Gagaouzie: territoire imaginaire ou bien réel?
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PARTIE 1 : EN ROUTE POUR LA MOLDAVIE

L'est m'a toujours attiré. Il y a 15 ans, la Hongrie ou la Pologne, cela me semblait déjà être le bout du monde. Puis, à force de mes pérégrinations aux confins de notre continent, un pays m'a toujours attiré et résisté : la Moldavie. Un ou des pays, car la Moldavie, c'est aussi une république autonome auto-proclamée, la Transniestrie, reconnue par personne sauf par la Russie. Une république qui possède pourtant sa propre milice, ses propres douaniers, sa propre monnaie et qui conserve l'alphabet cyrillique au contraire du reste du pays. La Moldavie, c'est aussi un petit bout de territoire morcelé, découpé : la Gagaouzie. Territoire inconu, sans doute sorti de l'imaginaire d'Hergé, qui a pourtant connu sa lutte pour l'indépendance pour finalement obtenir le statut de république autonome au sein de la Moldavie.

De la Gagaouzie, peu d'informations en filtre. Les récits sur le web sont quasiment inexistants tout comme les guides de voyage. Tout au plus peut-on découvrir une photo de Comrat la capitale. D'où l'idée de lever un coin du voile, découvrir ce peuple turcophone de l'ex-URSS, voir le quotidien de ce peuple.

Pour m'accompagner dans ce voyage, j'ai proposé à mon père de me suivre. Dix ans après un séjour mémorable à vélo dans les pays Baltes, je souhaitais revivre une telle expérience, une telle complicité. Mais hors de question de lui annoncer la destination avant de partir : il aurait sans doute pris peur de l'inconnu, ou, au mieux, peur de ces contrées soit disant hostiles.

Atteindre la Gagaouzie, cela se mérite. Hors de question de prendre l'avion mais c'est au prix d'un long baroud en train que je veux l'atteindre. Enfin, atteindre la frontière moldave, car après, on verra bien. De Namur, en Belgique, tout d'abord en route pour Strasbourg, dans un train à destination de Zurich. Mon père pense alors que nous allons vers Venise, terre de ma bell-famille où mon épouse se rend. A Strasbourg, petite halte dans une brasserie nommée l'Orient-Express, premier indice de notre destinée. Car le majestueux Orient-Express d'il y a un siècle s'est réduit à peau de chagrin, soit un 'simple' Strasbourg-Vienne en train couchette ordinaire. Pourtant, le confort est là. Et après une bouteille de vin allemand partagée avec les collègues du compartiment, on se réveille dans des paysages innondés, le Danude ayant une nouvelle fois poussé une petite pointe hors de son lit. Atteindre Budapest ne nécessite que quelques heures. Arriver à Budapest Keleti m'émeut toujours un peu malgré mes nombreux passages par ici car je repose ainsi le pied sur la terre de mes ancêtres. La Hongrie, c'est vraiment le chaînon entre l'est et l'ouest. L'endroit où les habitudes commencent à changer, où on hume une culture qui devient différente de la nôtre en Belgique. Au hasard des nos déambulations, une petite cave cachée nous acceuille pour un repas simple mais savoureux. Ensuite, direction Cluj Napoca. A ce moment, plus besoin de faire tourner le tête de mon père pour lui cacher la destination, car il est de toute façon perdu. Evidemment, l'objet de la destination finale est un sujet de discussion omniprésent. On joue alors à un petit jeu : toutes les 10 gares qu'il parvient à identifier, il peut regarder la carte pour examiner notre progression. Bien qu'il comprenne que l'on ne va pas vers le sud, les idées fusent: Roumanie, Ukraine, Serbie, ... Quoi qu'il en soit, il espère arriver avant la nuit ! Au détour d'une pause sur un quai, un autre voyageur nous demande ce que nous allons faire en Roumanie. Ca y est, il a un indice en plus et est persuadé alors que nous partons pour les Carpates. Pourtant, après un souper à Cluj, nous prenons notre cinquième convoi ferré à destination de Iasi. Cette fois, le confort de la veille fera défaut. Nous pénétrons dans un compartiment déjà occuppé où il ne reste que les couchettes supérieures. La chaleur est étouffante et nous prend à la gorge. Les fenêtres sont condamnées et pourtant l'air conditionné ne fonctionne pas. A quoi bon toute cette modernité, un bon courrant d'air fait tellement du bien ! Vers 9 heures nous atteignons Iasi, à une trentaine de kilomètres de la frontière moldave. Mon paternel est à présent au courant de la destination. Devant son impatience, j'ai craqué et lui ai offert un petit livre sur la Gagaouzie. Un grand éclat de rire fut la seule réaction. Direction alors une autre gare au bout de la ville pour connaître l'heure de départ d'un train vers la Moldavie. Cinq heures d'attente, cela fait un peu beaucoup. Nous partons alors vers la gare des bus, et ce n'est pas mieux. Retour à la gare. Une heure avant le départ, nous passons la douane côté roumain. Au travers d'un orage très violent, nous découvrons alors une vieille locomotive diesel tirant péniblement un unique wagon. Il s'agit bien du train international pour Ungheni. Le wagon est quasiment vide et a du mal à contenir les litres d'eau tombant du ciel à l'extérieur. Une fois le convoi ébranlé, nous franchissons rapidement le Prut marquant la frontière. La douane moldave est une formalité et nous traversons les voies pour nous rendre à la gare nationale plutôt qu'internationale. Un train est annoncé dans peu de temps. Mais quel train ! Alors qu'après 50 heures de voyage, nous n'aspirons plus qu'à atteindre Chisinau, la capitale, le plus rapidement possible, il s'agit d'un long convoi de voitures en bois datant sans doute des années 30 qui mettra plus 3h30 pour parcourir les 120 kilomètres. Bien que peu rempli au départ, le nombre de voyageurs ne fait qu'augmenter au gré des haltes tous les cinq kilomètres. C'est finalement dans une gare moderne que nous atteignons Chisinau et terminons ainsi cette grande traversée de l'Union.

A suivre...
CA CatherineGil Globetrotter ·
😇 A suivre ? Bon, ben j'attends alors😉

J'ai vraiment bien aimé ! J'adore et les pays de l'Est et ces petites histoires courtes, bien écrites, faciles à lire, et qui font tellement rêver .
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
OL Olistan Regular ·
Merci Cath pour ce commentaire. Content d'apprendre que l'est te fascine également !

PARTIE 2: MOLDAVIE DANS TOUS LES SENS

Heureux de retrouver un vrai lit après ces expériences ferroviaires!

Ville de contraste, Chisinau ressemble à une ville de province. Un quartier moderne avec des commerces de luxe côtoie des endroits en bien plus mauvais état. De puissantes 4X4 se mêlent aux plus petites cylindrées. Les bâtiments officiels sont de pure tradition soviétique. Le parc du centre ville avec ses parterres fleuris et ses longues allées de feuillus est très accueillant, il est pour nous un havre de paix pour apprécier un petit déjeuner bien sympatique. Des avenues très larges, un trafic automobile réduit et des transports publics nombreux donnent à la cité un caractère humain. Les petits restaurants, moins fréquentés que chez nous, servent des plats simples mais savoureux.

Le lendemain, départ en minibus vers la Transnistrie (Tiraspol) sur le coup de 13h. République auto-proclamée, faisant officiellement partie de la Moldavie, elle n'est reconnue que par Moscou.Elle possède ses "douaniers", sa police et ses roubles transnistriens, ses trafics en tout genre...

Le passage de la frontière s'est déroulé sans problème, juste quelques formulaires rédigés en russe à remplir et la mise en "boîte" de nos identités. On nous rappelle bien qu'il faudra s'enregistrer dès notre arrivée à Tiraspol. Dès notre arrivée, nous allons directement à l'office d'enregistrement renseigné par le guide. Mais le garde de service nous oriente vers une autre adresse et nous indique cette nouvelle destination sur notre plan (ulytsa Luxemburgskii). Après quelques recherches, nous tombons sur un minuscule guichet donnant sur l'extérieur au bas d'un immeuble lépreux. Après vérification, une autorisation de séjour sur un véritable papier datant du temps de l'URSS nous est fournie et nous autorise à rester sur le territoire jusqu'au lendemain 13h...Enfin, mieux vaut en rire...

Une ville assez morne, des transports publics d'un autre âge, un palais "présidentiel" énorme, un monument au soldat inconnu avec un char d'assaut en position d'attaque forment un ensemble étonnant qui ne nous est pas familier ! La promenade au bord du Dniestr est agréable, mais attention de ne pas trop s'aventurer sur le pont piéton qui franchit la rivière car de l'autre coté c'est la Moldavie (à vérifier, je n'en suis pas encore sûr) ! Sans doute, des policiers débonnaires à l'entrée du pont nous ont pris pour des locaux..

Petit resto bien sympa le long de la rivière avec musique et grand écran plat...Encore des contrastes !

L'hôtel est de pure tradition soviétique. Longs couloirs sinistres, mal éclairés, poussiéreux. A l'accueuil, l'autorisation de séjour est indispensable. Nous avons eu droit à une réduction car la distribution d'eau chaude était en panne. Un seul robinet pour la baignoire et l'évier !

Le lendemain, il est grand temps de préparer notre voyage vers la Gagaouzie. Comme d'habitude, des minibus partent dans toutes les directions au départ de la gare. Il fallait passer la frontière avant 13h. Très vite, nous repérons un minibus vers Ceadur Lunga via Komrat, capitale de la Gagaouzie.

La Gagaouzie forme une région autonome au sein de la Moldavie avec sa propre police, la monnaie est moldave. Elle a connu ses heures rebelles au début des années 90 avant d'opter pour l'autonomie.

A la "frontière" Transnistrienne, nous sommes arrêtés par la police qui reprend le permis de séjour. Les douaniers, quelques centaines de mètres plus loin, prétendent que les papiers ne sont pas en ordre et qu'un retour à Tiraspol s'impose. Dans un russe balbutiant, je me débrouille pour les convaincre et on s'en sort pour moins de trois euros ! C'est la première fois de ma vie en plus de 8 mois de séjour en ex-URSS que je lâche ainsi un backchich de ma propre initiative...Mais le minibus et tous ses passagers nous attendait déjà depuis de longues minutes.

A Komrat nous débarquons dans un quartier relativement neuf et il y a des travaux un peu partout. C'est une ville universitaire et des cours sont donnés en Gagaouze. La population est d'origine turque et de religion chrétienne. Comme le but du voyage est de découvrir la région, nous avions convenu de faire à pied la traversée d'une partie de celle-ci.

Après quelques km de taxi, nous arrivons à Avdarma. Le village s'étend tout en longueur et les habitations relativement grandes sont entourées de vignes formant une marquise protégeant des rayons du soleil. Nous nous dirigeons vers Joltay situé à une quinzaine de km de Avdarma. Il fait très chaud. Les chemins sont bordés de noyers et les champs ondulent au gré des collines. Les vignobles, en grand nombre, laissent apparaître de nombreuses grappes sous un soleil de feu. La nature est douce et dégage une impression de bien-être. A l'entrée du village de Joltay, une vielle femme assise devant sa maison, nous explique avec les quelques mots de russe dont elle se souvient de sa scolarisation que ses enfants travaillent en Allemagne et à Moscou. Sa langue maternelle est le Gagaouze. Elle se retrouve à présent seule, dans son village. Sans doute une culture et une langue sont-elles en train de s'éteindrent.

Nous dépassons le village, le ciel s'obscurcit. Nous repérons une ruine pour nous mettre à l'abri. Il tonne, la pluie commence à tomber à l'horizon. Heureusement, l'orage s'arrête et nous pouvons repartir. Un endroit isolé, couvert de landes, au bord d'un torrent nous incite à planter la tente. Doucement le soir tombe, les derniers troupeaux rentrent à l'étable. Au loin, un berger rassemble ses brebis. Les derniers rayons se perdent dans ces étendues désertiques. Le soir tombe tôt dans ces régions, ce qui nous incite à tester nos duvets.

A 8h nous sommes prêts à partir. Direction Besghioz, petit village dont la traversée est sans fin. Heureusement, dans chaque village une petite épicerie, bien fournie, permet de s'approvisionner en eau. Les gens nous regardent d'un air amusé. Les coupoles des églises orthodoxes brillent sous le soleil matinal. Comme elles semblent luxueuses! L'examen des cartes nous indiquent que nous pouvons atteindre Ceadir Lunga par une vallée parsemée de lacs. Assitôt dit, aussitôt fait, la présence d'eau nous donne une impression de fraîcheur. Le chemin court dans la vallée puis remonte sur la colline, nous tombons sur un ancien kolkoze dont le matériel tombe en ruines. La quantité de matériel agricole est impressionnante.

L'entrée dans la ville n'est pas du meilleur effet. La ville semble assez petite et les curiosités se limitent au parc public, dans un état lamentable, et à quelques monuments datant de l'époque soviétique. Nous trouvons un petit hôtel digne de ceux de chez nous, sauf que la douche est bouchée et que la salle de bains est transformée en bassin de natation...Près de l'hôtel, un club internet doté de machines haut de gamme est rempli de jeunes s'adonnant aux jeux 3d de dernière génération...

Le lendemain il nous faut déjà quitter cette Gagaouzie attachante par ses villages et sa nature tantôt verdoyante, tantôt désertique..
OL Olistan Regular ·
PARTIE 3: RETOUR DANS L'UNION

La journée fût surtout celle des transports. Par bus d'abord entre Ceadir Lunga et Vulcanesti, un taxi entre Vulcanesti et Dgourdjou. Le passage de la frontière entre Moldavie et Roumanie ne pouvant se faire à pied, une dame "accepte" de nous transporter avec nos sacs. Elle se rend à Galaty en Roumanie et nous dépose à la gare. A Galaty, on se croit dans une ville de nos contrées, circulation relativement intense, parcs entretenus, immeubles rénovés. Un train vers Ploiesti et un autre vers Busteni nous mène à destination: les Carpathes du sud. Sur le quai, une dame loue des chambres, vers 20h il ne fallait pas faire le difficile !! Bien sûr, près de la gare l'usine en ruines nous rappelle les années 90. Station qui n'est pas désagréable du tout, sans ce luxe parfois débordant que l'on rencontre à l'ouest.

Au matin, nous décidons de partir à pied vers la cabane de Piatra Arsa. Le téléphérique est, en effet, en panne pour une durée indéterminée... Une très belle montée dans une forêt de feuillus, parsemée de torrents et de magnifiques vues sur la vallée. De nombreux panneaux "attention aux ours" laissent supposer qu'à la saison maigre, ils redescendent vers le village. Les parois granitiques montent àl'assaut du sommet qui se découvre lentement à nos yeux. Alors que le but est proche, l'orage et la pluie nous forcent à redescendre.

La fin d'après-midi est consacrée à la visite du château de la station voisine de Sinaïa. Ce château, résidence d'été du roi Carol I et de la reine Elisabeth, est d'une remarquable esthétique dans une nature unique. Il fait penser à ces châteaux de Bavière truffés de tourelles et d'éléments en bois. La visite intérieure mérite le détour ! A vous de découvrir les multiples styles !

Il est temps de penser au grand retour.. Un bus nous ramène de Ploeisti directement à Bucarest.La visite du Parlement vaut le détour: son immensité, les matériaux de luxe utilisés pour sa construction, son "modern style" forment un ensemble qui n'est pas dénué d'intérêt. Il forme le plus grand bâtiment du monde après le Pentagone !! La folie des grandeurs de son concepteur, Ceaucescu...La vue sur la ville est unique depuis le grand balcon.

Une visite rapide de la ville est chargée d'une certaine émotion. Voir le lieu où le dictateur a prononcé son dernier discours devant le bâtiment du PC avant d'être tué et les anciens bâtiments de la "Sécurité" où des citoyens ont été massacrés, nous font apprécier la démocratie...

Et oui... Le retour en avion de Bucarest vers Charleroi laisse nos pensées dans les nuages..

Oui l'Union à sa frontière orientale au Prut et à Galati..Dommage que les multinationales y soient déjà si bien représentées! Puissent-elles ne pas tuer l'âme de ce pays !
DJ Djinn Regular ·
Merci pour ce chouette récit! 🙂
Free Tibet...!

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JA Jacky17 ·
bonjour , as tu aimé la moldavie😊

jacky 17
JACKY 17
JA Jacky17 ·
as tu aimé le retour EN FRANCE
JACKY 17
OL Olistan Regular ·
Dire que j'ai bien aimé est un grand mot. D'une manière générale, j'adore l'ambiance des pays ex-soviétiques. En marchant, traversant tranquillement des villages pommés, j'ai pu y redécouvrir la vie rurale. Toutefois, j'y suis resté bien trop peu de temps que pour avoir un jugement de fond. De plus, je ne parle ni gagaouze, ni moldave (roumain); je me débrouille juste en russe, que tout le monde parle.

Sinon, j'ai été un peu déçu au niveau des paysages. Assez plat, peu vallonnés, très agricole. Sans doute que le nord de la Moldavie est plus intéressant.

Enfin, concernant le retour en Belgique, rien de particulier vu que le voyage n'a duré qu'une dizaine de jours.

Olivier
BA Bayernd77 Veteran ·
Bonjour Olivier. Je voyage à vélo. Penses-tu, d'après ton expérience, qu'il est possible de se rendre en Transnitrie pour un jour ou 2 ?

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