Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Auk · 13 mars 2018 à 22:50 · 157 photos 63 messages · 20 participants · 8 478 affichages | | | | 13 mars 2018 à 22:50 · Modifié le 31 mars 2018 à 22:01 Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 1 de 63 · Page 1 de 4 · 5 652 affichages · Partager Tout d’abord, je tiens à m’excuser pour ce mauvais jeu de mots destiné à attirer-atterrer le lecteur égaré, le canadien de passage sera sûrement médusé mais une rapide recherche internet devrait l’éclairer.
Quoiqu’il en soit, ceci est mon premier carnet de voyage (pas sûr que je refasse ça de sitôt, ça pompe du temps) et mon premier voyage à deux en Amérique du Nord. Nous avions choisi une destination originale pour fêter ça : Terre-Neuve pendant un mois en été.
Donc souvenons-nous l’été dernier, c’était Canada à coup sûr. Nous pensions d’abord aux Rocheuses. Après recherches, l’idée d’être dans un gigantesque parc à touristes nous a rafraîchis, de même que le côté loin et « ça ressemble aux Alpes en plus bleu pour les lacs ». Oui, je sais, c’est particulièrement réducteur mais je n’ai pas honte. Donc on s’est décalé plein Est pour notre projet, et après moult interrogations, nous avons jeté notre dévolu sur la province de l’Est qui paraissait la plus tranquille et la plus sauvage, avec icebergs, baleines, vaguement des montagnes et un parc national – Gros Morne – prometteur : Terre-Neuve. Et bien nous en a pris ! Je préviens le voyeur égaré : il faut aimer la forêt, les côtes rocheuses, les odeurs iodées et le gras.
Un avant-goût
(Aparté photo, je vous préviens, nous ne sommes ni très doués ni très équipés en la matière)
Je démarre par un point organisation.
Le logementSur place, nous avons choisi de mélanger les différents types de logement : camping, camping sauvage, b&b classiques ou via airbnb et même motels. Pour certains lieux, nous avions réservé à l’avance. Les logements sur Gros Morne en particulier sont très vites pleins, je conseille vivement de réserver. J’ai trouvé les motels chers pour ce que c’était et peu accueillants. Les emplacements des campings dans les parcs nationaux et provinciaux, par contre, étaient spacieux, avec barbecue et à distance les uns des autres. Super !
Le transportNous y sommes allés avec Air Canada (800 euros le billet aller-retour par personne) avec un trajet des plus logiques Lyon- Montréal- Halifax- St John’s ou comment aller à l’ouest pour mieux revenir sur ses pas. Bizarrement et malheureusement, le prix était bien moins cher qu’un Lyon- Montréal- St John’s et l’organisation moins compliqué qu’un Lyon- Londres- St John’s. Il y a donc bien des Londres- St John’s ou Dublin- Saint John’s par Westjet mais depuis Lyon, ce n’était pas évident à mettre en place. Sur place, nous avons loué chez Enterprise, beaucoup moins cher que ses concurrents. La voiture devait en principe être de taille moyenne mais, une fois sur place, s’est avéré être le modèle le plus petit qu’ils avaient en stock : une Chevrolet Spark qui nous a occasionné quelques problèmes. On se sentait tout petit avec les monstres qui roulent en Amérique, pick-up, camions énormes et palaces ambulants qui servent de camping-cars. A ce sujet, je ne comprends pas les Canadiens : ils ont donc des caravanes et camping-cars luxueux et s’entassent dans des RV parks ridiculement petits, sans un arbre, avec des espaces de deux mètres entre les véhicules et se trouvant souvent juste à côté de routes très passantes.
La nourritureBof bof. Ça avait bien commencé à St John’s et dans l’est (poissons frais, cod au gratin, soupes) et puis dans tous les petites villes et les villages, on s’est retrouvé dans des restos avec un choix restreint : hamburger ou fish and chips. J’ai donc goûté aux criminels Saint-Jacques, fraîches au départ, mal frites à la manière d’un fish and chips. Pour les pique-niques, là encore c’était moyen et la palme revient au roast beef tranché, recomposé et alvéolé que j’ai acheté sans faire attention. Bon dieu, ça m’a rappelé dans le même genre les kebabs britanniques (à ne jamais tenter).
Les gensChaleureux, souvent prêts à aider et ayant le contact facile, nous avons vraiment apprécié notre séjour grâce à eux, que ce soient les locaux ou les touristes canadiens de passage. Il y a vraiment une fierté locale à se dire sympa et à l’être vraiment. Un Newfie en nous proposant de nous aider avec la voiture louée nous a bien sorti : « It’s normal, we are the nicest people in Canada ». Un détail, je ne sais pas ce que les Québécois ont fait à leurs voisins anglophones mais j’ai senti à plusieurs reprises du ressentiment de la part d’Ontariens et de Néo-Ecossais vis-à-vis du Québec qui, je cite, voudrait toujours être traité à part, suivi d’un « Regardez au Nouveau-Brunswick, ça marche très bien le bilinguisme et la cohabitation. Les Québécois, ils ne veulent pas suivre ce modèle ». | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Auk · 14 mars 2018 à 0:51 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 2 de 63 · Page 1 de 4 · 5 633 affichages · Partager Un détail, je ne sais pas ce que les Québécois ont fait à leurs voisins anglophones mais j’ai senti à plusieurs reprises du ressentiment de la part d’Ontariens et de Néo-Ecossais vis-à-vis du Québec qui, je cite, voudrait toujours être traité à part, suivi d’un « Regardez au Nouveau-Brunswick, ça marche très bien le bilinguisme et la cohabitation. Les Québécois, ils ne veulent pas suivre ce modèle ».
C'est simple : il y a des Québécois qui n'aiment que les Québécois francophones pure laine, c'est-à-dire originaire du Québec, et il y a des Canadiens anglophones qui n'aiment pas les Québécois. Le Québec est réellement à part au Canada, il faut bien comprendre ça...
Pour les pique-niques, là encore c’était moyen et la palme revient au roast beef tranché, recomposé et alvéolé que j’ai acheté sans faire attention. Bon dieu, ça m’a rappelé dans le même genre les kebabs britanniques (à ne jamais tenter).
Ouais, pour bien manger au Canada, il vaut mieux cuisiner soi-même...
Le kebab, par définition, on ne devrait même pas en manger (quand on aime bien manger...). | | | À: Auk · 14 mars 2018 à 11:04 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 3 de 63 · Page 1 de 4 · 5 596 affichages · Partager Bonjour Sylvain,
Juste par curiosité : c'est quoi le jeu de mot du titre ?  J'ai cherché : à part un think tank (mais je ne vois pas le lien), je n'ai rien trouvé 
Cordialement, Caussat | | | À: Caussat · 14 mars 2018 à 12:37 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 4 de 63 · Page 1 de 4 · 5 584 affichages · Partager Je suis aussi preneur, car rien trouvé non plus ! | | | À: Auk · 14 mars 2018 à 19:13 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 5 de 63 · Page 1 de 4 · 5 544 affichages · Partager Bonjour Sylvain, Sympa d'avoir commencé un carnet ; en plus de vos explications déjà adressées par mail, je vais voir des photos. Je suis en train de rédiger mon road-book étape par étape, je n'en suis qu'à Bonavista. Cordialement Michèle | | | À: Caussat · 14 mars 2018 à 21:49 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 6 de 63 · Page 1 de 4 · 5 528 affichages · Partager Bonjour Sylvain,
Juste par curiosité : c'est quoi le jeu de mot du titre ?  J'ai cherché : à part un think tank (mais je ne vois pas le lien), je n'ai rien trouvé 
Cordialement, Caussat
Je pense que vous avez raison car Terra Nova est un think tank socialiste (tendance sociale démocrate). | | | À: BabouinenPA · 14 mars 2018 à 22:06 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 7 de 63 · Page 1 de 4 · 5 518 affichages · Partager Oui c'est ça, je n'avais pas d'idée de titre... C'est même plus qu'un think tank tendance socialiste, c'est la boîte à idée du parti socialiste qui a quasiment composé leur programme des années durant. | | | À: Ivert · 14 mars 2018 à 22:17 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 8 de 63 · Page 1 de 4 · 5 513 affichages · Partager C'est simple : il y a des Québécois qui n'aiment que les Québécois francophones pure laine, c'est-à-dire originaire du Québec, et il y a des Canadiens anglophones qui n'aiment pas les Québécois. Le Québec est réellement à part au Canada, il faut bien comprendre ça...
Ce qui m'a surpris également, c'est que des Canadiens anglophones à plusieurs reprises nous disent que les Québecois parlent mal anglais et ne font pas d'effort. J'avais l'impression au contraire que les Québecois, et encore plus les jeunes Québecois, parlaient très bien anglais, en tout cas bien mieux que les Français et passaient aisément d'une langue à une autre. Serait-ce une impression fausse ? Ou une question de principe pour une partie des Québecois (ne pas parler anglais au Québec) ? | | | À: Auk · 14 mars 2018 à 23:21 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 9 de 63 · Page 1 de 4 · 5 498 affichages · Partager Il y a davantage de jeunes anglophones habiles et confortables dans les deux langues que de jeunes francophones. Déplorable mais c'est la réalité. | | | À: Auk · 14 mars 2018 à 23:22 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 10 de 63 · Page 1 de 4 · 5 498 affichages · Partager Après les présentations, place au concret avec les premiers jours de voyage
Jour 1 (mi-juillet)
Vol sans histoire depuis Lyon où j’ai pu faire quelques découvertes : Durant la partie transatlantique, grâce à mon voisin de devant, j’ai vu ce chef d’œuvre cinématographique qu’est les Trolls, sans le son heureusement. Pourquoi un écran télévisé est-il aussi hypnotique ? Décollement de rétines assuré. Je le conseille vivement pour un camp de rééducation pour enfants de la famille Addams. Deuxième trouvaille, l’avion taxi made in Air Canada : il fait Montréal – Saint John’s mais s’arrête deux heures à Halifax le temps de descendre et de prendre des passagers. Nous arrivons donc tardivement à Saint John’s où nous avons la malchance de découvrir notre minuscule véhicule. Impossible de mettre nos deux valises dans le coffre, un parking du loueur vide, 28 jours de location et il est 1 heure du matin, on n'a pas la force de faire un esclandre et on va faire comme on peut et tant pis. Pour les deux premières nuits, nous logeons chez l’habitant à Saint John’s dans une maison en bois très jolie et très bien entretenue. Les habitants en question ont veillé pour notre arrivée et nous ont offert un accueil adorable avec petit cadeau en prime. Ca, c’est du premier contact.
Jour 2 : St. John’s ou Saint Jean de Terre-Neuve pour les Québécois (enfin je crois)
Le lendemain, nous partons mollement à la découverte de St John’s, pas tout à fait remis du voyage de la veille. J’avais lu quelque part que la ville était très européenne... Euh pas vraiment. Le site est magnifique, au fond d’un petit fjord à l’entrée duquel nous aurons le plaisir de voir apparaître une baleine. Mais Downtown, le centre-ville, laisse une impression mitigée avec ses tankers amarrés, ses immeubles hétéroclites, sa circulation (pas de rue piétonne, ça, ça doit être mon point de vue d’Européen) et ses pseudo gratte-ciels en construction, je suppose grâce/à cause du boom pétrolier que l’Est connaît (ils ont le pétrole mais ont-ils les idées ? Copyright Sardou). Par contre, les flancs de la colline et l’entrée du fjord sont bien plus jolis avec des maisons en bois multicolores et des églises néogothiques particulièrement anciennes (fin 19ème).
Les maisons multicolores de Saint John's et quelques fils électriques
Après le petit tour en centre-ville, nous nous décidons à monter au sommet de la colline où se trouve the Rooms, le musée provincial qui présente l’histoire de Terre-Neuve. Très riche, didactique, bien présenté, c’est une bonne introduction à la découverte de la province. La terrasse au dernier étage donne accès à une très belle vue de la ville.
Depuis la terrasse du restaurant, par ailleurs pas mauvais du tout, de the Rooms
De manière surprenante, on y parle beaucoup de Beaumont-Hamel, petit village dans la Somme, sorte d’élément marquant de l’histoire du coin puisqu’environ 600 Newfies y sont morts pendant l’offensive de la Somme en 1916. C’était étonnant de voir le travail de mémoire autour de cet événement qui peut paraître mineur d’un point de vue extérieur. De même, la présentation très emphatique autour de « nos soldats pleins de bravoure morts héroïquement » m’a paru à rebours de la vision française de la Première Guerre Mondiale assez largement vue comme une boucherie faite de morts anonymes et de batailles pas forcément très glorieuses... L’événement est tellement marquant dans la province que certains habitants nous parleront spontanément du pèlerinage prévu ou passé à Beaumont-Hamel quand nous dirons que nous sommes français. Heureusement qu’on était passé par le musée, on n’aurait rien compris, encore plus avec l’accent !
Après cet interlude historique, nous prenons la voiture pour aller à Signal Hill, où se trouve la Cabot Tower, construite en l’honneur de la « découverte » de Terre-Neuve par Giovanni Caboto, explorateur vénitien au service de l' Angleterre. Accessoirement le lieu donne droit à une très jolie vue sur la côte déjà sauvage d’Avalon (la péninsule où se trouve Saint John's) et sur l’anse de la ville.
Saint John's au fond de son "fjord"
Dernière étape de la journée à Quidi Vidi, quartier à part de la ville, petit port tranquille et mignon où on trouve les petites maisons à pilotis, au départ souvent des entrepôts pour les pêcheurs.
Jour 3 : Saint John’s – Sunnyside 340km
Première journée sur la route, plutôt longue puisque le but principal est d’aller au Cape Saint Mary tout au sud de la péninsule de Placentia. Et première surprise : à travers la péninsule d’Avalon et dans tout Terre-Neuve, il n’y a pas de champ, pas d’agriculture, pas d’élevage. On passe directement des villages/villes, souvent très étendues, à la forêt boréale entrecoupée de lacs, de marais ou de landes. Même si la Transcanadian Highway par laquelle nous commençons notre périple n’est pas très pittoresque, c’est assez dépaysant. Cette absence de cultures s'explique par le climat mais surtout par une colonisation entièrement tournée vers la pêche et sans volonté de la part de l' Angleterre au 17ème et 18ème siècle de créer des colonies de peuplement sur l'île.
Nous quittons assez rapidement la route 1 pour aller vers le Cape Saint Mary, lieu de l’une des plus grosses colonies de fous de bassan du Canada. Deuxième surprise, les routes secondaires (et en particulier celle-là) sont en très mauvais état, nids de poule, patchworks de goudron et travaux folkloriques en quantité. Deux élans et quelques zigzags sur la route plus tard, le Cape Saint Mary, c’est loin et dans le brouillard. Un petit tour par le visitor center et son ranger désabusé – « le brouillard, c’est toujours comme ça dans le coin » - et direction les colonies d’oiseaux, guidés par l’odeur et la cacophonie traversant la brume. La côte semble impressionnante, on ne peut que la deviner vu la purée de pois mais les fous de bassan, guillemots de Troïl et mouettes tridactyles sont bien visibles et de très près. Ça vole, ça fait du rase-mottes et à plusieurs reprises, on a l’impression qu’un oiseau suicidaire va s’écraser sur nous. Chouette d’autant plus que beaucoup de petits n’ont pas encore pris leur envol.
Il y a foule cette année à Sainte Marie de la Mer
Promiscuité à Terre-Neuve (désolé pour la qualité)
Des iris sauvages à foison
On reprend la route longue et plutôt jolie jusqu’à Placentia pour aller ensuite à Sunnyside : nous avons décidé de faire une randonnée/camping sauvage (10 km aller-retour) jusqu’à Centre Hill, le point culminant (400 mètres en gros) de l’Est de Terre-Neuve. C’est la première découverte des chemins et forêts terre-neuviennes. Première impression, c’est suraménagé, pontons en bois, escaliers en bois, marches en bois, panneaux en bois, bancs en bois, toilettes en bois : on ne risque pas de se perdre. Deuxième impression, c’est étonnant pour un Européen de se retrouver très rapidement dans la nature, sans bruit parasite, sans aucun signe de présence ou d’activité humaine autour de soi hormis le chemin. Il faut dire qu’il n’y a pas foule voire personne dans le coin. Je crois que c’est impossible en Europe (hormis en Scandinavie) de trouver des endroits comme ça et encore plus, aussi rapidement, à quelques kilomètres de la route principale. Et je vous avoue que c’est limite stressant, au moins au début. Et si on se faisait agresser par un ours ?!
Là où Jean-Jacques Goldmann a trouvé son inspiration pour "Je marche seul"
Sinon la balade est très belle, avec des torrents, des lacs, des jolies vues sur la baie. C’est aussi une bonne introduction à la végétation locale : on a pu voir les pitcher plants, sarracenias en Français, plante carnivore symbole de la province. Bon, nous ne sommes pas allés au sommet, trop fatigués en arrivant à l’endroit du bivouac. C’est repoussé à demain.
Centre Hill (Quand je vous dis que les chemins sont très aménagés !) | | | À: Auk · 14 mars 2018 à 23:56 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 11 de 63 · Page 1 de 4 · 5 486 affichages · Partager Bonjour,
merci pour ce carnet, j'embarque, je vais le suivre.
Bons Voyages | | | À: Jaunesoleil · 16 mars 2018 à 23:34 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 12 de 63 · Page 1 de 4 · 5 412 affichages · Partager Bienvenue à bord, Jaunesoleil !
Je continue avec la péninsule de Bonavista
Jour 4 : Sunnyside – Princeton (celui de la péninsule de Bonavista, pas d’université par là-bas) 164km
Réveil avec une bonne pluie et de la brume sur le sommet. Adieu, Centre Hill, pas de montée pour nous et retour efficace jusqu’à la voiture direction l’ouest ou le nord (plus ou moins, tout est de guingois dans cette province) de la péninsule de Bonavista. Nous faisons un bref arrêt ravito à Clarenville pour s’apercevoir que les villes le long de la Transcanadienne (Clarenville, Gander, Grand Falls-Windsor, Deer Lake, Corner Brook, Stephenville) ne sont pas folichonnes. On ne s’y attardera pas. Globalement, il faut s’éloigner de la Transcanadienne pour trouver les coins les plus attractifs.
Dont acte avec la péninsule de Bonavista, l’un des hauts lieux du tourisme terre-neuvien. Ca reste très, très vivable pour moi qui ai une tolérance réduite des foules touristiques en milieu naturel. Nous commençons de toute façon par le côté peu fréquenté, une côte rougeoyante, malgré le temps maussade, avec des restes d'icebergs, des petites maisons en bois, une arche à Tickle Cove et un renard argenté qui ne paraissait pas très stressé.
Tickle Cove
Les maisons coulent dans le coin
Un renard argenté assez curieux
Pour les amateurs d’icebergs, vous avez un très bon site internet pour les repérer : httpicebergfinder.com. Quant à nous, il s’avère qu’on a eu de la chance (merci le réchauffement climatique !) : sur toute la côte nord-est, nous en avons vus alors qu’en principe fin juillet il n’y en a plus.
En fin de journée, nous faisons une petite rando à partir de King’s Point vers un phare et une côte très découpée.
Il y a des prairies fleuries, des guillemots à miroir dans l’eau, des écureuils et une église en bois imposante, une antiquité ! Ma foi, c’est fort plaisant et on se fait aborder par un autochtone peu farouche – comme à peu près tout le monde dans l’île – qui, quand on lui dit qu’on est français, nous branche sur le Québec et Montréal. Sur le coup, on n’a pas compris : Français=Québécois ?? C’est fréquent pour les Québécois de se dire français (et non french canadian) ? Moi, je veux bien parler du Québec mais c’est que je n’y ai jamais mis les pieds, ça risque de manquer d’authenticité...
Le soir, nous le passons chez nos hôtes de Saint John's qui nous ont invités dans leur maison de famille.
Jour 5 : Princeton – Princeton 178km
Gros morceau aujourd’hui puisque nous visitons l’autre côté de la péninsule avec les plus grosses attractions touristiques du coin et leur avalanche de cars qui déversent non-stop des flots de touristes qui viennent s’échouer sur les maisons en bois et se dorer la pilule sur les plages paradisiaques aux eaux à 10°. Je m’enflamme un peu mais c’est là qu’on va se rendre compte qu’il y a quand même des gens qui visitent the Rock, surnom de l’ile. Nous commençons par le Skerwink Trail (6 km), la randonnée symbole de Terre-Neuve et il y a du monde : un Québécois sociable « c’est le fun », des Acadiennes sacrément bilingues, à tel point qu’elles se trompent de langue à un moment donné pour me parler et des touristes étrangers non nord-américains, une rareté. A part ça, c’est vrai que la rando/balade est belle, sorte de condensé de la côte terre-neuvienne puisqu’un iceberg de fort joli gabarit nous attend ainsi qu’une côte très déchiquetée avec falaises et « stacks ».
Un iceberg en fin de vie
Icing on the cake comme ils disent outre-manche, il y a des baleines, pleins, qui ont le bon goût de longer la côte, de faire des bonds, de battre de la queue et de faire des allers-retours. Même pas besoin de faire une sortie bateau. Ce sont principalement des baleines à bosse si je ne m’abuse.
Une petite douche au retour et nous repartons vers la pointe de la péninsule de Bonavista et le Klondike trail pour voir des macareux à la Cable John Cove. Là, vient le débat intérieur du « faut-il parler d’un endroit magnifique et sans touriste où on peut voir tranquillement les macareux de près ». Mais bon, m’étonnerait que mon compte-rendu interminable engendre un flux touristique vers Terre-Neuve. Donc le Klondike trail avec un orage menaçant qui nous empêchera de prendre notre temps, c’est un court chemin pour voir des macareux tout mimis en toute tranquillité.
Il n'y a pas que les macareux à voir dans le coin :
La dent de la mer
Un interlude au Dungeon provincial park qui, comme son nom ne l’indique pas, est une sorte de gouffre résultat de l’effondrement d’une grotte marine. Il y a un petit air de Bretagne ou d’ Ecosse dans le coin avec l’absence de forêt boréale et la côte tourmentée.
La Bretagne en plissant bien les yeux
Nous continuons sur le même thème avec un arrêt à la Bonavista head. De nouveau des macareux, vus d’un peu plus loin et avec des gens dans notre environnement immédiat (brrrr), des icebergs qui paissent à l’horizon – ça devient d’un banal – et un phare plutôt ancien (19ème siècle) que l’on ne visitera pas. Pour la petite histoire, non les icebergs ne sont pas les restes de la banquise de l’hiver précédent, comme je l’ai souvent entendu en France, ce sont des morceaux de banquise polaire qui se détachent et naviguent sur l’océan Atlantique à la recherche d’un bateau de croisière à couler.
Où est Charlie l'iceberg (sans pull rayé) ?
Arrivés au bout de la péninsule, nous repartons dans l’autre sens avec deux-trois arrêts au programme et tout d’abord à Elliston, « the root cellars capital of the world ». Oui, il n’y en a que par là-bas des sortes de caves gazonnées donc c’est facile d’en être la capitale mondiale. Elles servaient à stocker les denrées à l’abri de la neige et de l’humidité pendant l’hiver.
Accessoirement, il y a aussi un coin à macareux et un festival dédié. On ne s’y arrêtera pas longtemps pour reprendre notre route vers Newton, village créée au début du 20ème par un syndicat des pêcheurs pour améliorer les conditions sanitaires et s’organiser en coopérative.
Un air de far-west
Dernier arrêt de la journée, Trinity, le village « typisch » du coin, farci de maisons et d’églises en bois. Bizarrement, il y en a une pour chaque congrégation, catholique et des palanquées de protestantes. Difficile de s’y retrouver dans les méandres des branches protestantes, nous n’avons pas l’habitude de ça en France. L’endroit est paisible en cette fin de journée.
L'église catholique | | | À: Auk · 17 mars 2018 à 11:30 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 13 de 63 · Page 1 de 4 · 5 393 affichages · Partager Jour 6 : Princeton –Terra Nova national park 179km
Direction aujourd’hui l’un des deux parcs nationaux de l’île où l’on dormira dans le camping co-élu, avec celui de Burgeo, le plus sympa du voyage, Malady Head. Entre temps, on décide de ne pas s’arrêter dans le parc mais de prendre the road to the beaches qui comme son nom l’indique mène aux plages de Sandy Cove et Eastport.
Un petit arrêt à celle de Sandy Cove, le temps de se prendre une douche et nous repartons vers Salvage au bout de cette péninsule. Le village est tout mimi avec devinez quoi ! Des petites maisons en bois autour d’une baie pour changer.
Et il y a un réseau de chemins qui a l’air sympa. On est parti pour South-West Point avec deux cimetières à l’abandon en cours de route (6km grosso modo). La lumière est belle, la côte aussi et toujours cette sensation d’isolement et de bout du monde. Il faut dire que l’on ne croise personne ou presque comme dans un grand nombre de nos randonnées. Vraiment une de nos balades préférées du voyage.
Lichen et rhododendrons sont très photogéniques
Nous nous glissons entre les averses et finissons épanouis le tour de la péninsule. Comme souvent à Terre-Neuve, il n'y a pas vraiment de site naturel d'exception mais l'atmosphère sauvage et indomptée, les forêts hostiles (voir beaucoup plus loin) et l'immensité des paysages nous impressionnent.
Après l’établissement au camping et le manger, une grande idée me vient : et si on allait voir le coucher de soleil depuis Malady Head. La colline est accessible depuis le camping par un chemin de 2-3 kms. Donc on monte, 45 minutes, et plus on approche du sommet, plus le chemin tourne vers l’est, plus je sens qu’il va y avoir un problème. Donc nous aboutissons à une plateforme avec une fort jolie vue...vers l’Est du parc de Terra Nova. Et des arbres nous barrent complètement le côté ouest. Bel échec avec en prime les maringouins qui sont particulièrement virulents dans le coin.
Le coucher du soleil à l'Est (comment ça, je me suis planté de côté ?!) | | | À: Auk · 21 mars 2018 à 23:36 · Modifié le 22 mars 2018 à 14:47 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 14 de 63 · Page 1 de 4 · 5 336 affichages · Partager Jour 7 : Terra Nova national park – Fogo 304km
Journée chargée avec pas mal de route le long de la Kittiwake coast et un bateau à prendre pour Fogo Island en fin d’après-midi. Ce sont aussi le début de nos déboires avec le pot de yaourt qui nous sert de véhicule. Pneus sous gonflés, crevaison très lente ? Je tairais tous les multiples développements par respect envers la morale et la charte de ce site internet. Quoiqu’il en soit, elle nous permettra de faire une étude poussée de la chaleur des garages terre-neuviens, les seuls gens qu’on ait croisés pas commodes voire désagréables (à une exception près). Revenons à nos moutons, la Kittiwake coast, une côte basse et sablonneuse, à la différence de toutes les autres côtes qu’on ait pu voir sur l’île. Les locaux y font des plantations de gros cailloux dans les prés et les étangs.
Il y a des plages sablonneuses magnifiques, celle accessible à pied uniquement de Cape Freels South gagne haut la main la palme de la plus belle plage de Terre-Neuve.
Et puis, il y a Newton dit – les offices de tourisme n’ayant jamais peur d’une exagération – la Venise de Terre-Neuve. A défaut de canaux, il y a des bras de mer, des petites maisons en bois (forcément !) et le Barbour living heritage qui permet de visiter un ensemble de maisons d’une famille de pêcheurs ayant fait « fortune ». Très instructif avec un côté visite de la maison de ma grand-mère vu que les bâtiments datent du début du 20ème... C’est assez étrange aussi d’avoir un guide en costume trois pièces mais pourquoi pas.
On imagine presque les gondoles...
Le but de la journée est l’île de Fogo. On arrive très tôt au ferry et heureusement parce qu’il y a foule et certains seront obligés de prendre le suivant. Intermède linguistique : Fogo comme d’autres noms de lieu (Baccalieu par exemple avec un passage par le français) viennent du portugais. L’île aurait été nommée ainsi à cause des feux déclenchés par les Beothuks sur les rivages. Et pourquoi du portugais dans ce coin du monde ? Car des marins portugais ont beaucoup pêché autour de Terre-Neuve au 16ème siècle avant d’être évincés par les Anglais et les Français. Revenons à notre ferry et notre île. 1h de traversée très calme et nous voici à Fogo Island : nous avons prévu de résider à Fogo, la capitale (300 habitants à tout casser) au B&B Peg’s Place pour les deux nuits à venir. C’est correct sans plus mais bien situé. Une fois sur place, nous faisons connaissance avec les horaires des restaurants locaux. A 20h, plus de nouveau client... On arrive de justesse et je profite d’un cod au gratin roboratif.
Jour 8 : Fogo Island 56km
Fogo island, ça ressemble un peu à la Bretagne. Il y a beaucoup moins de forêts qu’ailleurs et la côte est particulièrement rocheuse, un pléonasme pour Terre-Neuve. Journée tranquille avec quelques balades le long de la côte (Lion’s den trail à Fogo et Turpin hiking trail à côté de Tilting), des icebergs en vue et – c’est original – pas de baleine.
Sur le Turpin Hiking Trail
Fogo depuis le Lion's den trail
Un bécasseau (violet ?) unijambiste
La flore est assez riche sur l'île, réputée comme le coin le plus ensoleillé de Terre-Neuve
De l'orchidée
Un tube de sarracenia
On fait un petit tour à Tilting, joli port de pêche rempli de drapeaux irlandais. D’après la gérante du b&b, ce sont des catholiques qui ne se mélangent pas au reste de l’île : « they are special ».
Tilting
Ca y est, on est en Irlande
J’en profite pour faire une pause drapeau, une passion canadienne. Il y en a dans tous les sens, du Canada, de Terre-Neuve et Labrador, de Terre-Neuve tendance indépendantiste, du Labrador, de communautés amérindiennes, des inconnus, de l’Acadie, des Etats-Unis, du Royaume-Uni... Ils font plus forts que les Suisses, c’est dire.
Retour à Fogo, la ville, pour tester le resto chinois du coin. Je précise qu’il n’y a que deux restos à Fogo. Nous nous sommes décidés à voir ce que valait la Chinese canadian food version Terre-Neuve paumé. C’est tout à fait convenable et fait avec les produits frais à disposition, c’est-à-dire beaucoup de céleri.
Remontés par mon échec du coucher de soleil au Terra Nova national park, je prends le problème à bras le corps et nous retentons le coup à Brimstone Head pour terminer la journée. La colline ressemble à une bosse de dromadaire qui domine Fogo. Là c’est sûr, on va enfin profiter du coucher de soleil, il n’y a pas un arbre fourbe en vue, juste la mer. En compagnie de Québécois, je prends un récif pour une baleine. Euh, faut que je change de jumelles...
Fogo depuis la Brimstone Head
Jour 9 : Fogo – Twillingate 115km
On part vers notre deuxième haut lieu touristique du voyage, Twillingate, un village à cheval sur deux îles, elles-mêmes reliées à une île, New World Island (palme de l’originalité pour le nom), reliée à une île reliée à une grosse île. Bref, c’est la capitale des sorties bateau baleines et icebergs et comme on est des originaux, nous allons faire...de la randonnée le long d’une côte falaineuse à souhait autour de la Spillers cove.
French beach avec béret et baguettes intégrés
En chemin, on a la chance d'observer une loutre et un nid de balbuzards pêcheurs avec trois petiots.
Tentative d'adoption d'un goéland par un couple de balbuzards
Le soir, rassérénés par la précédente tentative de coucher de soleil, nous tentons notre chance à Crow head. Instant cliché tout en un de Terre-Neuve : un iceberg, une baleine, une falaise et un coucher de soleil. Il y a un peu de monde mais dès que nous nous éloignons du parking, nous sommes seuls et pouvons pleinement profiter du moment.
Nous avons choisi pour une nuit de coucher dans une sorte d’auberge de jeunesse très correcte, Hi tides hostel mais avec une chambre individuelle. On ne peut pas dire que le personnel soit très présent puisque nous ne croiserons que d’autres clients, avec qui on échange nos bons plans et nos découvertes avifauniques. | | | À: Auk · 21 mars 2018 à 23:49 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 15 de 63 · Page 1 de 4 · 5 334 affichages · Partager Bonsoir, Beau ciel bleu à Twillingate, la randonnée a dû être agréable. | | | À: Auk · 22 mars 2018 à 14:15 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 16 de 63 · Page 1 de 4 · 5 315 affichages · Partager Bonjour sylvain,
J'espère bien que tu ne t'arrêteras pas à ce premier carnet car sa lecture est un vrai petit moment de bonheur  que je savoure d'une traite puisque je le découvre maintenant seulement.
Tu nous fais voyager de plus dans un coin assez peu représenté sur le forum et pour moi c'est une découverte ; j'imaginais Terre-Neuve comme un lieu pratiquement inhabité et très inhospitalier, ce qui est peut-être le cas en hiver d'ailleurs.
Vivement la suite ! | | | À: Franchie · 22 mars 2018 à 14:50 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 17 de 63 · Page 1 de 4 · 5 313 affichages · Partager Oui, nous avons eu de la chance pour Twillingate. Plus globalement il a fait assez beau et chaud (pour Terre-Neuve) mais ça se gâte un peu dans l'Ouest. | | | À: Wallis06 · 22 mars 2018 à 14:57 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 18 de 63 · Page 1 de 4 · 5 311 affichages · Partager Merci pour le message, ça motive à continuer.
Pour le côté inhospitalier de Terre-Neuve, tu le verras plus tard dans le carnet, on y a franchement goûté avec une rando en autonomie de 2-3 jours en dehors des sentiers battus au sens propre comme au sens figuré. Et c'est là que l'on se rend compte que la vie des Amérindiens et des premiers colons n'a pas dû être de tout repos. | | | À: Auk · 22 mars 2018 à 16:03 · Modifié le 22 mars 2018 à 16:51 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 19 de 63 · Page 1 de 4 · 5 302 affichages · Partager Jour 10 : Twillingate – Springdale 280 km
Aujourd’hui, on se tape de la Transcanadienne et comme d’hab’, on se fait doubler par des gros camions, l’environnement naturel est bof, les villes/villages traversés pas géniaux et nous nous faisons secouer dans tous les sens. Même la highway n’échappe pas à l’état très moyen du réseau local. Nous voyons quand même progressivement apparaître des petites montagnes, signe que nous nous rapprochons de l’Ouest de l’île et de l’attraction principale de la journée, le Alexander Murray Trail à King’s Point.
Montagnes droit devant !
C’est notre première randonnée un poil longue, 8 km, avec du dénivelé. C’est également une ode à l’industrie du bois locale avec des escaliers vertigineux.
Font pas semblant avec les escaliers.
Le panorama au sommet vaut le coup, il y a des gorges et quelques cascades en cours de route dont une, la Corner Brook Fall avec une piscine accueillante mais déjà prise –il fait assez chaud et beau et la montée est rude.
Un canyon à Terre-Neuve (une rareté)
Green Bay
Une fois notre petit tour terminée, nous voilà partis pour le camping de Springdale, situé juste à côté d’une rivière à saumons avec rapides, une échelle à poiscailles et poissons bondissants. C’est assez impressionnant de voir des saumons défier un courant déchainé et une chute d’eau de 2-3 mètres. J’attendais que le cliché soit complet avec Robert Redford et un ours surgissant des bois pour pêcher. Mais rien, les ours (uniquement noirs dans le coin) sont farouches et ne respectent pas les touristes, Robert encore moins.
Saumon en pleine tentative de record du monde de saut en hauteur
On y reste quand même un certain temps avant d’essayer de trouver un resto dans la ville assez tristounette de Springdale. Finalement, pas de choix, c’est chinois. C’est le seul resto du coin, hors chaînes de fast food, c’est gras et franchement pas bon. Springdale, ça ne vend pas du rêve, le camping n’étant pas terrible non plus et plus adapté aux RVs (beurk les sanitaires).
Jour 11 : Springdale – Stephenville 256 km
Avant de reprendre la route transcanadienne, nous faisons deux arrêts en profitant du temps radieux : L'un aux Wetlands de Springdale pour voir échassiers et canards. Malheureusement, il y a des joggeurs de la petite ville pour éloigner la faune sauvage.
L'autre pour faire une autre rando dans le coin jusqu’à une arche naturelle à côté de Jackson’s cove. Le nom du chemin : le Ocean view walking trail (5km). Pas de baleine, pas d’iceberg (oui je sais, je suis monomaniaque) mais des centaines de libellules qui forment un ballet incessant autour de nous. Assez fascinant. Et donc une arche de fort belle facture en récompense de la petite balade.
Green Bay
Après cet interlude nature, nous voilà partis pour de très nombreux kilomètres jusqu’à Stephenville. On atteint enfin les montagnes de l’Ouest, la Long Range (800 mètres maximum), qui sont le prolongement des Appalaches américaines dans l’Atlantique. Donc des montagnes anciennes et érodées. Le paysage se fait un peu plus grandiose mais également plus urbanisé bizarrement. On fait un arrêt aux chutes de Marble Mountain sur lesquelles nous jetterons un vol pudique (perdu la photo). Le temps s’est bien dégradé quand on arrive à Stephenville, ville la plus étrange que nous ayons traversée. C’est donc une ancienne base aérienne américaine et le « centre-ville » est littéralement la base américaine avec une route sur le tarmac de l’ancienne piste d’envol. Le résultat, surtout par mauvais temps, n’est pas des plus accueillants. Nous nous retrouvons en plus dans un motel glauque ce soir par défaut de campings accueillant des tentes.
Jour 12 : Stephenville – Barachois provincial park 172 km
Aujourd’hui, nous sommes sur « la route de nos ancêtres les Français », côté golfe du Saint Laurent. Ca y est, je prends un coup de vieux, je suis déjà un ancêtre. Trêve de plaisanterie, il s’agit de la route qui fait le tour de la péninsule de Port au Port où se trouve une population francophone de quelques milliers de personnes issues d’Acadiens et de l’installation de Basques et Bretons. Ils ont une sorte de drapeau bleu blanc rouge diagonale avec du jaune dessus et parlent tant bien que mal encore français. On a prévu d’en faire le tour et notre premier arrêt se trouve juste après le barachois reliant la péninsule à l’île principale : le Gravels walking trail, un chemin qui longe une côte avec des sortes de rochers-meringues ressemblant vaguement au palais de Jabba the Hut dans Star Wars (oui j’ai de l’imagination et des références).
Des rochers prêts à tomber à l'eau
Il y a de la faune dans le coin, des baleines, pas mal d’oiseaux marins, des passereaux et des loutres, de rivière mais qui vivent dans la mer pour perturber l’observateur faunistique amateur. Et surtout, il y a une énorme averse qui nous tombe dessus et qui provoque un retour précipité et trempé vers la voiture.
Un couple de loutres de rivière (désolé pour la qualité)
Prochaine étape : la grotte de Lourdes. Oui vous ne rêvez pas, les gens du coin ont monté un sanctuaire avec une « grotte » dédiée à la vierge. Bon c’est minimaliste et kitschouille.
Deuxième arrêt, le café de Mainland où on retrouve le soleil et on prend le temps de déguster un très bon gâteau à la fraise en admirant les fous de bassan pêcher. C’est toujours aussi impressionnant de les voir s’élancer dans l’eau à des vitesses dingues. Et de temps en temps, il y en a qui se rate et qui se prend un plat... Un jeunot !
Depuis le café de Grand' Terre (ou Mainland)
La suite devient plus sauvage, la route est belle et nous arrivons à Boutte du Cap. Les noms francophones ont un côté assez poétique dans le coin.
Attention digression historique et Père Castor, le lecteur pressé pourra zapper ce paragraphe. Contrairement à ce que l’on peut penser, hormis sur la péninsule de Port au Port, les noms français des bleds (Port au Choix, Port aux Basques, Rose Blanche, Baie Verte, etc) ne sont pas les résultats d’une hypothétique colonisation française. Ils sont le fruit du traité de Paris en 1763 qui voit la France perdre l’ensemble de ses possessions canadiennes à l’exception de Saint Pierre et Miquelon. En gage de dédommagement, elle acquière un quasi-monopole de la pêche le long des côtes de Terre-Neuve (à l’exception de l’Est). Les noms sont donc donnés par les flottes de pêcheurs, les terre-neuvas principalement bretons, pour leur lieu d’escale. Ces droits de pêche perdurent jusqu’en 1904, ce qui ne va pas sans problème et tension avec le développement de la colonie de Terre-Neuve et la revendication des colons de pouvoir avoir la maîtrise de leur côte et du poisson giboyeux qui s’y trouve. Cela sera même un frein au développement de l’île, par ailleurs peu soutenue par le Royaume-Uni.
En ce qui concerne Boutte du Cap, nous choisissons de faire une balade le long du chemin côtier au-dessus de falaises friables et impressionnantes.
Nous faisons connaissance avec les tuckamores, buissons-arbres de toute sorte, survitaminés et impénétrables, dopés par les conditions météorologiques du coin (vent, embruns et froid). Comme le chemin traverse des massifs de ces choses, c’est griffures garanties.
Un tuckamore en fin de vie, fier d'avoir pourri la vie des randonneurs et animaux de passage
Bon c’est chouette mais il y avait un four à pain à côté du parking et on avait reniflé de bonnes odeurs à l’aller... Raté, il est passé 16h quand on revient et le four est fermé... Décidément les horaires du coin, nous aurons eu du mal à s’y faire.
Le moment drapeaux, de gauche à droite : inconnu avec une feuille d'érable, Acadie, Terre-Neuve et Labrador, Acadie locale
Le dernier arrêt de la journée s’appelle Hidden Falls à côté de Sheaves Cove. Elles sont tellement hidden qu’elles sont à sec... Le soir, c’est nuit en camping au Barachois provincial park. Point notable : des tonnes de crapauds invasifs et suicidaires. | | | À: Auk · 22 mars 2018 à 23:23 · Modifié le 23 mars 2018 à 12:03 Re: Terra Nova sans socialiste, ou Terre-Neuve (c’est selon) Message 20 de 63 · Page 1 de 4 · 5 284 affichages · Partager Jour 13 : Barachois provincial park – Burgeo 158 km
C’est une journée de transition sous un ciel menaçant. 150 km de route au milieu de nulle part nous attend pour atteindre Burgeo, un village terminus de 1000 habitants. Étonnamment, la route, en assez mauvais état, traverse des paysages changeants (pour Terre-Neuve), forêt continentale, forêt boréale et lande rocailleuse, ce qui nous permet de voir notre premier renne.
Monotone mon cher Watson
Mais malheureusement, le temps se détériore, nous arrivons sous des trombes d’eau à Burgeo. Du coup, l’idée d’aller en bateau sur 2-3 jours à François (4h30 l’aller) et d’explorer les fjords de cette côte paumée est abandonnée. Regrets : François (pas de pape par ici), ça devait être un des highlights du voyage, un village de bout du monde dans une baie qui avait l’air magnifique.
Intermède Père Castor 2 le retour : François comme Ramea dont je parlerai plus loin font partie des rares villages isolés, accessibles uniquement par bateau, à ne pas avoir subi la loi des resettlements. Car quand à Terre-Neuve, un bled est paumé et qu'il coûte trop cher à la communauté, un référendum est tenu et si 95% de la population locale vote pour - ce qui arrive manifestement assez souvent - l'ensemble des habitants est délocalisé vers un village ou une ville avec route, où les attendent de nouvelles maisons. Le village originel est laissé à son pourrissement. C'est comme ça que de larges régions de la côte sud, en particulier autour de la Baie de Placentia ou Fortune Bay, ou des coins de la péninsule du Nord ont été désertés. Cela dénote d'une conception assez fascinante et très différente de l'espace et du territoire par rapport aux Européens. Trop cher, on ferme et vite ! L'enracinement dans un lieu, l'histoire liée à l'endroit et donc la volonté des pouvoirs publics d'aménager et de maintenir une population semblent bien plus faibles par delà l'Atlantique. Un changement comme la désertification d'un territoire se fait lentement en France, en témoigne la Lozère. Le pendant européen serait les despoblados espagnols, victimes de la métamorphose économique espagnole des années 60-70 et du désintérêt franquiste.
Pour revenir à Burgeo, nous nous replions au Sandbank provincial park, un de nos coins préférés à Terre-Neuve. Nous y faisons connaissance avec son camping et ses rangers très accueillants dont un Mi'kmaq trappeur qui me parle de retraite dans la forêt avec son chien, son arc et son « canou » (oui, un canoë prononcé en anglais). Bon, il pleut, c’est chouette les après-midi coincés dans une voiture.
Ah les délicieux après-midis de Terre-Neuve
Le soir, on profite d’une accalmie pour faire une première reconnaissance du parc et de ses innombrables plages.
Nous nous adonnons ensuite à un sport national canadien : le barbecue. Même qu’ils aiment tellement ça et qu’accessoirement ça repousse vaguement les maringouins qu’ils font des feux sans rien griller dessus. Quoiqu’il en sort, ça améliore grandement notre quotidien (mauvais jambon avec fromage sans goût) et ça change des fish and chips et autres hamburgers.
Breaking news, on a découvert le feu quelque part au fin fond de Terre-Neuve !
Jour 14 : Burgeo 6 km
Le matin, on peut enfin découvrir le parc provincial sous un soleil radieux et cela commence par un petit déjeuner sur une plage paradisiaque. Bon, la mer reste glaciale, il n’y aura pas de baignade malgré le sable blanc et l’eau transparente. S’ensuit une balade de plage en plage, il y a pas à dire, on a bien fait de se taper les 150 kms depuis Stephenville. Il y a pas foule non plus, à part des chevaliers et bécasseaux qui gambadent sur le sable.
Une plage de Burgeo à l'heure de pointe des chaudes journées d'été
Encore une plage
Et un éléphant (c'est pour voir si quelqu'un suit)
Pour l’après-midi, nous faisons un tour en ferry à Ramea sur une mer agitée. Petit interlude linguistique : d’après notre ranger Mi'kmaq – rien à voir avec notre micmac qui viendrait du néerlandais muyte maken faire une émeute (ça vous fait une belle jambe) – Burgeo aurait pour origine bourgeon et Ramea rameau. Les deux noms auraient été donnés par La Pérouse qui est passé dans le coin vers 1780. Fin de l’interlude. Donc retour au bateau : un vieux ferry avec des marins dans leur jus et dont l’accent a été élu le plus incompréhensible de Terre-Neuve (en compét’ avec certains garagistes). Le ponton est accessible malgré le panneau d’interdiction et les cordages qui traînent de partout. Cela nous permet de voir des baleines (original !) et une côte splendide avec fjords qu’on ne peut qu’observer de loin.
Le terminus est une île perdue où se terrent Ramea, un village de pêcheurs de 400 habitants, et les seules éoliennes de Terre-Neuve. Il faut imaginer le trajet pour rejoindre la « ville » la plus proche (Stephenville, 7000 habitants), une heure et demi de bateau avant d’enchaîner 2 heures de voiture, il faut bien prévoir ses courses avant d’y aller... Le coin est dépaysant et marrant : son commerce, sa mairie, son gymnase, son terrain de hockey, son camion de livraison, ses goélands innombrables et de bonnes rafales de vent.
Message aux mouettes chauffards
Jour 15 : Burgeo – York Harbour 272 km
Journée de transition sous un ciel menaçant bis. Ce coup-ci, nous faisons demi-tour vers le nord et la Bay of Islands à côté de Corner Brook. Il pleut tout le trajet, la route est toujours en mauvaise état, forcément c’est la même qu’à l’aller.
Waterloo morne plaine (avant le passage de la civilisation)
On fait un arrêt ravito mouillé à Corner Brook dont la principale caractéristique est d’avoir une grosse papeterie en guise de centre-ville. Deuxième ville du pays tout au fond de la Bay of islands, elle ne vend pas du rêve. Donc on file vite fait vers l’entrée de la baie et miracle, le temps s’améliore, la route devient grandiose, les îles apparaissent et la joie revient. Nous faisons un arrêt à notre B&B dénommé Captain Cook à York Harbour – l’explorateur anglais est passé dans le coin en 1766 dans le but de faire un relevé géographique des côtes de Terre-Neuve. L’accueil est très sympa et notre hôte va prendre à bras le corps notre problème de voiture, une supposée crevaison lente. Oui ça fait une semaine que ça dure et les garagistes qu’on a vus n’ont pas daigné examiner le pneu convenablement malgré nos demandes insistantes. Comme quoi, il n’y a pas qu’en France que les garagistes sont peu amènes. Et hop, en moins de deux, un rendez-vous de sa part chez un garagiste local (tellement local qu’il n’a même pas de panneau l’indiquant). Et hop, c’est réparé le lendemain, un clou dans le pneu en moins. Sinon, pour profiter du beau temps revenu, on décide de faire une petite balade tranquillounette à Bottle Cove le long d’une jolie côte pour changer.
Et qu’est-ce qu’on trouve... Des chanterelles quasiment sur le chemin et que personne ne ramasse. Sont criminels dans le coin, en Auvergne, il y en a qui tuerait pour moins que ça. A nous pour le soir l’omelette aux champignons sous l’œil inquiet de notre hôte « you’re sure it’s edible? You gonna get poisoned! ». Pff, aucun savoir-vivre dans le coin.
Jour 16 : York Harbour 35 km
Aujourd’hui, point de kilomètres effrénés en voiture mais quelques excursions à pied dans les environs. La première rando, le Copper Mine Hiking Trail, nous emmène au sommet de Blow Me Down Mountain, la bien nommée.
La Bay of Islands
Il y a du vent et la vue est à couper le souffle, d’un côté la baie et ses multiples îles, logique, et de l’autre des montagnes ocres, reste du manteau terrestre originel composé de péridotite et sur lesquelles rien ne pousse. Dommage que le plafond nuageux soit si bas...
Pas un temps à mettre Astérix dehors
Une croûte terrestre blafarde (en principe ocre)
La redescente se fait par le même chemin avec un petit détour par la Copper Mine Waterfall, pas mal du tout. L’après-midi, après le détour par le garagiste et une pause sur un transat du b&b dans un cadre idyllique, nous nous attaquons au Little Port Head Lighthouse Trail. Et là, surprise : après tant de chemins suraménagés, de jolis pontons et escaliers en bois, bim un truc intense sans prévenir, droit dans la pente à la montée comme à la descente avec une corde par moment pour s’aider tant bien que mal. Physiquement, 200 mètres de dénivelés en moins d’un km, c’est dur. Le résultat est une vue vertigineuse d’une côte sauvage dans une lumière de fin de journée. Le lieu est enivrant, peut-être le plus beau coin de Terre-Neuve.
Ca claque
Ca pète
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