Lectures 2015, quelques pépites et un peu de toc

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L'auteur sur lequel on se jette, sans attendre que son dernier opus sorte en poche  Mathias Enard, qui décrit fiévreusement et mélancoliquement dans Boussole la beauté de la civilisation arabe

Le bouquin qu'on aimerait ne jamais avoir ouvert. Et dont on est reconnaissant à son auteur de l'avoir écrit. La supplication de Svetlana Alexievitch. Il faut avoir le coeur bien accroché pour venir à bout de cette lecture. L'auteur (et journaliste) biélorusse à recueilli, sur le mode du reportage, les témoignages des acteurs et victimes de Tchernobyl, les familles des pompiers mobilisés pour éteindre ce qu'on leur disait être un simple incendie, les militaires appelés pour aider au grand nettoyage de la zone, et aussi les paysans, enseignants, philosophes, journalistes, scientifiques, adultes, hommes, femmes, enfants… Le récit est émouvant, violent, à la limite du soutenable. Il y est question de souffrance, du prix de la vie humaine, de puissance de l'appartenance d'un peuple à une patrie, de résignation, de fatalisme, de mensonges…

A un moment donné, il existait un risque d'explosion nucléaire. Pour l'éviter, il a fallu vider le réservoir d'eau lourde sous le réacteur, pour qu'il ne s'écroule pas dedans. L'eau lourde est un composante du combustible nucléaire. Vous imaginez ce qui aurait pu se passer. La mission était donc de plonger dans l'eau lourde et d'ouvrir la soupape de vidange. A celui qui y parviendrait, on a promis une voiture, un appartement, une datcha et une pension à ses proches jusqu'à la fin de leurs jours. Et il y a eu des volontaires. Les gars ont plongé à plusieurs reprises et ils sont parvenus à ouvrir la soupape. On a donné sept mille roubles à l'ensemble de l'équipe et l'on a oublié les voitures, les appartements et le reste.

La fièvre islandaise D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds de Jon Kalman Stefanson. Crépusculaire et lumineux à la fois…

La vie naît par les mots et la mort habite le silence. C'est pourquoi il nous faut continuer d'écrire, de conter, de marmonner des vers de poésie et des jurons, ainsi nous maintiendrons la faucheuse à distance, quelques instants.

La déception Bérézina de Sylvain Tesson, plus imbu que jamais. Sans autre commentaire, le titre se suffisant à lui-même...

L'épique roman d'apprentissage, avec pour décor les contreforts du Taurus Mèmed le Mince de Yachar Kemal

À partir des rivages battus de blanche écume, ils s’élèvent peu à peu vers les cimes. Des balles de flocons blancs flottent toujours au-dessus de la mer. Les rives de glaise sont unies et luisantes. La terre argileuse vit comme une chair . Des heures durant, vers l’intérieur, on sent la mer, le sel : odeur prenante.

Le pavé ultra névrosé du sidérant, déjanté et hélas disparu David Foster Wallace  L'infinie comédie

- Quand je t'ai demandé si tu dormais, je voulais te demander si t'avais eu l'impression de croire en Dieu, aujourd'hui, quand t'étais tellement en forme que t'as écœuré ce gars. (…) - Bon, alors pour que tu te taises, disons que j'ai un compte à régler avec Dieu. Disons que Dieu semble avoir un mode de gestion laxiste dont je ne suis pas fan. Je suis très antimort. Dieu, selon toute apparence, a l'air pro-mort. Je ne vois pas comment on peut s'entendre sur cette question, lui et moi.

Les condensés de petits riens, deux romans serrés, forts en humanité : La place d'Annie Ernaux Elisa de Jacques Chauviré

Le made in VF L'oeuvre intégrale de Voyajou
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
AT Atila Globetrotter ·
Aucun livre d'Agnès Ledig, cette année ?
IN Intrankil Regular ·
Ben non, pas perdu de temps cette année… En fait si, j'ai commencé la lecture de ce que le quatrième de couv' annonçait comme un thriller haletant, qui est très vite apparu comme de la daube mélo, ou plutôt le récit d'un antihéros de la haute (si si) qui s'entiche d'une killeuse casse-bonbon. Un manuscrit tombe dans les mains de qui-faut-pas, et l'histoire s'emballe… Prise de migraine, je n'ai malheureusement pas pu aller au-delà de la 47ème page. Mais il est à parier qu'à la fin, le couple tutoie le bonheur... Je me garderai bien d'ajouter quoi que ce soit, si ce n'est que c'est glauque et d'une grande vulgarité.

D'ailleurs, j'en ai déjà trop dit. Fallait pas me tenter. Si vous me remboursez les timbres, je vous l'envoie. Vous verrez, on y voyage beaucoup, de Riga à Sydney en passant par Bruxelles…

Voici un extrait. Nous sommes en salle d'embarquement à Heathrow :

Bébé élevé, au sein de ma mère puis à la cuisine française, j'apprécie la bonne bouffe. Le matin tôt, je supporte difficilement la vue de ces saucisses grisâtres, surmontant ces haricots rouges, flottant dans une sauce orangée visqueuse. Quelques pas vers un autre buffet, je me sers et m'installe dans un spacieux sofa. Les salons business donnent sur le bitume des avions. Je fixe les pistes et me détourne de la partie culinaire. Un café, un jus de pomme et un muffin apaiseront mon creux matinal.

PS : Jón Kalman Stefánsson c'est le nom de l'auteur islandais que j'ai escamoté de ses accents et d'un S
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
IN Intrankil Regular ·
Toc toc

Afin d'éviter toute ambiguïté, Voyajou, je rapporte ici mot pour mot ce que je t'ai écrit en coulisses :

On lit, entre autres raisons, pour approcher nos rêves. Et toi, tu nous fais vivre l'Afrique par procuration, t'as la plume d'un homme qui peut se permettre des rêves que d'autres n'imaginent même pas…

Je recommande vivement à tous ceux qui ne l'ont pas encore fait de lire tes somptueux carnets africains. Il s'agit bien de perles et surtout pas de toc.
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)
VO Voyajou Globetrotter ·
Déjà sujet aux addictions -ou bien suis-je leur objet?-, il n'aurait plus manqué que je sois reTOCqué, qui plus est par une telle lectrice.

Deux pépites (à l'arsenic), parmi d'autres, dans mes lectures de 2015: « 7 » de Tristan Garcia et « Encore » de Hakan Günday, tous deux lus en Afrique (de l'influence des lieux sur la lecture...)

Et deux citations: "Le français: idiome idéal pour traduire délicatement des sentiments équivoques". Cioran "Comment font certains livres pour rester si trankils avec ce qu'ils recèlent?" S.Tesson

Il s'agit bien de perles et surtout pas de toc.

Des perles? Comment ça des perles? Perle, définition: Mot, phrase, écrit dont la cocasserie et le ridicule, souvent involontaires, suscitent la moquerie. (source: CNTRL)

PS Peut-on lire ce que vous avez écrit à Mathias Enard?
IN Intrankil Regular ·
PS Peut-on lire ce que vous avez écrit à Mathias Enard?

Si je partageais sa vie...

Mon chéri, n'oublie pas de passer chercher ton Goncourt en rentrant de Beyrouth et de porter ton tapis volant à la révision des mille et uns kilomètres....

PS. Ta fille a eu un 5/20 en rédaction. Sa prof a fait le commentaire suivant : Devoir incomplet, un minimum de ponctuation ne nuirait pas. Les points et les virgules existent, il faut s'en servir !
De mon temps, une jeune fille ne se peignait pas la figure comme une fille de joie. De mon temps, une jeune fille ne recevait pas de jeunes gens sur la table de la cuisine. De mon temps, une jeune fille n'aurait pas dit à sa grand-mère paternelle d'aller se faire mettre (C. Bretécher)

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