L'hôtel est réservé, 12, 13 juin, ghetto de Venise.
La saveur d'iode et de goémon se propage dans les papilles. L'ambre du très vieux Talisker miroite dans les rayons du soleil. Un pas si fréquent colloque intime avec sa conscience méritait bien la puissance subtile de ce rare nectar des grandes occasions. Il vient de se conclure sur une minuscule décision, limpide et étincelante comme une goutte de rosée qui ploie le brin d'herbe dans la lumière de l'aube : je ne rajouterai pas 21 grammes à la douleur du monde. C'est dérisoire et m'emplit de joie.
Les masques s'alignent sur la commode. L'azur assorti aux sandales à talons bobines, le couvert de dentelle crème harmonisé à l'imprimé du foulard rouge, le beige marié à merveille au pantalon de lin. Les bouteilles de gel sont glissées dans les lieux stratégiques, boite à gants et sacs à main. Affaires réglées, automatismes bientot intégrés, donc bientot oubliés. Jolie occasion en prime de trinquer au Bellavista le jour où ils seront éliminés.
15 jours, 15 jours à meubler avant Venise (ou 3 semaines si on nous enferme en Lombardie mais peu importe). Peut-etre écouter et observer avant de passer à la suite.
On nous annonce une crise sans précédent. Contraction du PIB autour de 10 % pour 2020, l'angoisse collective croit. Crampounette post grippounette. Ont-ils donc la mémoire si courte ? Les 45 % de contraction du PIB de la Grèce, objet des délicates attentions de la troïka penchée à son chevet, n'ont pas naguère ému grand monde. Appartiennent-ils donc à une espèce différente des Grecs pour ne pas survivre à un quart de leurs maux ? Allons...
Peut-être ma semaine milanaise intercalée me permettra-t-elle en outre de rencontrer et converser avec un affecté psychique du confinement. Parait qu'ils sont très nombreux. Ça se manifeste comment ? Les êtres qui sont passés sur une civière entre des cadavres assis sur des chaises parce qu'on n'arrivait pas à les évacuer, ont passé 40 jours à suffoquer en se demandant si chaque respiration ne serait pas la dernière et si on allait eux aussi les asseoir sur une chaise sont dans un état psychique d'hébétude émerveillée, ravis à n'en plus pouvoir d'être vivant, le sourire géant imprimé sur leur visage émacié bouffe le masque qui disparait. Mon homme lui ressemble à une mongolfière. Il a tellement serré les dents que les 67 morts en 5 semaines, ces feu hommes et femmes qui ont fait partie de sa vie quotidienne pendant 59 ans sont restés coincés à l'intérieur. Il lévite, impassible, mettant un soin maniaque à ne pas varier d'un millième de millimètre les rites du quotidien. Il flotte psychiquement dans des automatismes reconnaissables et protecteurs et grogne à la moindre proposition. Même Venise.
Il faut que je réussisse à le trainer à Venise. Il faut percer cette baudruche de souffrance avec la fine aiguille de la beauté.
Pensées mots, pensées images. Dans ces semaines stupéfiantes de cauchemar réel, de glas et de sirènes, les mots retentissaient au loin, très loin, insensés et blèmes. Sa propre voix posant la rituelle question du soir (Qui est mort aujourd'hui ?). Le rassurant blabla mécanique avec l'ailleurs. Le verbiage machinal de l'excroissance professionnelle. Dans la dislocation de la douleur qui fracasse seule restait, inaltérable, l'image Venise. Lente errance dans les ruelles désertes, jeux de reflets dans l'eau des canaux, échos de la musique de Vivaldi qui ouvrait tout doucement les vannes des larmes, empêchant l'eau intérieure d'engloutir les ruines.
Instinctivement, la beauté sauvait.
Elle apaisait. Elle pansait.
Elle appelle aujourd'hui puisqu'elle offre un doux cadre pour les adieux accumulés qui n'ont pu avoir lieu.
Venise ensevelit ce qui est presque déjà du passé et dèbloque la boussole brisée, ouvre l'avenir. L'orient. Marco Polo, Carpaccio, Bellini, Pamuk, saveurs, parfums, vent d'est, trépignations de désirs.
Renaissance du chemin. Demain, dans 6 mois, dans un an, ne change rien : le chemin est là, il commence là.
https://youtu.be/-jIxpXAk-HE
Les ressources instinctives de l'esprit humain sont fantastiques ! [:)] (je n'ai pas cherché Venise, elle s'est juste imposée quand il ne restait rien. Si on m'avait demandé, en janvier, en pleine activité : D'où repartirais-tu après un cataclysme ? Il est très peu probable que ce soit la Serenissime qui me soit venu à l'esprit)
Catherine
By this, and this only, we have existed. Which is not to be found in our obituaries. (T.S. Eliot)
Alors là ! Voilà du beau texte, pour sûr c’est pas verbeux.
Je ne crois pas qu’une seule aiguille de la beauté soit suffisante, rajoute une échevette de fil mouliné à broder des bulles de rire, ça aidera.
Ces lignes sont si sombres tout comme ta nouvelle image.
Le trauma a t-il anéanti l’Anassa vitupérante et facétieuse, sans doute et pourtant il donne encore plus de force, de puissance à tes mots.
Une écriture maîtrisée qui donne à lire l’insupportable et le souhait profond que tout s’apaise.
Alors :
.../...
« Et qui, dans l’Italie,
N’a son grain de folie ?
Qui ne garde aux amours
Ses plus beaux jours ?
Laissons la vieille horloge,
Au palais du vieux doge,
Lui compter de ses nuits
Les longs ennuis.
Comptons plutôt, ma belle,
Sur ta bouche rebelle
Tant de baisers donnés…
Ou pardonnés.
.../... »
Je ne crois pas qu’une seule aiguille de la beauté soit suffisante, rajoute une échevette de fil mouliné à broder des bulles de rire, ça aidera.
Le rire viendra, clochettes et volutes. Il n'est rien de pire que le rire forcé, rictus et ricannements qui grincent et glacent. Juste avec patience, il resurgira, léger, quand ce sera son heure.
Et puis la joie, vigoureuse, est là elle. Celle des revenants revenus, affaiblis et bancals, resplendit. Je ne sais pas comment communiquer en mots cette chair meurtrie qui suinte d'enchantement nucléaire, communicatif.
Ces lignes sont si sombres tout comme ta nouvelle image.
Le trauma a t-il anéanti l’Anassa vitupérante et facétieuse, sans doute et pourtant il donne encore plus de force, de puissance à tes mots.
Une écriture maîtrisée qui donne à lire l’insupportable et le souhait profond que tout s’apaise.
Alors :
.../...
« Et qui, dans l’Italie,
N’a son grain de folie ?
Qui ne garde aux amours
Ses plus beaux jours ?
Laissons la vieille horloge,
Au palais du vieux doge,
Lui compter de ses nuits
Les longs ennuis.
Comptons plutôt, ma belle,
Sur ta bouche rebelle
Tant de baisers donnés…
Ou pardonnés.
.../... »
".../... le chemin est là, il commence là"
Sombre mais serein. Je regretterais que la noirceur envahisse seule le lecteur, c'est peut-être elle qui frappe (par traitrise l'innocent lecteur optimiste qui met tout son soin à cultiver une vie arc-en-ciel) mais elle ne domine pas. Comme il n'y a aucune crispation dans les doigts de la Madeleine qui respire calmement devant sa bougie éteinte. Chaterine (comme on écrit souvent mon prénom dans mon pays de résidence) a encore sinon quelques vies au moins une. Le passage de l'une à l'autre se trouve cette fois entre deux marches d'un pont vénitien (ou au croisement de deux calle ou dans le clapotis d'un canal ou qu'est ce que j'en sais). Baisers ou tapis volant pour le Golestan ? Et pourquoi pas des baisers sur tapis volant, hein, d'ailleurs, tant qu'à faire. Je n'ai pas envie de savoir, j'aime les surprises.
Après ces propos très narcissiques, le sujet de réflexion qui est soumis ici serait celui des lieux qui s'imposent (ou pas, pourquoi pas un n'importe où au pif, ou nulle part) lorsque l'etre vacille ou s'effondre.
Catherine
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Bonsoir Catherine,
J'aime beaucoup ce texte mélancolique et la vidéo des musiciens qui lui va si bien.
Ils m'en rappellent d'autres entendus à Alep ou à Istanbul. La musique soufi est hypnotique!
Si je pouvais, je partirais demain à Istanbul justement où mon amie Üstün m'attend pour aller boire un çay dans le Passage des fleurs, près d'Istiklal caddesi, en grignotant un simit. Ensuite nous irions nous perdre dans le dédale si odorant des ruelles du bazar égyptien.
J'aimerais marcher dans les petites rues ombreuses bordées de vieilles maisons ottomanes aux façades de bois et aux balcons ouvragés; aller revoir le Musée de l'Innocence d'Orhan Pamuk et relire le "Livre Noir"; peut-être monter jusqu'au café de Pierre Loti à travers le paisible cimetière d'Eyup au-dessus de la Corne d'Or.
Flâner sur les quais ou déambuler avec la jeunesse de Kadiköy ...
Les sourires et les "merhaba" toujours affichés sur les visages turcs (même masqués on les voit et on les entend je suis sûre!) sont capables de panser mes tourments du confinement.
La terrasse du café de Pierre Loti
Christiane
« Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace »
Alexandra David-Neel
Oh! Le Pierre Loti! J'ai logé quelques fois au Turqhouse hotel, juste derrière. Bel endroit, et le chemin qui y mène (vapur Corne d'or puis grimpée dans le cimetière arboré) est un plaisir.
Bonsoir Christiane,
Tu irais volontiers à Istanbul mais était-elle involontairement omniprésente pendant les tourments du confinement ou est-ce juste la ville qui te vient à l'esprit si tu te demandes où tu aimerais aller là, tout de suite? (question indiscrète à réponse tout à fait facultative bien sûr).
Catherine
PS : pour l'anecdote, je m'y balade actuellement par la pensée (La femme aux cheveux roux de O. Pamuk accompagne ma soirée)
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L'image qui se forme quand le tarabust (ce bavardage incessant du cerveau) s'éteint, quand la conscience court-circuite. Quel lieu* hante à notre insu ?
Catherine
* je dis quel lieu parce que nous sommes sur un forum de voyage. Ce pourrait très bien être une personne ou pourquoi pas un objet.... (je m'imagine cohabiter pendant 3 mois avec l'image permanente d'une clef à mollette vrai rire sans grincement. Finalement j'ai eu de la chance... )
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Talisker hors d'âge, talisman dans la bourrasque.
Bellini frappé, explosion de bulles sous l'éclaircie.
(Qu'importe le lieu pourvu qu'on ait l'ivresse.)
« La femme aux cheveux roux » est restée dans la maison de vacances dont je ne pensais pas être éloignée si longtemps ... Du coup je n’ai pas terminé ma lecture.
Pour Istanbul j’ai beaucoup de mal à répondre à ta question dans la mesure où je communique assez souvent avec mes amis turcs, donc je suis souvent là-bas avec eux, par la pensée moi aussi. Quand je pensais à l’après je me voyais bien devant Sainte Sophie ou au bord du Bosphore ... Mais c’est aussi l’endroit où j’aimerais aller, là, tout de suite.
Je viens de lire «Maudit soit l’espoir» de Burhan Sönmez. C’est un tout autre registre, cela parle de l’Ombre ou des ombres de cette Turquie que j’aime. Pays aux multiples facettes. Et c’est (peut-être) ce qui en fait la richesse et l’intérêt.
Christiane
« Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace »
Alexandra David-Neel
« La femme aux cheveux roux » est restée dans la maison de vacances dont je ne pensais pas être éloignée si longtemps... Du coup je n’ai pas terminé ma lecture.
Ah... Je vois dans ma boule de cristal un sourire en perspective, devant l'art de l'écrivain, à la lecture de la fin du roman alors (achevé au fond de la nuit).
Merci pour ta réponse sur Istanbul. J'entretiens ce genre de relation avec Athènes ou Rome. Des villes longuement arpentées, aimées, où résident des amis.
Venise est une autre expérience. C'est une ville à laquelle je pense très rarement, qui ne fait pas partie des villes qui habitent mes pièces à vivre. Un étonnant et bienvenu fantome surgi à l'improviste d'un coin reculé du grenier. Manifestation de l'instinct de survie de la psyché.
Catherine
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Bonjour Catherine,
Première photo : j’imagine tout à fait Loti se promenant sur les berges du Bosphore parmi les tentes des nomades Yeuruk ou naviguant sur une petite yole à voiles blanches avec sa chère Aziyadé. A son époque le paysage ne devait pas être très différent.
Par contre la deuxième image ne m’inspire rien du tout : je ne vois pas à quoi elle fait référence, sinon aux déco un peu kitch qu’on trouve parfois dans quelques lokanta en Turquie, ou un tableau hyperréaliste déniché chez un bouquiniste. Pouvez-vous éclairer ma lanterne?
Christiane
« Celui qui voyage sans rencontrer l’autre ne voyage pas, il se déplace »
Alexandra David-Neel
Le tableau a été peint par Ippolito Caffi, il conjugue védutisme et orientalisme, quant à Yeni Venedik, c'est une outlet d'Istanbul. Kitsch est le mot .
Catherine
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Ca manque d'humanité.
Mais ça doit dépendre de quelle humanité. Entre des hordes de touristes et la vie normale comme ça devait être il y a 50 ans, je comprends qu'on en arrive à préférer le désert.
Mon smartphone (et je me traite d'andouille d'avoir eu la paresse d'embarquer un encombrant reflex) photographie les reves.
J'ai embrassé l'aube d'été. Au réveil, il était midi. La ville était arpentée de personnes vaquant à leurs occupations. Et le préfet de police qui sirote son prosecco derrière moi craint que l'animation évoquée par Mathilde donne lieu à quelques débordements.
Catherine
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Je dirais à la louche qu'il y a deux tiers de Vénitiens (qui mènent leurs vies d'Italiens dans leur ville, courses, causeries, ou sont assis sur les bancs des places, alors que tu ne les y vois jamais quand la ville est la proie des touristes) et un tiers de touristes. Parmi ceux-ci 9 sur 10 sont italiens. Le reste se répartissant à peu près équitablement entre francophones, anglophones, germanophones.
C'est une ambiance très paisible.
Place Saint Marc à 15 h :
Et balade...
Le max de la foule, c'est ce genre de chose, autour de San Marco :
Les pigeons, oui, bien représentés. Mais mes compagnons de l'aube ont surtout été les goélands.
Catherine
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Bonsoir Catherine
Merci de ces nouvelles images.
Et les commerçants qui vivent du tourisme ? Tu as pu discuter avec eux pour savoir s’ils ont envie de revenir comme c’était avant ? Ou apprécient ils cette tranquillité retrouvée ?
" Nous ne saurons jamais tout le bien qu'un simple sourire peut être capable de faire."
Mère Teresa
Plus que de décompression (puisque j'ai eu l'idée - saugrenue? de poster dans pensées et réflexions) c'est de régénération qu'il s'agit. Cette soudaine avalanche de morts (pas des nombres, des personnes) qui m'avaient ensevelie en mars avril m'avait laissée exangue.
C'est, enfin c'était, assez étrange que le subinfraconscient me propose Venise pour me sortir de cet état. J'y venais très souvent entre 18 et 23 ans, age auquel j'ai découvert Rome et les gros muscles de la capitale de l'empire, qui engloutit en permanence l'excroissance civilisationnelle chrétienne, m'avaient complètement détournée des entrechats gracieux et perruque poudrée de Venise. Quand j'y étais revenue, sur demande de tiers, brièvement, la foire commerciale qu'était devenue cette ville m'avait gonflée. Un lieu gangréné par le tourisme et à oublier, sauf complaisance familiale ou amicale. (le tourisme a aussi bousillé Rome ces dernières années d'ailleurs).
Sauf que. Sauf que dans ces voyages pluriannuels de toute jeune adulte, il y avait un rite, souvenir enfoui d'une sensation extrèmement puissante : écouter les 12 coups de minuit du Jacquemart en ouverture, suivre le quai devant le palais des doges (me souviens plus de son nom) où étaient amarrés tous les vaporetti de nuit, cordes qui se tendent et grincent, bruit sourd du métal qui se heurte pour finir d'atomiser le jour, et marcher des heures dans Venise déserte.
Hier soir, j'ai vite pigé que ça ne serait pas faisable. Ça buvait dur et parlait fort dans la ville. Quelques chats expérimentés, oreilles baissées, regard hargneux et queue fouettante m'ont d' ailleurs suggéré de laisser tomber. Restait donc l'aube. Avec un peu de chance, la fatigue aurait sans doute abattu les buveurs bavards. J'avais mis le réveil à 4h30 mais j'ai ouvert les yeux avant. À 4h15 une fine ligne jaune striait déjà le bleu de la nuit qui palissait sous elle. On n'entendait plus que quelques appels d'oiseau marin. J'ai sauté dans mes baskets et suis sortie.
Clapotis d'eau, cris de mouettes et goélands, ronronnements électriques, quelques chasses d'eau.
Parfum marin, relents d'eau croupie, premières effluves de pain.
Et Venise, chef-d'oeuvre humain offert dans la rareté des sons, des sons nets.
Lumière qui croit lentement.
Entre 4h30 et 6h30, j'ai du croiser 15 personnes. Deux photographes à trépied (malins les gars, mais lourds aussi), quelques vigiles, trois carabinieri, 2 touristes, une poignée de Vénitiens matinaux qui transportaient des sacs ou sortaient des clébards incontinents. À 6h30 les balayeurs sont entrés en action, les premiers bars ont commencé à lever leur volet roulant, quelques joggueurs se sont pointés dans les calle, à 7 h des employés pressés ont débouché des voies qui venaient de Santa Lucia. Les commercants alimentaires et presse ont préparé leurs étals. À 7h30 la ville était prete à se ruer dans la confusion du jour.
Je ne pouvais pratiquement plus mettre un pied devant l'autre tellement j'avais mal aux jambes à force d'avoir cavalé mais l'étreinte solitaire et muette avec la ville était achevée. Je fonctionnais à nouveau. Je pouvais aller dormir. Et passer au réveil à la page suivante.
Page dans laquelle il y a bien sûr des bateaux. D'ailleurs je voulais naviguer jusqu'en Arménie et aller saluer Byron dont j'avais pris congé à Missolonghi mais je me suis laissée distraire par la conversation d'un vieux monsieur exquis attablé dans "ma" cantine locale (ça devait être un noble vu la taille de sa chevalière en or et la déférence familière avec laquelle lui parlaient aussi bien le préfet de police que le cafetier) et j'ai loupé le vaporetto. Tant pis. Cool raoul (ou vous écrivez ça cool raoult, désormais, dans l'hexagone?), laissons-nous vivre.
Catherine
PS : me demande si j'ai pas fait plus long que Luc Bertrand là... (qu'il ne prenne pas mal cette remarque s'il passe par là, c'est une taquinerie)
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Ah! Je crois que la question que tu poses fait l'objet d'un très intense débat à Venise actuellement. C'était l'un des sujets de conversation avec ce charmant vieux monsieur à foulard de soie. La ville a connu un développement anarchique du tourisme au cours des décénies écoulées. Ça l'enrichit et la tue. Elle subit à la fois des pressions externes (en particulier de Costa, Mkekchose) qui font du lobbying auprès du gouvernement pour obtenir des garanties de leur droit d'exploitation de la cité et interne par les Vénitiens qui y trouvent un intéret. Mais il semblerait qu'il y ait une volonté croissante, chez beaucoup de Vénitiens, de penser et organiser le développement touristique de leur ville. À voir.
Venise à l'aube naissante :
Venise à la nuit tombante :
Catherine
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What else ?
Pour l'orange transparence de l'Aperol allégé de Prosecco et de Seltz qui explose dans le soleil.
Ah, Cannaregio... mon sestier préféré.
C'est un bon choix pour le logement, pragmatique, surtout si on arrive en train. Mon hôtel, chambre spacieuse avec terrasse individuelle fleurie donnant sur la place du ghetto nuovo, était parfait. La gamme de lieux de restauration charmants à proximité permet de s'alimenter convenablement en général (ce qui à Venise est loin d’être toujours le cas), parfois même bien.
Ce n'était pas un voyage pragmatique. C'était un songe réel, une apesanteur, une dissolution dans la lumière qui vibrait dans les veines.
Catherine
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Bonjour Catherine, d'abord je ne te trouve pas longue, parce que j'aime bien ta prose descriptive. De plus, tes photos sont superbes.
Long, pas long c'est très relatif, si on est intéressé par ce que l'autre écrit on ne trouve pas cela long. Je souhaite que le plus possible ne me trouvent pas long, même s'ils ne sont que quelques uns à trouver un intérêt à mes élucubrations, c'est déjà bien. Je n'ai pas reçu tant que cela de remarques acerbes, les VFistes dans leur grande majorité sont peut-être tout simplement polis. Quand on rentre dans une librairie, on ne s'acharne pas à tout lire, et bien là c'est pareil, on fait comme on veut.
J'avais écrit dans un texte sur la notion de distance (on peut essayer de faire un parallèle avec l'écriture) un voyage de mille kilomètres en avion c'est très court, un voyage de 1000 mètres dans la face ouest des Drus c'est très long.
Luc
Sur la longueur des messages, tu as raison, si ça ne plait pas on a qu'à pas lire.
Mais il faut savoir une chose, pour ceux qui ne lisent pas. Ce n'est pas forcément par manque d'intérêt, mais lire sur un écran peut-être difficile pour certains. Quand on lit, je crois que le cerveau à besoin d'abord d'une vision globale, avant de balayer en détail le texte. Suivant le matériel qu'on utilise pour se connecter au forum, les textes qui dépassent la possibilité d'être affichés en une seule fois (comme une seule page papier), sont difficiles à lire, le fait d'avoir à faire défiler le texte rend la lecture très pénible (les repères visuels se brouillent).
Donc, ce n'est pas forcément par rejet de ce qui est écrit, ou parce qu'on juge que quelqu'un est trop bavard.
Par contre, ce qui m'épate, c'est la rapidité à laquelle tout ce que tu as envie de raconter surgit.
Ca me plairait d'avoir cette aisance.
Pensez-vous que celà n'en vallait pas la peine de se battre?[:P]
Ces caricatures ont maintenant disparu de notre lagune et sûrement pour toujours. Aidé par un petit virus il faut bien le reconnaitre.
Et ainsi Catherine et nos/ses enfants plus tard continueront à faire de belles photos de la Cité.
je vous envoie un petit lien qui pourrait vous intéresser
http://blogfrancescapiana.it/rivedere-venezia/
FUORI LE NAVI DALLA LAGUNA!
p.s. je n'ai pas répondu au message concernant le voyage de la démesure sur l'autre forum (c'était inutile) , mais je pense de tous les intervenants vous étiez la seule à avoir compris où se situait vraiment le "problème". [:P]
Tu as raison. [:)] L'un des plus beau livres que j'ai lu est L'homme sans qualités. Arrivée au bout des 2000 pages, je regrettais qu'il soit déjà fini.
Je lis certains de tes messages avec plaisir, j'interromps la lecture d'autres après quelques lignes. Je trouve amusante la constance avec laquelle tu postes des pavés. [;)]
Je ne sais pas quel est mon sestiere préféré à Venise. Pas Cannaregio, trop hippodamien. Peut-être le Dorsoduro, et ses jardins sur les canaux. J'aime une Venise dédalique. Organique, enchevêtrement de veines où son sang circule.
Catherine
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Si je compte bien, il y avait donc 1% de francophones, pas plus d'anglophones et pas moins de germanophones. L'oreille de Vivaldi et l'hémisphère droit de Luca Pacioli.
... L'homme sans qualités. Arrivée au bout des 2000 pages, je regrettais qu'il soit déjà fini.
Vieni, facciamo ancora un'altra foto
Col colombo in man',
Così, sorridi bene senza smorfie,
Lo sguardo fisso su di me
Mentre conto fino a tre,
Sarai contento quando poi
Tua cugina lo vedrà
Che a Venezia siamo stati anche noi.
Je croise les doigts pour ce projet de Venise Fu-turistica (pour les non italophones, à la fois futuriste et fut touristique). J'ai été quand même étonnée que l'on me dise que l'autorisation de passage des HLM à moteur dans la Giudecca est accordée à Rome (qui gère les ports et leurs accès) et non à Venise par les représentants élus de ses habitants.
In bocca al lupo ! (per tutti noi)
Catherine
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je vous jure que j'en ai les larmes au yeux. Enfin!!
Le message de Royal Caribbean est sans équivoque. Ils ont enfin eux compris qu il y a des gens qui vivent à Venise et qu'il faut les respecter ainsi que leur Cité.
Vous voyez que ça sert de se battre même contre Goliath.[:P]
Il ne manque plus que les autres. Mais c'est un sacré précédent.
But not one that is unexpected when the sentiment in the city is strongly against the over tourism that has engulfed it. Cruise ships are only a part of that but they are more visible (as well as the potential damage to the canals). Times change unfortunately
Times change fortunately !
Ces bateaux étaient une catastrophe pour la survie de la ville.
Faut-il se dépêcher d'aller profiter de Ravenne avant la ruée ?
Elle est charmante Ravenne...
De toute façon, un brindisi au Bellavista pour les Vénitiens. [;)]
Catherine
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merci pour ces photos d'une Venise si paisible et si charmante.... ça me donne des envies d'Italie;...De mon côté, je croise les doigts pour que, définitivement, les HLM flottants ne polluent plus les mers....
Dites vous bien, suite à la crise du Covid, les compagnies de croisière sont maintenant à l'agonie, que chaque fois que l'un de ces HLM flottants (caricatures du tourisme ultra bas de gamme, excessivement polluants, envahissants et irrespectueux) qui va aller à la casse dans les prochains mois (et il y en aura probablement pleins) c'est notre planète qui va à chaque fois nettement mieux respirer et ......... nos enfants qui diront merci.[;)]
il y a tellement d'autres manières de faire du tourisme respectueux, il suffit de regarder sur ce forum.