s’entassaient avaient tout de même l’avantage de voiler le soleil et, sans altérer la température, offraient ainsi des conditions climatiques parfaites. Cela tombait bien, la route toujours goudronnée faisant son chemin vers le wadi ayant peu d’intérêt. Je suis arrivé à l’entrée du Wadi Dayqah vers 15h30.
Une espèce d’énorme chantier, de gros camions et des camps d’indiens bordant al Mintazeer, le village local : l’ambiance n’était pas sauvage ! et j’ai bien peiné pour retrouver le sentier qui devait mener à quelques jolies piscines naturelles. On a fini par me préciser que l’entrée au domaine était interdite pour des raisons de sécurité et qu’il valait mieux partir en courant afin d’éviter les problêmes. Le Wadi Dayqah n’existe plus ? Me faufilant le long de la palmeraie qui formait le bout du petit bled près de l’entrée du wadi, j’ai aperçu un barrage en construction qui expliquait tout. Tout de même assez frappé, triste de voir s’envoler l’attraction du jour, je me suis perdu dans la palmeraie jusqu’à que ma déception se soit plus ou moins évanouie. J’ai repris mon vélo, que j’avais laissé sur le côté, et je suis reparti en avant, espérant tout de même que le reste de l’aventure serait plus festif que cet après-midi peu encourageant. Alors j’ai traversé al Mintazeer, j’ai mangé un petit bout et, étant parvenu à une espèce de cabane abandonnée, j’ai garé le taxi et je me suis reposé un peu. Joyeux de retrouver les conditions insalubres de mes nuits omanaises à l’arrache, j’ai fini par m’endormir vers 21h.
J’avais plutôt bien dormi, et j’ai même attendu ce vendredi matin que le jour se soit levé pour partir. Il était donc presque 7h quand j’ai repris la route qui s’était transformée en sentier peu auparavant, et qui s’engageait d’un air décidé vers les montagnes, le deuxième wadi. Très vite la balade matinale a repris des allures bien connues : on descend vite, on monte d’autant plus lentement (et à pied). Mais, comme à l’acoutumée, le paysage gagnait à beauté à mesure que je progressais. Cette première partie a duré une grosse heure, assez proche de mon escalade Ban Auf sans jamais en atteindre l’intensité - ni la beauté. Quelques jolies photos tout de même, témoignant de mon flirt avec les pics rocheux. Ce ne fut qu’un flirt, puisque malgré les premières apparences je ne rentrai jamais au cœur de la montagne : le chemin bientôt s’éloignait, le relief finit par s’aplatir. Le temps était très rassurant, après les frissons de la veille. Et il restait des nuages du jeudi une seule fine et longue couche, nuisant quelque peu à la luminosité des coins que je traversais mais jouant un sympathique rôle de pare-soleil, facilitant largement mon effort. Heureusement, me suis-je souvent dit alors que je pédalais à bon rythme, tant les signaux permettant d’identifier le chemin étaient rares. Je savais où j’allais, mais pas combien de kilomètres restait-il avant un prochain panneau, que j’avais noté dans mon briefing mais qui avait disparu depuis que les redacteurs des guides dont je me servais comme modèle étaient passés par là. J’étais assez inquiet durant la matinée, passée la première étape en fausse montagne, jusqu’à ce que des repères me permettent de comprendre que j’avais bien tenu le rythme (environ 5-6km/h sur la piste, à comparer avec les 20/h sur goudron). Une bonne dizaine de pickups m’ont doublé, ces heures ci, avec quasiment systèmatiquement deux ou trois gamins (quand ce n’était pas de vieux types rigolards) qui étaient debout, profitant du paysage tandis que trois ou quatre étaient casés à l’avant. Des sorties en famille, un peu genre colonies de vacances, toujours ponctuées de cris et grands signes en ma direction lorsqu’ils me croisaient. Un taxi s’est même arrêté à mes côtés, alors que j’étais à pied. De me proposer de m’embarquer, avec même des clients à l’arrière. Un chauffeur de taxi gentil comme tout ! L’omanais parvint à remettre en question la règle pourtant universelle selon laquelle les chauffeurs de taxis sont des infidèles, que dis-je des mécréants. Un bel exploit. Une route tranquille, un super temps et quelques rencontres sympathiques : la matinée fut fort agréable.            Depuis quelques centaines de mètres la route s’était corsée, accentuant sa courbe dans les montées comme dans les descentes. Je n’étais pas vraiment inquiet, ayant réalisé que j’approchais le deuxième wadi, ni fatigué, le soulagement d’avoir fini par trouver des repères effaçant ma peine. Et j’ai pris cette nouvelle donnée comme elle vînt, assez aisément. Un peu trop en fait : je relâchai un instant à peine ma concentration lors d’une brusque descente et, quelques secondes après, un bruit terrible allait sonner, ai-je d’abord cru, le glas de l’expedition. Le pneu arrière ! Les routes dans le wadi, lorsqu’elles se transforment en sentier miné de petites pierres inoffensives mais mettant à mal les modestes/merdiques roues de mon carosse, nécessitent cette attention permanente que j’avais perdue un petit moment, tout joyeux encore de m’être repéré sur le parcours vers le wadi. Une douche froide en quelque sorte, ruinant l’enthousiasme sans autant me plonger dans la dépression : les 5 derniers kilomètres allaient être longs. Jusqu’au wadi, donc, j’ai traîné mon vélo, le plus souvent à pied, remontant de temps en temps sur ma selle. La pire chose à faire, probablement, pour un cycliste confirmé que je ne suis pas, mais je n’avais pas envie de prendre trop de retard sur mon programme (après le deuxième wadi, 15 bornes me séparaient de la route du retour, et pas de garantie de trouver un pickup d’ici là). Et puis, puisque ma roue arrière était bel et bien morte, je pouvais m’acharner dessus (non sans le pincement au cœur…on ne torture pas sans mal tout de même).       Alors, avec cette sorte de gémissement affreux qui résultait du frottement chambre à air – roue (ou quelque chose comme ça), j’ai fini par atteindre le village de Suwaih, bordant le wadi du même nom et perdu au fond d’une gorge dont l’étroitesse magnifiait la beauté. Très « seigneur des anneaux », cette partie du paysage. Et que d’eau ! Il y a d’habitude des « piscines naturelles », pour lesquelles j’étais venu d’ailleurs, mais l’averse de la semaine passée les avait transformées en une espèce de lac très long, d’une couleur sublime et que le calme environnant rendait fort majestueux. Je me suis arrêté là, j’ai mouillé les pieds et me suis un petit peu arrosé. L’eau, que j’avais passé le weekend à chercher, s’étendait enfin là, dans un silence divin accompagnant à merveille le petit déjeuner que je finis par improviser. Deux omanais sont venus jetter des cailloux dans la flotte, un peu plus loin. Il faisait beau, il y avait toujours cette fine couche de nuage protégeant de la chaleur et j’étais allongé, tranquille, heureux.       Il fallait pourtant rentrer, et j’ai regretté de ne pas mettre de terme plus prompt à sieste car je loupai un pickup repartant vers la civilisation. Tant pis, me suis je dit, il y en aura d’autres. Douce erreur ! Il était 11h à peine et les voitures qui m’avaient doublé dans la matinée n’allaient sùrement pas repartir vers la ville avant le déjeuner… Alors j’ai fait chemin seul, sur mon vélo agonisant, d’abord un peu sur mes pas avant de bifurquer vers le nord et la sortie de la galerie. Les montagnes ont progressivement perdu en taille, et le paysage est revenu à quelque chose de plus brut, loin des merveilles que j’avais laissées à Suwaih. Et pourtant, de nombreuses piscines naturelles, dont la taille et la couleur étonnaient toujours, ravissaient souvent. J’ai ramé une bonne heure et demi sur cette route qui devait compter 11-12km mais jamais longée de panneaux ou de quoi que ce soit permettant de se repérer. Et à mesure que les vues redevenaient modestes, s’approchant de l’autoroute Quriyat-Sur, mon état se décomposait graduellement, tranquillement. Je n’avais pas pensé au coup du départ omanais après le déjeuner, et les rares voitures que je rencontrais n’allaient de fait qu’en direction inverse. Le tableau devenait franchement morose (plus de bouffe, presque plus d’eau) lorsque l’un de ces pickups, en l’occurrence une famille au complet, s’arrêta à ma rencontre. Nous avons un peu discuté, les sourires gênés des filles à l’arrière et de la femme à l’avant, la sympathie du chauffeur me rappelant curieusement mon voyage iranien. Ils m’ont laissé une bouteille toute fraiche et sont repartis, joyeux d’avoir fait ma rencontre. Un épisode assez bref mais dont la beauté m’a fait repartir avec l’énergie qui, ces heures ci, avait presque disparu.        Le dénouement du weekend s’est fait avec une vitesse et une efficacité folles dont je doute pouvoir jamais les vivre à nouveau. Une bonne demi-heure s’était écoulée depuis mes omano-iraniens et je me lassais d’entendre une estimation à chaque fois différente en réponse à mes « kam kilou ilal tariq elkabir ? » (combien de km jusqu’à la grande route - sic). Des voitures se sont mises à me doubler, allant elles aussi vers l’autoroute mais à chaque fois pleines – rendant impossible mon embarquement provisoire, ou pas – mon manque de force se traduisant en la perte de confiance nécessaire à l’arrêt avec des petits bras d’un pickup roulant à plein pot. C’est à ce moment que le conducteur d’une petite voiture qui s’était calée à mes côtés me proposa spontanément de me pousser jusqu’à la route goudronnée. Un indien. Un indien ! Enfin allais-je pouvoir immortaliser en cet instant, lors d’une expedition ghetto, la gentillesse et la classe du peuple indien ; non sans me demander ce qu’un indien seul pouvait faire au milieu d’un wadi omanais. Nous commençions à parvenir à caser mon une roue et demi à l’arrière du véhicule lorsqu’un klaxon vint mettre un terme au grotesque effort : un gros camion omanais, dont le sourire du chauffeur parlait pour lui même ; vous allez à Quriyat ? J’ai bombardé l’ami indien de « chukriah » (merci hindi ; yeah rly !) et ai rejoint la grande ville, à 60 bornes de là, avec Ahmud, étudiant en PhD anglais (svp), et son père, parlant seulement arabe mais comprenant que, dans mon état de fatigue avancé, je ne parvienne plus à retrouver l’ordre des mots dans la langue du Prophète. Le détail qui fit sourire, tout de même : deux virages après être passé à l’avant du camion apparaissait l’autoroute. J’étais presque allé au bout par moi même, l’honneur était sauf. Ahmud me posa au pied de la montagne qui ferme la route Musqat – Quriyat, et j’eus à peine à boiter un chouilla au passage d’un pickup (en fait l’honneur n’a pas été sauf) pour me faire embarquer jusqu’à la capitale. Un trajet de 45mn environ, avec un omanais assez discret qui me rappela l’anonyme du dernier voyage, l’avant dernier « passeur ». Enfin j’ai fini par prendre un bus-taxi, de l’entrée de Musqat à la maison. Il y avait tout de même 20 bornes et je ne me sentais pas de faire souffrir davantage mon vélo, lui qui a si bien tenu. Arrivé vers 16h3 (2h30 et 150km après l’arrêt de l’indien), je me suis senti fort satisfait d’être parvenu à boucler un programme plutôt joliment chargé en 48h à peine. Et cette remise en jambe, après les premiers exploits, a fait germer un certain nombre d’ambitieux projets. Je n’ai point fini de rouler.
|  |
|  |
|
|
|
|
 |
|
|
 |
|

|
|
 |
|

|
|
 |
 |
J’ai encore mis longtemps pour mettre ce nouveau récit en ligne et je vous demande pardon à ce titre. Votre patience est toutefois récompensée puisque c’est près d’une centaine de photos que je mets en ligne, record du monde, à l’occasion de ce récit d’un weekend passé dans la banlieue de la capitale omanaise. En espérant que cette nouvelle étape de mes aventures vous fasse plaisir…
J’ai rarement autant traîner pour partir. Non pas par flemme ou manque de volonté, mais parce qu’il y avait plusieurs choses en retard à faire (terminer le compte rendu de la précédente expedition d’ailleurs) et que la préparation habituelle s’est faite le matin même du départ. Scandale, donc, puisque j’ai quitté le foyer peu avant 11h, que la journée était bien entamée et que le soleil tapait déjà convenablement ce jeudi 5 février 2009. J’ai repris la portion de route urbaine du dernier voyage (qui me semblait très proche, avec l’accélération du temps ces derniers jours) et ma traversée du grand Musqat s’est faite sans soucis, un nerd averti en valant deux (j’ai évité de me faire re-renverser, autrement dit). Je n’ai pas quitté la capitale vers le sud, comme la dernière fois, mais par l’est sud-est : et la ville ne s’interrompait pas soudainement, comme lorsque l’on va vers Quriyat, mais se prolonge assez durablement à travers le quartier très indien de Ruwi. Une traversée d’un quart d’heure à peine, mais dans un calme magnifique et parmi ces maisons blanches et carrées où vivent sans grand chose quelques centaines des 600.000 expatriés du sous continent que compte le pays. Il faisait beau, je m’étonnais de ce petit paradis si près de l’axe routier principal, et c’est peu avant midi que j’attaquais une demi-journée de grimpettes.
Quel plaisir de rouler à nouveau ! Après une sévère montée m’ayant permis d’accéder au plateau à la route plutôt incertaine (goudron, mais un coup en montée, un coup en descente), j’ai vécu une première heure merveilleuse, un sentiment de liberté d’une puissance assez inédite, depuis mon arrivée ici, rendant le début de la ballade assez euphorique. C’est qu’avec la visite présidentielle, l’Ambassade s’était emballée, ces trois dernières semaines, et que j’avais moi même passé le weekend dernier au bureau. Je suis parti en culpabilisant un chouilla (juste un chouilla) mais ce sont bien d’autres sentiments qui me prenaient, une fois bien lancé : la joie de sortir de la forteresse, le plaisir de retrouver les montagnes et les klaxons omanais. J’ai fini par arriver à un carrefour désolé, quoi que tout neuf semblait-il, et qui correspondait assez bien à ce que m’avait dit un collègue le matin de mon départ : une nouvelle route était disponible pour qui allait vers l’est de la région Musqat, partant de la capitale elle-même (et non pas de sa banlieue sud-est, Ruwi). Je me suis dit que cela ferait une bonne route alternative pour le retour et j’ai poursuivi mon chemin, sous le beau temps et toujours animé de cette espèce de bonne humeur que je transmettais comme je pouvais aux voitures et aux habitants des villages que je croisais. Finalement, peu après, j’ai atteint le village puis les plages de Yiti. La traversée du bled fut assez joyeuse dans la mesure où, pour des raisons que j’ignore, un paquet d’omanais (et d’omanaises, un peu plus loin) s’étaient rassemblés pour manger dans la joie et la bonne humeur, les énormes marmites et l’open khoubz (pain). Le spectacle, particulièrement joli chez les femmes (abayas, robes de toutes les couleurs), n’a malheureusement pu être immortalisé. Je n’allais pas m’arrêter, sortir l’appareil et crier « min fadlikoum shabab » (s’il vous plait les enfants) ; alors j’ai continué le chemin jusqu’à la plage de sable fin, joliment ensoleillée et où d’autres kopains étaient venus, en voiture, avec le piknik. Je ne suis pas resté longtemps, simplement le temps de faire quelques photos et de rouler un peu sur le sable, ce qui fait toujours plaisir. Mais enfin une plage c’est cool, et il était tout de même pas loin de 14h. J’ai trouvé, revenant un peu sur mes pas, le seul et tout petit coffeeshop du coin, tenu par un omanais (chose rare !) et où s’étaient posés deux bengladais. Nous avons un peu discuté, j’ai mangé mon homous en regardant des clips de r’n'b’ libanais, et j’ai repris la route.
Le serveur du coffeshop m’avait averti, mouchkila mouchkila (problêmes) jusqu’à Sifah. Il était 15h lorsque j’ai attaqué la deuxième moitié de la journée et 2h30 pour parcourir 25 bornes montagneuses m’apparaissait raisonnable. J’ai vite fait de regretter le sourire avec lequel j’avais répondu à mon collègue omanais : des mouchkila il y en eut tout de même cet après midi, les côtes se succèdant à elles même sans que les rares portions descendantes n’altèrent cette impression de prendre de l’altitude. Et pourtant, bientôt, la mer. La mer que j’avais quitté à Yiti et qui revenait subitement, au bout d’une heure de galère (quoi, mais je ne suis pas à 1500m ?), sur le côté et de manière assez superbe en outre : bordant la route, à moins que ce soit l’inverse, et ayant formé de petites et charmantes îles à force d’érosion. Un paysage assez extraordinaire, à à peine 50 bornes de Musqat et qui rendit une bonne partie de la suite du chemin moins douloureuse. Pas loin après arrivai-je à Kharij, seul petit village en route vers Sifah et dont je m’étonnais du nombre de chèvres y habitant. Après plusieurs virages ai-je fini par aperçevoir des humains, non sans un certain regret puisque je ne pouvais plus vraiment prendre en photo les bêtes tellement nombreuses. Il me resta une heure à rouler encore, avec comme une accentuation des trajectoires histoire d’accentuer le sentiment de soulagement que, bientôt, je ressentais arrivé à destination.
Mon arrivée à Sifah fut pourtant précédée d’une terrible descente, certes agréable après l’effort mais terrifiante à l’idée de la prendre dans l’autre sens le lendemain matin. J’arrivai tout de même sur les plages réputées du coin après avoir traversé le village assez peuplé et que traversent de nombreux pickups qui déversent leur flot de campeurs omanais. Curieusement, et un peu comme à Yiti, je me suis dit que finalement, m’être tapé un tel trajet pour une plage n’était peut être pas une si bonne idée tant l’étendue de sable, joliment mise en perspective par la mer et les crêtes certes, dégage peu. Il y a bien eu un groupe d’omanaises jouant à la balle au prisonnier et qui se figèrent à mon passage (je les observai un peu plus loin, le mélange des couleurs de leur abayas étant toujours aussi joli) mais les plages ce ne doit pas être mon truc. J’ai flané un chouilla, passant auprès des très jeunes footballeurs locaux ou des campeurs omanais, et je me suis mis à la recherche du logement du jour. J’avais remarqué en déboulant dans le village qu’il n’y avait pas vraiment de poussée immobilière dans le coin ; j’ai poussé le long de la plage jusqu’à que je finisse par trouver deux baraques presque finies. Suspens, alors. J’avais été frappé lors de ma grande boucle des indiens restant en poste la nuit, et j’ai remarqué, m’approchant sournoisement du lieu en question, qu’il y avait ici aussi des locataires. J’ai attendu que le soir tombe, espérant qu’un de ces minibus récupérant les indiens (tous habillés dans les mêmes uniformes bleu et vert) finirait par passer. En vain. Il était 18h passé et je m’avançais d’un pas décidé vers la maison. A coup sùr aurais-je galéré pour trouver une autre baraque, alors fallait-il tenter la négociation directe. Sinon la nuit dehors, à l’ancienne. Trois interlocuteurs se sont succédés, mon faible vocabulaire hindi surpassant à peine le leur anglais… et puis un indien en chemise est arrivé et m’a doucement répondu, avec ce petit hochement de tête caractéristique, « ma fi mouchkila ». On m’a fait une place dans la future-cuisine (j’imagine) aménagée pour les trois compères et je me suis posé dans un coin, tranquillement, tout heureux de cette nouvelle preuve de l’immensité du peuple indien. Nous avons un peu discuté, en arabe avec accent hindi surtout, et l’homme en chemise m’a proposé d’aller faire les courses avec eux. Je souhaitais dormir alors je suis resté, et bientôt j’étais seul dans la baraque. Les trois mousquetaires sont rentrés une heure après dans un vacarme joyeusement épouvantable, alors nous avons poursuivi notre discussion avec une jolie musique trad tamoule (tamile?) que braillait l’un des telephones portables. Vers 22h nous dormions.
Après de sympathiques adieux, j’ai regrimpé sur le vélo pour accomplir en sens inverse une bonne partie du chemin que j’avais fait la veille. Un programme pas particulièrement allechant, et qui eut le mérite de débuter par la pente infernale déjà évoquée. Cependant, le joli paysage et la route, plutôt descendente (confirmant que je n’avais pas rêvé la veille), aidèrent à rendre la matinée fort agréable, l’excellent temps aidant également. Je suis repassé avec bonheur par Al Kharij, à la population toujours aussi burlesque et que je nommai unilatéralement village le plus sympathique du Sultanat. Après un peu plus de 3h tranquilles j’ai atteint le carrefour désolé de la veille, avec à ma gauche la route pour Ruwi que j’avais prise 24h auparavant et à ma droite la toute neuve route pour le Boustan et Musqat. Je pris à droite.
Autant l’Oman se distingue clairement de ses voisins par un certain respect de la nature et un développement économique plutôt harmonieux, autant cette fameuse route faisait dans le violent découpage de montagnes. On n’a, en outre, pas pensé aux cyclistes en donnant à la route des allures de montagnes russes que cette extraordinaire piste goudronnée n’embellit pas vraiment. Bref une bonne heure de souffrances et de désespoir, ce vendredi 6 matin, et le grand plaisir lorsque soudain, sur la droite, apparut la crique Boustan : un coin de plage urbanisé où siège le Palais du même nom. L’hôtel a été construit en 1985 à l’occasion du premier sommet omanais du CCEAG ; son dernier étage appartient au Sultan qui en a fait l’une de ses nombreuses résidences. Un truc massif, dit-on ultra-chic et dont je finis par tranquillement pénétrer le jardin, ravi de tant de fleurs et de gazon tout propres après une matinée fort éprouvante. J’ai visité les lieux, passant plutôt inaperçu malgré l’état de décomposition avancé, et je suis même allé me baigner sur la plage après être passé par une route « staff only » (les indiens que j’ai croisé ont souri en réponse à mes « namaste », bonjour hindi). J’ai profité du moment, heureux comme un gamin qui a réussi son coup avant que ma trempette soit conclue par un très raisonnable « this is a private beach sir ». J’ai glandouillé dans les alentours, tentant d’obtenir à plusieurs reprises la meilleure photo possible de l’endroit, et j’ai quitté le Palais, pas si grandiose que cela (un peu vieilli, surtout) mais tout de même divinement situé. [Note à posteriori : j’aurai la chance d’entrer officiellement au Boustan, quelques jours plus tard, dans le cadre des préparatifs de la visite présidentielle… juste le temps de jeter un coup d’œil aux suites de Kouchner, Morin et cie. Une mission mémorable, l’incroyable luxe du hall et des chambres en question contrastant fort radicalement avec l’aspect exterieur un peu lourdingue du Palais. J’ai bien pénétré le 9è et dernier étage, mis à la disposition du Président, mais il avait été possible d’enfumer le personnel de l’hôtel ; pas les français, tout en haut, déjà sur place.]
Il y a entre le Boustan et Musqat la petite ville de Sidab et six kilomètres à peine. Je les parcourai de très bonne humeur, satisfait de ce bon début de deuxième partie du weekend. Il était 12h25 lorsque je passai Sidab et l’inspiration des muezzin du coin (appel à la prière la plus importante de la semaine) fit spirituellement décoller mon entrée dans Musqat avec l’espèce de vibration que provoque toujours en moi cette clameur qui lentement s’élève et qui, bientôt les vendredi midi, laisse place au speech de la semaine. Difficile de prendre de bonnes photos du Palais du Sultan lorsqu’à côté, retransmis par les hauts parleurs, un type taille dans tous les sens la France et les Etats-Unis (Gaza) ? Je m’en sortis plutôt honorablement, et put effectuer ma visite de la capitale dans des conditions idéales, prenant à vélo de petites et vides rues. Je retrouvais ces instants là le bonheur touristique que j’avais plutôt carrément délaissé depuis Busher, Iran, 18-19 novembre 2008, puisque j’avais à nouveau à la main un guide dont je suivais avec bonheur les indications sur le petit village que forme Musqat, les modestes Ministères répondant au Palais du Sultan. Khalas (c’est tout) !
Muttrah, le premier quartier vers l’ouest lorsque l’on sort de Musqat, est bien plus réputé que la capitale-même. Elle, offre hôtels, souqs et autres réjouissances populaires absentes des très sérieuses ruelles de Musqat. Alors je m’y suis dirigé après avoir mangé un petit bout, ce vendredi vers 15h. Je comptais sur le chemin du retour passer par Qurum où, chaque année en février, le Parc éponyme accueille le Festival Musqat. Puisque les festivités ne démarraient qu’en début de soirée, j’avais 3h à tuer. Je suis donc passé par plusieurs jolis parcs au parfum iranien (open piknik sur l’herbe) où j’ai fait ce que j’avais fait peu avant Alep, en Syrie, ou à Esfahan, en Iran. De très tranquilles balades, tout content de la sympathique que m’inspirent les bandes de gamins jouant au foot ou les familles se réunissant pour le dej. Je me suis réjouis aussi de la cohabitation plutôt douce des communautés arabe et indienne, une reflexion qui me reviendra le soir même d’ailleurs. J’ai atteint sur ce rythme léger la jolie corniche de Muttrah, que j’ai parcourue plusieurs fois à la recherche du meilleur angle pour prendre des photos de l’ensemble ou, seule, de la sublime mosquée chiite (les fidèles d’Ali constituent une minorité dans un pays qui a adopté, quelques années à peine après l’Hegire, l’ibadisme ; un Islam omanais, donc). J’ai trainé dans le souq, dont les marchandises plus que les vendeurs étaient arabes d’ailleurs, et puis j’ai fini par quitter Muttrah et, par là même, cette petite zone de 5-6km regroupant la corniche, les quelques parcs et la capitale. Une jolie après midi.
Il était 18h passé et j’avais fait ma dizaine de bornes sur la voie Sultan Qabous, bien à l’aise sur ma borne d’arrêt d’urgence. Les bouchons dès la sortie pour Qurum m’ont permis de repérer l’entrée du Parc. Le Festival Musqat, que les autorités promeuvent chaque jour à travers la presse qu’ils contrôlent, est une espèce de Foire de Paris, version omanaise, + une espèce de Foire du Trône, version omanaise. Mon impression de grand foutoir, à travers ce qui était écrit dans les journaux, s’est confirmée sur place avec la sympathique cohabitation de manèges pour les gamins, de « stands traditionnels » proposant aux omanais de découvrir de la nourriture trad (pertinent pour les djeunz de la capitale, surtout) ou faisant des démos de dromadaires, et de petites scènes où viennent se produire des troupes d’un peu partout dans la région et dans le monde. Ne pas s’étonner que dans un coin, subitement, une vingtaine d’omanais se mettent en ronde et entament une danse old school au son d’une trompette à l’ancienne ; ou, qu’en boucle, deux paysans épuisent un âne et un dromadaire pour illustrer les méthodes d’irrigation traditionnelles. Ce fut assez joyeux, dans l’ensemble, et les mines “gamins ravis” que je ne cessais de croiser témoignaient bien de l’heureuse ambiance qui régnait ici, dans une sympathique anarchie.
J’ai quitté la section omanaise pour la partie internationale du Parc, si je puis dire, avec l’annonce d’un grand show russe sur le coup de 19h30. La petite arène était pleine et nous étions une bonne cinquantaine à s’être mis debout, derrière faute de place, attendant les fameux artistes. Le show a fini par débuter (sic) et deux clowns sont venus faire des tours de magie sur une musique pas moins grotesque. Stupeur dans le public, où l’on s’attendait à quelque chose d’intéressant après la bonne demi heure d’attente. Applaudissements polis. Là dessus débarquent deux types en vieux costumes style bienvenue chez les tsaristes, en rollers 2×2 roues (les rollers à l’ancienne, quoi). De la techno russe assez 80’s, avec paroles dans la langue des frères Kara, s’enclenche, et voilà les bonhommes faisant des tours sur eux même et se lançant l’un à l’autre une jeune femme qui arborait les mêmes couleurs et disposant du même moyen de locomotion. Une séquence assez extraordinaire, d’autant plus incalculable, incompréhensible qu’elle suivait ce premier numéro tragique et qui avait plongé le public omanais/indien dans une sorte de paralysie psychique. Le numéro est vite devenu hilarant, ainsi, et j’ai tout seul acclamé d’un « yeah » le boum boum final et la sortie des artistes. La moitié du public a quitté les lieux à ce moment là et je n’ai pas tardé à faire de même. Un peu plus loin, une grande scène où se produisaient plusieurs danseurs allait vite attirer mon attention. Il s’agissait en fait de danseuses, occidentales dans le visage comme dans les fringues puisque ces jeunes femmes avaient revêtu des maillots de NBA (laissant ainsi leurs épaules et bras nus). Le tableau fut complété par de la musique hiphop et, pour ces jeunes artistes, les danses qui allaient avec. Un nouveau moment hors-temps, assez jouissif, me demandant tout de même comment avait-on pu laisser ces danseuses faire ce numéro auquel le public, féminin surtout, finit par réagir (nouveau coup de la stupeur, blocage émotionnel etc) avec quelques « bahra » (dégagez) et des signes des bras dans le même sens. Ainsi va la vie au Festival Musqat, long d’un bon mois et qui doit voir le joyeux manège se répéter chaque soir. Perdu sur le chemin de la sortie, j’ai atteint une section souq international avec des stands marocain, jordanien… iranien. Mon œil a très vite été attiré par le drapeau de la Republique Islamique et, quelques minutes plus tard discutais-je avec les iraniens, qui pour la plupart habitaient en Oman pour le boulot, tout heureux de me voir confirmer que les persans, persanes surtout, sont les plus beaux du monde. J’ai appris à le dire ce soir là dans la langue d’Hafez, d’ailleurs. Alors quand j’ai finalement quitté le Parc pour rentrer à la maison, le bruit des voitures couvrant mes hurlements de joie (je chante/crie souvent très fort lors des moments d’euphorie), je réalisais avec bonheur l’extrême richesse d’un weekend que je n’avais pourtant pas passé à plus de 60 bornes de la capitale omanaise.
|  |
|  |
|
|
|
|
 |
|
|
 |
 |
A l’épreuve du sable Debout à 6h30, rendez vous à 7h. J’allais partir pour la première fois en weekend sans mon vélo, et de plus en compagnie de collègues. Un weekend de tous les dangers dont j’avais fébrilement suivi, à travers les mails collectifs, la minutieuse préparation par Maxime, Luc et Lodie surtout à qui je confère dès maintenant, tant qu’à faire, le titre de patrons du voyage. Les deux premiers étaient à l’avant du 4×4 qui est passé me prendre ce jeudi 19 février 2009 le jour à peine levé. Il y avait Clemence à l’arrière. Nous avons effectué la jonction avec deux autres 4×4 et 7 autres kopains : Deborah, Angelique et son bienaimé, Sebastien, Antoine, Olivier, et Lodie, donc. Repartition d’impressionantes quantités de bouffe, matos pour le camping et pour les voitures… j’ai écrit que c’était très organisé et je le souligne à nouveau, ce briefing collectif de bon matin contrastant tellement avec la manière complètement hardcore, en comparaison, dont je partais en expeditions avec mon vélo ghetto. Jonction faite, nous avons pris la route.
Le voyage a commencé par un épisode tragi-comique dont je fus l’acteur principal, demandant comme ça, en l’air, à combien pouvait s’élever le prix de location pour 2 jours de nos grosses voitures (quand je dis que je n’avais vraiment pas aidé à l’organisation..). « 2 jours ? 3 jours tu veux dire, non ? » « Euh non, 2 jours ? jeudi vendredi ? » « Euh samedi aussi. » Silence. « Tout le monde a posé son congé ». Nouveau silence avec les lunettes de soleil de Maxime dans le rétroviseur en ma direction. « Bon, bah je vais appeler l’Ambassade ». On m’a accordé mon congé, pour sùr, mais cette surprise symbolisait bien quelque chose de très important : mon décalage de départ assez total avec le reste d’une meute qui, de plus, se connaît bien puisque ses membres, ici expatriés dans des boites françaises ou omanaises, voyagent ensemble depuis plusieurs mois/semestres… Mon intégration dans la bande a constitué une sorte de condition au succès du weekend et cette dimension sociale s’est imposée comme lorsque l’on va voir un film (ou que l’on voyage) avec quelqu’un d’autre et que l’humanité de cet(te) autre déborde sur l’œuvre (ou la culture des pays visités) elle même. C’est aussi pour cela que je vais en vélo. Pour préserver la beauté des choses, et par liberté. J’avais tout de même décidé de partir avec tout le monde puisque, m’étais-je dit, ce fameux désert valait bien tous les sacrifices du monde. Nous avons roulé vers le sud, passant Nizwa dans la matinée avant d’aborder la fin de la civilisation ou le début du « quart » : route pommée, paysage vide et omanais/indiens de plus en plus rares. En début d’après midi nous sommes nous arrêtés pour manger dans un de mes coffeeshops.
Les choses sérieuses ont donc débuté après le dej : le soleil tapait convenablement, nous ne croisions plus personne et nous avons pénétré l’une des grandes propriétés de Petroleum Development Oman (PDO, quasiment tout le pétrole du Sultanat passe par cette agence contrôlée par les autorités) qu’il fallait bien traverser. Un passage assez sympathique parce qu’au milieu de nulle part, croiser toutes ces installations avait quelque chose de très cliché moyen oriental, assez excitant dans la concrêtisation des fantasmes que l’on conserve, même vivant sur place, sur les pétrodollars et tout le tintouin. De plus, notre présence n’était pas vraiment autorisée et nous avons du faire quelques détours en bons fraudeurs que nous fûmes. Maxime et Luc pilotaient tranquillement l’escadrille, un GPS à la main, et les deux voitures nous suivaient sur ces terres arides qui prenaient une complexité particulièrement intéressante grâce aux commentaires techniques de Clemence et des deux compères, tous trois bossant de près ou de loin dans ce secteur pétrolier. Il faisait beau et nous approchions du désert.
La terre, progressivement, s’est faite sable et au loin se sont mis à apparaître de lourdes formes. Des dunes. Il y eut peu avant notre entrée dans le Rub’el Khali un joli passage par l’Umm as Samim (”la mère des marécages”, crois-je me souvenir) où l’eau descendant des montagnes du Nord avait laissé après évaporation une fine couche de sel sur le sol. La première grande idée du weekend fut donc celle de Maxime, alors copilote mais qui proposa à Luc de quitter la route (encore bien goudronnée) pour rouler un peu sur le bas côté. Les deux autres voitures nous ont suivi et la course poursuite s’est révélée assez jouissive parce que dans le fond, à partir du moment où l’on quitte la piste principale c’est plus cool. C’était rigolo et très joli dans ce paysage extraordinaire, quasiment mort où l’on reconnut dans l’ensemble qu’il ne valait mieux pas crever tout seul. Nous avons fini par approcher ces montagnes de sable que je ne connaissais qu’à travers films ou autres représentations artistiques. Des dunes immenses, dont l’incroyable beauté tenait à la fois dans la taille et la majesté, mais aussi dans la perfection de leur tracé, leur formes étant d’une pureté telle qu’on n’imagine qu’elles aient pu être dessinées par une main autre que divine. Le soleil chauffait un peu moins et, 16h passé donnait parfois une couleur rouge à certaines de ces dunes que notre silence magnifiait un peu plus. Que dire ?! J’ai rarement autant été frappé par une création de la nature, d’une sublime abstraction et dont la beauté renverse. Notre délégation a fait son chemin dans l’ombre de ces formidables masses de sables, et nous avons fini par trouver un petit coin où s’arrêter.
Un petit malin a attaqué l’ascension de la dune au pied de laquel nous nous étions arrêtés et, par la force des choses, c’est l’ensemble des kopains qui s’est mis à grimper à 2 puis 4 pattes. Un exercice terriblement éprouvant dont mes « ta gueule ! » en rigolant à ceux qui, arrivés en haut, hurlaient « ca vaut le coup ! », témoignaient de la difficulté. Tous en haut de cette fameuse dune, le souffle coupé par l’effort comme par la vue, nous sommes restés là un bon moment, jusqu’au coucher du soleil pour les moins décidés à installer le campement (les Fab4, autrement dit ; Clemence, Maxime Luc et moi). Si la sérénité des lieux m’a très vite rappelé le Wadi Rum, le Rub’ omanais dégageait une classe autrement plus signifiante par ses dunes rivalisant de beauté et qui se répondent jusqu’à l’horizon. Nous étions bien, dans le désert. La soirée fut plus académique puisque, tout le monde redescendu, j’ai pu être à nouveau impressionné par la logistique de l’expédition : casserolles, barbeuk, papillotes de poisson, alcool (!) et même des cookies au dessert. Il y a eu beaucoup de bruit, de sympathiques rires mais dans le noir, la France avait repris le dessus. Nous nous sommes couchés bien tard, après 23h.
Le ptidej expédié (« les filles » avaient pensé jusqu’à la brioche), nous avons décampé assez rapidement ; juste le temps pour moi, avant le départ, de prendre le volant de notre 4×4 et de faire des tours dans le sable. J’étais quand même bien content de retrouver notre petite formation puisque la bonne entente des Fab4 (et par là, mon début d’intégration) s’était quelque peu diluée dans le collectif. La matinée fut exquise, ainsi, puisque consistant en la traversée du désert omanais, vers le sud, et l’adieu, pourtant déjà, aux inoubliables dunes. Clemence a pris le volant et nous avons passé un peu de temps à trois, assis sur le bord des fenêtres les coudes posés sur le toit. Il faisait beau, on ne croisait toujours personne et doucement le vent apaisait la chaleur que l’on sentait à peine. Il n’y eut pas grand chose à redire, ce vendredi 20, et nous fîmes notre route avec plaisir. En fin de matinée a regagné en importance l’élément musical ; la veille nous avions fait chemin avec la selection de Maxime, l’intégrale MC Solaar répondant de manière fort burlesque à l’intégrale Francis Cabrel (l’éternel Francis a fini par survoler le débat). Là fut lancé l’album de Yael Naïm, qui allait tourner en boucle deux bonnes heures. La douce musique a accompagné notre sortie du désert et, sous le soleil brulant, nous avons déjeuné en compagnie de la chanteuse franco-israëlienne. Ses mots en hébreu étaient d’autant plus beaux que nous avions longuement flirté avec la frontière saoudienne, peu auparavant. Nous avons mangé une petite salade, l’atmosphère était particulièrement sympathique et, peu après 15h, avons quitté le Quartier vide.
Le weekend, sur le papier, devait se passer dans le désert et puis khalas (et puis c’est tout). Nous étions cependant sortis du Rub’ et, bien que la deuxième journée fut avancée la question de l’itinéraire jusqu’à Musqat se posait. Il fut finalement décidé de crocheter vers l’est et un coin où, dit-on, les flamands roses et les hérons font bon ménage (c’est surtout que la plage est jolie). Nous avions retrouvé la route bitumée et la civilisation lorsque mon regard, parcourant la carte du Sultanat, s’arrêta sur les sympathiques Oryx. L’animal, sorte de (très rare) gazelle arabe, est cantonné dans des réserves dans le sud est du pays et, remarquais-je, nous n’en étions pas loin. Entre les hérons et les Oryx il ne fallait hésiter et, peu ou prou, la caravane prit la route du sud est. Ce grand succès diplomatique déboucha sur une semi-désillusion puisque d’Oryx galopant tout sourires aux côtés des 4×4 des touristes il n’y eut point et il fallut se contenter du très joli paysage, sorte de steppe aux relans africains que nous avons traversâmes (ouch) en deux bonnes heures et dans la bonne humeur. La nuit était tombée, alors nous n’avons pas poussé jusqu’aux hérons mais nous avons fini par trouver un coin de plage où s’installer. La soirée fut aussi longue que la veille, mais après cette traversée du pays d’ouest en est et les habitudes de kopains progressant, nous nous sommes endormis avec la pêche. Une bonne partie de route nous attendait le lendemain.
Samedi 21 février, une pensée pour les collègues au bureau. Sur la côte est omanaise, nous avons débuté la journée par une délicieuse séance de désablage puisque rouler sur la plage (comme la veille au soir) est plus facile que de démarrer les pneus dans le sable. On a poussé et rigolé comme des nerds et puis nous avons légitimement repris la tête de la route sans vraiment savoir comment récupérer la voie principale. Nous avons roulé un petit quart d’heure comme cela, sans ralentir histoire de pas inquiéter les kopains derrière, et puis je me suis étonné de la vitesse à laquelle galopaient des chèvres à notre droite. « Des Oryx ! Putain des Oryx ! » Mon cri a réveillé la voiture mais Maxime n’a pas voulu rouler après les trois jolies bêtes qu’on m’a certifié être de simples gazelles parce-que-des-Oryx-en-liberté-ça-n’existe-pas. Après ce sympathique épisode, nous sommes revenus sur nos pas parce que l’exploration de la savane omanaise c’est sympa, mais nous avions un programme chargé. Retour sur la voie principale, donc, et plein nord durant près de trois heures, longeant toujours de plus ou moins près la flotte sur notre droite.
Passage par une station d’essence, echange d’Ipods et achat de bouteilles d’eau : nous étions fin prêts pour la dernière grande étape du weekend à savoir la traversée des Sables Wahiba par l’est, l’Océan à notre droite. Les Wahiba, je les avais croisés (longés, plutôt) lors de mon premier -et mythique- voyage : c’est un désert avec plein de petites dunes. Un truc moins imposant que ce que nous avions vu la veille, il est vrai, mais qui sur sa partie est se jette joliment dans l’eau. Il était entendu que nous ferions cette petite portion de voyage (10km sans piste), que nous mangerions dans le coin et, enfin, que nous finirions par regagner la route du Sud (celle que j’avais prise en vélo durant la deuxième partie de mon voyage jusqu’à Sur). Tranquille, quoi. Sauf que la « petite portion », les pneus dégonflés, n’a pas été loin de virer au cauchemar après deux ensablages. Alors à chaque fois l’arrêt des deux premières voitures, l’attente jusqu’à la confirmation du blocage de la troisième, et l’éprouvante expédition pour sortir les kopains de là. Il faisait très chaud, et pousser le (lourd) 4×4 avec du sable qui vient se projeter sur les jambes (les roues tournent dans la semoule avant de s’agripper) et le sol brûlant a pu être rigolo la première fois, mais juste la première fois. Après un transfert de chauffeur (deux des trois pros, Maxime et Luc, étant dans la même voiture) notre caravane a fini par atteindre une très jolie plage où, non contents du spot pour le déjeuner, nous nous sommes baignés dans la joie et l’allégresse. C’était sympathique et puis, dans le fond, cet ultime moment collectif marquait un petit peu la fin du weekend. Nous avons renoncé à faire plus de 10 passes de volley dans la flotte et, après le dernier repas, sommes repartis.
Il y eut bien 150 km avant de rejoindre la route du Sud. Deux heures (nos pneus étant dégonflés, il ne valait mieux pas pousser au delà de 80km/h jusqu’à la première boutique pakistanaise) entre l’Océan et les sables de Wahiba, sans la majesté du Quartier mais avec cette force, cet aride (si je puis dire) qui captive de manière assez constante. Il y eut un peu de musique, Clemence conduisait et les deux hommes dormaient. Bientôt Maxime reprendrait le volant, et, dans la nuit, notre chemin vers Musqat serait animé par d’intenses discussions sur la France, mon boulot à l’ambassade ou le pays qui nous accueille et dont nous avions fait un bon tour, sans quasiment jamais en croiser d’habitants, ces quelques jours. Arrivé vers 21h, j’ai confié en souriant à Olivier que le récit de notre voyage, déjà “immédiatement” sympathique, devrait gagner avec le temps en puissance et en beauté tant l’expédition était allée loin, tant les paysages s’étaient offerts divers, tant le sublime des dunes du Quartier vide était voué à une postérité infinie, immortelle. La nature, dans sa puissance, finît par étouffer nos rires et nous ramener à une certaine humilité. Elle le finit toujours, je crois. J’en fus heureux.
|  |
|  |
|
|

|
|
 |
 |
Secouru dans la fournaise Un long weekend qu’il me tardait d’attaquer après 5 semaines d’abstinence mais dont le trajet était quelque peu étrange, voilà l’état d’esprit singulier dans lequel je quittai le foyer ce mercredi 11 mars, 7h mais le jour déjà bien levé. Il s’agissait de flirter avec ces nombreux wadis qui se répondent en parallèle sur la face nord de la montagne du soleil (Jebel Shams). Je n’étais pas retourné dans ce coin depuis le Wadi Bani Auf nowel, et je me réjouissais surtout de retrouver la route à vélo après un temps si long.
La première journée fut, de manière assez mécanique, consacrée à l’approche du lieu même des festivités : Rustaq, à 135km. Il fallait donc retrouver la route du nord-ouest, croiser Barka (où j’avais tourné lors de mon expédition Bani Auf) avant de bel et bien prendre vers le sud et la boucle Nakhl Rustaq dont je ne connaissais donc qu’une partie du tracé. Cette éprouvante introduction, intensive remise en jambes plus de deux mois après mon dernier voyage vers l’ouest de la capitale (et la grande boucle, début janvier) fut accomplie avec grande difficulté, sur les premieres dizaines de kilomètres, avant que le rythme comme les marques soient repris. Il n’y eut donc pas grand chose à dire jusqu’à Barka (60) puis Al Musanaah (90), où je m’arrêtai manger un bout en début d’après midi. Je n’avais pas été particulièrement dérangé par le soleil durant la matinée mais, curieusement, je me brulai en reprenant le vélo que j’avais laissé à l’exterieur, au soleil, durant le break. C’est seulement à ce moment là, 14h environ, que je réalisai qu’il allait bien falloir prendre en compte cette donnée montante et qui allait me faire fort souffrir le long de ces 3 joyeuses journées : le soleil tapant. Pour la première fois de l’histoire tardai-je un petit peu avant de reprendre la route, quelque peu assommé par une chaleur qui était pourtant passée plutôt inaperçue jusque là. Je n’étais qu’au début de mes émotions.
Les 45 bornes plein sud (donc plein soleil) furent assez tranquilles. La boucle Nakhl Rustaq, deux voies, est en passe de doubler en taille (=les travaux sont en cours) et je pris régulièrement les tronçons de voie finalisés. J’avais de la place, donc, et bien que le visage commençait à brûler (c’est seulement peu après 16h que je passai en mode bédouin, le cheich protégeant ma tête couvrant désormais tout le visage) je fis ma route sans grande souffrance malgré l’effort physique, sans véritable ennui malgré le goudron. Je finis, à bout de souffle certes, par atteindre les environs de Rustaq d’où partait la route pour Ibri (cf. la grande boucle) et le Wadi Sahtan. Le carrefour, fort animé, s’étendait en petites boutiques indiennes et supermarché sur un joyeux kilomètre. Le jour tombait et j’ai à peine cherché un peu plus loin de baraque où passer la nuit : je me suis posé chez un indien, ai regardé une série idiote en mangeant mes beignets et, la gueule arrachée, j’ai fini par atteindre une maison presque construite mais que personne ne gardait. La chaleur de mon visage comme de nombreuses pensées ont longtemps retardé le sommeil qui finit par pointer vers minuit. Je dormis plutôt bien, mais peu.
Je ne m’étais pour ainsi dire jamais aussi peu reposé entre deux journées et le signe était de mauvaise augure, alors que je devais attaquer le plus significatif de mon weekend avec la traversée du Wadi Sahtan. Les deux premières heures, ce jeudi, furent ainsi fort éprouvantes et je me soulageais d’atteindre l’entrée du Wadi, la montagne et la fin du goudron : j’allais enfin me réveiller. J’ai commencé la route brute par une erreur de navigation, longeant le sentier principal sur un petit kilomètre au bon milieu du wadi, mais bientôt retrouvais-je les plaisirs de l’exploration ghetto, les jolis paysages et les mines effarées des villageois que je croisais. Je tins un rythme plutôt bon, sous un soleil qui montait en puissance, durant 4 bonnes heures.
Le Wadi Sahtan est réputé pour les possibilités d’exploration qu’il offre et les nombreux villages pommés auquel il donne accès. Au vu de ma mobilitée limitée, j’avais décidé de m’en tenir au bled de Wijmah, au bout de la vallée et dont la route démarrait, heureux hasard, quasiment à l’endroit d’où part le sentier qui relie le Wadi Sahtan au Wadi Bani Auf. C’est à cet embranchement que l’une des quelques voitures que je croisai ce jeudi s’arrêta. Je mis le pied à terre, en réaction, et fut fort étonné de voir le chauffeur du pickup sortir de la voiture pour venir en ma direction. « Welcome to my village », ainsi, me pointant du doigt Ruqm qui était effectivemment situé sur le côté. Eh bien chukran, mon cher monsieur ! Seulement, Ahmed m’invitait surtout à boire et à manger à la maison et, parce que mes provisions en nourriture étaient plutôt limitées (pour le soir seulement), j’acceptai de partager un bout de temps avec lui « après avoir atteint Wijmah ». Lui comme les 6 ou 7 jeunes à l’arrière de la voiture rigolèrent grassement quand je leur dis cela mais, après tout, je n’avais qu’à les appeler au moindre problême et l’on m’attendrait une fois mon expédition suicide expédiée. Car si je repartis plutôt enchanté d’une telle rencontre qui, au delà de la simple et appréciable intention, allait pouvoir m’hautement dépanner (?), je compris peu après la teneur des rires de la compagnie. La route vers Wijmah prit des allures inqualifiables, l’éxécrable sentier grimpant sur certaines portions à des angles impossibles, et je me demandais si j’allais seulement sortir vivant de ce cauchemar lorsqu’une voiture, au bord de l’effondrement dans le ravin à chaque virage, vint s’arrêter. Un omanais d’une soixantaine d’années, dont je n’aurai pas le prénom, accompagné par un petit fils et une petite fille (8-12 ans peut être) et qui allait « un peu plus loin » récupérer de l’eau avant de la rapporter à Wijmah. Je passerai te prendre, me dit-il sans vraiment perdre cet air désormais bien connu de ceux qui me croisent à vélo en pleine montagne. La providence, décidemment, venait à mon secours et je poursuivis mon ascension le cœur un peu plus léger avant que l’ami me rejoigne une demi heure plus tard. Je laissai mon vélo sur le bord de la route et nous fîmes route tous les quatre jusqu’à Wijmah, contenant pour ma part comme je pouvais les rires nerveux qui me prenaient lorsque je jettais un coup d’œil à l’état de la route. Nous avons conversé en arabe et il m’a donné 10 minutes, arrivé au bout de la vallée : l’ami n’allait à Wijmah que pour alimenter en eau le village où vivent ses deux fils. Un excellent timing, ainsi, puisque j’eus juste le temps de prendre quelques photos d’un petit bled qui me rappelait Abyuneh, en Iran, avant de le laisser derrière moi, tout à fait soulagé de n’avoir pas eu à faire tout le chemin à vélo.
Le sympathique kopain me laissa à mon vélo, sa vieille carcasse repartant dans le vacarme et les rires du conducteur (« tout de même, à vélo ! »). Il était 14h et je pénetrai le village d’Ahmed, heureux d’être dépanné de la sorte comme quelque peu gêné de ne rendre visite que pour prendre le repas et repartir comme un voleur. J’ai fini par trouver la maison de mon hôte et bientôt les hommes de la famille –Ahmed assez jeune, à peine quarante ans et son frère, ses neveux et son père- m’entouraient dans la pièce d’accueil, comme on dit). J’ai mangé seul mon riz et ma salade, le dialogue avec mes collègues prenant peu à peu de l’épaisseur ; surtout après l’arrivée du frère d’Ahmed, un chouilla plus âgé et dont le visage comme le niveau d’anglais témoignaient de la curiosité, de la bourgeoisie au sens intellectuel (cf. « Atterir »). Le déjeuner s’est longuement prolongé, ainsi, mon plaisir de retrouver des forces laissant place à la joie de converser sur l’Oman, l’Islam et la religion chrétienne. Nous avons pris des dattes et du café ensemble et les amis me raccompagnèrent même en voiture jusqu’à l’entrée de la jonction Wadi Sahtan-Wadi Bani Auf. J’étais resté deux heures avec cette merveilleuse famille, dans un salon aux couleurs claires auxquelles répondaient merveilleusement les dishdashas (robes masculines omanaises) blanches, d’une pureté esthétique superbe et dont l’amour de ses propriétaires me laissaient, sur le coup des 17h, dans une douce euphorie.
J’ai passé les deux dernières heures du jour à un rythme crescendo, mon inquiétude me poussant à accélerer le pas à mesure que la lumière se disparaissait. Cette fuite en avant, assez comique tout de même (« au secours je vais mourir »), ne constituait pas cependant de véritable surprise puisque, dans mon planning du weekend, j’avais bien prévu de dormir quelque part entre Sahtan et Bani Auf. Sur place, cependant, l’idée de dormir en plein air m’emballait peu tant le souvenir de ma première nuit omanaise est resté vif (cf « Un weekend » ; décidément, les références n’arrêtent pas). Il fallut cependant finir par admettre que je ne parviendrais pas aujourd’hui à’l Hayl, ce bled que je croyais pourtant proche, et j’eus tôt fait d’installer mon campement, mon vélo me protégeant tant bien que mal du froid nocturne. L’épreuve de force faillit ne pas avoir lieu puisqu’une voiture passa dans le wadi, vers 21h, et que j’arrêtai l’embardée dans l’espoir de me faire emmener. Las ! le véhicule était plein et Al Hayl était selon les kopains à 2km à peine ; au pire, me suggéra l’un deux, après deux ou trois heures pourrai-je repartir grâce à la lune, il est vrai éclairant bougrement fort. C’est bien moi qui priai les omanais de partir, les kopains refusant de m’abandonner au milieu du wadi, et l’épisode, dans un noir complet, conclut joliment cette intense journée. De manière surprenante, je dormis comme un ange ; à peine réveillé/souffrant du froid.
J’attaquai ce vendredi 13 mars peu après 6h, alors que le jour s’était bien levé. Une longue sortie du wadi plus tard j’étais au dessus d’Al Hayn, effectivemment pas si loin de mon campement que ça, joli petit village dont seules les chèvres semblaient éveillées en ces premières heures de la journée. C’est en tout cas ce que je crus avant de rencontrer un omanais d’une trentaine d’années, assez sombre comme surpris de me voir et qui m’invita à prendre le thé. J’ai habitude de refuser poliment les fréquentes invitations des amis arabes car une gêne persiste vis à vis de ce que je perçois toujours un peu comme une profitation (?) de ma part si j’acceptais ; j’aime à maintenir un echange immateriel, en quelque sorte. Seulement, et comme la veille, j’étais à nouveau dans une situation de manque (hier la nourriture, ce matin l’eau) qui me poussa à accepter l’invitation. Le kopain me reçut sur une petite terrasse à peine illuminée par les premiers rayons de soleil et que les bêlements des chèvres des environs rendait très sympathique. C’est non seulement le thé mais le petit déjeuner (pain et omelette) que nous prîmes ensemble, conversant quelque peu sur la marine nationale pour/dans laquelle travaillait mon hôte (qui revenait ici les weekends ; même situation pour Ahmed et cie la veille). Le cœur encore un peu plus léger, je quittai vers 7h30 Al Hayn. L’entrée du Bani Auf n’était plus loin.
Il fallut en fait passer au dessus d’une ultime montagne avant de retrouver ce wadi que j’avais parcouru en décembre dernier, à l’époque où l’on pouvait avoir le visage à l’air libre après 8h du matin. De manière assez traditionnelle, ainsi, l’hardcore grimpette débouchait sur une sublime vallée, magnifique récompense et qui concluait le tronçon Wadi Sahtan-Bani Auf puisque je retrouvai ce fameux pan de parcours enroulé autour du wadi (qui descend très vite et remonte aussi vite ; juste avant Blad Sayt !), par le haut. Et Allah que j’étais haut ! La demi-heure qui suivit, jusqu’à mon retour à Zammah que je revîs en sens inverse (cf « Epique nowel »), fut aussi excitante qu’épuisante, mon vélo finissant par glisser sans que ses roues tournent (véridique) et conférant aux quelques virages une perspective mort-prochaine (sic) qui me faisait délirer - comme m’inquiétait un peu quand même. Mon vélo tînt bon et je ne tombai finalement pas dans le ravin, mais je perdis l’usage partiel de mes mains à la suite de cette longue et terrible descente tant elles avaient été usées pour freiner. Le plus dur venait d’être fait ! me dis-je, abordant peu après la jonction Wadi Bani Auf / Wadil Hijayr. Pauvre de moi, en vérité !
La première partie de cette seconde jonction fut assez traditionnelle, le sentier de qualité modeste suivant le wadi sans grande imagination mais sans non plus me déplaire, à peine remis de mon saut à ski. Je finis par arriver au bled d’Al Bir, dont les villageois m’accueillirent dans un grand et joyeux bordel et remplirent ma bouteille d’eau -c’était juré, je n’abuserais plus de l’hospitalité des omanais après ça. Je finis par attaquer la dernière épreuve, que ceux que j’avais croisés avaient logiquement et sagement qualifiée de « mouchkila mouchkila ». Celle-ci avait le mérite d’être clair, néanmoins, puisque deux bons kilomètres de côte brutale s’étendaient à perte de vue, finissant par passer au dessus de la montagne et, dans l’ensemble, de forme assez similaire à la mythique ascension Bani Auf. En comparaison de l’épisode en question, la chaleur était devenue accablante ; mais c’était le début de journée et j’étais bien physiquement (contrairement à décembre). Mais l’ascension Bani Auf, je l’avais faite à l’ombre. Je ne m’embarassai point des repères comme des souvenirs et accomplis l’effort terrible, sorte d’épreuve finale, en deux bonnes heures. La vue se dégagea un peu plus, comme à l’habitude, mais le soleil semblait m’en vouloir personnellement. Je rendis grâce d’avoir pu être si bien accueilli àl Bir (=bouteille remplie) et finis par atteindre une sorte de très joli plateau, au dessus de tout, au terme duquel accès fut donné à la vallée d’Hijayr, d’où je regagnerais la ville d’Al Awabi et, de là, la capitale. Khalas…
-
Mes voyages s’achèvent le plus souvent sur cette ultime phase du retour ; ce weekend-ci n’y echappa puisqu’arrivé au niveau du wadi, une fois la sympathique descente expédiée, je pris tranquillement la route vers le nord et la civilisation. Rejoindre Al Awabi eut des airs de calvaire tant la route était mauvaise et le paysage s’effaçait peu à peu ; c’est dans ces eaux là que mon appareil photo, en outre, s’étînt. Sur le bord de la boucle Rustaq-Nakhl, que je finis tout de même par retrouver dans un ultime souffle, je dégustai le meilleur chicken biryani de ma jeune carrière. Chic ! Je trouvai peu après deux chauffeurs jusqu’à Barka ; le premier jeune villageois dans sa voiture en ruine et dont l’arabe me donnait le vertige (c’est comme discuter avec un corse du fond de la Corse pour un jeune francophone, voyez), les seconds moins originaux mais tout à fait sympathiques, me déposant sur la voie du nord ouest (Musqat – Dubaï) bien qu’ils habitaient à Nakhl. J’eus du mal à trouver un collègue sur cette route que je n’ai parcouru qu’en vélo (le voyage à Sohar faisant exception) et que la plupart des omanais prennent à fond la caisse, vivement la capitale, rendant compliqué l’arrêt sur le côté pour dépanner le jeune nerd à bout de forces. C’est donc fort logiquement un indien qui s’arrêta, écrasant les fleurs qu’il transportait à l’arrière de son camion en calant mon vélo et me déposant 10 bornes avant Seeb, l’aeroport à 40km de Musqat-musqat, 20 de la maison. Cette ultime mais pénible formalité fut accomplie sans grande joie, quoi que toujours ravi, à chaque fois que les omanais (+ indiens, désormais) me ramènent à la maison, par ces perspectives de mobilité que leur amabilité ne cesse d’ouvrir. Peu après l’aeroport, soufflant un peu, je me suis arrêté sur le côté et me suis allongé dans le gazon parfait qui accompagne la sortie de la capitale, les jolis arbres au dessus de moi et les avions attérissant de temps en temps. Le visage encore chaud, après un weekend dans la fournaise, conscient comme ravi de n’avoir pu progresser que grâce aux omanais dont les rencontres s’avérèrent finalement providentielles, décisives ; telle dépendance ne m’a jamais tant comblé. Je rendis grâce. A nouveau.
|  |
|  |
|
|

|
|
 |
 |
La traversée impossible Le temps est vite passé, depuis la dernière expédition dont j’ai bien mis 4 ou 5 jours à me remettre. Ce n’est donc pas pour des raisons physiques mais de timing que l’ami Maxime, professeur de français au Centre culturel de la mère patrie, me déposa à Barka. J’avais en effet dans l’idée de parcourir le Wadi Mistall (45 bornes à partir de Barka, 30 bornes itself), de traverser la montagne verte par un chemin de randonnée (10 bornes le vélo sur le dos) avant de rejoindre le Plateau Sayq, flanc sud, donc (10km pour rejoindre les villages avant 10 bornes en plus, pour les traverser). Un parcours assez intense sur le papier et dont je souhaitais attaquer le cœur, dès Mistall, le jeudi 26 matin.
A peine sorti du bureau, ainsi, ayant quitté un chauffeur dont je dirai plus tard davantage, j’ai roulé la trentaine de kilomètres me séparant de Nakhl, vers le sud. Les montagnes qui s’approchent, la route que je connais mais, déjà, beaucoup de nuages rendant cette mise en jambe très agréable. J’ai mangé un peu, arrivé sur place vers 18h30, et il faisait bien nuit lorsque l’indien qui campait sur son chantier m’a autorisé à dormir entre des murs à peine construits. Plusieurs de ses kopains sont venus me voir, plus tard dans la nuit, juste pour dire « namaste » (bonjour) ou pour m’apporter une couverture.. un accueil très sympathique qui ne m’a pas évité de passer une première nuit terrible pour plusieurs raisons. D’abord parce que parti comme une fleur, j’avais omis de prendre l’habituel drap qui me protège des moustiques (et j’ai bien souffert) ; ensuite, à partir de 2h du matin environ, parce que les pluies annoncées le matin même dans la presse, et que j’avais plutôt prises à la légère, ont été massives, brutales, effroyablement bruyantes. L’orage, violent, m’a fait penser qu’il faudrait peut être demain se contenter du Wadi Mistall, où je pourrais dormir le jeudi soir, avant de rebrousser chemin plutôt que de tenter la traversée de la montagne, assez délicate pour un marcheur donc plutôt délicate-dangereuse avec un vélo sur le dos. J’ai tout de même fini par dormir. Si peu.
Curieusement, dans la jolie lumière du matin, c’est comme s’il n’avait plu ou presque, la nuit, et il n’y avait guère que quelques flaques et les nombreux nuages flirtant avec les pics qui m’entouraient de plus en plus pour témoigner de la saucée de la veille. Parti vers 6h, le jour levé, je m’enchantais de « l’effet douche » que les averses semblaient avoir eu sur un paysage comme lavé, propre, pur. L’air était bon. Ma condition physique contrastait cruellement avec l’environnement naturel puisque je passais ces premières heures en souffrant, sur le bitume jusqu’à l’entrée du wadi. Pas grand chose, 20km mais la langue tirée, sans rien dans les pattes après cet insuffisant sommeil et le doute quant à la suite : comment interpréter ma douleur ? Sans vraiment penser au point majeur (que faire une fois arrivé à Wukan, petit village au bout du Wadi Mistall d’où part le sentier de randonnée ?), je finis par atteindre le wadi. Enfin les montagnes, ce joli paysage qui m’est familier et les chèvres qui se promènent. Mais, aussi, la fin du goudron et le début de la route difficille. Le weekend pouvait débuter.
Le Wadi Mistall possède une curieuse configuration qui le distingue d’ailleurs de ses collègues omanais puisqu’il s’ouvre considérablement, passés quelques kilomètres « classiques », pour former une sorte d’immense bol, plate vallée que le sentier de 20-25km traverse d’une seule traite. La première partie fut fort ravissante, sans grandes surprises mais rythmée par les sympathiques bêlements des nombreuses chèvres du coin et je me réjouissais de retrouver un semblant de forme sur ces premiers passages un peu rugueux, comme si finalement ma fatigue s’était évanouie à mesure qu’il me fallait redoubler de concentration (pneus sensibles, cf « au bout du chemin.. ») et que la route, désormais sentier, m’imposait son aspect brut, son revêtement difficille qui tient, de fait, en éveil. Cet heureux effet s’est cependant effacé avec l’entrée dans le bol lui même. Le Wadi Mistall, s’étalant ainsi à perte de vue, a cette majesté des grandes étendues ; de même sa route épuise, la progression semblant s’effectuer à un rythme minime, ridicule, desespérant. Un peu, finalement, comme ce passage près du désert lors du premier voyage omanais. Quoi de neuf, Brigitte ? Rien, justement. Ici c’est plus joli que la route qui longe les sables Wahiba, bien sùr, mais sans surprises dans sa progression longiligne, droite et sans écarts, l’avancée se fait moribonde. Mistall ce n’est pas le cauchemar, tout de même, et je m’arrêtais régulièrement pour prendre des photos de ces jolies masses m’entourant, bientôt m’encerclant.
La matinée prit un tournant décisif avec les premiers signes de faiblesse… de mon vélo. Si la « merde chinoise » a admirablement bien tenu le coup jusque là, le pédalier comme les pédales elles même, couinant depuis longtemps certes, ont plus ou moins lâché, m’obligeant à de nombreuses reprises à interrompre les sessions assises pour marcher un peu, à plat. Les passages à vélo, progressivement se sont espacés et j’ai bel et bien fini, voilà bien 3 ou 4h que j’étais dans le wadi, à ne plus avancer qu’en marchant. Deux jeunes omanais se sont bien arrêtés pour m’aider à réparer un chouilla la bécane (un chouilla, mais les passages à vélo devenaient vraiment pénibles physiquement), mais mine de rien traversais-je le Wadi à pied, sans jamais vraiment cesser de pas penser à la suite, à Wukan. Que ferait-on après Wukan. Vers 11h, des kopains m’ont pris en voiture tant je me traînais. Probablement 10km qui ont sauté, ainsi, passés à l’arrière du pickup et si vite reparti à pied. Le sentier s’est finalement détourné sur la droite pour accéder au fond du Wadi et, au loin, le sublime et très prophètique village de Wukan. A aucun moment, alors que j’attaquais l’ultime phase de cette première partie de weekend, mon étonnement n’avait fléchi à propos du temps. Ces nuages « flirtant avec les pics » s’étaient accumulés dans le ciel pour former un incroyable, improbable plafond me protégeant du soleil. Ce qui nuisait à la luminosité donc à la qualité des photos (quoi que l’effet est assez impressionnant sur celles-ci, je trouve) me permît surtout d’accomplir cette traversée sans souffrir alors que les signes étaient tous au rouge : repos insuffisant, vélo en perdition, route pénible, température assommante. L’effet providentiel était loin d’avoir prouvé toutes ses vertus tant la suite allait exiger force, courage, passion et plus encore.
Après avoir accompli une bonne partie de l’ascension jusqu’à Wukan, en compagnie d’une horde de gentils gamins ne parvenant pas tout à fait à comprendre ce que je faisais ici et pourquoi comme cela, j’ai atteint le haut du village d’Al Hijar, où comme le Messie m’attendait Sayf, debout à côté de son petit camion qui discutait avec les amis et les gens qui passent. Un jeune omanais, d’une trentaine d’années à peine avec qui je discutai un peu, le temps de reprendre mon souffle. Il trouvait plutôt sympathique d’être parvenu jusque là comme tel mais beaucoup moins rigolo l’idée de passer de l’autre côté de la montagne avec un vélo sur le dos. Alors, après une demi seconde de reflexion, il me proposa tout simplement de laisser mon vélo ici, de me faire plaisir jusqu’à Sayq et plus encore, et de retrouver mon vélo à Musqat même puisqu’il s’y rendrait dès le lendemain soir, bossant à la garde royale. Mon visage s’est assez illuminé après une telle proposition, consacrant en quelque sorte la classe du peuple omanais et m’offrant une superbe occasion de témoigner de l’amour et de la confiance que je lui porte. Oki ! J’ai laissé le bien fatigué deux roues aux kopains de Sayf et nous sommes partis en voiture jusqu’à Wukan d’où je pourrais finalement réaliser mon projet initial : la traversée de la montagne verte. Peu auparavant le petit frère de Sayf était parti chercher en courant de la « nourriture » pour « notre ami » (dans le texte), revenant tout haletant avec un sac plastique plein de bonnes choses. Inutile de dire comme bon fut mon déjeuner, du haut de ce sublime village qui domine la vallée Mistall, et comme j’étais heureux d’avoir fait cette nouvelle rencontre qui allait me permettre d’accomplir l’impossible défi que je m’étais fixé. A 13h30, je partîs.
Le sentier de randonnée a d’abord compris une sympathique phase, suivant le falaj qui alimente le village de Wukan et bien goudronnée (quelques touristes omanais ici croisés, d’ailleurs ; chacun me demandant si j’allais vraiment attaquer l’ascension au vu du temps). C’est qu’à mesure qu’on grimpait, le plafond nuageux s’approchait inéxorablement et, pour être honnête, virait aux couleurs plutôt inquiétantes. J’avais Dieu avec moi (« Allah ma’àna » ai-je si souvent dit), et il n’était pas question de reculer après tout ce chemin parcouru et Sayf, comme de prendre peur alors que ces nuages m’avaient protégé toute la matinée. J’ai longtemps joui de superbes vues sur la vallée que je quittais, Wukan se détachant progressivement du reste du paysage, flottant comme au dessus du vide. Les images rendent mal la beauté du Wadi Mistall, la luminosité ne s’étant point accrue. Très vite ai-je fini par atteindre la brume. Les nuages. 1600m, 1700m, 1800m… Probablement à partir de 2000m d’altitude, je ne voyais plus rien au delà de 5m. J’ai passé deux bonnes heures comme cela, finissant par atteindre le « Wukan Pass » à 2300m ; une marche sans grande difficulté, tout de même éprouvante mais qui ne différait finalement pas fondamentalement des traversées lozériennes auxquelles je suis bien organiquement habitué ! Sans que le soleil rende les choses pénibles, mais dans une sorte de purée de pois légèrement humide (ce qui n’est pas tout à fait désagréable) qui ne rendait pas difficille la poursuite de la marche tant le chemin était bien marqué-balisé. Vers 16h les choses se sont compliquées puisqu’il me fallait, une fois atteint le flanc sud de la montagne (j’y étais, après avoir passé le pic à 2300m), repérer la jonction avec le sentier partant d’Hadash, autre village au bout du Wadi Mistall et que ces deux chemins relient à Wukan (cf photo-carte au début : au bout du W25 je prends le W24 et pas le W24a). Quelque chose, autrement dit, d’inimaginable dans les conditions qui étaient les miennes, parvenant à peine parfois à repérer la suite du sentier tant on n’y voyait rien. C’est dans cette ambiance là, après un peu moins de 3h de marche, qu’une sorte de miracle à l’ancienne advînt avec, comme dans les films, les nuages qui s’écartent et la brume qui se dissipe et tout d’un coup, au loin sur ma droite, le Plateau Sayq qui apparaît. Une vision phénoménale, qui me mis dans un état euphorique avancé (hurlements « Al Hamdulilla », Gloire à Dieu) et qui eut la classe de correspondre, quelques instants plus loin, avec une pierre peinte en rouge : plus de doute, c’était la jonction. Je prîs plein sud.
« On » avait beau m’avoir donné un gros coup de pouce en m’indiquant le chemin jusqu’au Plateau, la situation revînt vite à la normale avec la reprise du traffic nuageux, la brume et tout le tintouin. Pour arranger les choses, il était un élément auquel je n’avais curieusement pensé auparavant mais qui était d’une importance fondamentale : le chemin jusqu’àl Manakhir, petit village pas loin du Plateau Sayq (la liaison se fait par la route goudronnée), n’est pas marqué ! Si je poursuivais plein cap sur le sud-ouest et le lointain Plateau que j’avais aperçu pendant une dizaine de secondes, ainsi, c’était d’autant plus le bordel que j’avais plus ou moins quitté la montagne pour une sorte de grande fête des collines séparées entre elles par des wadis et dont la traversée imposait un aussi pénible que régulier montée-descente descente-montée. Je me suis mine de rien bien épuisé, cette après midi, et les quelques rééditions du miracle originel (genre « attention, tu te décales un peu sur la gauche par rapport au Plateau ») m’ont vite permis de réaliser que je n’atteindrais pas Sayq (premier des villages, qui a donné son nom à l’ensemble) avant la tombée de la nuit. Il faut avouer que dans mon emballement à la suite de la première vision, j’avais pris la direction du Plateau lui même plutôt que ce qui avait été prévu, à savoir Al Manakhir. Quelque peu pris de panique à partir de 18h, ne souhaitant pas vraiment dormir à la belle étoile à 2000m d’altitude (et avec peu de bouffe à disposition, en outre), je finîs par atteindre, en courant de manière bien comique d’ailleurs sur la fin, une route sur la gauche. Route qui me permettrait d’atteindre le Plateau dès ce soir, me dîs-je ! Route qui me permettra d’atteindre Al Manakhir dès que possible, me suis-je dit après une bonne heure dans le noir, les pieds mal en point et les jambes en congé maladie. J’ai tenté de pénétrer dans quelques baraques situées pas loin de la route (marrant, d’ailleurs ; j’ai failli me faire repérer en train d’escalader une clotûre par la seule voiture qui passa de la soirée), mais si c’est dépité que je finîs par atteindre le village (parti vers Sayq itself, il avait fallu revenir un chouilla sur ses pas pour atteindre Al Manakhir ; chose que j’essaye le plus souvent d’éviter), j’étais tout de même soulagé de pouvoir m’arrêter, trouver une baraque et manger chaud. Manger chaud, c’est possible d’ailleurs non ? Je fîs la demande à la deuxième voiture que je croisai depuis mon retour sur le bitume (terrifiant d’ailleurs, ce village sans bruit), et l’on me confirma que non. « Par contre on va à Qutnah si tu veux on t’embarque ». C’est pas loin de Sayq, qu’il me confirmèrent. Alors on fît le chemin ensemble, trois à l’avant trois au milieu trois à l’arrière et deux dans le coffre (si si). Des étudiants de Nizwa qui avaient tapé la journée d’escalade et de randonnée (un peu comme moi, version un peu moins hardcore certes) et qui se rendaient à l’entrée du Plateau pour dormir avant de repartir le lendemain. Emmenés par Jalal, avec qui je discutai longuement dans la soirée (si fatigué que j’en perdais la langue du Coran, quoi que ce dernier jura m’avoir pris pour un arabe grâce à mon accent, au moment où j’avais arrêté la voiture), les 9 kopains m’invitèrent plutôt spontanément à partager dîner et foyer. Sans vraiment d’intégration comparable à ce que j’avais vécu à Sahtan (parce que j’étais épuisé, mais aussi parce qu’ils étaient entre eux et que je n’ai pas fait de véritable démarche), cette soirée omanaise m’apporta tout de même un repos bienvenu et me permît de dormir dans un lit, accueilli par des omanais qui avaient sans gêne fait de moi leur frère le temps d’une nuit.
La troupe rejoignant la civilisation dès 7h, c’est à peine reveillés que nous nous sommes quittés, les kopains me répondant un sympathique collectif « ma’a salam » (« avec la paix » littéralement, au revoir) au mien tout sourire. Mon ombre s’est détachée des leurs, prenant la route à pied avec le plaisir d’avoir vite remarqué qu’il ne restait plus rien des nuages de la veille. J’allais pouvoir faire ma traversée du Plateau dans des conditions photographiques optimales.. Et soudain la route vînt s’interrompre au bord d’un immense ravin creusé par le Wadi Muaydin, une gorge au bord de laquelle reposaient les 3 superbes villages d’Al Aqur, d’Al Ayn et de Shirayjah. La route goudronnée atteint plus ou moins les bleds, mais il existe un joli sentier creusé au bord du ravin et les reliant avec une ravissante efficacité. J’ai mis un peu de temps à attaquer cette randonnée matinale, tant le paysage vu de dessus (les villages sont en léger contre-bas du Plateau) était magnifique. J’ai commencé la ballade à 7h30 et je l’ai accomplie à un rythme tranquille pendant près de 3h. Et quel bonheur ! Cette beauté permanente de la gorge au dessus de laquelle les villages semblent suspendus et surtout, à partir d’Al Ayn, le sentier taillé à travers les plantations, la verdure et les champs de rose. Quelle aimable traversée, quel plaisir des odeurs et des couleurs ! Au doux parfum des roses, à peine éclatées d’Al Ayn, répondait la musique des voix des mères que l’on ne voit mais entend à travers les ruelles du petit et sublime village en question qui, en 15mn à peine avait bouté Blad Sayt de la tête du classement des plus beaux bleds du Sultanat. Je n’ai plus fini de croiser des falajs et d’apercevoir, à travers les hautes et vertes herbes les blanches dishdashas des omanais qui cueillaient fruits et légumes. Une traversée divine, dont longtemps les charmes me fîrent tourner la tête.
Le chemin de randonnée, après un court passage sur le goudron, a quitté la gorge pour rejoindre le Plateau à proprement parler et le village de Sayq, destination finale de la matinée et, par là, du weekend. Sayq que j’ai paisiblement parcouru, me perdant dans l’une des plantations qui le complètent à l’ouest avant de reprendre, heureux, la route goudronnée. 11h et c’était déjà le moment d’aborder l’habituelle et ultime partie de weekend : le retour en voiture. Un omanais d’une quarantaine d’années m’a pris à la sortie de Sayq pour me déposer à l’entrée du Plateau (là où j’avais laissé les kopains le matin même en fait) ; presque en faisant la gueule, et nous nous sommes peu parlés. Ce premier trajet, sympathiquement original, fut suivie par une bonne marche (au soleil) que finît par interrompre Ali, klaxon et voiture qui se gare devant moi + chauffeur qui vient à ma rencontre. Quel accueil ! Jusqu’à Birkat al Mouz (au pied de la montagne que l’on escalade pour parvenir au Plateau), 5 Rials. J’ai souri et lui ai dit n’avoir que 3 rials sur moi, que j’imaginais d’ailleurs utiliser pour le dej. Deux rials, me dit le kopain rigolo ; mais d’une je me marre et de deux l’idée ne me plaît pas vraiment, étant plutôt en faveur de rapports non marchands entre les être humains. 1 rial ! et il n’y a pas beaucoup de voitures qui passent dans le coin m’assure-t-il. Et c’est vrai qu’il faisait chaud. Alors je suis entré dans la petite voiture, me casant derrière le père d’Ali et encore étonné de l’insistance du chauffeur. Nous avons fait route à 3 puis à 5 (et deux pakistanais à mes côtés), discutant à ma surprise beaucoup et en se marrant souvent avec Ali, décidemment original et dont je compris que son voisin n’était pas le père lorsque l’ancien lui fila 5 rials et sortît avec les deux pakistanais. Ali m’a posé un peu plus loin, le temps pour moi d’apprendre qu’il bossait au Ministère de la Défense et qu’il avait prévu de faire le taxi le reste de la journée (« j’y retourne », m’a-t-il dit en me quittant dans une tournure que j’ai hélas oubliée). Un fonctionnaire faisant la navette pour gagner un peu d’argent, dis donc. Une jolie rencontre, plutôt sympathique. Je continuai à pied.
Il ne fallut pas long temps avant qu’un habitant d’Izki, ville moyenne voisine de Nizwa et située au bord de l’autoroute reliant l’arrière pays à Musqat, m’embarque. Une agréable demi heure avec Rasheed, trentenaire qui bosse dans l’armée. Gentil comme le reste du monde omanais, me proposant même de l’argent « pour le taxi » jusqu’à la capitale ; m’assurant que je serai le bienvenu chez lui « à tout moment ». Là aussi j’ai oublié la formule arabe, là aussi j’ai regretté. Et je repartîs à pied. Ce magnifique weekend fut conclu par un omanais dont je n’aurais jamais le prénom, et qui s’arrêta sur le côté de l’autoroute alors que je n’avais même pas fait signe (chose inédite, d’ailleurs ; comme il faisait bon je m’étais résolu à marcher un chouilla). Père de 3 enfants à Ibri (cf. « la grande boucle »), montant sur la banlieue de Musqat pour le souq des voitures du vendredi, et avec qui je parlai pendant près d’une heure, en ce début d’après midi. Il y avait quelque chose d’enchantant dans notre discussion, comme si la pureté du visage de mon dernier chauffeur, plutôt rond et sympathique, m’offrait un dernier symbole de la beauté de la population omanaise. Nous avons si tranquillement parlé, il m’a si aimablement déposé sur le côté de la voie Sultan Qaboos (et encore, il souhaitait me déposer à l’Ambassade même). Et dans la marche jusqu’au foyer, à noveau seul sur le bitume, je m’en voulus de ne pas avoir pensé une seule seconde à lui demander son prénom. Cet ultime chauffeur dont la gentillesse avait comme surpassé le reste d’un weekend pourtant immense, magnifique. Il faisait chaud, alors. J’étais si bien.
|  |
|  |
|
|
|
|
 |
|
|
 |
 |
Tour d’honneur Il y avait dans cet ultime voyage à vélo omanais cette volonté de faire quelque chose quelque peu remarquable, après tant de magnifiques expériences. Un bouquet final, plongeon par la fenêtre en forme de bravo et merci aux habitants du Sultanat pour la beauté de leur pays et l’amour dont ils ont fait preuve à mon égard ces 4 mois durant. Il s’agissait de prendre pour la troisième et dernière fois la route de l’est, celle du premier voyage, et de traverser la Montagne Sharqi par le sud, un sentier de randonnée d’une trentaine de kilomètres faisant la jonction entre deux des plus réputés wadis d’Oman (Tiwi et Bani Khalid). L’utile et l’agréable avec une folie un peu plus prononcée que lors de mes précédents voyages.
Je suis parti assez tard, après 8h30. Avec ces 4 jours qui se présentaient (weekend + congé samedi + dimanche de pâques férié), j’avais presque oublié qu’il y avait bien 150km entre la maison et Tiwi, le wadi sur la route de Sur d’où part le sentier plein sud que je comptais attaquer dès les premières heures du deuxième jour. Une première journée pour se mettre en position, finalement, un peu comme à Sahtan. Je suis vite sorti de Musqat et, dans les environs sud de la capitale omanaise, sur cette route dont les travaux progressent, facilitant un peu plus ma progression (j’avais failli me faire renverser en décembre ; à l’époque la route était étroite !), un omanais s’est même arrêté en agitant par la fenêtre une bouteille d’eau. Je l’ai doublé avec un grand sourire et la main sur le cœur, mà fi mouchkila sadiq (pas de problême, l‘ami). J’allais tout de même assez vite, me semblait-il et c’est seulement à partir de la route même pour Quriyat que les choses se sont compliquées. Je progressais à une allure régulière et plutôt bonne, certes, mais à un prix trop important ; je souffrais déjà. Depuis 10h, en effet, le soleil avait comme doublé en intensité et, après le miracle de la dernière expédition j’avais presque oublié l’infaillible crescendo des températures omanaises depuis fin février. Alors j’ai mis le pied à terre, si tôt, sans m’inquiéter vraiment pour autant de la suite du voyage. On m’aiderait jusqu’à Quriyat, me dîs-je, où je mangerais et récupérerais avant de repartir sous un soleil moins sévère, quand l’après midi est avancée. Une voiture arrivant dans ma direction s’est garée sur le côté et son jeune conducteur m’a proposé de faire la deuxième partie de la route Musqat-Quriyat avec le vélo à l’arrière. Assis après l’installation, il m’a demandé si j’étais bien français. Je n’avais presque pas parlé arabe (et mon accent n’est pas si terrible que ça, diantre)(:nerd:) alors c’était bien parce qu’il m’avait déjà rencontré qu’il connaissait ma nationalité. Il a bien passé 15mn à me donner des précisions sur le lieu, la date etc avant que je lui hurle « bas kounta wahdak ? » (mais tu étais seul ?) et que la vérité éclate : ma dernière expedition dans l’est du pays, fin janvier à la recherche de l’eau au bout des wadis dayqah et suwaih… le pneu crevé, le desespoir du vendredi midi et cette famille qui m’avait filé une bouteille d’eau fraiche et était repartie dans l’euphorie ! La « famille iranienne », dîs-je avoir écrit à mon pilote, premier omanais que j’avais rencontré deux fois sur mon chemin et qui me déposa avec le sourire au coffeeshop indien à l’entrée de la ville. La classe.
J’ai bien mis deux heures pour sortir de Quriyat. L’autoroute qui relie la ville à Sur, en décembre encore fermé (retrospectivement voilà qui explique le mystère de cette première moitié de premier voyage), avait été ouvert depuis et son accès s’était quelque peu compliqué. Ca grimpe, en outre, sévère jusqu’à la route qui longe la côte et si cette partie avait été accomplie très tôt au deuxième jour de mon « weekend » en décembre, il fallait là se la taper avec le soleil dans le cou, pas tout à fait aussi « doux d’après midi » que je le pensais un peu plus tôt. J’ai tout de même fini par atteindre vers 15h30 Dibab, premier des ravissants villages qui accompagnent jusqu’à Sur, à peine 90km plus loin. Et curieusement, à partir de là et durant les 50km (2h30) qui me séparaient de Tiwi, ai-je conservé un très bon rythme, roulant de façon assez mécanique et progressant sans vraiment plus de fatigue. Cette bonne nouvelle devait à la fois à cette longue route, neuve et quelque peu hypnotisante dans un cadre sympathique (les villages que l’on croise marquent d’autant l’avancée) mais surtout à l’impact moindre du soleil, dont la puissance s’était quelque peu affaiblie après 15h et qui rendait l’effort plutôt tranquille. Un signe fondamental, ai-je crû comprendre ; et bientôt je recalculais l’itinéraire que j’allais attaquer le lendemain en fonction de cette nouvelle donnée (dans la montagne, progression de 6h à 10h puis de 15h à 19h seulement).
Mes pensées se sont intensifiées à mesure que j’approchais de Tiwi et que la journée avançait. Le voyage à travers la montagne que je souhaitais effectuer, sorte de version hardcore (et le vélo sur le dos cette fois) de l’echauffement Jebel Akhdar fin mars, m’imposait de prendre eau et bouffe pour les 48h que j’allais passer seul, aucun village n’ayant eu la bonne idée de s’installer à mi parcours, par exemple, aucun bédouin n’ayant non plus décidé de monter de gite-étape sur mon chemin. Arrivé au village de Tiwi, pas si petit que cela finalement, j’ai donc acheté un peu tout et n’importe quoi pour compléter le stock que j’avais pris avec moi depuis la maison (pain, fromage, bouts de chocolat… :nerd:). J’ai mangé des sandwichs chez un indien et, après avoir acheté 4 bouteilles d’eau, ai traversé le village sous les yeux stupéfaits du public jusqu’à une petite cabane où je me suis planqué comme un voleur. Vite couché, assez confiant quant au démarrage des festivités le lendemain matin au vu de cette première journée plutôt réussie, je n’ai trouvé le sommeil qu’une fois la chaleur tombée. J’ai plutôt mal dormi, cette nuit.
Reveillé dans un coup de stress vers 5h30 (une espèce d’énorme bourdon s’était pris dans ma couverture, envoyant des sos aux escadrilles volantes qui ne tardèrent pas à rappliquer), j’ai vite déguerpi avec mon sac, mon vélo et mes provisions pour le weekend. Le sentier débutant au bout du Wadi Tiwi, j’avais une bonne introduction de 6km qui me donnerait en outre un signal sur ma force physique. J’ai donc attaqué le dur. Il y avait là, comme la veille lorsque j’étais passé au dessus de l’entrée du Wadi Shab, de bonnes séquelles des pluies qui ont réçemment touché le Sultanat, rendant l’ensemble plutôt humide ! La médiocre route, qui suivait le cours du wadi sans vraiment en sortir, m’a donc plusieurs fois permis de prendre la flotte jusqu’aux chevilles. Pas grave, ça fait plaisir. Mais à mesure que je progressais difficillement et que cette introduction me pesait progressivement, je ne savais plus trop comment réagir face à ces cours d’eau et autre falajs, dans les villages traversés du wadi, alors que je savais tellement que je passerais les prochaines heures, une fois dans la montagne en escalade galère, à compter les décilitres qui restent avant la deshydratation. Les doutes qui se multipliaient étaient bien alimentés, en outre, par un sentier dont je croyais pourtant avoir emprunté le pire avant que quelques loopings, descentes infernales et montées à pied bien poussives sonnent comme d’autant d’avertissements. Mais je sais très bien, pourtant, que je prends des risques lors de ce genre de voyages et que malgré la légèreté il y a toujours quelques possibilités d’y rester, de se faire mal ou je ne sais quoi. Je m’acharnais sur cette pauvre partie de parcours, 6km dont je ne voyais pas le bout et dont je comprîs bientôt qu’il faudrait se contenter. Une telle peine, sans soleil, sans vélo sur le dos, sans manque de nourriture, sans avoir même commencé l’escalade. Curieusement, abandonner ne me sembla pas douloureux et j’avais d’un seul coup pris cette décision sans grande peine, comme prenant acte de mon impossibilité d’aller de l’avant. J’avais surtout en tête les autres voyages qui m’attendent. L’idée de finir dans les montagnes omanaises me fît froid dans le dos. Je renonçai.
Quand Sleiman s’est arrêté à côté de moi, son pickup prenant le chemin du retour, et que je lui ai dit quel avait été mon projet originel, il a tapé dans ses mains dans un grand éclat de rire. « Màshallah » ! Nous avons bien mis plus d’une demi-heure pour quitter le wadi et sa route hardcore avant de prendre la route de Sur. C’est que, si j’avais abandonné la traversée, je comptais tout de même voir le Wadi Bani Khalid ; par la route, en me faisant prendre en voiture tout simplement. Et mon voyage final ne durerait que 2 jours. Nous avons roulé ensemble, discutant tranquillement avec de la bonne musique de bédouin en fond sonore (jamais écouté d’aussi brut et bon depuis le Wadi Rum, en Jordanie 6 mois auparavant d’ailleurs). Et puis nous nous sommes quittés et, bien que je lui avait donné dès le départ ma position de principe (ce qui ne lui avait pas empêché de m’embarquer d’ailleurs), je lui ai filé les 2 rials qu’il m’avait d’abord demandés.
J’ai donc retrouvé la route qui, après Sur, prend plein sud sur 60km jusqu’àl Kamil avant de reprendre nord ouest vers Ibra, Bid Bid, Musqat… ah le paysage n’a pas changé depuis décembre et il fait simplement plus chaud. Je ne voulais vraiment plus rouler, ayant dans ma tête fini ce weekend à vélo sur les berges du Wadi Tiwi, là où il avait fallu se résoudre à dire « khalas » (fini). J’ai tellement marché ! Parti de Sur vers 9h du matin je ne suis arrivé àl Kamil que 3h plus tard (le temps que j’avais mis en décembre pour le faire tout seul si je ne m’abuse). Quelques voitures, beaucoup de vents et l’impression de devoir payer ce renoncement, mon manque de courage quelques heures plus tôt. Eh quoi ! N’avais-je pas bien fait de ne pas risquer ma vie, d’agir avec lâcheté (si je puis dire) parce que le pèlerinage à la Mecque n’est plus très loin ou qu’il y a tellement d’autres choses à voir encore ?! Mes reflexions à ce sujet ont été deux fois brèvement interrompues par des bouts de chemin en voiture, avec deux omanais à chaque fois ; deux jeunes et des chèvres à mes pieds d’abord, et puis deux adultes dont l’un corrigeait mes fautes d’arabe à l’oral. C’était sympathique. Et puis Hassan m’a pris en voiture jusqu’àl Kamil, plutôt lourd, pas trop rigolo, très sérieux et si gentil omanais avec qui j’ai discuté et qui ne m’a pas laissé refuser la bouteille d’eau qu’il voulait m’offrir. Une jolie rencontre en fait. La matinée avait été laborieusement bouclée.
Au bout d’Al Kamil vers midi, me désespérant de mon rythme jusque là au point de me demander si je parviendrais bel et bien à boucler mon programme en temps et en heure (c’était mal parti en tout cas), je me suis décidé à me poser sur le côté de la route, attaquant les provisions du weekend à l’ombre d’un arbre, tranquille. Jusqu’à qu’un 4×4 fasse demi tour devant moi et vienne se caler à mes côtés, interrompant assez curieusement le déjeuner. Deux omanais, la trentaine à peine, sapés comme des américains et avec un très bon accent anglais (« mmh.. you don’t talk english ? » après 15 secondes de dialogue ; j’ai dù renoncer à leur imposer mon arabe). Un gros 4×4. « On peut te déposer ? » ! J’ai mis un terme imprévu au manjay et nous avons vite fait les 40 bornes qui menaient à l’entrée du Wadi Bani Khalid. Ils sont repartis aussi vite, les jeunes, me laissant une canette de Pepsi chaude et une casquette (« non mais le sheish ça suffit pas »). L’après-midi démarrait fort.
Environ 30 bornes de bitume séparent la route Al Kamil-Musqat du cœur du Wadi Bani Khalid, dont seules les 4-5 premières ne montent/descendent pas trop fort. J’ai donc fait celles-ci à vélo et puis ai laissé ma monture, avec le sac de bouffe inutile (que j’avais vidé de moitié, pour la note) (je serais donc bien mort de faim si j’étais parti dans la montagne), dans un petit ravin, scred ; adviendra ce qu’il adviendra. Peu de voitures, quelques vents de touristes occidentaux et puis un gros camion qui passe et à qui je fais le signe habituel pour rigoler. Sauf que le 18 roues s’arrête et que l’on me tend la main. Je grimpe et me retrouve au milieu de 7 ou 8 pakistanais « du Cashemire », parlant Urdu et quelque peu le fârsi. Ambiance assez délirante, très « folle » avec des fleurs partout et des collègues se touchant beaucoup (les mains autour du cou, sur les épaules des voisins etc ; chez les hommes indiens aussi ces contacts sont récurrents). Sur fond de pop pendjab très années 80, le char avançait à fond la caisse en lançant des « kaysahé tiké » et « assalam ‘aleykoum » (bonjours en hindi/arabe) à ceux croisés en route. C’était très drôle, ce bout de chemin ensemble et les nombreux touristes (omanais surtout) présents au bout de la route ont accueilli l’entrée de ce camion customisé avec des yeux écarquillés, parfois de grands sourires. Nous avons mangé dans cette même ambiance funk et beaucoup des kopains sont allés se baigner dans les eaux du Wadi (énorme piscine naturelle, d’où le succès de Bani Khalid). Je me fondais tranquillement dans ce très sympathique groupe, prenant quelques photos et me réjouissant de la tournure des événements.
Il y avait certains de mes collègues français de l’expédition désert qui n’étaient pas loin, ce vendredi 10 avril après midi alors nous nous sommes eus au telephone et faute de place pour le vélo et le conducteur les kopains ont proposé d’embarquer le deux roues, ce qui faciliterait largement mon retour jusqu’à la capitale. Sauf qu’ils ne l’ont jamais trouvé. J’ai quitté le Bani Khalid et les amis pakistanais en me demandant si mon vélo était aussi bien caché que cela, tout de même un peu inquiet d’imaginer qu’on ait pu l’embarquer (j’en ai tout de même un chouilla besoin, à Musqat). Ce sont deux jeunes omanais qui m’ont pris dans leur petite voiture, tout surpris et enchanté par le récit de mes aventures au point de me proposer, une fois que nous avons atteint mon vélo (que personne n’avait touché, en fait), de faire un peu de route avec mon véhicule dans le coffre dépassant bien à l’ancienne (comme ce qui avait pu se faire en allant à Sohar, fin décembre). C’était plutôt sympathique comme trajet, me retrouvant avec eau et jus de fruit sur les bras au moment de les quitter (« si si, t’en auras besoin »). 17h30. J’étais àl Kamil, 200km de Musqat. J’avais une heure de jour pour trouver une voiture.
J’ai roulé un peu pour sortir de la ville, sur cette route plutôt austère que j’avais prise lors de mon premier voyage. Et, une fois le pied à terre, la première voiture qui s’arrêta fut la bonne. Quand le conducteur m’a fait un oui de la tête à mon « ilà Musqat ? » (jusqu’à Musqat ?) j’ai rigolé nerveusement, parvenant à peine à réaliser le miracle qui venait de se produire. Le coup de « la première c’est la bonne » ne m’était jamais arrivé et il fallût que cela intervienne au moment parfait, sur le dernier tronçon du dernier voyage. J’ai compris, en quelques sortes, pourquoi j’avais tant souffert dans la matinée tant ce dénouement était inespéré, incroyable, parfait dans son déroulement puisque Sayyid et Mohammed (« Monsieur » et « Celui qui est loué », prénoms tellement appropriés) insisteraient à terme pour me déposer jusqu’à la maison même. L’anglais timide de ces deux derniers omanais m’a donné une ultime occasion de parler dans leur si jolie langue, conversant bien évidemment au sujet du Sultanat, des omanais et, bientôt, de la France. Et si j’avais déjà abordé dans mes discussions passagères antérieures avec des omanais la gentillesse, l’amour particulièrement arabe qui m’avait tant permis d’aller de l’avant durant toutes ces sublimes expéditions (et en Syrie ! en Egypte ! au Liban ! en Jordanie damn it! :foulove:), j’ai beaucoup parlé de la France et du mépris cordial dans lequel la plupart de nous occidentaux nous tenons. Cette norme absurde, tellement regrettable et que je condamnais en tapant du poing, comme si aux derniers moments de ma vie de voyageur arabe le fossé qui sépare les sociétés bourgeoises de celles que j’ai traversées durant un peu plus de 6 mois m’apparaissait insoutenable, insupportable. J’ai souvent dit à mes interlocuteurs ici que cette pratique du social (l’amour gratuit) serait probablement la première des choses que je regretterais de retour en France après cette année arabe. Dans la nuit, notre voiture filant vers la capitale omanaise, c’était ma tristesse, d’une puissance rare, qui s’exprimait à travers une langue qui sublime tellement, pourtant !, les écarts, l’emportement, l’énervement. La conclusion de ce weekend, dont l’echec vînt me tenir en une humilité que j’avais pù perdre au vu des superbes derniers voyages, sembla sonner lorsque Sayyid me demanda alors que nous arrivions, « alors la France ne te manque pas ? ». « Je suis bien ici », lui ai-je répondu en souriant. La tête posée contre la fenêtre, heureux d’être rentré en temps et en heure, je mesurais à peine que le dernier de mes voyages omanais était fini. J’ai fermé les yeux.
|  |
|  |
|
|

 Discussions récentes sur l'Oman: |
Ajouter VoyageForum.com à mes favoris · Haut de la page
VoyageForum.com, pour ceux qui ont le coeur aux voyages!
Aide - faq · Vie privée · Conditions d'utilisation · Contacts · Annoncer sur VoyageForum.com
VoyageForum.com est partenaire de l'association ABM.
Tous droits réservés © 2002-2009 Voyage Réseau Inc.

|
  |
Sur VoyageForum: |
 | 4 863 visiteurs en ligne!

|
 | 5 839 nouveaux membres inscrits lors des 30 derniers jours

|
 | 2,5 millions de messages publics

|
 | 302 000 discussions publiques

|
 | 3,2 millions de visites par mois*

|
 | 2,2 millions de visiteurs uniques par mois*

|
*Source: Google Analytics
|
|
|
|
 |
|