Sahara: morceaux choisis (sud Maroc)
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SC
A chaud, très chaud, quelques fragments trouvés sur mon cahier...

Enfin seul. Il me regarde. Et je m'incline. Son âge oblige. Probablement centenaire. Sa douce présence trahit des années de souffrances. Sous les assauts du vent, des rayons du soleil. On ne lui a pas donné beaucoup, et lui, sans rien attendre, aujourd'hui tant me donne. Je l'ai désiré, il est venu. Je l'ai vu de si loin sans le perdre des yeux. Je l'ai frôlé doucement, et puis me suis assis, humble et silencieux, sous l'arbre sec.

Point de vie, le puits rassemble. Hommes et animaux. Les uns puisent. Les autres lavent. Quand d'autres boivent. Piétinement des dromadaires, et puis rafraîchissement. Verse m'en sur la tête et dans le creux des mains. Je bois à pleine gorgées la fraîcheur de la terre. Celle qui nous est comptée pour la vie de nos âmes. Demain, un autre puits, quand sera épuisée la guerba de peau molle que nous gardons au frais sous l'ombre d'un palmier.

Et le sable des dunes Sous le vent Fond comme neige au soleil

La source des marabouts. Dans le creux des collines. Entre l'erg et le reg. Entre les cailloux et le sable. Quelques palmiers, le chant d'un oiseau, une source, et puis rien. Le soleil et le vent. Douceur du crépuscule lorsque la chaleur nous accorde un instant de repos.

Une mouche est entrée dans ma chemise, Elle me chatouille, elle me chatouille ! Finira-t-elle un jour par sortir ? Avant d'atteindre mes...

Un autre puits. Et des odeurs. La vie qui laisse des traces, Des crottes. Eau et terre mélangés Moisissent. Odeur portée par le vent Comme un témoignage vital. Un feu abandonné. Une chèvre hors du troupeau. Une corde. Un bidon. Un morceau de fer Et, Personne. Le silence et cette odeur. Putréfaction végétale Dans une fournaise minérale. Vide. Absurde. Et qui ne semble vivante Que par ces traces abandonnées.

Reg. Ou comment dire le vide et l'absence. L'insensé de la terre Où rien ne vit. Lieu de passage, Et non pas demeure. Il y a trop de cailloux Pour un troupeau. Trop de cailloux, pas assez d'eau. Rien ne pousse. Que la chaleur suffocante Brûlant des milliards de pierres noires. Des cailloux insensés, Sombres et stériles. Vaste plaine à traverser, Sans rien à l'horizon. Pour aller d'un puits à un autre. Et de cet autre au suivant. Comme des points de suspension Livrant la terre au silence.

Jour de carême. Hammo ne mange pas. Mes doigts dégoulinent au dessus d'une soupe aux lentilles. Le pain est frais et croustillant. Les chèvres se sont tues. Le vent aussi, s'évanouit derrière les dunes. Sous la tente, le thé coule toujours.

Comment décrire les dunes, Quand tant a été dit, Et si peu à la fois. Sable nomade, Poussière en errance. Courbes éphémères et folles. Plénitude de l'absence. Isolement Et lumière. Brûlure inoubliable Au fond du coeur et des yeux. Abandon au silence Et puis retour parmi les siens. Les dunes sont un passage, Jamais un but. Elles n'existent que par l'absence du reste. Et c'est peut-être ainsi Qu'elles résonnent et nourissent Tous ceux que le désert accepte.

Le thé, Trois fois bu et partagé. Après des heures de hamada, Le silence est rompu, Enfin, Par ce murmure au fond des verres.

Le sable entre mes doigts Colle. Souvenir malgré lui Glissé au fond des poches.
DO Dolma Globetrotter ·
Merci Sahara d'inspirer ainsi le poète...

Les mots de couleur et de musique ainsi posés sont une délicieuse invitation à l'errance.

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
SC Scourtoi Veteran ·
Coucou Dolma ! Ce que dit Depardon de l'errance... dont il parle si bien 😉

J'ai le pressentiment que quelque chose ne sera plus comme avant. C'est peut-être là la vraie définition de l'errance, de sa quête, avec sa solitude et sa peur. C'est le désir que je cherchais, la pureté, la remise en cause, pour aller plus loin, au centre des choses, pour faire le vide autour de moi. Je me dois de me laver la tête... pour rencontrer le centre d'une nouvelle image, ni trop humaine, ni trop contemplative, ou le moi est aspiré par les lieux quand le lieu n'est pas spectacle, ni surtout obstacle. Il me faut vivre cette quête qui est la mienne... Elle arrive à un moment, ni bon ni mauvais, elle est nécessaire... Pour être juste cette errance est forcément initiatique... mon regard va changer... Cette quête devient la quête du moi acceptable.

Hum... pratique internet 😛
DO Dolma Globetrotter ·
... Mais aussi "la quête du lieu acceptable" qui est autre que le voyage.

La conversation n'était donc pas terminée 🙂 ??

Entre parenthèses il y a quand même mieux qu'internet pour Depardon........... !

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...

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