Faut-il faire rêver de voyage ceux qui ne peuvent pas partir?
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YA
Si vous connaissiez quelqu'un rêvant de voyages, auriez-vous des scrupules à lui raconter toutes vos passionnantes aventures aux quatre coins du monde, à lui raconter les moments les plus drôles, les plus émouvants, à lui montrer les photos les plus belles, bref à entretenir ses rêves? Le feriez-vous sachant que cette personne ne pourra vraisemblablement jamais partir? Entretiendriez-vous et enrichiriez-vous ses rêves sans hésiter? Ou bien hésiteriez-vous car derrière cette apparente frénésie de savoir, se dessine parfois sans même se cacher une profonde tristesse de ne pas pouvoir réaliser ce rêve? Comment gérer ce subtil équilibre entre rêves et regrets de la personne qui vous écoute?
DO Dolma Globetrotter ·
Je ne raconte déjà pas vraiment mes aventures aux quatre coins du monde à des gens qui voyagent alors comment pourrais-je concevoir de les raconter à une personne qui ne peut pas voyager alors qu'elle en rêve ?

Par contre je n'hésiterais pas un seul instant à rêver avec elle de voyages fabuleux que nous ne réaliserons sans doute jamais l'une et l'autre parce qu'ainsi nous serions égales.

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
YA Yangguizi Globetrotter ·
Moi non plus, aux gens que je sais que ça n'intéresse pas, je raconte juste quelques anecdotes laconiques, pour meubler la conversation. Aux gens que ça intéresse et qui peuvent voyager par contre, je dis plus.

Mais que faire quand la personne est demandeuse, veut savoir comment est le monde extérieur?
LE Lepiaf Globetrotter ·
Pourquoi te compliques-tu la vie ? Si une personne est demandeuse et que tu peux satisfaire sa demande, fais-le sans te prendre la tête. Personnellement, si j'ai le choix entre faire simple ou compliqué, je choisis toujours le simple (j'évite tout de même le simplet).
DO Dolma Globetrotter ·
Si la personne est demandeuse ? Alors il suffit de parler des endroits de ce monde que nous connaissons et qu'elle rêve de découvrir plutôt que de mettre en avant le petit ou grand voyageur que nous sommes, ça ne me semble pas compliqué !

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
YA Yangguizi Globetrotter ·
Lepiaf et toi avez sans doute raison.

Mais ma question n'est pas théorique, elle s'est posée ce week-end, tandis que j'évoquais mon voyage en Ouzbékistan. En a découlé une avalanche de questions sur ce pays et sur d'autres. Et comme j'avais mon appareil photo sur moi, j'ai aussi pu montrer quelques merveilles en images.

Vous me direz que tout cela est très sain, mais je suis certain d'avoir décelé de la tristesse dans la voix de celle qui me disait que malheureusement, elle ne pourrait jamais voir ni connaître ça. Et cette tristesse, c'est moi qui l'ai provoquée.

Effectivement, je suis de ceux qui préfèrent parfois la complication à la simplicité, et cette question m'obsède depuis dimanche dernier.

J'ai convenu avec cette personne que la prochaine fois qu'on se verrait, je lui amènerais mon laptop. Et le ton de sa question "tu dois avoir dessus des photos de tous les pays où tu es allé?" laissait percevoir ce mélange de curosité et d'excitation d'une part, et de tristesse d'autre part.
DO Dolma Globetrotter ·
On est bien souvent beaucoup plus heureux dans ses rêves que dans la réalité, alors fais comme j'ai dit plus haut : rêve avec elle et elle sera consolée... 🙂 ! Et ne prend pas ma réponse à la légère, je t'assure que ça marche !

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
YA Yangguizi Globetrotter ·
C'est de la triche. Il n'y a quasiment aucun endroit au monde où je ne pourrais pas aller si j'en avais envie. Et cette personne le sait parfaitement, elle me dira forcément "toi au moins, tu pourras y aller un jour".
WA Wara Regular ·
salut Lorsque je racontais des détails de mes voyages à ma gd mère, elle qui n'a jamais quitté son village et rêvait devant les documentaires TV toute la journée quand elle est partie en maisons de soins, elle pleurait. Elle me disait "j'aurais du aller voir ailleurs! j'aurais du! mais c'est trop tard", je crois aussi qu'elle savait qu'elle n'en avait pas eu le temps, les moyens et peut-être simplement pas eu l'idée ou le courage. Tristesse, nostalgie mais émerveillement et surprises, pétillement et joie dans ses pleurs aussi à regarder les photos... alors je me disais que ces qques instants d'émotion pure, de changement, de tristesse valait mille fois le coup. La tristesse est une émotion importante, qui peut se transformer en curiosité et si cette personne dont tu parles ne pourra jamais aller voir elle-même ailleurs, il y a le goût de voir d'autres choses par la télé, les livres, les films et surtout tes histoires et tes photos. Je suis persuadée du bien qui se cache derrière la nostalgie et le chagrin de ne pas pouvoir vivre soi-même ces histoires, il faut garder une certaine mesure dans sa démonstration d'enthousiasme peut-être pour ne pas provoquer la jalousie malsaine... Moi-même, quand je lis les lettres d'une amie qui part avec MSF autour du monde, qui vit ses utopies et ses principes, je ressens parfois de la nostalgie et de l'envie, je remets ma vie en question et je suis triste un moment à écouter ses histoires...mais cela me donne aussi la force d'avancer, d'avoir envie de plus de découvertes encore. Je suis sûre que voir tes photos, t'écouter rire de tes aventures, voir tes yeux pétiller en racontant, admirer un bibelot étranger, toucher un tissu venu d'ailleurs ou porter un vêtement d'un autre peuple apportent tellement d'émotions à cette personne, que sa tristesse n'en est qu'une parmi les autres! Et que sommes nous, sinon des êtres d'émotions? Wara
YA Yangguizi Globetrotter ·
Merci pour ton beau témoignage Wara. Je crois que tu m'as convaincu.

Sinon, dans son cas, télé, livres et films, c'est aussi quelque chose de plus ou moins inaccessible. Elle n'est pas en prison, mais on va dire que sa situation pourrait s'apparenter à cela par certains aspects.
CU Cupda Veteran ·
C'est marrant que tu parles de prison, parce que depuis ce matin que je lis ton message et les réactions des autres membres, c'est le parallèle que j'ai envie de faire. Ta question me renvoie quelques années en arrière, à une époque où j'animais des activités en maison d'arrêt. Lors d'une discussion avec une assistante sociale à laquelle je racontais succintement la teneur de certaines de mes conversations avec les détenus qui partageaient un moment avec moi chaque semaine, celle-ci m'a reproché en gros la chose suivante : "mais comment peux-tu leur raconter tes soirées du samedi en ville alors qu'eux sont enfermés, samedi soir devant la télé à 2 ou 3 dans 9 mètres carrés ; je ne crois pas un instant que tu puisse faire ça sans réaction de leur part et sans tâter personnellement de ta propre cruauté".

En fait, elle n'avait rien compris. Ces jeunes gars étaient archi-demandeurs, voulaient tout savoir de ce qui se passait en ville, quels changements, quels nouveaux bars, comment la vie dehors évoluait. Bien sûr que ça pouvait être dur pour eux d'entendre ça compte-tenu du contexte, mais je crois que quelque part ça leur permettait un peu de continuer à vivre par procuration, à sortir au moins mentalement de ce lieu d'oubli relégué hors de la ville derrière une colline, d'accumuler quelques modestes billes supplémentaires pour tenir. A chacune de mes apparitions, après "salut, comment ça va", c'était "qu'est-ce que t'as fait samedi" et "quoi de neuf en ville" qui suivaient, et une avalanche de questions du même acabit. On parlait de la vie quoi, et la vie c'était dehors, donc pas accessible. Mais comment aurais-je pu oser me présenter devant eux en leur disant "bah, j'ai rien fait samedi, télé, dodo, c'est tout" et "en ville, c'est pourri, j'y descends plus" ? Des craques. Aisément discernables en plus. Quel sens ça aurait eu, à part que j'y aurais perdu beaucoup et eux aussi, à part que ça aurait cassé quelque chose ?

Voilà pourquoi je suis d'accord avec celles et ceux qui t'ont répondu avant moi. Les gens sont grands, quand ils demandent on ne se prend pas le chou.
GI Gildadesiles Globetrotter ·
tu as tout à fait raison, quand mon frère était gamin un de ses meilleurs amis avait un cousin en prison. Alors qu'il nous avait accompagné en vacances, quel ne fut pas notre étonnement lorsqu'on l'a vu envoyé des cartes postales...devant notre étonnement et bien qu'il n'ait qu'une douzaine d'années le gamin nous disait qu'au contraire son cousin était super heureux de recevoir ces cartes postales qui faisaient "tomber les murs"....😉
YA Yangguizi Globetrotter ·
Bien, bien, vous m'avez convaincu.

Toutefois, afin de chercher encore la petite bête, j'ajouterai une précision.

Sans vouloir m'attribuer un rôle que je n'ai sans doute pas, j'ai peur de faire plus que répondre à une demande, j'ai peur de créer cette demande qui devait être sous-jacente avant que nous nous rencontrions, mais qui s'est révélée lorsque nous avons commencé à parler. Je ne pense pas me tromper en disant que cette personne a dû avoir dans le passé peu d'informations sur le monde extérieur, et rencontrer peu de gens lui ayant raconté ce qui s'y passait. Elle a de bonnes connaissances en géographie et doit donc s'y intéresser depuis longtemps, mais pour une fois, elle a l'occasion d'habiller de quelque chose de concret tous ces noms et parfois ces photos aperçus au détour d'une lecture.
KH Khaldoun Regular ·
Convaincu déjà? Voici un autre point de vue.

Je ne raconte pas car mes récits vont nourrir l’amertume et le ressentiment. Je pars du principe que celui qui ne peut pas partir souffre. En t’écoutant, il passera peut-être un superbe moment d’évasion, mais vient inévitablement l’instant de la fracture, celui d’un silence où la personne qui t’écoute se demande bien pourquoi elle n’a pas la chance de partir elle aussi. "Pourquoi lui et pas moi ?", se désespèrera-t-elle par elle-même, en aparté. C’est une impression pénible que l’on ressent tôt ou tard, à un moment du déballage. On peut en éprouver un malaise réel, une gêne considérable, qui conduit à abréger, à changer de sujet ou même à prendre congé.

Le ressentiment, je le perçois comme une jalousie exacerbée. Sur le moment, tu racontes et c’est génial. On boit tes paroles, on dévore tes carnets et tes photos, on t’applaudit et tu es une star. Mais tu es perçu comme quelqu’un qui a de la chance et tu es jalousé par en dessous, quand ce n’est pas ouvertement. Chacun connaît bien les conflits et les drames auxquels ce péché peut mener, surtout avec le temps. Un jour, une claque arrive et on se demande bien ce qui a pu la provoquer…

J’ajoute que tous les récits ne se valent pas. Certains peuvent être plats et ennuyeux, d’autres révèlent la vanité d’un paon. S’abstenir, c’est peut-être éviter le ridicule devant ceux qui, à défaut de partir, ont parfois un sens aigu de l’observation.

Entièrement d’accord avec Cupda pour ceux qui sont absolument privés de leur liberté. Moment d’évasion pour eux, mais aussi une façon de garder l’espoir, de se dire "Moi aussi, un jour… ".

Khaldoun
YA Yangguizi Globetrotter ·
Il se trouve que dans le cas qui m'intéresse, il s'agit effectivement de privation de liberté. "Moi aussi, un jour..." est exactement ce qui m'a été répondu, bien que elle comme moi ayons du mal à en mesurer la probabilité (assez faible à mon avis).

Je préciserais aussi à toutes fins utiles que ce que je décris dans ce cas n'est pas mon périple à proprement parler (dont je me doute bien que le détail n'a aucun intérêt pour elle), mais le fruit de mes observations ainsi que certains traits principaux des populations et des merveilles rencontrées. Un leitmotiv qui revient sans cesse dans ses questions: comment communiquer avec les gens? Car c'est bien cela qui relève le plus de l'inconnu pour elle.
LU Lucc Regular ·
Tout jeune, je révais devant une mapemonde... dés que je pouvais, je récupérais à la bibliothèque des livres de voyage... et puis un jour, tout jeune possesseur d'un permis de conduire, avec quelques amis, on a fait un petit voyage qui à l'époque nous a paru être l'exploration du siécle.. c'était en 1975, avec une 2CV et une petite tente canadienne, nous sommes partis vers la Grèce, via l'Italie du Nord et la Yougoslavie de l'époque. Ce fut génial... puis la vie de couple, un enfant, le travail, les petits moyens, j'ai repris mes rêves de voyage... j'étais avide des récits de ceux qui revenaient du bout du monde... mais ce n'était pas pour moi. Puis les évenements ont fait qu'un jour, j'ai pu partir et aujourd'hui, je n'arrête plus...

Donc revez, faites rever... et surtout, sachez que le voyage est à la portée de tous ceux qui le veulent. Voyager coute moins cher que de jouer au tiercé... ou que bien d'autres passions...

Aujourd'hui, certains ne peuvent pas partir... mais demain, peut-etre pourront ils partir... et vos récits y auront eu leur part de responsabilité...
Lucc

"La vie s'arrête lorsque la peur de l'inconnu est plus forte que l'élan" Haffid Agoune
YA Yangguizi Globetrotter ·
Donc revez, faites rever... et surtout, sachez que le voyage est à la portée de tous ceux qui le veulent.

Justement non. Pour voyager dans des pays étrangers, il faut: de l'argent. Certes, il y a des possibilités de voyager pour pas cher, voir même pour pas grand chose du tout, mais il faut quand même un minimum. Et ce minimum, la plupart des terriens ne l'ont pas. des papiers. Même avec un peu d'argent, il y a beaucoup de frontières très difficiles à franchir pour les non-occidentaux. la liberté. Aussi choquant que cela puisse nous paraître, il y a des ressortissants de certains pays qui n'ont pas le droit de se déplacer, sauf dérogation. Il y a aussi les prisonniers dans tous les pays au monde, mais bon, ceux-là, dans la majorité des cas ils ont leur part de responsabilité. la santé. Certains arrivent à voyager avec un handicap parfois lourd, et ils ont toute mon admiration. Mais ce n'est pas à la portée de tous, et il y a de toute façon certains problèmes de santé qui interdisent quasiment tout voyage. du temps libre. OK, on peut faire de courts voyages, mais il en faut quand même un minimum. Le temps libre dont nous les français disposons est sans commune mesure avec ce que connaissent la plupart des terriens. Ensuite, cela peut être un choix de vie, certes, mais la liberté de prendre du temps libre dans un pays qui ne connait pas ou peu les congés payés est toute relative.
GE Geli Veteran ·
Tout ce qui s'est dit autour de ta question yangguizi, rejoint plus ou moins ce que j'aurai répondu mais ton dernier post va beaucoup plus loin pour éveiller un autre axe de réponse : la privation de liberté entraînant un problème d'autonomie. Le post de Lucc va vers l'espoir : ne pas lâcher sa liberté à rêver, et ça personne ne peut en priver qui que ce soit. En milieu carcéral, c'est vital, sinon on coule dans l'indifférence de cet univers dont chaque maillon législatif, souvent débordé par l'ampleur de sa tâche, le refus de se remettre en question et/ou sa difficulté de gestion quotidienne, sont autant de barrières à traiter les humains seulement dignement. C'est pourquoi je pense moi aussi que tant qu'une demande de partage s'exprime, humainement, on ne peut pas en faire l'économie, sinon c'est à mes yeux de la dérobade. Et qui sait, un jour peut-être cette personne, enrichie des récits qu'elle écoute, lit ou voit en reportages, saura mieux apprécier que quiconque les moments présents. Geli
MA Mariannehon Regular ·
Les conditions que tu cites et qu'il faut réunir pour voyager sont plus ou moins exactement celles dont la grande majorité des habitants de Cuba ne disposent pas. Depuis de longues années, je fréquente un grand nombre de Cubaines et de Cubains qui ne sont jamais sortis du pays, et qui n'ont même pas circulé un tant soit peu dans l'île. Mais ils sont avides et très intéressés d'apprendre ce qui se passe à l'extérieur, dans mon pays d'abord (cela leur permet aussi de me situer dans mon environnement familier), puis dans les pays que j'ai eu l'occasion de visiter et de connaître un peu. Ils se "nourrissent" en quelque sorte de ces informations, de ces récits, et souvent, ils poursuivent ensuite leur propre découverte en lisant des bouquins, par des échanges avec d'autres personnes, etc. Je crois que si je ne leur racontais plus mes voyages (en respectant bien sûr une certaine mesure), je les priverait réellement d'un bon moment qui leur permet de s'évader un peu, du moins en pensée. Ta question est vraiment intéressante et il vaut la peine d'y réfléchir. Amitiés Marianne
YA Yangguizi Globetrotter ·
Ceux qui me connaissent un peu auront sans doute compris que la situation de la personne que je connais est comparable à celle de tes amis cubains, puisqu'il s'agit d'une nord-coréenne. Mais j'avais fait exprès de poser la question d'une manière générale, car si les causes sont différentes, les effets sont comparables.

Dans son cas, la situation est à ce point absurde qu'elle n'a même pas le droit de se promener à Shanghai où elle habite depuis six mois.
MA Mariannehon Regular ·
Oui, oui, je te connais un peu par VF interposé et j'avais fait le rapprochement... puisque c'est toujours avec un très grand plaisir que je lis tes carnets de route, et plus spécialement celui de ton voyage et séjour en Corée du Nord. Mais peux-tu m'expliquer pourquoi ton amie ne peut pas circuler à Shangai ? Y a-t-il des règles spéciales pour les ressortissants de CN ? Là j'avoue que je manque d'informations. Merci de m'éclairer à ce sujet Marianne
YA Yangguizi Globetrotter ·
Je ne peux pas vraiment qualifier cette personne d'amie, car de toute façon je ne pense pas qu'une vraie relation amicale soit autorisée. Disons qu'on a eu de longues discussions passionnantes, qui nous ont sans doute enrichi l'un comme l'autre.

Elle travaille dans un restaurant officiel où tout le personnel est nord-coréen. Les règles sont très strictes: ils doivent toujours être tout le temps ensemble, et n'ont pas le droit de sortir sans les autres. Il s'agit bien évidemment d'une interdiction d'origine nord-coréenne. Les chinois se moquent totalement de leurs allées et venues. Elle n'est sortie qu'une seule fois en centre-ville, pour une "visite" à laquelle tout le monde participait. Il est fort possible que cette "chance" ne se reproduise plus jamais pendant les deux ans et demi qu'il lui reste à passer ici.

De toute façon, d'après ce qu'elle m'a dit, c'est à peine mieux dans son pays. Même en Corée du Nord, elle ne peut pas circuler hors de sa ville sans passer par une très lourde procédure administrative et des autorisations diverses et variées. Hors de question dans ces conditions de voyager hors des frontières.
MA Mariannehon Regular ·
Merci pour ces précisions. Je m'en doutais un peu... et cela ressemble étrangement aux anciennes règles de rester groupés et à la présence d'un "politique" du parti qui suivait les groupes de musiciens cubains en tournée dans les années 90, pratique abandonnée aujourd'hui car elle s'est avérée totalement inefficace, beaucoup de ces "accompagnateurs" en ayant profité pour ne pas retourner au pays ! Mais j'ai d'autres questions: comment le personnel des restaurants officiels de CN est-il recruté ? Sont-ils volontaires malgré ces conditions drastigues ? Et que se passe-t-il s'ils ne veulent pas rentrer chez eux à la fin du séjour qui est prévu ? Tu peux bien entendu me répondre en MP, je sais que mes questions sortent du sujet initial. Amitiés Marianne
YA Yangguizi Globetrotter ·
Je n'ai pas la réponse à ces questions, et surtout pas à la dernière (j'aurai jamais le culot de la poser 🙂 ).

Officiellement, elles sont toutes volontaires pour partir, mais je ne suis pas sûr que ce soit vrai. Ceci dit, elles ont au moins l'avantage ici de pouvoir manger abondamment. Ce dont je suis par contre à peu près sûr, c'est que tout le personnel vient de bonnes familles ayant une situation confortable au pays. C'est un gage de sécurité que ces personnes pourront être relativement sincères quand elles diront du bien de leur pays, et que leur intérêt est bel et bien d'y retourner.

Si l'un d'entre eux s'enfuit et ne retourne pas au pays? J'imagine de très lourdes conséquences pour les familles.
MA Mariannehon Regular ·
Merci ! Je constate qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, idem dans l'ancienne UdSSR et, heureusement dans une moindre mesure aujourd'hui, à Cuba.

Et à propos de voyage: il serait certainement intéressant d'apprendre ce que les personnes qui travaillent dans ces restaurants racontent lorsqu'elles rentrent au pays. Côté cubain, en général, ils enjolivent et idéalisent un peu ce qu'il ont vu et vécu. A l'époque (début des années 90), mon mari musicien me disait "les souvenirs d'une tournée alimentent mon énergie pendant plusieurs mois...", et il faisait aussi siens les souvenirs et récits des autres !

Bonne journée (ou bientôt nuit ??) à toi Marianne
BA Battenburg Regular ·
Très bonne question Yangguizi....

Parfois raconter ses voyages, ses aventures peuvent créer un sentiment d' envie, de tristesse d' incapacité d' en faire autant... Oui, on se doit d'être sélective (if) comme auditoir.

Étant une passionnée de tout, avant tout, je décris mes excursions avec mimique et frénésie afin de partager ces moments inoubliables, les faire rire, les distraire tout en espérant ne pas créer un mal à l' aise chez certains. Ce goût de vivre, d'aller au bout de ses rêves, de sortir des sentiers battus, de ne plus répondre à ce que la société nous oblige, subtillement...on nous endoctrine...en ce moment. Cette grande facilité d' endettement est la prison doré que l' on ne peut plus quitter.

Pourquoi ne serions-nous pas un déclencheur pour que EUX...qu'ils fassent enfin ce qu'ils ont toujours voulu. Il ne sera jamais trop tard... Récemment, deux de mes amis furent très influencés et positivement dans leurs vies respectives. Et les démarches entreprises n' ont rien avoir avec les voyages. Ils ont coupé leur chaine. Il ont ouvert leur coeur à autre chose.

Ce feu qui nous anime! quelqu'en soit la raison est contagieux. Ne L' oublions pas.
Aujourd'hui, je mord à la vie Hier, je ne m' en souviens plus. Demain, je ferai de mon mieux.
KH Khaldoun Regular ·
Je reste dans un cadre général.

Cubains, brésiliens, marocains, moldaves … Beaucoup de gens sont friands de récits de voyage car ils ne sont pas libres de partir. Pauvreté, régime politique oppressant, santé déficiente, barrières consulaires etc., les causes sont multiples et variées. Au risque de me répéter, c’est l’amertume, c’est-à-dire un profond sentiment de tristesse et d’injustice qui finit par dominer chez ces gens lorsqu’ils vous écoutent. Personnellement, je ne me sens pas bien, j’éprouve une gêne profonde à évoquer mes escapades (et la joie de vivre qui va avec) dans ces conditions.

Comment raconter avec détachement à des turcs sympathiques et attachants que vous avez plus circulé en Turquie qu’eux-mêmes? (Le cas s’est posé à moi récemment).

Comment raconter avec détachement à un chirurgien égyptien (payé au lance-pierre, comme c’est la règle) que vous prenez le large aux quatre coins du monde, alors que vous êtes une infirmière, vous, en France ?

Comment raconter avec détachement à des gens qui peinent à remplir leur frigo que vous avez hésité l’été dernier entre le Yémen et la Jordanie, et que finalement, c’était la Jordanie, et c’était super ?

J’ai fait le choix il y a bien longtemps et au terme d’une réflexion analogue, de ne pas raconter. A quoi sert-il de vouloir jouer un rôle altruiste de déclencheur lorsqu'en face la possibilité de voyager est nulle? Alors, j’évite ce type de conversation, je botte en touche, j’élude, je minimise et je me tourne même en dérision…

L’exception, c’est le milieu carcéral, car ces gens ont la perspective de quitter leur geôle un jour et de partir sur les traces de leur narrateur.

Khaldoun
ES Esvessya Regular ·
J’approuve l’avis de cupda. Moi je fais partie des toutes « petites » de ce forum, de celles qui ne voyagent plus avec un TO mais qui font de leur voyage du semi-organisé tellement tout est bien ficelé avant de partir… 😊 Ceci pour dire que j’ai lu ton récit en Ouzbékistan, que j’ai été admirative et envieuse mais je sais que je ne partirai jamais seule ni même avec mon ami dans ce pays. Je n’en suis pas capable. Pourtant j’ai lu des quantités de récits de personnes ayant fait des choses que je voudrais et pourrais faire mais ne ferai jamais. C’est un peu frustrant oui, mais ça fait aussi tellement du bien de rêver. Moi je lui raconterais et je la laisserais rêver, c’est le ton qui est employé pour raconter qui me semble important.
CG CGeng Regular ·
Ce débat est très intéressant. Je donne mon avis perso. Quand je lit des carnets de voyages passionants, que j'entends des récits merveilleux, que je vois des photos des paysages de l'infini, c'est un moment sensationnel, un vrai partage, ça provoque des sentations de rêves géniales. Et en même temps, après je me dit : "mais merde, quand est-ce que je pourrai y aller, ca fait 4 ans que je veux, et je pourrais quand ? ". Et puis je ne peux pas attendre, je suis trop impatiente, j'ai des envies irrésistibles de voyager, je dois avoir un projet de voyage fixé, sinon ca ne vas pas. Je rentre de voyage depuis un mois à peine, une vrai chance, mais l'idée de repartir me démange déjà bien.

Alors, parfois, quand je vit les récits des autres, ça fait me fait comme une sentation très bizarre, j'ai comme une grosse boule au coeur, une frustration terrible, une boule coincée comme quand on se retient de pleurer (mais je ne pleure pas, ca n'est pas ça). C'est affreux, parfois, cette envie de voyage et de ne pas savoir à quand le prochain, j'en suis malade, j'en suis vraiment malade, ça me gratte à l'intérieur... C'est la passion de partir, de monter dans l'avion, de voir des grandes plaines désertiques, de partir au galop dans le vent, tout ça ne peut pas s'exprimer, concrètement, on n'est même pas sur qu'un un jour on ira là-bas... Je dois être bizarre quand même...

Alors, comme tu dis Yannguiz, c'est vrai qu'il y a des gens, et la majorité, qui ne pourront jamais partir, il n'ont presque aucun espoir. Mais c'est terrible !!!! Ca doit être affreux, c'est injuste. Je ne me plains pas du tout, au contraire, j'ai pleins d'espoirs, j'ai toute la vie devant moi et j'ai la chance d'être en France, je ferai tout pour les faire mes voyages, je trouverai le moyen. Je suis consciente de la chance que j'ai, dèjà, de pouvoi commencer à réaliser mes rêves, d'être en France, libre, avec relativement "beaucoup d'argent", comparé à d'autres pays.

Mais merde, même McDo Rouen ne m'a pas prise pour taffer 2 mois, je suis prete à bosser n'importe où, je veux juste aller au Mali cet été, je pourrai peut etre pas, je dois surement être trop ambitieuse. Comment faites-vous, tous les gens qui ont fait plein de voyages, longs, loin, en Chine, Am. du Sud et tout, comment faites vous pour les financer, pour en faire beaucoup en peu de temps ?

Des gens me disent qu'il ne faut pas se précipiter, qu'on peut attendre 30 ans pour bouger, mais je ne comprend pas. Après, quoiqu'on dise, quand on a un travail fixe, une famille, c'est quand même plus dur de bouger. Même avec toute ma chance, je ne sais pas si je pourrais dans ma vie aller à tous les endroits dont je rêve, car s'il faut sacrifier tout le reste pour ça, une famille... C'est un choix aussi.

Alors pour en revenir à la question, malgré tout, je crois que c'est bien de faire partager ses voyages à celui qui le veut. Si le voyage est innaccessible, on peut jalouser 5 minutes, mais ensuite on se résonne et on accepte, on partage le récit, on prend le meilleur, c'est déjà beau l'échange (ceci est facile à dire pour nous qui avons un espoir, c'est vrai) Mais si je voulais être présidente, sachant que je ne pourrai jamais, que je suis résignée, je crois que j'aimerai quand même réver devant les récits sur le métier de président... Ca me ferai vivre un peu la situation(c'est bidon mon exemple, mais vous voyez ??)

Bon, continuez de rever ceux qui le veulent, c'est plus positif que négatif, non ?

C'etait juste mon avis qui a debordé un peu.

A bientot

Merci Yangguizi

Cécile
"Le plus beau voyage, c'est celui qu'on n'a pas encore fait." (Loick Peyron)
LU Lucc Regular ·
Je conçois qu'aujourd'hui le voyage ne soit pas accessible à tout le monde. Les exemples que tu cites sont presques tous incontestables. Mais de nombreux exemples montrent qu'aucune situation n'est définitive. N'avez vous jamais croisé dans notre vieille France, des polonais, tchèques ou autres ressortissants de l'ex-europe de l'est ? Auriez vous pensé cela possible, il y a une trentaine d'année ? Aurions nous du les laisser de l'ignorance de ces rêves que nous vivons ? Dans l'ignorance, auraient-ils lutté pour un jour accéder à ces rêves ? Taire les reves que nous vivons, n'est ce pas une forme de censure ? Si je n'avais pas su que découvrir d'autres horizons était si enrichissant, aurai-je autant lutté pour économiser mes premiers sous pour partir ? Je persiste et je signe : racontons les rêves que nous vivons, ne laissons l'ignorance interdire l'espoir. Montrons leur que c'est possible.. cela prendra peut-être des années, des générations, mais un jour, ils accéderont à la liberté. Il y a des désharités qui un jour ont réussi à partir... Il y a des prisonniers qui ont été libérés... Il y a des handicapés qui ont atteint le sommet du Mont Blanc ou traversé l'Atlantique à la voile...

Sans avoir connu ces possibilités, sans avoir connu nos reves, se seraient-ils surpassés pour à leur tour les connaitre ? Lorsque tu es malade, l'espoir t'aide souvent a guérir.. aidons les a guérir... et continuons à les faire réver.
Lucc

"La vie s'arrête lorsque la peur de l'inconnu est plus forte que l'élan" Haffid Agoune
HE Hery Veteran ·
Donc revez, faites rever... et surtout, sachez que le voyage est à la portée de tous ceux qui le veulent.

Ce que tu fais, c'est pas couper les cheveux en quatre ?!

L'hypothèse de tout voyage, c'est la volonté absolue de voyager (les rêves la précèdent) ... Après, c'est de l'argent, le temps libre etc. qu'il faut ...

J'ai lu d'un handicapé (paraplégique ?, je ne suis pas sûr) qui a fait un trek dans l'Himalaya et a escaladé un montage. Lui, l'a-t-il fait parce qu'il avait de l'argent et du temps libre ou parce qu'il avait la volonté absolue pour réaliser ce projet ?!

hgb
HE Heidary ·
Bonjour Je suis iranienne et je pense que peut-etre ca t'interesse d'etre repondu de la part de quelqu'un qui reve toujours de voyager et qui n'en pas sufissament de moyens. La reponse a cette question, peut etre tres diversifiee selon ton interlocuteur. J'ai vecu tant de moments ou l'on me racontais de leurs evenements touristiques et je ne fesais que les ecouter. Personnelement, je peux bien suivre la person tant que je trouve pas qu'elle ne veut pas se vanter. Donc, si je sens que je peux partager ses experiences avec lui/elle, je le fait tres volontier, par contre, des que je la trouve frimeuse, je ne peux meme pas rester a cote d'elle pour l'ecouter et je la quitte sans jamais y avoir hone ! J'aime bien mettre une autre remarque; celui qui est avide du voyage et qu'elle s'en occupe en permanent et qu'elle s'est fait nourir ici et la, soit elle s'en procure les moyens soit ses informations exhaustive lui attenue l'avidite. Donc, soit elle se contente de ses connaissance soit elle s'ingenie a ce qu'elle puisse voyager ou elle veut un jour. Donc, je vous conseille de ne pas avoir des scrupules quand vous lui racontez vos experiences sauf qu'il ne faut pas raconter en tres detail, vos evenements afin d'eviter de lui provoques de plus en plus ses amertumes qui ne peuvent pas etre forcement permanents. Au lieu de lui raconter avec d'emotion vos experiences, vous pouvez lui presenter les sites touristiques comme clui-ci pour lui nourrir un peu la curiosite sans voir vos yeux petillants devant les siens. Comme ca, elle ne se sent pas autant privee. Elle peut naviguer dans ses reves sans qu'il se compare avec quiconque. Et si elle n'a pas l'acces a l'internet, vous pouvez lui reveler les moyens de voyage qui ne vont pas lui couter cher. Je n'ai jamais ete en France, mais je connais si bien le pays que je n'ai plus vraiment envie d'y voyager, je prefere les pays que je ne connais pas. Bon courage Faranak
YA Yangguizi Globetrotter ·
Merci pour ton témoignage, et bienvenue sur ce forum puisque je vois que c'est ton premier message ici.

Je trouve ce passage particulièrement intéressant:

"J'ai vecu tant de moments ou l'on me racontais de leurs evenements touristiques et je ne fesais que les ecouter. Personnelement, je peux bien suivre la person tant que je trouve pas qu'elle ne veut pas se vanter. Donc, si je sens que je peux partager ses experiences avec lui/elle, je le fait tres volontier, par contre, des que je la trouve frimeuse, je ne peux meme pas rester a cote d'elle pour l'ecouter et je la quitte sans jamais y avoir hone !"

Je pense que ça résume bien le ressenti que peuvent avoir la plupart de ceux qui ne peuvent pas voyager. La frontière entre rêve et jalousie se situe peut-être ici, autant dans le comportement de celui qui raconte, que dans la récéptivité de celui qui écoute.

Je me souviens d'une soirée dans une ferme au fin fond de la campagne chinoise, où mes photos d'Iran ont je crois fait passer un bon moment à ces gens qui n'iront sans doute jamais là-bas. Ton pays fait rêver, il n'y a aucun doute!
LE Lepiaf Globetrotter ·
Je n'ai jamais ete en France, mais je connais si bien le pays que je n'ai plus vraiment envie d'y voyager, je prefere les pays que je ne connais pas

Tu serais très certainement surprise tout de même si tu venais en France, la réalité ne correspond pas souvent à ce qu'on pense. Je pensais comme toi pour les USA qui me fascinaient quand j'étais jeune et sur lesquels j'ai beaucoup appris avant d'y aller, à tel point que les américains que j'y ai rencontrés étaient sidérés de voir que j'en savais souvent plus qu'eux sur leur propre pays. Et pourtant, le pays ne correspondait pas du tout à ce que je m'imaginais.
HE Heidary ·
Rebonjour

Oui, dans mon pays, il ya pelins de trucs a voir mais helas que la politique erronee de l'Iran fait que un tel pays civilise avec par ex le persepolis, s'en fout du tourise alors que le pays comme la Thailande qui n'a rien par rapport de l'Iran se nourit par le tourisme ! Si vous venez un jour en Iran, n'hesitez pas a me laisser un message. Malgre tout ce qu'on dit contre l'Iran, la situation n'est pas du tout tendue et j'ai plein d'amis francais qui travaillent en IRan sans jamais avoir des problemes de securite. Un ami et moi, nous allons partir bientot a un voyage a shiraz au sud de l'Iran. Je tiens a signaler que hors la securite politique qui n'est pas rassurant mais la securite sociale est voire plus rassurant que beaucoup de pays europeans.

Abosulment, je viendrai un jour en France, je suis en train de me preparer un visa d'etudiant.

Bien a vous

Faranak

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