Laponie/Finnmark: Traversée (avortée) jusqu'au cap Nord continental en ski/pulka
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Fin d'année 2019, nous commençons à regarder une destination nordique qui convient à tous. Nous envisageons le nord du fjord d’Uummannaq au Groenland mais la banquise de décembre ne laisse pas présager une belle saison. Toujours au Groenland, nous laissons tomber les alpes de Stauning sur la côte Est, la logistique est trop chronophage et trop coûteuse. Reste le Spitzberg avec ses vols de la compagnie SAS Oslo-Longyearbyen très simple et assez bon marché pour une telle latitude. Nous envisageons une grande boucle dans le massif de Heer Land au sud de l’île mais les règles norvégiennes imposent d’être armé or la location d’un fusil est visiblement soumise à un petit test de prise en main de l’arme. Aucun de nous ne sachant se servir d’un fusil de manière convaincante nous délaissons cette destination. Toujours à la recherche d’un coin qui allie mer et montagne nous regardons le nord de la Norvège avec notamment le Finnmark et son cap nord continental. Deux villages pourvus d’un aéroport permettent d’envisager une traversée de 250 km environ à travers des plateaux peu escarpés avec comme but ultime les falaises côtières qui marquent la fin du vieux continent.



Nous partirons à 4 la première quinzaine de mars pour relier les petites villes de Lakselv et Mehamn avec un crochet au cap nord continental (à ne pas confondre avec son jumeau insulaire bien plus touristique). Je suis le point commun des membres : un couple et un ami, eux ne se connaissent pas. Pour l’un d’entre nous ce sera la première randonnée en ski. Nous prenons les billets avec la compagnie SAS : Paris-Oslo-Tromso-Laskelv à l’aller et Mehman-Tromso-Stockholm-Paris au retour. Une journée de voyage sera nécessaire pour chaque trajet. Contrairement à beaucoup de massif norvégiens, cette partie du Finnmark ne dispose pas du réseau de cabane DNT ou d’itinéraires piquetés destinés aux skieurs. Nous préparons donc la traversée à notre convenance selon les vallées à emprunter et les rognons montagneux à contourner sur le Géoportail norvégien (très bien conçu) : NorgesKart. La météo est la principale inquiétude du séjour, les archives indiquent 2 jours de soleil en mars en moyenne à Mehamn contre 20 jours de neige et 15 jours avec des vents supérieurs à 40 km/h. L’influence du gulfstream rends les températures plutôt clémentes pour la latitude : entre 0 et -10°C en moyenne. Nous estimons que nos 16 jours de skis complets nous permettront de boucler la traversée sans courir après le temps mais nous n’excluons pas de prendre le bus en cours de route pour rattraper d’éventuels retards et s’offrir des journées en étoiles autour de la tente sur la presqu’île terminale. En décembre pendant les préparatifs nous regardons avec indifférence la Chine lointaine en proie à une espèce de maladie virale… Nous sommes 4 et cela nécessite un peu de logistique de camping. Nous avons bien une tente Trango 4 (4 places) mais en condition hivernale avec les gros duvets et toutes les affaires elle est trop petite pour contenir tout le monde. Nous souhaitons toute de même faire l’eau et le repas du soir ensemble. Les tipis pourraient être une option mais leur tenue aux vents sur les hauts plateaux nous effraie un peu. Les tentes mess d’expédition plus résistantes sont à 4000 euros ou plus. Nous choisissons donc l’option de partir avec la tente 4 places et une autre 2 place. Nous mangerons ensemble dans la grande tente et nous nous séparerons ensuite pour la nuit

29/2 et 01/03 C’est le dernier week end avant le départ. L’épidémie est en Europe et surtout en Italie. Nous réfléchissons aux différentes options : annuler, partir ou partir moins au nord en modifiant nos billets. Le standard SAS est déjà injoignable, les modifications sont payantes et aucun remboursement n’est prévu en cas d’annulation. Nous tentons.

06/03 C’est le départ. De la gare Part Dieu à Lyon atteinte en voiture depuis Gap nous prenons le train pour Roissy ou notre vol nous attend à 10h30.



A quatre nous avons 5 bagages : 3 sacs d’affaire, les 4 pulkas emboitées et une housse de ski avec les 4 paires. A 00h30 nous atterrissons à Laskelv mais les skis n’ont pas suivi, ils sont restés à Tromso. Ils arriveront demain à 18h. Détail insignifiant mais pas tant : le thermomètre s’est brisé en deux pendant le transport, nous n’aurons jamais la température. Sous le ciel étoilé nous montons le camp, reviennent alors les petits automatismes du camping hivernal. Les doutes et les craintes liés à l’épidémie s’envolent. Les vacances commencent.

07/03 C’est journée courses et ré-emballages. Lakselv est très bien pourvu en magasins : un Coop, un Rema 1000 et un Spar. Nous prenons 16 jours de bouffes notamment pour le midi et le matin. Tous les repas du soir viennent de France (pâtes cuissons rapide et semoule). Nous avons trois réchauds à essence dont deux compatibles gaz. A la station service nous achetons du gaz et nous trouvons de l’essence C à InterSport. Nous comptons faire fonctionner les deux réchauds gaz et garder l’essence en cas de casse. Les routes sont enneigées et toutes les liaisons sont donc effectuées à pied en tirant la pulka.



A 18h, le vol de Tromso atterri mais surprise il y a eu une erreur et nos skis n’ont pas été mis dedans, ils arriveront demain à 14h. L’employé est désolé et nous offre l’hôtel pour 4. Nuit à l’hôtel

08/03 Grasse matinée, petit déjeuner à rallonge et examen des cartes. Le retard pris nous inquiète, nous ne voulons pas passer notre temps à nous presser. Décision est prise d’effectuer en ski le premier tronçon de 130 km entre Laskelv et Ifjord puis de prendre le bus pour gagner Mehamn et faire des journées de rando sans la pulka. A l’aéroport, les skis sont bien là. L’employé toujours désolé nous propose de payer le taxi afin de nous avancer un peu sur notre itinéraire. Nous acceptons de bon cœur d’autant que les 10 premiers kilomètres de notre parcours longeaient la route. Nous sommes déposés à Caskilbekk au départ d’une piste de motoneige qui permet l’accès au plateau. Çà sent le départ!



Le vent est fort mais il fait plutôt beau et pas trop froid. C’est un plaisir de skier enfin après ces journées de voyage et d’attente. A mesure que nous nous élevons la vue sur la mer est de plus en plus belle.

A notre étonnement le fond de certaines baies est pris dans la banquise parfois sur une grande surface. La nuit nous rattrape vite et nous montons le camp sans sortir de la forêt de bouleau puisqu’elle nous abrite du vent. Un peu d’organisation est nécessaire pour prendre le repas confortablement à 4 dans la même tente. Par rapports aux années précédentes il est très agréable de se coucher sans craindre qu’un ours blanc de 500 kg ne saute dans la tente.

09/03 6h, une grosse neige mouillante tombe du ciel et il y a un fort vent mais nous tentons l’étape. Nous dépassons un village lapon d’où part une piste jalonnée de piquets. Dans le brouillard et le mauvais temps nous suivons les piquets. Ils semblent mener à une cabane qui est pointée sur la carte. En fin de matinée le soleil perce et le vent faiblit le ski devient agréable. Les gros nuages de tempêtes contrastent énormément avec le blanc du paysage. Nous distinguons la cabane et nous rencontrons un éleveur de rennes lapon en motoneige. Ce dernier, très sympathique, nous explique que l’année est incroyablement enneigée et que les rennes n’arrivent pas à trouver des crêtes dégarnies pour brouter. Nous en avons effectivement croisé beaucoup en nous demandant ce qu’ils pouvaient bien manger. La cabane est atteinte en début d’après midi. Elle est ouverte et nécessiterait un bon coup de ménage et de déneigement pour la rendre agréable mais comme il est encore tôt et qu’il fait beau nous poursuivons.



Nous remontons plein nord une sorte de vallée, la piste est toujours là avec ses piquets, l’orientation n’est donc pas un problème. Nous montons le camp en fin d’après midi. La température doit être à peine sous 0°C.



Cette année nous avons investi dans une balise Garmin Inreach Mini qui permet de recevoir et d’envoyer des SMS. Ainsi nous pouvons envoyer notre position et recevoir la météo : cette nuit et demain c’est tempête.

10/03 6h, réveil au son de la paroi de tente qui claque. Le vent est fort et la visibilité archi nulle, décision est prise de rester sous la tente. Nous nous recouchons un peu frustrés de ne pas pouvoir avancer après l’attente des skis. Dehors c’est la tempête, le vent balaye la neige qui s’infiltre partout notamment entre le double toit et la chambre de la tente mal colmatés la veille… Journée cartes et repos non sans penser à la cabane à quelques kilomètres de là….

11/03 5h30 le vent semble avoir faibli mais la visibilité reste très médiocre, nous partons pour l’étape du jour. Suivre les piquets est difficile alors qu’ils ne sont distants que d’une cinquantaine de mètre. Une heure après le départ c’est la déception les piquets ne poursuivent pas dans notre direction et nous quittons cette piste balisée avec regrets. La navigation s’effectue alors au GPS de point en point (préalablement saisis en France). Pour le skieur de tête, les cailloux qui dépassent permettent d’accrocher un cap mais parfois le sol blanc et le ciel se confondent créant une sensation de chute dans le vide.

Nous atteignons la vallée de la rivière Borserlva, le vent est alors très fort surtout qu’il nous vient légèrement de face. A cet endroit exposé il nous faut traverser la rivière et nous devons nous y reprendre plusieurs fois pour trouver un passage sûr. La pause pique- nique est écourtée mais la visibilité s’est améliorée. Vers 16h le vent tombe brutalement et tout semble calme. Nous profitons de ce répit pour planter la tente quand soudain le vent se lève de nouveau alors que la tente est à peine montée et que toute les pulkas sont encore ouvertes. En à peine TROIS minutes des puissantes rafales remplissent de neige toutes les pulkas. De plus le vent s’est inversé, la tente est donc montée avec l’entrée exposée en pleine bourrasque et l’abside se remplit sans cesse de neige. La rapidité avec laquelle le vent a cessé puis a repris dans une direction différente est vraiment incroyable : probablement à peine plus de 10 minutes. Nuit tempétueuse.

12/03 6h, réveil un peu dur toujours sous le bruit de vent. La visibilité est archi nulle : moins de 50 mètres. Le moral est au plus bas, nous sommes censés être dans la partie montagneuse du séjour et voilà 3 jours que la vue se limite à l’espace intérieur de la tente ou du skieur devant soit. Nous partons alors que le vent se calme puis tombe.

Sans vent, dans les nuages et le blanc du paysage suivre un cap est très compliqué. Le skieur de tête se fait souvent rappeler à l’ordre par ceux de derrière lorsqu’il dévie de son cap. Il faut garder le GPS allumé. Un léger vent se lève ce qui aide à garder une direction. Les yeux rivés sur la boussole du GPS, les vacances contemplatives prennent un drôle d’air : A15 2,7 km ; A16 4km ; A17 1.9 km…. Nous sommes pourtant dans une zone très sauvage, à 600 mètres d’altitude, à deux jours de tout qui doit être magnifique. Plusieurs heures s’écoulement sans croiser un seul caillou pour accrocher un cap. Heureusement que les corniches et autres barres rocheuses sont rares. Nous savons qu’en fin d’après midi une tempête est prévue, aussi à 16h le camp est monté sous des rafales un peu plus fortes que pendant la journée Cette nuit là, le vent souffle fort mais les tentes (en dôme à 4 arceaux) ne bronchent pas.

13/03 6h30, au bruit du vent nous savons qu’il a faibli et la luminosité laisse supposer des éclaircies. Nous sortons et découvrons le paysage incroyable qui nous entoure pour la première fois depuis 3 jours. Le camp en lui-même a complètement changé, des congères se sont formées entre les tentes et ont recouverte les pulkas. Les tentes sont presque ensevelies jusqu’à mi hauteur sur certains côtés.

Tout autour et à perte de vue des immenses étendues presque plates recouvertes de neige. Aucune trace d’autres couleurs que le blanc, nous avons l’impression d’être sur la calotte Antarctique. Pendant le démontage des tentes, le soleil dissipe les derniers nuages, il va faire beau !

L’étape est splendide malgré un léger vent. Nous suivons le lit d’une rivière bordé d’énormes congères, sur les hauteurs des collines, des rennes grattent la neige à la recherche des lichens.





En fin d’après midi le vent est fort mais sous le soleil couchant nous débouchons sur le bord terminal des hauts plateaux. La vue porte très loin puisque nous surplombons de 200 mètres le plateau inférieur que nous emprunterons les jours suivants. Malgré le froid, l’ambiance et les éclairages sont magnifiques.



Dans les bouleaux en fond de vallée, nous distinguons les contours de ce qui pourrait être une cabane. Quelques murs un peu raides à descendre nous conduisent dans la forêt. Nous sommes enfin à l’abri du vent, nous apercevons de nombreux lagopèdes et des traces de gloutons. Cette vallée protégée est un vrai havre de paix ! Nous approchons de la cabane plein d’espoir après 5 nuits ventées consécutives sous tente. La porte s’ouvre et dévoile une cabane pour randonneur, toute propre et avec poêle comme on fait qu’en Norvège. A la chaleur du feu nous faisons sécher toutes nos affaires en repensant à cette belle journée dans les collines du Finnmark.

La difficulté des derniers jours rendent cet endroit encore plus merveilleux et chaleureux. Si le monde s’écroule c’est ici qu’il faut être ! Il y a un thermomètre extérieur qui affiche -12°C. Pendant la soirée bien assis sur nos chaises, nous échafaudons la suite du séjour, Ifjord n’est plus qu’à deux grosses journées de ski et malgré le charme de la cabane nous décidons de poursuivre la route le lendemain. Une journée magique comme seule l’itinérance en ski peut en offrir se termine. Une grande aurore boréale malheureusement peu colorée à cause la lune encore très grosse ondule dans le ciel.

14/03 6h, belles éclaircies et toujours -12°C. L’étape s’annonce plutôt courte, nous visons une cabane repérée sur la carte à 8 km. Tantôt nous grimpons des petits rognons sous un beau soleil tantôt nous descendons dans des petits vallons remplis de bouleaux.

Nous repérons à la jumelle deux élans couchés dans les bouleaux. La cabane est atteinte aux alentours de midi mais elle est fermée. A 11 km à vol d’oiseau une deuxième cabane est indiquée et parait être un objectif atteignable même si il est déjà un peu tard. Il fait beau et nous évoluons dans des sortes de grandes plaines à peine vallonnées et un peu monotone à la longue.

Même par ce soleil nous utilisons le GPS, s’orienter sur ces plateaux n’est vraiment pas simple. Merci le progrès. Devant nous une ligne à haute tension semble ne jamais se rapprocher. Au fil de l’après midi la cabane est atteinte et nous espérons un bel abri chauffé…



Le miracle de la veille n’a pas lieu, la cabane est là mais entièrement recouverte de neige, seuls la cheminée et les contours du toit dépassent de la neige.

Tant pis, nous plantons la tente dans une belle ambiance froide avec au passage un petit exercice glacial : retendre les élastiques des arceaux.
PI Pierresd ·
15/03 5h50, retour du vent et de la mauvaise visibilité mais la couche de nuage semble moins épaisse qu’en début de séjour. Rapidement après le départ nous sommes pris dans des rafales qui nous masquent entièrement la visibilité, même le skieur suivant est dur à distinguer. Nous ressortons le GPS.

Nous traversons une zone au relief un peu plus marqué que les jours précédents et les pièges rocheux ou neigeux ne manquent pas. Heureusement nous bénéficions de belles percées du soleil notamment dans les moments délicats.

En pleine tourmente, l’étrier tout neuf de ma peau de phoque casse et je dois retirer mes peaux en attendant une accalmie pour les réparer. L’exutoire d’un lac marque le début de 300 m de descente jusqu’à un fond de vallée très boisé, encaissé et protégé du vent qui donne directement sur Ifjord.



Après la descente un peu technique, la pause pique nique dans la forêt est fort agréable après toute la matinée passée en plein vent. Ifjord est désormais à quelques kilomètres mais au fond de notre vallée la neige est assez profonde et la rivière non gelée nous laisse à peine quelques mètres de banquette de neige skiable.



Une dure remontée nous fait sortir du lit de la rivière nous visons désormais la route quelques kilomètres devant nous. A 1,5 km d’Ifjord nous montons le camp au bord la route.

16/03 Nous comptons prendre le bus pour Mehamn dès ce lundi et à 8h nous sommes à la station service d’Ifjord.

Nous appelons la compagnie de bus mais pas de chance le standardiste nous dit que le chauffeur est déjà parti avec le petit bus et qu’il n y’aura plus de place pour nous. Le prochain bus est prévu pour mercredi dans 2 jours. Nous réservons nos places et pensons au programme du jour et du lendemain. Les lodges du camping d’Ifjord nous fond de l’œil. Sur la porte de la station service, un numéro permet de contacter le gérant. Après quelques mots au téléphone il arrive à notre rencontre et nous ouvre une lodge en nous précisant de ne pas fréquenter d’autre lieu que les montagnes : la Norvège vient de décider la mise en quarantaine pour 14 jours pour toute personne qui change de comté or Lakselv est dans un comté différent d’Ifjord. L’après midi nous partons en ski en direction du fjord sous un ciel très menaçant et très photogénique.

Sur les rives du fjord la pêche ne donne rien.



Nous apercevons quelques phoques.



La soirée qui aurait dû être agréable dans cette cabane tout confort ne l’est pas. En France la situation a largement empiré et sur nos portables nous écoutons Macron qui annonce le confinement. Par ailleurs SAS et la Norvège invitent les touristes à rentrer dans leur pays d’origine. L’épidémie que nous avions oubliée depuis une semaine nous rattrape. Les messages des proches donnent deux sons de cloche : rentrer en France avant les complications aériennes, rester dans ce coin de bout du monde pour un certain temps. Dehors une énorme tempête balaye la forêt.

17/03 Décisions est prise de renter en France mais nous sommes à 100 km de Mehamn sans moyen de transport. Nous passons deux heures de la matinée à contacter le standard SAS pour changer nos billets mais personne ne répond. Comme il fait beau et que nous ne pourrons rien faire d’autre aujourd’hui nous partons en ski sur les hauteurs d’Ifjord.

La vue et l’éclairage sont magnifiques.



Nous passons l’après midi à nous zigzaguer entre les lacs et les crêtes.



Chaque apparition de la mer est splendide.



Laisser passer l’épidémie dans ces montagnes n’est peut être pas une idée si farfelue.





Le soir, le gérant nous offre le sauna et se veut rassurant : si le bus ne passe pas il nous emmènera lui-même à l’aéroport. Il a même appelé la compagnie de bus pour expliquer que nous cherchons à quitter la Norvège et qu’il faut nous aider. Nouvelle nuit dans la lodge du camping.

18/03 A midi le bus est là et le chauffeur accepte de faire le détour de 10 km jusqu’à l’aéroport de Mehamn spécialement pour nous.



Entre temps nous avons passé la matinée à joindre SAS sans succès. Le long de la côte désolée le trajet en bus est impressionnant. D’énormes chasse neige s’activent à repousser les congères dans les endroits exposés. Nous débarquons à l’aéroport vers 14h mais les guichets ouvrent à 18h. Nous nous baladons dans Mehamn.



Plein d’espoir en début de soirée nous abordons l’employée pour changer nos billets. Mauvaise pioche elle ne peut rien faire, nos billets ont été achetés sur le site internet de SAS or les petites liaisons entre Tromso et les villages du nord sont assurés par une autre compagnie : Wideroe. Elle nous renvoie vers le numéro d’urgence SAS que nous connaissons par cœur. Pas du tout rassurante elle nous dit même qu’ils reçoivent des directives régulièrement et que tout l’aérien norvégien peut cesser. Le coup de poker est tenté : nous contactons l’aéroport de Lakselv et nous tombons sur l’employé très aimable qui nous avait aidés lors de la perte des skis. Ce dernier accepte de changer notre premier tronçon de vol : demain à 5h45 nous serons dans l’avion pour Tromso. Il nous effectue le changement de billet sans frais supplémentaires toujours pour compenser le retard des skis… C’est une bonne nouvelle, à Tromso nous sommes certains de trouver un guichet SAS ouvert. Tant pis pour les jours de skis sur la terre la plus septentrionale d’Europe. Nuit tempétueuse à côté de l’aéroport. A 3h du matin le réveil et l’empaquetage des affaires sous des giboulées de neige et les rafales de vent n’est pas très agréable. Notre excédent de carburant (quasiment une semaine) est donné au conducteur de chasse neige, seul travailleur à cette heure là.

19/03 Dans la tourmente, le vol pour Tromso est impressionnant. Nostalgique, je reconnais l’île du cap nord insulaire atteinte en vélo en 2007. A l’aéroport de Tromso nous prenons conscience de ce que l’épidémie est en train de provoquer : tout est fermé et l’aéroport est désert. Au seul guichet ouvert pour toutes les compagnies on nous dit que nous arrivons après la bataille et que c’était il y a 3 jours qu’il aurait fallu rentrer… On nous renvoie au numéro SAS. Dépités nous nous en retournons à nos smartphones et le miracle se produit : quelqu’un décroche. Nous expliquons la situation, le standardiste nous garde en ligne pour voir ce qu’il peut faire. 45 longues minutes plus tard il nous reprend et nous annonce la nouvelle : à 21h ce soir nous prendrons un vol Tromso-Oslo, a 6h du matin le lendemain un vol Oslo-Copenhague et pour finir un vol Copenhague-Paris le tout sans frais. Victoire ! La visite de Tromso n’est pas très gaie. Tout est fermé drôle d’ambiance. A 21h nous décollons. La nuit dans l’aéroport d’Oslo est assez stressante : les immenses écrans montrent des vols quasiment tous annulés.



En plus nous n’avons qu’une heure d’escale à Copenhague et un retard serait bien embêtant

20/03 A 6h nous décollons pour Copenhague puis c’est le dernier vol pour Paris. Entre temps nous avons changé les billets de train pour rentrer dans la foulée sur Lyon. Les vols sont vides et les aéroports complètement désertiques. Il nous faut moins de 3 minutes pour embarquer et débarquer. A Roissy nous sommes soulagés d’autant que les bagages ont suivi. A Lyon nous retrouvons la voiture et filons se confiner sur Gap sans tarder 4 jours plus tôt que prévu.

Randonner dans le Finnmark Les reliefs dans cette partie du Finnmark se prêtent très bien à la randonnée à ski, les pentes raides sont rares et le travail perpétuel du vent rend la neige bien portante. Même dans les petites forêts la neige était tassée et skiante. Il faut quand même noter que l’absence de sommet caractéristique et de vallée marqués rend l’orientation assez difficile même par beau temps. Le GPS trouve toute son utilité et nous étions contents d’avoir soigné la saisie des way point au chaud en France. Il doit falloir être sacrément bon pour se passer de cet appareil ! La zone est vraiment un désert humain, en 8 jours nous n’avons pas croisé un seul skieur ni aperçu une quelconque activité humaine à l’exception de l’éleveur de renne le premier jour et de quelques vieilles traces de motoneige. A titre personnel j’ai trouvé ces plateaux beaucoup plus sauvages que le Sarek où l’on rencontre fréquemment d’autres voyageurs itinérants en ski. L’absence de refuge rajoute un peu d’isolement (et de stress quand la tempête se lève). La météo est évidement un peu capricieuse mais évoluer dans une tempête ou dans le jour blanc est une expérience en soit. Le mauvais temps a aussi l’avantage de rendre les belles journées encore plus fantastiques. De plus les éclairages pré et post tempête sont souvent magnifiques. Chaque apparition de l’océan est toujours un moment fort. De dizaines de boucles ou traversées sont possibles dans toute la zone de Kautokeino, Alta, Laskelv, Mehamn ou de la presqu’île de Varanger. La compagnie de bus Snelandia possède de nombreuses lignes parfois quotidiennes sur presque toutes les grandes routes. Le bus ne passe que si des passagers ont réservé. Il faut donc appeler 24h à l’avance d’autant que selon le nombre de passagers la taille du bus varie (du gros bus au petit Trafic). Presque toutes les petites villes sont desservies en avion depuis Tromso par la compagnie Wideroe. A noter également que pour un prix quasi similaire à l’avion, un bateau de la compagnie Hurtigruten dessert tout les villages côtier et permet un retour sur Tromso un peu plus en douceur que la voie aérienne.

Le trajet Nous avions prévue une traversée directe entre Lakselv et Mehamn sans passer par un village intermédiaire. Le premier tiers se déroulait dans des montagnes arrondies, le second sur un plateau parsemé de centaines de lac. Le dernier tiers se déroulait le long de la route que nous aurions longée à distance jusqu’à Mehamn. Du fait du retard des skis nous avons décidé d’effectuer en ski pulka uniquement la première partie pour mieux profiter de la presqu’île de Nordkinn. Finir les vacances sur les falaises du cap nord aurait été somptueux tant pour la vue que pour le symbole qu’elles représentent. Mais la situation en a décidé autrement. Nous avons effectué une traversée de 130 km entre Lakselv et Ifjord en 8 jours dont un passé entièrement sous tente. En tout, nous avons passé 1 nuit à l’hôtel, 9 sous tente, 1 en cabane, 2 en lodge et 1 en aéroport. Il restait 85 km pour aller au cap Nord et encore 20 km pour revenir sur Mehamn



Côté Matériel Rien de bien exceptionnel pour une randonnée nordique en ski. Pour les déplacements nous avons chacun une paire de skis nordiques plutôt étroits et pas très long montés en NNN et une pulka Snowsled. Nous n’avons pas enlevé les peaux de phoque du séjour. A noter que les chaussures Fisher BCX 6 sont vraiment d’une qualité médiocre : toutes les pièces qui pourraient casser le sont (fermeture éclair, élastique et zip divers) de plus toutes les zones de frottement sont usées ou carrément trouées…. Nous n’avons pas utilisé les crampons mais chacun avait sa paire en cas de pentes gelées. En plus nous avons un piolet pour 4 et 20 mètres de corde pour éventuellement assurer la traversée d’une rivière. Finalement nous sommes passés sur la plupart des cours d’eau sans se rendre compte que nous étions dessus… Pour le bivouac nous avons deux tentes (Moutain Hardwear Trango 4 et Hilleberg Tarra) en dôme à 4 arceaux. Elles nous ont toutes les deux parues très solides. Même par grand vent elles n’ont jamais trop bougé. La quantité et la texture de neige nous ont permis d’avoir des ancrages fiables à chaque bivouac. Les 3 pelles pour deux tentes ont bien servi. Nous avons chacun un matelas gonflable Therm a Rest Neo Xlite qui a parfaitement fait l’affaire même si prendre le repas dessus est un peu stressant tant ils paraissent fragiles. Nous avons en plus un matelas mousse pour 4 en cas de casses irréparables des gonflables. A refaire nous en prendrions d’avantage pour protéger les gonflables lors de la cuisine. Mon sac de couchage neuf de cette année, un Moutain Hardwear Lamina synthétique -34 a donné satisfaction. Je n’ai jamais eu froid et il semblait bien robuste. Il prend en revanche une place énorme dans la pulka. L’un de nous avait un sac en plume, sans surprise il a moins bien résisté à l’humidité des nuits consécutives en tentes que les trois autres en synthétiques. Cette année nous n’avons (malheureusement) pas emporté de bâche pour doubler le tapis de sol de la tente. Les températures relativement douces ont rendu la neige bien mouillante et le tapis de sol de la tente était tout le temps trempé. Pour les repas nous avons deux grandes popotes (>2 litres) et la cuisine été effectuée au gaz à l’intérieur de la tente avec les deux réchauds multi combustibles (un MSR et un Primus). Lors des journées froides le gaz même spécial hiver n’a pas très bien fonctionné, il fallait garder la bouteille au chaud. Le choix des réchauds est toujours délicat, le seul combustible qu’on est sûr de trouver n’importe où est l’essence mais c’est aussi le moins pratique à utiliser. Le gaz a fait l’affaire mais en cas de grand froid il aurait fallu réchauffer les bouteilles sur soi avant d’arriver au bivouac. A noter aussi que la cartouche hiver coûte 20 euros ce qui représente un certain budget lorsqu’il en faut une dizaine… Par ailleurs les cartouches vides sont aussi encombrantes que les pleines contrairement à des bouteilles en plastique d’essence qui peuvent se compacter. Nous avons trouvé de l’alcool à brûler en station service. Pour l’orientation, nous avons imprimé des captures d’écrans du site NorgesKart sur des feuilles A4 placées dans des pochettes plastiques. Les way point saisi dans le GPS été également reportés sur les feuilles papier. Nous avons utilisé un Garmin Etrex 30 qui a bien fait l’affaire, sa batterie était encore pleine en fin de séjour alors que nous l’avons allumé de longues heures. Le 2ème GPS de secours n’a pas servi mais semble quand même indispensable. L’oubli malheureux de la boussole a fortement contribué à l’usage intensif du GPS… C’était le voyage inaugural de la balise GPS Garmin Inreach Mini à communication bi directionnelle (possibilité d’envoyer et de recevoir des SMS). Cet outil s’est avéré très pratique pour recevoir la météo envoyée par un proche chaque jour. Cela permet d’organiser au mieux le planning du jour suivant en fonction des conditions. La formule sécurité coûte 20 euros par mois et permet l’envoi illimité de messages prédéfinis sur l’ordinateur avant le départ, de type « Tout va bien » « on est bloqué c’est la tempête » ou encore « peut-on avoir la météo ? ». 10 sms classiques sont prévus dans le forfait sinon compter 50 centimes par message en plus. Taper des sms avec l’interface de la balise est par contre assez fastidieux : les lettres sont à sélectionner une par une dans un immense alphabet qu’il faut faire défiler de 3 lettres par 3 lettres. La rédaction des messages prédéfinis avant le départ doit donc être bien soignée pour ne pas en avoir à en rédiger depuis la balise ! A chaque envoi de message, le destinataire est également informé de la position de l’expéditeur. La première utilisation a fait perdre 20 % de batterie (oubli d’extinction ?) ensuite elle a très bien tenu et a perdu 2% de sa charge en 10 jours.

Budget : Le voyage a coûté 770 euros par personne au départ de Paris avec notamment par personne : - 500 euros de vol - 200 euros de courses (nourriture et carburant) - 70 euros de camping et de bus
PA Patrigeon ·
Ola Veinards! Vous avez fait un voyage top qui restera sans doute dans votre tête avec tous ces imprévus qui rendent les voyages si forts... J'adore la Laponie et si vous envisagez d'autres randos de ce type là-bas ou en Arctique, ou en Chine (je parle Mandarin), je serai bien intéressé... Pour la Laponie, j'ai bcp de cartes papier si nécessaire. Le grand plateau du Finmark qui descend vers les frontières sud, dans le PN de Anarjoka et la liaison vers les Dividalen me fait triper... Et bien d'autres choses à dire mais c'est l'heure de la soupe... Bye; Thy
PI Pierresd ·
Bonjour

Merci pour le message

Quand les jours meilleurs reviendront ....

a suivre !

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