Padaung, les femmes au long cou (Thaïlande)
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Bonjour

Ceux qui voyagent en Thaïlande ont certainement entendu parler ou vu les fameuses "femmes-girafes", membres de l'ethnie Padaung de Birmanie. Elles sont devenues l'une des "carte postale" classique de la Thaïlande. Les tours-operators organisent depuis une quinzaine d'année des visites dans les camps de réfugiés de la région de Mae Hong Song. Ci-joint, un article sur l'envers du décor.

Pour information, il existe (en 2002) un village à Inle, en Birmanie où une vingtaine de ces femmes sont parquées par la junte militaire et des opérateurs locaux véreux pour le plus grand bonheur des touristes.

Survivants sans statut dans l'exil thaïlandais Source: Le Monde diplomatique, juin 1994

La visite du village de Huang-Haen, dans l'extrême nord-ouest de la Thaïlande, est au programme de la plupart des agences touristiques du pays.

Il s'agit, ni plus ni moins, d'un zoo humain. On peut y voir vingt et une femmes, appelées " femmes-girafes ". Leur cou est allongé, cerné d'une spirale de cuivre plus haute chaque année, comme le veut une coutume ancestrale. Flairant la bonne affaire, M. Su Pot, un entrepreneur thaïlandais, a parqué ces femmes dans un village de bambou reconstitué. Il a installé une guérite à l'entrée, où un guide accueille les visiteurs. Le prix d'entrée est de 100 francs. A qui s'étonne, il répond : " Nous reversons 1 000 baths (1 bath = 0, 25 franc) à chacune des femmes, et nous veillons à leur santé. " Une centaine de touristes visitent quotidiennement ce zoo humain, ce qui représente un chiffre d'affaires de 300 000 F par mois. Même en déduisant les 5 250 F " généreusement " reversés aux "femmes-girafes ", Huang-Haen reste une affaire rentable. Les femmes peuvent circuler dans le village. Elles portent leur prison sur elles, une prison de cuivre qui leur enserre la gorge. Comment pourraient-elles s'enfuir ?

En ville, elles seraient immédiatement repérées et ramenées au camp. Et qu'y feraient-elles ? Elles n'ont connu que la forêt. Eloignées de leurs époux, elles ne pourraient y survivre seules. Originaires de Birmanie, elles ont grandi dans la forêt jusqu'à ce qu'en 1988 la guerre civile les chasse de leur territoire.

" Si tu parles trop... "

Par milliers, les Birmans ont fui la répression du régime de Rangoun. Ce dernier n'a jamais pardonné l'appui apporté aux séparatistes et autres aspirants à la démocratie qui ont menacé le régime en 1988. Viols, tortures, exécutions sommaires, villages incendiés, rien n'a été épargné aux populations soupçonnées d'avoir prêté main-forte aux rebelles et aux opposants. Les exilés n'ont aucun statut.

Officiellement, ils ne sont rien. Ni Birmans, ni Thaïlandais, ni réfugiés politiques, ils s'appellent eux-mêmes des " personnes déplacées ". Démunis de papiers, sans recours, ils sont la proie de toutes les tracasseries. Les " femmes-girafes " faisaient partie de ce flot. Pour les milliers d'autres qui n'ont pas de long cou, la réalité est tout aussi dramatique. Certains ont choisi de tenter leur chance en ville. Ainsi, cette serveuse, âgée de dix-neuf ans, dans un restaurant huppé de Mae-Hong-Son. Pour 800 baths mensuels (" C'est un salaire correct pour une Birmane ", précise-t-elle), elle travaille au minimum dix heures par jour. Parfois dix-neuf. Elle dort dans la cuisine sur une natte. " Au début, j'étais employée sur un chantier de construction routière, à manier des pelletées de goudron. Je n'ai jamais été payée. J'avais droit à deux soupes par jour. C'était trop dur, j'ai craqué ", dit-elle. Les revendications sociales sont systématiquement rejetées. " Si tu parles trop, je te dénonce ", s'entend répondre le plaignant. Etre dénoncé, pour un Birman, c'est être emmené au poste de police pour défaut de papiers. Le séjour peut se prolonger longtemps, derrière les barreaux, dans l'indifférence générale.

Than Htay, un étudiant qui a fui la Birmanie au lendemain de la répression de 1988, raconte : " En 1991, j'ai été arrêté pour défaut de présentation de papiers d'immigration. J'ai passé treize jours au poste de police principal de Mae-Hong-Son. Dans le même temps, six Birmanes ont été arrêtées en compagnie de leurs époux. A 1 heure du matin, une nuit, la lumière s'est éteinte. J'ai entendu des policiers s'approcher. Ils ont pénétré dans la cellule d'à côté, et ont menacé les femmes de leurs armes. Puis ils les ont violées. Je ne pouvais rien faire. J'ai envoyé ce témoignage à Amnesty International. Un officier de la Thaï Intelligence Agency a été contacté. Il m'a clairement fait comprendre que, pour faire avancer l'enquête, il fallait organiser une confrontation et que, dans ce cas, je n'avais aucune chance. C'était la parole des policiers contre la mienne, avec toutes les représailles que je risquais. J'ai abandonné, mais je n'oublierai jamais cette nuit. " Tous les six mois, il part avec un commando d'étudiants, pénétrant loin à l'intérieur de son pays pour y tendre des embuscades, pour harceler le régime, tenter de provoquer un soulèvement général. Il ajoute : " En Birmanie, la situation est dramatique, plus dure encore pour nous qu'ici en Thaïlande. Les travailleurs sont réquisitionnés sous le contrôle de l'armée. Beaucoup meurent, car la tâche est trop dure. Par exemple, les Birmans construisent une voie ferrée entre Aung-Ban et Loikaw. Tous les hommes valides qui habitent à proximité doivent abandonner leurs cultures et travailler gratuitement à l'édification de la ligne. Pendant ce temps, les récoltes de paddy pourrissent sur pied. Ou encore, l'armée débarque un beau jour dans un village et dévalise les greniers, ou ordonne qu'on lui fournisse des porteurs qui devront marcher avec des charges d'un poids inhumain sur le dos, en tête des troupes anti-guérilla, pour faire exploser les mines. Et si vous refusez, c'est l'exécution immédiate, pour l'exemple. " Fuyant l'horreur, beaucoup n'ont trouvé au bout de leur route qu'un autre drame, ainsi ces nombreuses prostituées séquestrées dans les bordels de Bangkok ou d'ailleurs, sans espoir d'en sortir. Tous les réfugiés n'ont pas choisi de vivre en ville. Beaucoup s'entassent dans des camps, au milieu de la forêt tropicale. Sur des terrains prêtés par la Thaïlande, ils ont bâti des constructions rustiques mais solides. Des organisations non gouvernementales (ONG) ont ensuite apporté leur concours. L'une d'elles, la Commission internationale pour les droits des ethnies minoritaires et des peuples aborigènes, leur a fourni les protéines dont ils manquaient cruellement.

Sous la houlette de M. Jean-Philippe Vandroux, un jeune Français installé à Mae-Hong-Son, des élevages de poules, de canards, de poissons, de grenouilles, de porcs et de dindes commencent à se multiplier dans les camps. Une organisation américaine a permis l'adduction d'eau. Tous ces progrès sont menacés par le bon vouloir des Thaïlandais, qui peuvent à tout moment ordonner le déplacement des camps afin d'interdire aux Birmans de s'implanter durablement. Les Thaïlandais sont déchirés entre deux attitudes: d'un côté, il leur faut ménager leurs bons rapports avec Rangoun ; de l'autre, venir en aide aux réfugiés pour ne pas s'exposer aux foudres des enquêteurs internationaux. D'où cette solution intermédiaire : les réfugiés sont aidés mais modérément. Sombre tableau sanitaire La situation sanitaire est mauvaise. Le docteur Richard est médecin-chef birman du camp de Mae-Sarin qui accueille plus d'un millier de réfugiés. Formé par des volontaires de Médecins sans frontières pendant quatre années, il se déclare prêt à soigner la plupart des patients. Il dresse néanmoins un sombre tableau de la situation : " La malaria fait des ravages, suivie de près par la dysentrie et les diarrhées. Pour la malaria cérébrale, on m'apporte en général les malades quand il est trop tard. Nous manquons de quinine, n'avons pas de produits antimoustiques autres que le DDT, dont nous aspergeons régulièrement chaque maison. Mais c'est insuffisant. Les moustiquaires sont en mauvais état, nous n'avons pas de produit pour protéger nos enfants. Le camp est mal placé, très humide, peu aéré, car encerclé de montagnes. Il fait trop chaud en été, trop froid en hiver. Nous faisons des campagnes d'information, pour que les gens fassent bouillir l'eau, mais quand le bois est mouillé, les gens oublient ces recommandations. " Le général Aung Than a été élu en 1992 premier ministre de la nation karenni, ethnie en lutte depuis 1948 contre le régime de Rangoun, qui a toujours refusé l'indépendance à son peuple. Il vit dans le camp forestier de Mae-Sarin. A première vue, rien ne le distingue de ses compatriotes réfugiés, si ce n'est le talkie-walkie qu'il porte en permanence, pour se tenir informé de la situation " à l'intérieur ". " Nous ne contrôlons plus qu'une mince bande de notre territoire. L'armée birmane a quasiment gagné sa guerre contre nous. Sans appui international, nous sommes oubliés du monde ", commente-t-il avec rancoeur. Il ajoute : " Nous ne pouvons rien faire. Nous sommes les invités de la Thaïlande. Nous ne pouvons que l'en remercier, car sans elle nous serions tous morts. Mais la contrepartie, c'est que nous ne pouvons rien lui refuser. S'il y a des abus, nous ne pouvons que les accepter. Car si on nous chasse, nous n'avons nulle part où aller. "

Philippe Tarnier, journaliste
Voyager, c'est naître à une nouvelle culture. Partir, c'est mourir un peu. Entre les deux, on a vécu.
LO Lotusbleue Regular ·
C'est exactement pour cela que le mot :

TOURISTE est si mauvais et plein de c....neries !

Je suis tolérante dans bon nombres de choses mais là... jamais je n'irai voir ce genre d'exploitation humaine dans ce qu'il y a de plus pure cruauté !

C'est en rapportant des récits de ce genre que beaucoup prendront conscience et cela pourra peut-être un jour faire bouger les choses !

De partout des villages sont fabriqués et où les habitants sont conditionnés, parqués et n'ont pas le choix !

A nous voyageurs de les dénoncer !

Merci JanusBifrons et un coup de chapeau à ce journaliste si courageux !
Se donner les moyens de réussir son rêve... " Où que tu ailles, vas-y avec tout ton coeur". CONFUCIUS
YA Yann Veteran ·
...je suis également scandalisé par ce que je viens de lire, j'en avais bien sûr maigre connaissance, mais je ne comprends pas où se trouve le plaisir et le partage de culture dans un zoo humain!!!!!😠

yann
Thailande, Maldives, Malaisie péninsulaire et Sabah, Kalimantan, Sulawesi, Moluques, Egypte, Sumatra. Archipel de Takabonerate l'été dernier. www.voyagefamille.net Voyagefamille.net
PH Philobate Globetrotter ·
Pareille que vous, pour le fond, mais comment peut on faire sa ???, pour le reste, y'as bien une différence entre touristes et voyageurs donc ....

Philo
"J'ai refait tous les calculs, notre projet est irréalisable, il ne nous reste plus qu'une chose à faire, le réaliser". Latecoere dyslexique
LO Lotusbleue Regular ·
Oui Philobate, lorsque je suis allée en Thaïlande, dans l'avion qui me ramenait beaucoup voyageaient pour la 1ère fois et ont été choqué de visiter ce village !

Un long débat s'en est suivi dans l'avion... ce sont les agences de voyages qui proposent cette visite dans leurs tout all !!! et bien vous savez quoi... suite à cela... de touristes ils sont passés voyageurs !!! la magie opèrent... (il va être content Alan...) Ils ne veulent plus être pris en otage et aujourd'hui ils décident d'aller là où ils veulent pas dans des parcs où l'exploitation humaine est inhumaine !!!

C'est ce qui m'a décidé a ne plus faire appel à ce style d'agence... Faites l'essai par exemple poussez la porte d'une agence et demandez... pof pof pof deux temps trois mouvements !!! arrachée la page sur le bottin ! J'suis du côté de Marseille (certains l'auront compris avé mes espressions !!!) et bien mon agence est à Lyon et je m'en sers que pour les billets d'avion.

Bon c'est sûr, tout le monde ne suit pas mais même s'il y a une personne sur j'sais pas combien, et bien c'est déjà un grand pas !!!

Il faudra longtemps pour que les mentalités changent mais.... autre débat.... nous souhaitons qu'elles gardent leurs coutumes et traditions... et elles enfin la jeunesse aspire à une modernité... en effet c'est un autre débat !!!

Philo.... t'as raison y'a bien une différence entre voyageurs et touristes !!!! (j'entends d'ici Alan et son clap clap clap en dansant tra la la la lère c'est ki kinavaitraison!!!!!)

Non, trêve de plaisanterie... il faut en parler et plus on en parlera et plus ça réveillera les endormis du cervelet !!!!

Merci aux journalistes qui nous donnent ces infos !!!
Se donner les moyens de réussir son rêve... " Où que tu ailles, vas-y avec tout ton coeur". CONFUCIUS
PH Philobate Globetrotter ·
Pour les agence de voyage, faut déja regardé si elle adère ou pas a la charte pour le tourisme ...., pour le reste certaine sont quand même simpas !!! (oublie pas que j'ai fait un lycée hotellier, qui fesait aussi tourisme. Ces classes par leurs forte proportion de fille on ajité ma jeunesse, et il en est née de grandes complicité avec des futures gestionnaires d'agence !!!, certaine sont bien, et d'autre bon ....

Aller vive les touriste du XiXème et les voyageurs du XXIeme siècle
"J'ai refait tous les calculs, notre projet est irréalisable, il ne nous reste plus qu'une chose à faire, le réaliser". Latecoere dyslexique
LE Lepiaf Globetrotter ·
Ce sujet a déjà été abordé sur le forum, à l'initiative d'Alan si je me souviens bien.

Je suis allé à Mae Hon Son il y déjà 5 ans et je ne suis pas allé voir les femmes girafes car le guide expliquait bien l'exploitation honteuse de cette ethnie.

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